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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Bravo les gazouillis : le tribalisme et le premier président des réseaux sociaux en Amérique

11 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers, #Risk-monger

Bravo les gazouillis : le tribalisme et le premier président des réseaux sociaux en Amérique

 

Riskmonger*

 

Un authentique

 

C'est une analyse qui relève plutôt de la politique. Mais elle énonce un certain nombre de points qui sont aussi pertinents pour la rationalité en matière d'agriculture, d'alimentation et de santé publique.

 

Ceci est un faux !

 

 

Les Américains se sont réveillés ce matin sous le choc  :

 

Comment avons-nous pu élire cet homme ?

Comment tant de gens ont-ils pu voter pour elle ?

Comment puis-je obtenir la citoyenneté canadienne ?

Comment pouvons-nous nous débarrasser de ces libéraux [au sens transatlantique] ridicules ?

 

La meilleure question que les Américains devraient se poser aujourd'hui est la suivante : comment ce tribalisme de l'Âge du Stupide a-t-il pu diviser une nation et provoquer des déceptions. C'était la première élection dans l'ère triomphante des réseaux sociaux en Amérique et la polarisation que cet outil de communication manipulatrice a apportée nous a donné les résultats que nous avons, malheureusement, mérités.

 

Beaucoup se demandent aujourd'hui comment Trump a pu gagner. Si nous regardons comment les réseaux sociaux fonctionnent, nous n'aurons pas à aller trop loin. Il y a plusieurs points qui émergent.

 

 

Sur les réseaux sociaux, les faits n'ont aucune importance.

 

Je choisis les faits que je veux croire au sujet de mon candidat ou de l'adversaire, et je m'entoure de gens qui pensent comme moi. J'entends rarement des points de vue non filtrés de l'autre bord parce que je ne vais pas sur ses sites et j'ai bloqué la plupart des personnes que je trouve, eh bien, stupides (c'est-à-dire, avec qui je suis en désaccord). Beaucoup de vilaines choses qui ont été dites au sujet de Trump (ou Clinton) relevaient des conspirations ou avaient été exagérées par les médias. La vérité n'est pas un problème dans un monde post-moderniste.

 

 

Sur les réseaux sociaux, nous recherchons la confiance.

 

Nous ne faisons plus confiance à nos institutions, entreprises ou fournisseurs de services – aujourd'hui, nous faisons confiance à nos amis (vaguement identifiés comme étant ceux des réseaux sociaux ayant des intérêts ou des préoccupations similaires). Donc, nous préférons obtenir des conseils nutritionnels de la Food Babe ou des conseils médicaux de WebMD plutôt que des experts professionnels. Le génie de Trump a été d'utiliser les réseaux sociaux pour cimenter notre méfiance envers Hillary. Comme discuté dans mon article de la semaine dernière, sans confiance, Clinton n'avait aucune chance (même face à un adversaire présentant de graves insuffisances). Sans la confiance du public, Hillary pouvait se faire battre même par un singe ; et Trump l'a battue. Malheureusement, ce singe doit maintenant trouver un moyen de gouverner.

 

 

Sur les réseaux sociaux, les nouvelles sont éphémères.

 

Les nouvelles circulent en 140 caractères ou moins et nous les pâturons sans trop nous soucier de les analyser ou contextualiser. Nous avons une mémoire sociale sélective qui peut facilement oublier ou refouler les informations que nous ne voulons pas entendre. Ce que Trump a dit ou a fait il y a trois jours est sorti de ma psyché et ce sont les nouvelles d'aujourd'hui qui retiennent mon attention par leur immédiateté. Et le Donald s'est bien comporté juste avant l'élection.

 

 

Sur les réseaux sociaux, aucune nouvelle n'est une mauvaise nouvelle.

 

Trump a pu faire mettre son nom dans les titres tous les jours, gratuitement, en disant ou faisant des choses scandaleuses. Plus ses frasques ont été portées à notre attention, plus nous nous sommes habitués à ses défauts. Rien ne nous a plus surpris ou choqué, alors qu'il a élargi sa base populaire. Les réseaux sociaux permettent aux idées inconvenantes de trouver des amis et de devenir convenables (c'est-à-dire acceptables). Alors, ce mur entre les États-Unis et le Mexique...

 

 

Sur les réseaux sociaux, la peur fait courir.

 

La peur est un facteur de motivation primordial. Nous avons été dégoûtés par Trump, nous l'avons détesté, mais nous n'avons pas eu peur de lui (c'est étrange puisque son « doigt prêt sur le bouton » est terrifiant). Si vous avez pitié de quelqu'un à cause de ses défauts, il est difficile d'avoir peur de lui. D'une manière ou d'une autre, la peur s'est mêlée à la soupe d'autres émotions négatives et a créé de la confusion ou de la complaisance. Pendant ce temps, Trump a fait craindre aux Américains des impôts plus élevés, des soins de santé plus chers, l'interdiction des armes à feu et un avenir sombre sous quatre autres années du même leadership. Quand la peur nous fait courir, nous vérifions rarement vers où nous courons (jusqu'à ce que nous y soyons arrivé). Tel était le cas le lendemain du vote britannique sur le Brexit.

 

 

Sur les réseaux sociaux, le récit est celui que vous définissez.

 

Les réseaux sociaux sont un outil de construction d'un récit personnel parfait. Trump a été en mesure de façonner un récit à partir de plusieurs histoires d'une petite partie de l'électorat, l'emballer et le vendre, par diffusion virale, comme un mécontentement populaire général jusqu'à ce qu'il fût devenu une réalité. Pourquoi aucun autre dirigeant républicain n'a-t-il vu ce récit auparavant ? Eh bien, parce que Trump l'a écrit et a insufflé la vie en lui. Il a fondamentalement donné de l'envergure à une perception de l'Amérique venant de l'Amérique profonde. Ce n'est pas la première fois que la propagande a si bien fonctionné, mais les réseaux sociaux font maintenant qu'il est très facile pour un seul individu de transformer un récit en déclaration mémorable.

 

 

Sur les réseaux sociaux, vous n'avez pas besoin d'infrastructure ou d'organisation.

 

On pense souvent que la campagne de Trump était un one-man show. La campagne de Clinton a utilisé la structure traditionnelle du parti, des réseaux et des organisations, a dépensé beaucoup d'argent, utilisé beaucoup de militants sur le terrain et travaillé dur pour faire passer des messages politiques clairs par tous les canaux de communication. Trump diffusait en direct ses meetings non préparés, improvisés (comprendre : véritables) et faire les nouvelles avec des gazouillis de 3 heures du matin. Mais malgré le chaos, il a convaincu assez de gens qu'il pourrait diriger un grand gouvernement. Une fois encore, les faits n'ont pas d'importance. J'ai montré comment les petites organisations environnementales peuvent manipuler les réseaux sociaux et faire semblant d'être de grandes institutions crédibles.

 

 

Sur les réseaux sociaux, nous ne cherchons pas la vérité, juste une confirmation.

 

Nous ne cherchons pas la vérité – nous voyons l'affirmation. Trump nous a dit que nous allions être OK. Il va nous faire « Great Again ! » Qu'il était là pour nous. Il a parlé directement à son public, et fait que ses membres se sentent bien dans leur peau. Sa tribu n'a demandé aucune preuve (ni même exigé de voir ses impôts) ou la preuve qu'il pouvait contrôler un labyrinthe politique complexe. Les gens ont entendu ce qu'ils voulaient entendre et bloqué ceux qui pouvaient interférer avec leur position confortable. C'est ainsi que fonctionnent tous les gourous des réseaux sociaux. Les preuves et l'expertise n'ont pas de valeur dans un monde axé sur les réseaux sociaux où je veux me sentir bien parmi des gens comme moi. Trump a identifié une fibre sensible grâce à un outil de communication émotionnelle très efficace, une aspiration largement partagée par une tribu cherchant un meilleure avenir – Hope (dans le lexique d'Obama) et Opportunity (dans le lexique de Trump).

 

*****

 

Ce monde des réseaux sociaux continuera-t-il à produire des leaders comme Trump ? Nous avons encore besoin de temps pour nous adapter à cet outil de communication. En attendant, les opportunistes et les gourous continueront à exploiter nos vulnérabilités et à offrir confiance et confort à un public prêt à les prendre.

 

 

Un grand moment de l'« Âge du Stupide »

 

C'est clairement un grand moment de l'Âge du Stupide. Chacune des deux tribus a rejeté la position de l'autre, refusé d'écouter et rompu les moyens de s'engager dans un dialogue. Les partisans se sont entourés de penseurs de même opinion pour confirmer leur parti pris, rejetant les points de vue des autres qu'ils ont qualifiés de stupides et dangereux.

 

Les faits n'ont pas d'importance à l'Âge du Stupide... seulement ceux que je choisis comme importants ou que je veux croire. Que ce soit sur la salubrité des aliments (OGM, pesticides), le changement climatique, les vaccins, les grandes entreprises, le commerce international, Bill Gates, les scientifiques... je n'entends que ce que je choisis d'entendre par sélection dans les réseaux sociaux et j'ignore le reste (que je choisis d'écarter). Quand les gens cessent d'écouter les autres, le Stupide trouve un terrain fertile.

 

Devrions-nous nous étonner que cette tendance se soit confortablement installée dans notre discours politique ? C'est précisément de là que provient cette disposition. Ce mouvement tribal vers les extrêmes politiques dangereux n'est pas seulement un phénomène américain.

 

  • Les Philippines sont actuellement dirigées par un fou obsessionnel ;

     

  • L'élection présidentielle autrichienne a abouti à un choix entre l'extrême gauche et l'extrême droite ;

     

  • Les gouvernements de la Pologne, de la Hongrie et de la Slovaquie embarrassent leurs populations ;

     

  • La seule question sur l'élection française de l'année prochaine est de savoir qui arrivera au second tour pour se mesurer au Front national.

 

Je crains que ce soit encore une fois 1933. Le public avait alors été facilement influencé par les messages d'une nouvelle technologie de communication qu'ils n'avaient pas encore assimilée (le cinéma). Aujourd'hui, le nouveau moyen de communication est beaucoup plus omniprésent et beaucoup moins social. Les réseaux sociaux forgent le statut (Trump est le candidat parfait)... ils ne fournissent pas un moyen de résoudre des problèmes difficiles.

 

Les réseaux sociaux sont l'outil parfait pour l'Âge du Stupide ! ... Maintenant, au sujet de ce mur...

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger.

 

Source : https://risk-monger.com/2016/11/09/hail-to-the-tweet-tribalism-and-americas-first-social-media-president/

 

 

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