Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La crise de l'innovation en matière d'OGM : l'odyssée du saumon d'AquaBounty

23 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #AGM

La crise de l'innovation en matière d'OGM : l'odyssée du saumon d'AquaBounty

 

20 ans à travers les nasses de la réglementations

 

Dave Conley et Laura Braden*

 

 


 

 

Les premières recherches ont porté sur des gènes de protéines antigel pour résoudre un problème bien différent du réchauffement de la mer : le froid intense, lorsque la température de l'eau de l'océan tombe en dessous du point de congélation du sang de saumon (-0,7°C), tue le saumon élevé sur la côte atlantique du Canada.

 

Des chercheurs de l'Université Memorial de Saint-Jean (Terre-Neuve-et-Labrador) ont expérimenté l'insertion du gène d'une protéine « antigel » de la plie rouge dans des œufs de saumon atlantique fécondés afin de créer un poisson capable de survivre aux froids intenses dans les fermes marines.

 

Ces recherches n'ont pas abouti au résultat escompté ; les scientifiques se sont alors tournés vers la production d'un saumon atlantique à croissance plus rapide afin de raccourcir le cycle de production et de réduire les risques liés à l'aquaculture en milieu marin. En utilisant ce qu'ils avaient appris, ils ont réussi leur première tentative de micro-injection d'un gène de l'hormone de croissance du saumon quinnat, couplé à une séquence de promoteur d'un gène codant pour une protéine antigel de la loquette d'Amérique, dans des œufs de saumon atlantique fécondés.

 

Dans la descendance, plusieurs poissons ont grandi beaucoup plus vite que leurs congénères. Les tests ont confirmé que ces poissons avaient intégré le transgène dans leur génome. Dénommé « saumon AquAdvantage » (SAA), c'est un saumon atlantique qui atteint une taille commerciale (4-5 kg) en 16-20 mois à partir du stade œuf embryonné, à comparer aux 28-32 mois pour le saumon atlantique traditionnel. On peut dès lors produire plus de saumon en moins de temps pour répondre à la demande croissante d'une population elle-même croissante et à la recherche d'une source de protéines sûres et saines.

 

 

Le long chemin vers l'autorisation

 

Lorsque AquaBounty s'est adressé à la Food and Drug Administration des États-Unis (FDA) en 1993 pour obtenir l'autorisation de commercialiser le SAA pour l'alimentation humaine, il était clair que le confinement était d'une importance primordiale. Les évasions des fermes marines étaient bien documentées, de sorte qu'il a été décidé que le SAA serait élevé en milieu terrestre dans des installations rendant l'évasion impossible. Un niveau supplémentaire de sécurité a été ajouté en développant des œufs tous femelles et stériles pour la production commerciale. Le poisson qui en résulte ne eput donc pas s'accoupler avec un congénère ou un autres saumon de la même espèce dans la nature.

 

Le processus d'examen de la FDA a débuté en 1995 ; il a été long et approfondi, avec de nombreux méandres. Lorsque l'autorisation a finalement été accordée en novembre 2015, le monde avait bien changé par rapport à ce qu'il avait été 20 ans auparavant. Le changement climatique, à peine sur le radar de la plupart des gens à l'époque, avait émergé comme un défi important pour la production alimentaire dans le monde. L'élevage de saumon à l'intérieur des terres, considéré à l'origine comme un moyen d'empêcher le SAA de s'échapper, semble maintenant résoudre un certain nombre de problèmes liés au changement climatique. Par exemple, la majorité du saumon atlantique consommé aux États-Unis est importé du Chili, de la Norvège, de l'Écosse et du Canada. L'empreinte carbone du transport aérien de poisson frais à partir de ces endroits est nettement plus importante que si le saumon était élevé à proximité de l'endroit où vivent les consommateurs américains.

 

Les défenseurs de l'environnement ont longtemps encouragé les fermes de saumon terrestres pour réduire les impacts négatifs associés à l'élevage en cage en mer ; toutefois, la viabilité économique de la production de saumon en cycle complet à l'intérieur des terres était difficile en raison de la croissance lente des espèces de saumon classiques.

 

Le trait de croissance rapide du SAA a changé tout cela. En outre, la physiologie unique du SAA le rend plus efficace dans la conversion des aliments pour animaux en biomasse. En fait, des études ont montré que les SAA consomment jusqu'à 25 % de moins de nourriture que le saumon atlantique conventionnel pendant la croissance.

 

Il a également été démontré que les SAA se comportent très bien en utilisant des farines végétales et des substituts d'huile végétale dans l'alimentation. Comme l'alimentation est le facteur de production le plus coûteux pour l'élevage du saumon, les économies réalisées sur ce poste revêtent une grande importance pour les éleveurs. D'un point de vue environnemental, il faut transformer moins de poissons sauvages en farine et en huile de poisson pour produire du SAA – un avantage pour les consommateurs préoccupés par les pratiques aquacoles durables.

 

 

Le génie génétique comme outil innovant

 

La recherche d'alternatives à la farine et à l'huile de poisson, source des oméga-3 qui font du saumon une nourriture si saine, a conduit au développement par DuPont de levures génétiquement modifiées à haute teneur en oméga-3. Le saumon Verlasso a été une tentative de commercialiser cette innovation comme un moyen plus responsable d'élever des saumons. Rothamsted Research au Royaume-Uni a développé une cameline génétiquement modifiée qui produit des oméga-3 et de l'astaxanthine, un antioxydant et le pigment naturel qui donne à la chair des salmonidés sa couleur rouge distinctive.

 

Lorsqu'ils sont incorporés dans les aliments aquacoles, ces produits innovants améliorent encore davantage la durabilité de l'élevage du saumon en milieu terrestre. Celui-ci élimine tous les soucis et tous les risques liés à l'élevage en cage – les fuites, les croisements entre saumons d'élevage et saumons sauvages, les proliférations d'algues, les attaques de méduses, les attaques de prédateurs, les agents pathogènes et les parasites transmis par les populations de poissons sauvages, les dommages causés par les tempêtes aux cages, les déchets d'alimentation et les déjections des poissons se déposant sur le fond sous les cages, pour n'en nommer que quelques-uns. La localisation des fermes près des consommateurs réduit les coûts du transport et les émissions ; les consommateurs obtiennent un poisson plus frais avec une plus longue durée de conservation.

 

Juvéniles AquAdvantage

 

Pour certains endroits, l'élevage de saumon en milieu terrestre peut être la seule option, en raison de la géographie. Pour d'autres, comme le Chili, il peut être la solution à la liste croissante des défis auxquels est confrontée cette industrie. Historiquement le deuxième producteur de saumon au monde, le Chili a récemment souffert de plusieurs maladies et événements liés à l'environnement (comme le virus de l'anémie infectieuse du saumon, les algues toxiques et les poux de mer) ; cela a entraîné la mort de millions de poissons et de graves pertes financières qui ont poussé un certain nombre de sociétés au bord de la faillite, les forçant à une vague de consolidations.

 

L'environnement océanique est en train de changer et, pour des endroits comme le Chili, des événements imprévisibles comme la prolifération des algues de 2015-16 ont mis en question l'avenir de l'industrie. Être capable d'élever sur terre grâce aux SAA, par exemple, représente une occasion intéressante pour remonter la pente.

 

 

Opportunités d'expansion

 

Ayant obtenu l'autorisation de la FDA en novembre 2015 pour commercialiser le SAA pour la consommation humaine aux États-Unis et, plus récemment, l'autorisation de Santé Canada en mai 2016 pour la production et la consommation au Canada, AquaBounty se prépare à passer au stade de la production commerciale. L'entreprise a acquis l'ancienne écloserie Atlantic Sea Smolt à Rollo Bay (Île-du-Prince-Édouard) en juin 2016 afin de garantir son approvisionnement en œufs de saumon atlantique conventionnel.

 

La société vise la production de 10 millions d'œufs de saumon AquAdvantage par an dans l'ancienne installation de production de saumoneaux rénovée sur l'Île-du-Prince-Édouard.

 

Inutilisée depuis 2013, l'installation est en cours de rénovation et aura une capacité de production de 10 millions d'œufs par an, assurant une source sûre d'œufs non fécondés qui pourront être transférés à l'écloserie de la compagnie de Fortune Bay pour y être fertilisés avec de la laitance SAA. Les œufs destinés à la production commerciale subiront ensuite un choc de pression pour produire les œufs triploïdes (stériles) destinés à être expédiés au Panama, ainsi qu'en Argentine et au Brésil, où des essais sont en cours.

 

 

En route vers le marché

 

L'amélioration génétique de précision (c'est-à-dire le génie génétique) utilisant des technologies de génétique moléculaire est un domaine en évolution rapide qui voit de nouvelles méthodologies développées et rapportées dans les médias presque mensuellement. La transgénèse, également appelée technologie de l'ADN recombinant (ADNr), a été utilisé depuis plus de 40 ans et a été la technologie utilisée pour développer le SAA.

 

Le processus commence avec des reproducteurs mâles et femelles qui sont soigneusement sélectionnés pour produire de la laitance (sperme) et des œufs de la plus haute qualité. Les reproductrices sont constituées de lignées supérieures de saumons atlantiques conventionnels, non transgéniques, qui, lorsqu'elles sont complètement adultes, sont doucement massées pour expulser les œufs non fécondés (également appelés «green »).

 

Pourtant, malgré son utilisation en médecine et santé humaine depuis plus de 30 ans (pour ne nommer que deux : l'insuline humaine GM maintient les diabétiques en vie depuis 1983, et l'hormone de croissance humaine GM permet de traiter des enfants et des adultes depuis presque aussi longtemps), cette technologie se heurte à un problème d'acceptation par le consommateur lorsqu'elle est employée dans la production d'aliments. C'est étrange quand on sait que c'est la technologie la plus rapidement adoptée par les agriculteurs dans toute l'histoire de l'agriculture.

 

Le décalage entre les consommateurs et les scientifiques sur la sécurité de l'amélioration génétique de précision est le résultat d'une longue campagne de propagande, bien financée, pour diaboliser la technologie dans l'optique de gains de parts de marché.

 

À ces œufs non fécondés, on ajoute de la laitance de saumons atlantiques mâles qui portent le transgène SAA permettant une croissance rapide. Ce transgène fait partie intégrante du génome du mâle et est hérjtable, ce qui signifie qu'il est transmis naturellement d'une génération à la suivante.

 

De même que la campagne « saumon sauvage c. saumon d'élevage » a été instiguée par des intérêts économiques liés aux pêches de saumons sauvages, et menée par des ONG alliées, pour inverser leur perte de parts de marché, la campagne « non-OGM c. OGM » est menée par le secteur des produits biologiques et leurs ONG alliées pour conquérir une plus grande part de marché.

 

Le mélange des œufs de saumons atlantiques conventionnels, non transgéniques, et de laitance SAA produit des œufs SAA fertilisés. Grâce à ces méthodes, le programme d'amélioration génétique d'AquaBounty Technology a produit dix générations de saumons AquAdvantage dans l'écloserie de la société au Canada.

 

 

Les consommateurs devraient se poser la question suivante : qui finance une campagne de marketing longue de deux décennies, qui coûte des milliards de dollars, sans espérer en retirer un bénéfice économique à la fin de tout cela ? La controverse sur les aliments génétiquement modifiés est fabriquée dans une optique de gains économiques ; elle n'est pas fondée sur la science. En fait, tous les principaux organismes scientifiques nationaux et internationaux ont conclu à partir de leurs nombreuses études menées au cours des deux dernières décennies que les aliments élaborés à partir de l'application des technologies d'amélioration génétique de précision sont aussi sûrs à la consommation que leurs équivalents produits conventionnellement.

 

La preuve en est que les deux organismes gouvernementaux les plus respectés au monde en matière de surveillance réglementaire des aliments – la FDA américaine et Santé Canada – ont autorisé le saumon AquAdvantage. Il y a pourtant eu des actions en justice dans les deux pays pour inverser ces décisions et empêcher AquaBounty de mettre son saumon sur le marché. Et qui paie les factures pour ces actions juridiques ? Les groupes d'intérêts liés aux produits biologiques et les groupes d'intérêts anti-biotechnologie. Suivez l'argent, cherchez le gain...

 

Les œufs SAA fécondés sont ensuite choqués par la pression pour induire la stérilité, rendant le poisson issu de ces œufs incapable de se reproduire.

 

Les consommateurs ont été manipulés par une campagne de désinformation bien organisée et bien financée pour le plus grand bénéfice de certaines sociétés. Ne vous méprenez pas, la campagne de boycott du SAA au niveau des épiceries de détail par certains groupes d'intérêts est une étape stratégique visant à empêcher l'arrivée sur le marché de davantage d'animaux issus de l'amélioration génétique de précision. Il ne s'agit pas que de SAA ; il s'agit de stopper le déploiement des technologies d'amélioration génétique très précises qui permettront une production de nourriture plus efficace et moins coûteuse, creusant ainsi l'écart de prix entre ces aliments et les produits biologiques plus chers à produire.

 

Contrairement à ce qui se passe en Amérique du Nord, dans l'UE, l'obstacle à l'acceptation par les consommateurs et les marchés est une barrière sociale/culturelle ancrée dans l'histoire de la Politique Agricole Commune et le soutien économique aux petits producteurs. Le soutien des prix est la base de la politique de l'UE dans le secteur agricole. Ceci, couplé avec un rejet de la génétique moléculaire appliquée à la production alimentaire dans certains pays, rend l'UE inhospitalière au SAA.

 

 

Saumon GM et durabilité

 

 

Enfin, les œufs de saumon AquAdvantage® fécondés et stériles, tous femelles, sont placés dans des incubateurs jusqu'à ce qu'ils se développent et soient prêts à être expédiés sous forme d'œufs embryonnés.

 

Le saumon AquAdvantage est une innovation scientifique remarquable qui révolutionne l'élevage du saumon. Il permet la production de produits de la mer sains et nutritifs pour les consommateurs d'une manière respectueuse de l'environnement, sans nuire à l'océan et à d'autres habitats sensibles.

 

En utilisant des systèmes aquacoles terrestres, le saumon peut être élevé plus près des grands marchés de consommation avec une plus grande efficacité et une empreinte carbone significativement réduite par rapport aux méthodes conventionnelles. Ce qui a commencé comme une solution à un problème de basses températures de l'eau de mer il y a plus de 20 ans a évolué en une solution pour la production de saumon de manière plus durable dans un climat en évolution rapide. Nous n'aurions jamais pu prédire que ce serait le cas pour cette innovation en 1989.

 

____________

 

* Dave Conley est le directeur de la communication d'AquaBounty et un membre du conseil d'administration d'Aquaculture Without Frontiers, un organisme de bienfaisance qui promeut l'aquaculture durable dans le monde en développement. Son compte Twitter est @gmaquascience. AquaBounty : @AquaBountyTech.

 

Laura Braden, Ph.D. est titulaire d'une bourse postdoctorale au Département de Pathologie et de Microbiologie du Collège Vétérinaire de l'Atlantique au Canada. Ses recherches portent sur la compréhension des maladies des salmonidés chez les poissons sauvages et d'élevage en utilisant des techniques génétiques modernes. Son compte Twitter : @lulu_braden.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/11/13/gmos-innovation-crisis-aquabounty-salmons-20-year-odyssey-nets-regulations/

 

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Le Bolduc 24/11/2016 15:02

Lu ce jour :
http://www.lefigaro.fr/conso/2016/11/24/20010-20161124ARTFIG00152-le-saumon-bio-serait-plus-toxique-que-le-non-bio.php
Cordialement