Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les allégations sur le « danger » du glyphosate dans le vin, le lait maternel, les céréales, etc. sont-elles sérieuses ?

29 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup)

Les allégations sur le « danger » du glyphosate dans le vin, le lait maternel, les céréales, etc. sont-elles sérieuses ?

 

Iida Ruishalme*

 

 

 

 

Bien qu'il y ait beaucoup moins de raisons de s'inquiéter des « dangers » du glyphosate par rapport à la plupart des autres pesticides, de nombreux activistes critiques envers la biotechnologie végétale profèrent des affirmations effrayantes sur la présence de micro-traces de l'herbicide dans les aliments et sur nos exploitations agricoles. Ils laissent entendre qu'une présence de glyphosate de l'ordre de la partie par milliard (une partie par milliard équivaut à environ une seconde dans 32 ans) ne peut qu'être un danger important pour la santé.

 

Juste cette semaine [le 14 novembre 2016], Food Democracy Now – un groupe anti-OGM virulent, peu connu pour son expertise scientifique – a affirmé qu'il avait financé des « tests » qui montraient des « estimations approximatives » de traces de glyphosate dans certains aliments courants. Aucun résultat de laboratoire n'a été publié, car l'« étude » n'avait pas de données, pas de contrôles expérimentaux et n'avait pas été examinée par les pairs – l'annonce ne constituait qu'une opération de relations publiques. Mais elle a fait son effet comme prévu – des centaines de sites Web anti-OGM ont ramassé la « nouvelle » et l'ont diffusée avec l'enrobage habituel de titres anxiogènes.

 

Voici quelques exemples de déclarations fallacieuses sur les dangers du glyphosate.

 

 

Y a-t-il du glyphosate dans l'eau ?

 

Il y a deux ans, la toile a été inondée de « rapports » publiés sur les sites marginaux, selon lesquels, pour reprendre les termes d'EcoWatch, « le Roundup de Monsanto [a été] trouvé dans 75% des échantillons d'air et de pluie ». Et, selon le groupe activiste : « La pulvérisation de Roundup peut avoir des avantages économiques à court terme pour Monsanto, mais les risques potentiels à long terme pourraient constituer des défis importants pour les personnes dans les régions touchées du pays ».

 

EcoWatch et de nombreux autres groupes anti-OGM ont déformé le rapport. Celui-ci s'était concentré sur l'air et l'eau directement au-dessus et sur les champs où le pesticide a été utilisé. Et il a décrit le glyphosate dans un contexte favorable, en soulignant que l'herbicide avait considérablement réduit l'ensemble des traces de pesticides trouvées dans l'eau et l'air aux États-Unis de 1995 à 2007. Le chiffre de 75 % était vide de sens. L'étude a porté sur la détection de traces avec une finesse stupéfiante à l'aide de la spectrométrie de masse (par exemple, les satellites et les engins spatiaux utilisent des spectromètres de masse pour identifier le petit nombre de particules interceptées dans l'espace). Le pesticide était présent en concentrations des millions de fois au-dessous de toute pertinence biologique, bien loin des niveaux « dangereux » – la capacité de le détecter est une ode aux merveilles des techniques de mesure modernes. Le site indépendant Biology Fortified a proposé une déconstruction de la déclaration trompeuse dans son article, « RoundUp in 75% of air? What the report actually says » (du RoundUp dans 75 % de l'air ? Ce que dit vraiment le rapport).

 

 

Y a t-il du glyphosate dans l'urine ?

 

Entendre qu'il y a du glyphosate dans votre urine peut donner une tournure plus personnelle et tangible à des risques potentiels pour la santé, même petits. Devriez-vous vous inquiéter ? Si quelque chose peut être détecté dans l'urine, c'est d'abord le signe que quelque chose a été éliminé de votre corps – le glyphosate ne se bio-accumule pas. Des dizaines d'études, y compris celles citées par l'Agence de Protection de l'Environnement dans son évaluation de l'herbicide, ont documenté le fait qu'il est excrété.

 

Deuxièmement, avec les techniques de mesure incroyablement sensibles dont nous disposons maintenant, nous pouvons détecter des traces d'une quantité innombrable de substances provenant de quasiment toutes les sources. Toutes les substances chimiques que vous pouvez nommer, ou presque, sont détectées régulièrement à des teneurs de l'ordre de la partie par milliard, voire par mille milliards, dans des études de biosurveillance. Ces teneurs relèvent de l'anecdote ; les humains ingèrent, chaque jour, des quantités minuscules d'un nombre incroyable de molécules dont beaucoup seraient très nocives si elles étaient présentes à des concentrations suffisamment élevées. Mais les traces chimiques à ces niveaux microscopiques n'ont aucun impact ; elles se noient dans le flot d'eau, d'acides gastriques, de bactéries, de protéines, de graisses, de glucides et de minéraux qui traverse constamment notre système digestif.

 

Alors, que dit la science sur les quantités de résidus de glyphosate détectables dans l'urine ? Cet article de synthèse intitulé « A critical review of glyphosate findings in human urine samples and comparison with the exposure of operators and consumers » (examen critique des résultats sur le glyphosate dans des échantillons d'urine humaine et comparaison avec l'exposition des opérateurs et des consommateurs) conclut comme suit :

 

« Une revue critique et une comparaison des données obtenues dans sept études au total en Europe et aux États-Unis a été réalisée. La conclusion qui peut être tirée est qu'aucun problème de santé n'a été révélé parce que les estimations des exposition étaient inférieures par plusieurs ordres de grandeur à la DJA [dose journalière admissible] ou au NAEO [niveau acceptable d'exposition de l'opérateur]. »

 

Soyons clairs : les normes d'ingestion quotidienne admissible sont elles-mêmes fixées à des niveaux des centaines, voire des milliers de fois plus basses que ceux qui pourraient avoir un impact. Ce qui apparaît dans notre urine se situe à des niveaux des centaines de milliers, voire des millions de fois plus bas que ceux qui pourraient potentiellement nous affecter. La présence de glyphosate dans l'urine, en d'autres termes, est ridiculement faible.

 

Ceux qui essaient de nous effrayer avec les teneurs en glyphosate de notre urine profèrent des affirmations irresponsables et utilisent des tactiques émotionnelles à l'éthique discutable. Toutes ces entités qui diffusent des allégations de niveaux nocifs de glyphosate dans l'urine ignorent les bases de la chimie et de la science et agissent pour des raisons idéologiques.

 

 

Qu'en est-il du lait maternel ?

 

Les allégations de présence de glyphosate dans le lait maternel à des concentrations induisant un risque sont nées en 2014 sous la plume des organisations militantes Friends of the Earth Europe et Moms Across America. Ces groupes ont financé un test informel qui a trouvé de minuscules traces de glyphosate dans le lait maternel et l'urine, liant le glyphosate à une myriade d'affections comme l'autisme, les allergies, l'infertilité, l'eczéma, la fibromyalgie, la maladie de Crohn, les crises de colère des bébés et la pneumonie. Les communiqués de presse ont fait sensation, et l'histoire a même circulé dans les blogs pourtant traditionnels comme Civil Eats.

 

S'il y avait des preuves d'un rôle du glyphosate dans l'un des maux mentionnés ci-dessus, il serait facile de comprendre que vous puissiez être effrayés par le glyphosate dans le lait maternel. Mais les preuves font cruellement défaut, tout comme les liens réalistes entre le glyphosate et les crises de colère, l'autisme ou toute autre maladie de cette liste. La « découverte » de résidus de glyphosate dans le lait maternel résulte d'une analyse incorrecte de dix échantillons, seulement, avec une méthode connue pour produire des faux positifs ; les résultats ont été recueillis et rapportés par nulle autre que Zen Honeycutt elle-même.

 

En revanche, une véritable étude scientifique, d'une physiologiste de la lactation, a confirmé le contraire. Une étude menée par la scientifique de l'Université d'État de Washington et experte en lactation, Michelle McGuire, n'a trouvé aucune preuve que le glyphosate s'accumule dans le lait maternel :

 

« "L'étude de Moms Across America a tout faux", a déclaré McGuire, membre du comité exécutif de la Société Internationale pour la Recherche sur le Lait Humain et la Lactation et porte-parole nationale de l'American Society for Nutrition. "Notre étude fournit des preuves solides qu'il n'y a pas de glyphosate dans le lait humain. Les résultats de MAA ne sont pas vérifiés, ne sont pas conformes aux données de sécurité publiées et sont basés sur un test conçu pour rechercher le glyphosate dans l'eau, et non le lait maternel.»

 

L'équipe de McGuire a en définitive confirmé des études antérieures qui n'avaient trouvé aucune trace de glyphosate dans le lait maternel. Et deux études allemandes ultérieures, y compris un rapport indépendant, publié en janvier 2016, de scientifiques affiliés à l'Institut fédéral allemand pour l'évaluation des risques (BfR) – qui effectue des évaluations de risques pour la Commission Européenne – n'ont trouvé aucune trace de glyphosate.

 

Pour une discussion approfondie sur la recherche sur le lait maternel, ainsi que l'analyse ELISA et ses limites, vous pouvez écouter ce podcast dans lequel Kevin Folta, généticien de l'Université de Floride, interviewe McGuire et le chimiste analytique Thomas Colquhoun : « Glyphosate in breast milk and wine? » (du glyphosate dans le lait maternel et le vin ?).

 

 

Faut-il s'inquiéter du glyphosate dans le vin ?

 

Vous avez peut-être lu des rapports frisant l'hystérie sur les résidus de glyphosate dans le vin. « Parce que le Roundup/glyphosate n'est pas autorisé sur les vignobles biologiques ou biodynamiques, les résultats sont inattendus et ne peuvent être expliqués que par la dérive des traitements chimiques effectués sur des vignobles voisins », a affirmé la personne qui a supervisé cette « étude » – nulle autre que Zen Honeycutt.

 

 

L'histoire de Honeycutt qui, comme dans le cas du récit d'horreur du lait maternel, a paru d'abord dans EcoWatch, est truffée d'alarmes hors contexte sur le glyphosate carcinogène, comme Kevin Folta l'a démontré dans son podcast et sa discussion avec le chimiste analytique Thomas Colquhoun, « Glyphosate in breast milk and wine? » (du glyphosate dans le lait maternel et le vin ?) :

 

« Vin :

Un article suspect publié sur l'Internet par des activistes prétend que le vin est contaminé par 1 pbb de glyphosate, un "cancérogène probable" (ce qui est contesté), et ils crient tous : "poison !"

Le même verre contient aussi 13.000.000 pbb d'un cancérogène certain dénommé "alcool", mais personne ne semble s'en émouvoir. »

 

 

Du glyphosate dans le miel ?

 

Carey Gillam est une ancienne journaliste de Reuters ; elle en a démissionné sous un nuage d'allégations de biais dans ses reportages anxiogènes sur les OGM et le glyphosate, et elle écrit maintenant pour l'USRTK, le groupe financé par l'industrie du bio qui harcèle les scientifiques du domaine des biotechnologies. Elle a écrit un article en septembre pour claironner à qui veut l'entendre les dernières allégations anxiogènes fabriquées : « FDA Finds Monsanto’s Weed Killer In U.S. Honey » (la FDA trouve l'herbicide de Monsanto dans le miel américain). Il n'y avait presque aucune donnée dans l'article, juste un résumé de la FDA qui a apparemment trouvé 22, 41 et 170 parties par milliard de résidu de glyphosate. C'est 0,022 à 0,170 mg/kg de miel. Même la rumeur au sujet du glyphosate dans le vin portait sur 1 ppm (1000 ppb).

 

Alors, faut-il s'en inquiéter ? Pour atteindre la limite quotidienne la plus restrictive – qui intègre une marge de sécurité sous la forme d'une division par 100 –, une personne devrait ingérer environ 6,6 kilos de miel par kilo de poids corporel en une journée. En d'autres termes, une femme de 60 kilos devrait consommer près de 400 kilos de miel dans une journée pour atteindre le niveau limite qui est affecté d'un facteur de sécurité de 100 !

 

Et pour voir un effet inhibiteur temporaire du glyphosate sur vos bactéries intestinales, vous devriez viser encore plus haut – environ 3 tonnes de miel en une seule fois.

 

_______________

 

* Iida Rushalme, finlandaise de naissance et maintenant résidente suédoise, est une biologiste cellulaire et communicatrice scientifique, et auteure du blog Thoughtscapism, où cet article est paru à l'origine. Elle contribue au Genetic Literacy Project, à Skepti-Forum et à Biofortified, ainsi qu'à la revue culturelle The Woolf. Suivez-la sur twitter : @Thoughtscapism ou sur la page Facebook Thoughtscapism.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/11/17/cause-concern-claims-dangerous-glyphosate-wine-breast-milk-cereal-etc/

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article