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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Droits de l'animal c. Droits de l'Homme

27 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #Politique

Droits de l'animal c. Droits de l'Homme

 

 

Les philosophes ont oublié de citer Caligula...

 

 

Le Monde du 25 novembre 2016 – à la Sainte-Catherine tout bois prend racine – nous a proposé un superbe article de Mme Catherine Vincent : « Le bien-être animal, au détriment des droits de l’homme ? »

 

C'est une formidable dissertation sur le thème :

 

« Le fait d’accorder un statut juridique particulier aux animaux relève-t-il, comme l’affirment certains, d’un "anti-humanisme" ? Ou bien s’agit-il, au contraire, d’un humanisme "augmenté" ? »

 

Le décor :

 

  • des « scandales » à répétition sur des mauvais traitements infligés à des animaux dans des abattoirs, filmés dans des conditions juridiquement litigieuses et publiés avec un art consommé de l'influence médiatique (pour le dernier, voir ici) ;

     

  • la création récente d'un Parti animaliste ; la création d'un collectif Animal politique regroupant 26 organisations de protection animale et dont le programme veut « mettre la condition animale au cœur des enjeux politiques » (rien que ça...) ; la publication récente d'un appel d'un collectif d’intellectuels à la création d’un secrétariat d'État à la condition animale (avec une réponse cinglante de M. Francis Wolff, professeur de philosophie émérite à l’Ecole normale supérieure) ;

     

  • la tenue, le 4 octobre 2016 – citons ici l'article en discussion – « sous les ors du Sénat, » d'un colloque, « L’Homme et les animaux : vers un conflit de civilisations ? » organisé par l'Observatoire National des Cultures Taurines (ONCT).

 

Tião, un chimpanzé réputé colérique a été présenté comme candidat à la mairie de Rio de Janeiro en 1988 par le Partido Bananista Brasileiro. Il a frisé les 10 % des voix... (Source)

 

Petite digression : le colloque a été inauguré par le Président du Sénat, M. Gérard Larcher, et parrainé par le Sénateur des Landes, M. Jean-Louis Carrère. Nous avons de fortes réticences à trouver un caractère approprié à ce genre de manifestation à l'évidence orientée, voire partiale, dans une maison commune de la République. Les critiques que nous élevons régulièrement à l'encontre d'événements organisés au Parlement Européen valent de la même manière pour le Sénat français.

 

On l'aura compris : le Monde est un forum de choix, sinon le forum, pour la promotion des thèses animalistes et antispécistes ; mais un forum qui n'a pas oublié de donner la parole à la partie adverse (quoique... compte tenu du nombre d'articles consacrés à la cause animale, on aurait pu espérer un compte rendu du colloque de l'ONCT).

 

Il y a donc, d'un côté, ceux qui veulent – prenons pour l'exemple le Parti animaliste :

 

  • « Adosser à la Constitution française une Charte de la Protection animale reconnaissant le caractère d’êtres sensibles des animaux, leurs intérêts inhérents à cette qualité, et les responsabilités qu’ont l'État et les citoyens à leur égard et en faire ainsi une valeur fondamentale de notre État de droit.

 

  • Créer un Ministère de la Protection animale, comprenant aussi une direction consacrée à la protection des animaux aquatiques, afin de sortir la protection animale du Ministère de l’Agriculture et de mettre fin au conflit d’intérêt qui lui est consubstantiel.

 

  • Créer un code de la Protection animale regroupant l’ensemble des dispositions protégeant les animaux.

 

[...]

 

  • Créer un statut juridique à part entière pour les animaux terrestres et aquatiques avec des règles propres à chaque catégorie (compagnie, dits de rente, sauvages).

 

  • Attribuer une personnalité juridique aux grands singes (chimpanzés, gorilles, bonobos, orang-outans…) leur conférant des droits fondamentaux.

 

  • Transférer les chevaux de la catégorie d’animal de rente à celle d’animal de compagnie.

 

  • Étendre aux animaux sauvages le champ d’application des infractions commises à l’encontre des animaux.

 

  • Etc. »

 

Pourra-t-il se syndiquer ?

 

Et il y a, de l'autre côté, des craintes ainsi formulées dans le descriptif du colloque de l'ONCT :

 

« Au nom de la préoccupation légitime pour le bien-être animal, une idéologie de tendance globalisante sinon totalitaire, végane et antispéciste dans sa forme la plus radicale, vise à modifier la relation entre l’homme et les animaux, ainsi que la place que chacun d’eux occupe dans notre société, conformément aux valeurs que notre civilisation, fondée sur l’humanisme, a héritées de la pensée judéo-chrétienne et gréco-latine.

 

Selon cette nouvelle idéologie, il n’existe aucune hiérarchie ni distinction entre l’homme et les animaux : entre tous doit régner une équivalence de fait et de droit, ce qui exclut toute exploitation des animaux par l’homme, qu’il s’agisse de leur consommation, des traditions et des pratiques culturelles ou religieuses, et même de la recherche scientifique au bénéfice de l’humanité.

 

Cette idéologie, forgée dans les milieux urbains et ignorante des réalités du monde rural, présente un danger évident pour l’élevage, l’agriculture, l’industrie alimentaire et de l’habillement, les activités de loisir ou les traditions culturelles.

 

Face aux réglementations de plus en plus coercitives que cette idéologie parvient à imposer dans de nombreux domaines en s’appuyant sur des campagnes agressives voire discriminatoires, il apparaît indispensable de mener une réflexion globale au travers d’une approche politique, juridique, philosophique et anthropologique. »

 

Interdisez la corrida et les course, la race survivra-t-elle ?

 

 

Et il y a des philosophes capables de gloser subtilement et d'inscrire la problématique d'aujourd'hui dans les courants de pensée nés de Platon, d'Aristote, de Descartes, etc. sans oublier les incontournables références au bouddhisme et à l'hindouisme. Tout cela remarquablement assemblé par Mme Vincent.

 

On peut, certes, objecter qu'il n'y a pas que les mondes bouddhiste, hindouiste, gréco-latin et judéo-chrétien ; qu'il manque une référence à Saint François d'Assise qui élevait les animaux au rang de frère de l'homme ; qu'« on peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités » ne figure pas dans les œuvres de Gandhi... Du reste, l'aurait-il dit qu'il n'aurait pas fait de compliment à sa chère Inde, avec ses vaches faméliques.

 

On peut aussi prendre le problème pour ce qu'il est : actuel et réel. Car il ne s'agit pas de philosophie, mais de l'organisation concrète de nos relations avec les animaux et, au-delà, de notre organisation sociale et économique, avec une importante composante agricole et alimentaire.

 

On peut légitimement s'inquiéter selon les termes utilisés par l'ONCT, tant sur les fondements de l'activisme animaliste et antispéciste que sur les conséquences des «  réglementations de plus en plus coercitives ».

 

Les combats de reines (vaches d'Hérens) : à interdire ?

 

Mme Vincent écrit :

 

« ...les vidéos tournées en caméra cachée dans les élevages industriels ou les abattoirs en témoignent : jamais l’humanité ne les a maltraités, exploités et consommés de manière aussi massive qu’à notre époque. »

 

Elle ne fait que refléter une opinion largement répandue, devenue vérité d'Évangile et principe directeur pour l'action de nombreux décideurs politiques. Comment peut-on prendre comme généralité des images soigneusement sélectionnées pour créer un maximum d'effet ? Comment peut-on considérer que « jamais l’humanité ne les a maltraités... » au regard de toutes les mesures prises pour le bien-être animal – que ce soit sur initiative législative (encore que celle-ci aille parfois à l'encontre du but poursuivi...) ou pour la raison bêtement économique qu'un animal de rente bien traité est plus productif ?

 

Qu'importe l'énormité du propos... pourvu qu'il fasse mouche ! Au fait, c'est pour quand la ligue d'épuration de la langue pour promouvoir l'animalement correct ?

 

On peut, certes, reconnaître aux jeunes générations l'impossibilité pour elles de se souvenir des conditions d'élevage d'avant la modernisation de l'agriculture ; des étables insalubres (certaines arborant fièrement un panneau « étable indemne de tuberculose ») ; des abattoirs de La Villette ; des vaches boiteuses ; des chiens à la chaîne quasiment toute leur vie nourris aux restes de table... Mais on ne saurait absoudre le manque de curiosité et, surtout, de bon sens.

 

 

Quant aux conséquences... Il y a le dit politiquement correct, par exemple (cité d'Animal Politique) :

 

« Mettre fin aux pratiques d’élevage douloureuses (castration à vif, écornage, gavage…). »

 

Mettre fin au gavage ? C'est tout un secteur agricole et industriel qui est condamné. Mettre fin à l'écornage ? C'est quelques éleveurs morts encornés de plus. La castration à vif ? Il ne faut pas se leurrer : ce sera la castration tout court qui sera interdite...

 

L'article « Octroyer de nouveaux droits aux animaux » traitait d'un « ouvrage de référence » collectif impliquant « 75 spécialistes internationaux de la question animale ». Voici la fin de l'article :

 

« Pour aller plus loin, les auteurs appellent à cesser l’abattage industriel de milliards de bêtes, à développer des méthodes alternatives à l’expérimentation animale (comme la mise en culture de cellules humaines) et à reconnaître une personnalité non humaine aux animaux ainsi qu’un statut politique : une citoyenneté pour les domestiques et une souveraineté pour les sauvages. »

 

Excessif ? À l'Âge du Stupide – pour reprendre une trouvaille de M. David Zaruk, alias Riskmonger – rien n'est excessif et tout est possible !

 

 

Mais il y aussi la dimension totalitaire, orwellienne (cité du Parti animaliste) :

 

  • « Créer une autorité administrative indépendante ayant un droit de visite inopinée dans les élevages et abattoirs, investie de pouvoir d’investigation concernant les infractions à l’encontre des animaux, pouvant être saisie par les associations de protection animale visées à l’article 2-13 du code de procédure pénale de faits susceptibles de relever d’infractions aux animaux.

     

  • Créer dans chaque département des unités de police attachées à la protection animale.

     

  • Créer des parquets spécialisés pour les infractions commises à l’encontre des animaux.

     

  • Fixer dans le code de procédure pénale un délai limite à partir duquel les Procureurs sont tenus de transmettre le dossier pénal aux auteurs d’une plainte portant sur des infractions commises à l’encontre d’animaux et prévoir que la demande de copie du dossier pénal est interruptif de prescription.

     

  • Créer un délit de non-dénonciation des infractions commises à l’encontre des animaux.

     

  • Créer un fichier informatique consacré aux actes de maltraitance animale. »

 

Cruauté ?

 

M. Francis Wolff a opiné dans « Nous n’avons nul besoin d’un "secrétariat à la condition animale" » :

 

« Oui, décidément, on est parfois mieux défendu "chez nous" lorsqu’on est un animal d’une autre espèce que lorsqu’on est un être humain d’une autre culture. »

 

Si l'on suit certains programmes politiques, « d’une autre culture » est de trop.

 

 

 

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