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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Nigeria deviendra la superpuissance des OGM d'Afrique après avoir vaincu les campagnes de peur des ONG

21 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Activisme, #Afrique

Le Nigeria deviendra la superpuissance des OGM d'Afrique après avoir vaincu les campagnes de peur des ONG

 

Steven Cerier*

 

 

 

 

L'Académie Nigeriane des sciences (NAS) a déclaré cette semaine que les aliments génétiquement modifiés sont sans danger pour la consommation. La NAS, citant des preuves écrasantes de pays développés et de milliers d'études, a déclaré que le pays était prêt pour ces produits et qu'ils étaient sûrs pour la production et bénéfiques pour la nation.

 

L'académie a noté que la technologie, bien que suscitant encore des craintes et des préoccupations chez certains, serait utile pour le pays en raison de son potentiel pour stimuler l'agriculture de la nation, ce qui pourrait contribuer à la solution du problème de l'insécurité alimentaire. Ces déclarations s'inscrivent en droite ligne de l'adoption, en 2015, d'une loi sur la biosécurité par l'Assemblée nationale Nigeriane et sa signature par l'ancien président Goodluck Jonathan.

 

Le Nigeria est maintenant prêt à rejoindre l'Egypte, le Burkina Faso, l'Afrique du Sud et le Soudan comme les seuls pays d'Afrique à cultiver des plantes génétiquement modifiées. Bien qu'aucune plante transgénique ne soit actuellement cultivée commercialement, le gouvernement a autorisé plusieurs essais qui, s'ils réussissent, pourraient donner le feu vert au cotonnier Bt, au niébé (une légumineuse) et au maïs résistants à des insectes ; au manioc résistant à des maladies et enrichi en vitamine A ; et au riz utilisant plus efficacement l'azote et l'eau.

 

Chris Onwuka, vice-président national de l'Association des agriculteurs du Nigeria (APN), affirme qu'il y a également un soutien important et croissant dans la communauté agricole pour l'utilisation des OGM. « La vérité est que sans la biotechnologie, nous ne pouvons pas nous nourrir [...] D'ici à 2030, la population Nigeriane aura franchi la barre des 250 millions. Sans une intervention technologique, et face à la réduction continue des surfaces de terres arables due à l'urbanisation, la désertification et l'érosion, les rendements des agriculteurs seront condamnés à diminuer. »

 

Si le calendrier de déploiement se déroule comme prévu, le Nigeria pourrait ouvrir la voie à une nouvelle vague d'innovations biotechnologiques sur le continent. À ce jour, des organisations non gouvernementales (ONG) anti-OGM liées à des groupes activistes d'Europe et des États-Unis ont réussi à déployer des campagnes de peur, dissuadant de nombreux gouvernements d'introduire des cultures GM, y compris de nombreuses variétés résistantes à des maladies et des insectes.

 

 

 

 

Les ONG anti-OGM

 

L'adoption du projet de loi sur la biosécurité a fait l'objet de controverses, car il y avait et il y a toujours une opposition au Nigeria à l'égard des plantes génétiquement modifiées.

 

  • Jibrin Ibrahim, du Centre pour la Démocratie et le Développement, s'est fait l'écho des sentiments de nombreuses organisations à but non lucratif anti-technologies et a écrit dans une tribune : « Compte tenu de nos écosystèmes fragiles et de notre environnement stressé, nous devons prendre au sérieux notre biosécurité et éviter la voie de l'introduction de cultures qui sont dangereuses pour la santé de notre peuple et notre environnement. »

 

  • En mars 2016, une centaine de groupes représentant environ cinq millions de personnes, y compris des agriculteurs, des organisations confessionnelles, des groupes de la société civile, des étudiants et des groupes communautaires locaux, ont écrit une lettre aux régulateurs de la biosécurité pour s'opposer aux tentatives de Monsanto d'introduire le cotonnier et le maïs GM au Nigeria. Elles ont cité de nombreuses préoccupations en matière de santé et d'environnement comme raisons de leur opposition.

 

  • La Global Prolife Alliance a déclaré : « Au fil du temps, les conséquences très désastreuses des aliments OGM émergent. Le mélange de gènes d'espèces sans aucune parenté par le génie génétique libère des effets secondaires imprévisibles, y compris de nouvelles toxines, des allergènes, des carcinogènes, des carences nutritionnelles et probablement des monstres humains par suite de malformations congénitales. »

 

  • Dans une lettre écrite au Vice-président le 5 mai 2016, une coalition de groupes de la société civile dirigée par Jackie Ikeotuonye, ​​directrice exécutive de l'Initiative for Peace, Empowerment and Tolerance, a déclaré que l'Agence Nationale de Gestion de la Biosécurité menaçait la santé des Nigerians et hypothéquait l'avenir du pays en ignorant les préoccupations concernant les OGM.

 

Il convient de noter qu'il n'existe aucune preuve scientifique à l'appui de ces allégations ou de la notion que les OGM sont dangereux pour la santé humaine ou l'environnement. Dans son rapport le plus récent sur les OGM, l'Académie nationale des sciences des Etats-Unis, citée cette semaine par son homologue Nigeriane, a encore une fois réaffirmé qu'ils étaient sans danger pour la consommation humaine et ne présentaient aucun danger qui ne soit pas également présent dans l'agriculture conventionnelle ou biologique. La Société Internationale des Scientifiques Africains a également déclaré publiquement que les OGM sont sans danger pour la consommation humaine et a appuyé leur utilisation.

 

 

Les responsables Nigerians cherchent à convaincre le pays de la sécurité du génie génétique

 

Le gouvernement fait campagne pour rassurer le public sur la sécurité des plantes transgéniques et pour promouvoir leurs avantages dans le secteur agricole. Rafus Ebegbe, directeur général de l'Agence Nationale de Gestion de la Biosécurité, a déclaré qu'il s'attend à ce que la première culture GM, le cotonnier Bt, soit commercialisée en 2018 :

 

« Notre devoir en tant qu'agence [...] est de fournir l'assurance d'une utilisation réglementée de la biotechnologie moderne pour accroître la productivité dans le secteur agricole et permettre ainsi un meilleur développement socio-économique des agriculteurs Nigerians et une prospérité économique nationale renforcée.

 

« Nous servons de jauge de sécurité pour le déploiement de la technologie génétique dans le pays. Il est de notre responsabilité de veiller à ce que l'application de la technologie n'affecte en rien les êtres humains ou l'environnement [...] Grâce à cette technologie, les scientifiques peuvent entreprendre le développement de plantes ou d'organismes capables de réduire l'impact du changement climatique, de contribuer à la remédiation de la pollution et d'améliorer le secteur de la santé en utilisant diverses plantes qui abondent dans le pays. La technologie peut également améliorer la qualité de nos aliments et faire en sorte que les agriculteurs récoltent les fruits de leur labeur, car ils auront accès à des semences de qualité [...] Nous ne sommes pas des promoteurs de la biotechnologie, mais les régulateurs qui veillent à ce que son utilisation ne compromette en aucune manière la santé des Nigerians ou l'environnement. »

 

Wakama Belema Asifieka, la Secrétaire Permanente du Ministère de la Science et de la Technologie, a déclaré que le ministère devait répondre aux craintes erronées d'un segment de la société qui pense que les promoteurs de la biotechnologie mettent en danger des vies. « Il est impératif pour nous, au ministère, [...] de corriger cette croyance étant donné qu'il n'y a aucune preuve empirique significative pour montrer que les OGM sont nocifs pour les humains et l'environnement. »

 

La professeure Lucy Ogbadue, directrice générale et directrice exécutive de l'Agence Nationale de Biotechnologie, a déclaré que « la campagne menée par certaines personnes et organisations pour affirmer que les aliments génétiquement modifiés sont malsains est un mensonge conçu pour tromper le public ».

 

 

Ce que les cultures GM pourraient signifier pour le Nigeria

 

La technologie GM est un moyen de soutenir le secteur agricole et donc de diversifier une économie qui est devenue trop dépendante du secteur pétrolier et gazier. Selon le FMI, le secteur de l'énergie représentait 91,9 pour cent des exportations et générait 46,6 pour cent des recettes publiques en 2015. En conséquence, la baisse des prix du pétrole a eu un impact très préjudiciable sur l'économie. Le FMI prévoit qu'après avoir augmenté de 2,7 pour cent en 2015, l'économie chutera de 1,7 pour cent au cours de cette année et ne progressera que de 0,7 pour cent en 2017.

 

Avant le développement de ses ressources pétrolières, le Nigeria était un important producteur et exportateur de denrées alimentaires. Les produits agricoles représentaient 70 pour cent des exportations et fournissaient 95 pour cent des besoins alimentaires intérieurs ; et les taxes sur les exportations agricoles étaient la principale source de recettes publiques. Cependant, l'agriculture a été négligée lorsque le Nigeria est devenu un important producteur et exportateur de pétrole. En conséquence, le pays dépend maintenant fortement des importations alimentaires pour nourrir sa population croissante. Les importations de riz (le Nigeria étant le deuxième importateur de riz après la Chine), de blé, de sucre et de poisson, par exemple, totalisent environ 3,18 milliards de dollars par an.

 

Le coton GM pourrait relancer les secteurs du textile et de l'habillement, qui ont souffert de la baisse de la production de coton et d'une augmentation des importations de vêtements en provenance de Chine. En 2015, la production de coton était de 250.000 balles. Ce chiffre était bien inférieur au pic de production de 459.000 balles de 1995. L'Association Nigeriane des Fabricants de Textiles s'est fermement prononcée en faveur de l'adoption du cotonnier Bt. Son directeur général, Hamma Kwajaffa, estime que le coton Bt est « capable de repositionner l'industrie textile mourante ». Il a également déclaré que cela améliorerait la qualité des fibres de coton et que les agriculteurs bénéficieraient d'une augmentation des rendements en raison de la réduction des dommages causés par les insectes nuisibles.

 

La technologie GE pourrait également être déployée pour protéger la culture du manioc des maladies et accroître son contenu nutritionnel. Ceci est d'autant plus important que le manioc est une culture majeure. Le Nigeria est le plus grand producteur de manioc au monde, avec environ 45 millions de tonnes par an. Il est cultivé par plus de 4,5 millions de personnes et est une culture alimentaire importante, représentant 9,7 pour cent de l'apport calorique total. C'est la quatrième plus grande source de calories après l'igname, le riz et le maïs, ces deux derniers étant à égalité pour la deuxième place. Cependant, le manioc est menacée par le virus de la striure brune, qui pourrait réduire considérablement la production s'il n'était pas contrôlé. Des scientifiques de l'Institut International d'Agriculture Tropicale travaillent au Nigeria sur des solutions biotechnologiques pour combattre le virus. Ils s'emploient également à rendre le manioc résistant aux ravageurs et à la sécheresse, à réduire sa teneur en cyanure et à renforcer sa valeur nutritionnelle.

 

Avec la plus grande population et l'économie la plus importante d'Afrique, l'adoption des OGM par le Nigeria pourrait être un moteur de diffusion de l'acceptation africaine de la technologie. « Si le Nigeria aboutit, il guidera d'autres nations africaines », a déclaré Amina Mohammed, Ministre de l'Environnement.

 

Même si les ONG anti-OGM réussissent à faire peur à d'autres pays africains et à les dissuader d'adopter la biotechnologie, la nouvelle génération de cultures innovantes du Nigeria trouvera son chemin à travers le continent. Le pays a des frontières très poreuses, et la contrebande est rampante. En conséquence, les semences transgéniques approuvées pour l'utilisation au Nigeria seront vraisemblablement introduites en contrebande dans les pays voisins qui n'auront pas autorisé leur utilisation pour la production commerciale. Cela pourrait inciter ces pays à reconsidérer leurs interdictions de cultiver des OGM, ce qui mènerait à une large acceptation dans tout le continent.

 

_______________

 

Steven E. Cerier est un économiste international et contributeur fréquent au Genetic Literacy Project. Il est sur LinkedIn ici.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/11/18/nigeria-poised-become-africas-gmo-superpower-overcoming-ngo-scare-campaigns/

 

 

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Astre Noir 21/11/2016 16:03

On entend souvent les opposants aux OGM dire que la culture du coton OGM est un échec économique au Burkina Faso, que les fbres de coton GM sont de mauvaise qualité et que les agriculteurs reviennent en masse au coton conventionnel.
Avez vous des éléments là dessus, est ce encore de l'intox ?