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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les Échos et les OGM aux USA : scandaleux !

25 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM

Les Échos et les OGM aux USA : scandaleux !

 

 

 

Lamentable ! Comment peut-on écrire un article pour les Échos en faisant du tri hautement sélectif dans un article du Wall Street Journal vieux de plus de deux mois et en reprenant des propos très largement contestés d'un autre article vieux de trois semaines du New York Times en ignorant toutes les réfutations, pourtant nombreuses et pour certaines publiées dans des journaux prestigieux ?

 

On peut... hélas !

 

 

Remplir une page blanche...

 

Imaginez que vous soyez correspondant(e) d'un journal français à New York : il faut, de temps en temps, produire un article pour justifier votre emploi et votre salaire... C'est fastoche ! Vous épluchez la presse locale, trouvez de quoi produire une pige correspondant à vos préjugés et aux intérêts supputés des lecteurs... et en avant le traitement de texte.

 

Cela a donné « Les agriculteurs américains reviennent du "tout-OGM» publié par les Échos le 22 novembre 2016.

 

C'est scandaleux !

 

 

Merci le Wall Street Journal

 

Pour faire bonne figure, la journaliste cite un agriculteur de l'Ohio, M. Joe Logan – c'est pompé d'un article du Wall Street Journal, du 14 septembre 2016, dont nous avons parlé, en quelque sorte par procuration, dans « Courrier International : les "OGM de Monsanto" et le "téléphone arabe" ». Il avait déclaré qu'il prévoyait de semer beaucoup de ses maïs et sojas avec des semences non biotechnologiques pour faire des économies car, selon le Courrier :

 

« Le prix que nous payons actuellement pour les semences biotechnologiques ne nous permet pas d'en capturer les bénéfices »

 

ou, selon la traduction – fort libre malgré les guillemets – des Échos :

 

« Le retour sur investissement n'est pas au rendez-vous. »

 

Voilà de quoi justifier le titre de l'article et son début : « Il y a comme un vent de fronde au royaume des OGM. »

 

Ce qui relève de la définition tout à fait traditionnelle de la stratégie d'entreprise et d'itinéraires culturaux devient « un vent de fronde ». Et encore ne s'agit-il que de l'opinion d'un agriculteur, lequel n'est pas forcément représentatif (du reste, le WSJ en a cité d'autres qui restent fidèles à l'option GM, précisément parce que le retour sur investissement est au rendez-vous dès lors que l'on analyse l'ensemble de la situation et pas seulement le nombre et le prix des quintaux).

 

Pour une analyse plus complète et plus réaliste, quoique aussi anecdotique, voir ici.

 

 

 

Le degré zéro de l'analyse économique...

 

Nous avons également droit à l'argument du prix des semences, qui aurait quadruplé en l'espace de 20 ans, et de la chute des prix des denrées agricoles de ces trois dernières années, comme si cela pouvait constituer un argument pertinent pour les décisions de culture de la prochaine campagne.

 

Et comme s'il était raisonnable de mettre dans la balance une évolution sur 20 ans et une évolution sur trois ans.

 

C'est aussi oublier un peu vite que bien d'autres choses ont changé en 20 ans. Les rendements ont par exemple augmenté, en particulier en maïs.

 

(Source)

 

Les prix des produits, bien qu'ayant chuté par rapport au pic de 2011-2013, sont supérieurs à ceux d'avant 2006.

 

 

(Source)

 

La multiplication par quatre du prix des semences semble aussi être une affirmation très osée, en tout cas pour le soja.

 

 

 

 

Les deux premiers graphiques sont en dollars constants (base 2014). (Source)

 

Globalement, le poste semences a augmenté en dollars courants, en dollars constants, en pourcentage des coûts de production et en pourcentage des revenus tirés de la culture. C'est un fait largement connu – et accepté par les agriculteurs qui ont massivement adopté les variétés GM Bt et HT parce que cela se traduit par des économies sur d'autres postes et d'autres avantages tels qu'une meilleure souplesse dans la culture.

 

 

...et le degré zéro de la resucée journalistique...

 

Mais il y a pire : le pompage dans un article qui a certes fait beaucoup de bruit outre-Atlantique mais qui a réussi l'exploit de ne susciter, quasiment, que des réactions négatives, de plus solidement étayées. Et, malgré le passage du temps – c'est-à dire une ample possibilité de faire des recherches – et l'ampleur et la visibilité de la contestation, la journaliste a décidé de n'évoquer que les arguments fallacieux de cet article.

 

Le 29 octobre 2016, le New York Times a, en effet, publié un long article de son journaliste Daniel Hakim, « Doubts About the Promised Bounty of Genetically Modified Crops » (doutes au sujet des promesses d'abondance issues des plantes génétiquement modifiées). L'introduction et résumé :

 

« La controverse sur les cultures génétiquement modifiées s'est longtemps focalisée sur des craintes largement infondées qu'elles ne sont pas sûres à la consommation.

Mais un examen approfondi par le New York Times indique que le débat est passé à côté d'un problème plus fondamental – aux États-Unis et au Canada, la modification génétique n'a pas accéléré l'augmentation des rendements des cultures ou conduit à une réduction globale de l'utilisation des pesticides chimiques. »

 

Un lecteur raisonnable ne peut que devenir très suspicieux quand il lit ceci :

 

« Les craintes au sujet des effets nocifs de la consommation d'aliments GMs se sont révélés largement infondées sur le plan scientifique. Cependant, les dommages potentiels causés par les pesticides attirent l'attention des chercheurs. Les pesticides sont toxiques par conception – des versions militarisées, comme le sarin, ont été développées dans l'Allemagne nazie – et ont été liés à des retards de développement et au cancer. »


Il y a le point Godwin... il y a aussi le point Agent Orange...

 

Les deux assertions principales ont été étayées par une analyse extraordinairement partiale, biaisée, avec des références choisies pour leur conformité à une conclusion préétablie. Le résultat ne s'est pas fait attendre : une véritable levée de boucliers de la part de chercheurs du domaine considéré, d'agriculteurs, de blogueurs, et même de Monsanto.

 

Et cette levée de boucliers a, semble-t-il, eu un effet inédit : cet article et ces assertions ont été relativement peu reprises par les autres médias et la blogosphère contestataire.

 

Côté francophone, le blog Tout se passe comme si – Blog du C@fé des sciences a rapidement (le 3 novembre 2016) produit « Quelques liens à propos de l’article du New York Times « GMO promises fall short » #OGM », auquel on se référera pour une partie du démontage des arguments de M. Hakim.

 

 

d'arguments manifestement spécieux

 

Nous résumerons très brièvement :

 

  • Les OGM dont il s'agit (les variétés Bt résistantes à certains insectes et les variétés tolérant un herbicide, essentiellement le glyphosate) n'ont pas été conçues pour augmenter les rendements (ou accélérer l'augmentation des rendements) mais pour apporter de nouvelles solutions en matière de lutte contre certains ravageurs et les adventices), et donc pour éviter des pertes de rendement. Un gain – issu de la réduction des pertes – ne s'obtiendra que si la solution OGM est plus efficace dans ladite réduction. Compte tenu de la performance globale des agricultures états-unienne et canadienne, il ne fallait pas s'attendre à un bond en avant pour le maïs et le soja... M. Hakim a bien pris soin de ne pas entrer dans les détails et de considérer par exemple le cas, tout à fait remarquable, des betteraves à sucre états-uniennes.

 

(Source)

 

  • Pour les « pesticides chimiques », pour lesquels M. Hakim se cantonne largement derrière une approche « globale », la réduction est incontestable pour les insecticides. Quant aux herbicides, la situation est plus complexe. Le glyphosate a remplacé d'autres herbicides ayant un profil toxicologique et écotoxicologique moins favorable.

 

 

Une longue litanie de réfutations

 

Voici une sélection de références :

 

 

(Source)

 

 

 

 

!

Quand on travaille sur des pourcentages, on peut construire des graphiques comme suit :

 

 

Et quand on travaille sur les chiffres réels, on obtient ceci :

 

(Source)

 

 

 

Pourquoi toute cette liste, avec des articles qui sont en partie répétitifs ? Pour bien montrer ce à quoi les lecteurs des Échos n'ont pas été confrontés. Qui peut croire que cela a été à l'insu du plein gré de la journaliste ?

 

Les agriculteurs se seraient-ils tous trompés ?

 

 

 

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Gil Kressmann 01/12/2016 18:38

Merci pour cet article que l'ai transmis à la rédaction des Echos