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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Bio c. OGM c. conventionnel : le débat s'intensifie sur les rendements et la durabilité

19 Novembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Agriculture biologique

Bio c. OGM c. conventionnel : le débat s'intensifie sur les rendements et la durabilité

 

Marc Brazeau*

 

 

 

 

L'auteur analyse une étude parue en décembre 2014, « Diversification practices reduce organic to conventional yield gap » (les pratiques de diversification réduisent l'écart de rendement entre bio et conventionnel) de Lauren C. Ponisio et al. qui avait fait forte impression dans les milieux alternatifs. Elle proclamait en effet que l'écart de rendement entre « bio » et « conventionnel » est – plus précisément « n'est que » – de 19,2 %. Il se fonde essentiellement sur le communiqué de presse, puisque c'est lui qui fait le buzz.

 

Tout n'est peut-être pas parfait dans l'article ci-dessous, mais il constitue dans l'ensemble une analyse fort pertinente.

 

 

Si nous voulons nourrir le monde, nous devrons produire beaucoup de nourriture. La population mondiale devrait atteindre près de 10 milliards d'ici 2050, selon les Nations Unies, à peu près la moitié de l'accroissement devant se produire en Afrique. L'ONU prédit qu'au milieu du siècle, l'espèce humaine, aura besoin de 60 pour cent de plus de nourriture – 100 pour cent de plus dans le monde en développement.

 

Comment pouvons-nous répondre à ces besoins ? Les agriculteurs biologiques disent que nous pouvons y arriver en utilisant des pratiques agroécologiques, et préserver un environnement de plus en plus fragile par la même occasion. Mais les agriculteurs conventionnels disent que c'est une promesse de Gascon. L'agriculture biologique ne peut tout simplement pas égaler les rendements de l'agriculture conventionnelle, ni produire de la nourriture de manière aussi durable. Et jusqu'à présent, la plupart des études ont montré un « écart de rendement » important, en particulier pour les cultures de base comme le blé, le soja et le maïs. Ces écarts ont été estimés dans une fourchette allant de 10 pour cent au mieux à 50 pour cent voire plus. Une étude récente a estimé le manque à produire à 35 pour cent pour le maïs ; 31 pour cent pour le soja ; et 45 pour cent pour le cotonnier, une culture clé pour l'habillement et d'autres usages. Mais toutes les études ne montrent pas cela, en particulier une méta-analyse souvent citée et référencée par les partisans de l'agroécologie.

 

 

La plus grande étude faite à ce jour, publiée dans les Proceedings of the Royal Society en 2015 – « Diversification practices reduce organic to conventional yield gap » (les pratiques de diversification réduisent l'écart de rendement entre bio et conventionnel) –, a comparé l'agriculture conventionnelle à l'agriculture biologique. Les auteurs ont rassemblé un vaste ensemble de données et comparé les rendements entre les deux approches et les effets sur une large gamme de variables. Le document a été accueilli par une salve d'applaudissements auprès des activistes de l'alimentation et du bio.

 

Le concept d'agriculture biologique est très attrayant, et beaucoup de gens espèrent que le recours à cette forme d'agriculture croîtra avec la preuve de l'étroitesse de la différence de rendement par rapport à l'agriculture conventionnelle, en particulier dans les cas où des OGM sont cultivés. Mais le problème dans tout cela est que les conclusions de l'étude ne correspondent pas aux constatations. Par conséquent, en faussant le débat public sur : « qu'est-ce qu'une agriculture durable ? », cette étude biaisée est devenue une distraction majeure dans la réponse au véritable défi qui est d'accroître la durabilité de l'agriculture moderne.

 

Jetons un œil dans cette étude, en commençant par le communiqué de presse, Can organic crops compete with industrial agriculture? (les cultures biologiques peuvent-elles rivaliser avec l'agriculture industrielle ?).

 

« "En termes de comparaison de la productivité entre les deux techniques, cet article rétablit la vérité sur la comparaison entre l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle", a déclaré l'auteur principal de l'étude, Claire Kremen, professeur de sciences, politique et gestion de l'environnement et co-directrice du Berkeley Food Institute. "Les besoins alimentaires mondiaux devant augmenter considérablement au cours des 50 prochaines années, il est essentiel de regarder de plus près l'agriculture biologique, car outre l'impact environnemental de l'agriculture industrielle, la capacité des engrais de synthèse à augmenter les rendements des cultures a diminué." »

 

Les chercheurs ont procédé à une méta-analyse de 115 études – un ensemble de données trois fois plus grand que ceux utilisés précédemment – pour comparer l'agriculture biologique et l'agriculture conventionnelle. Ils ont trouvé que les rendements du bio sont inférieurs d'environ 19,2 pour cent à ceux de l'agriculture conventionnelle, une différence plus petite que celle observée précédemment dans d'autres estimations (25 pour cent et 20 pour cent).


 

Les auteurs ont affirmé que les ensembles de données disponibles précédemment comparant les méthodes agricoles étaient souvent biaisés en faveur de l'agriculture conventionnelle, de sorte que les estimations antérieures de l'écart de rendement avaient probablement été exagérées. Après avoir créé une plus grande collection de données à examiner, ils ont trouvé que les méthodes qui optimisent la productivité de l'agriculture biologique pourraient réduire l'écart de rendement. Ils ont en particulier mis deux pratiques agricoles en avant : les cultures associées (plusieurs espèces cultivées en même temps dans un champ) et la rotation des cultures (succession de plusieurs cultures différentes dans un champ) ; elles réduiraient sensiblement l'écart de rendement entre bio et conventionnel, à 9 pour cent et 8 pour cent, respectivement.

 

Selon les chercheurs, l'écart de rendement dépend aussi de l'espèce cultivée. Ils prétendent qu'il n'y a pas de différences significatives dans les écarts de rendements entre bio et conventionnel pour les légumineuses comme le haricot, le pois et la lentille.

 

« "Notre étude suggère que grâce à des investissements appropriés dans la recherche agroécologique pour améliorer la gestion des cultures bio et pour créer des variétés pour les systèmes d'agriculture biologique, l'écart de rendement pourrait être réduit, voire éliminé, pour certaines cultures ou régions", a déclaré l'auteur principal de l'étude, Lauren Ponisio, une étudiante de troisième cycle en sciences, politique et gestion de l'environnement. "Ceci est particulièrement vrai si nous imitons la nature en créant des fermes avec une grande diversité écologique qui exploitent les interactions écologiques importantes comme les avantages de la fixation d'azote par des cultures associées de légumineuses ou de couverture." »

 

Nous reviendrons sur cette affirmation... et le fait qu'ils n'ont pas comparé l'agriculture conventionnelle industrielle avec l'agriculture biologique non industrielle.

 

Le document quantifie un certain nombre de choses intéressantes (même si elles ne sont pas surprenantes). Il montre que l'azote est le principal frein à la productivité du bio. En ce qui concerne les légumineuses, qui fixent leur propre azote, l'écart de rendement se réduit pour certaines cultures (ils prétendent aussi, de manière déconcertante, qu'il y a peu de différences entre les légumineuses et les non-légumineuses – voir la figure 1). Lorsque les quantités d'azote appliquées (engrais) étaient similaires entre bio et conventionnel, l'écart de rendement se réduisait à 9%, à mettre en rapport avec les 30% dans les comparaisons dans lesquelles les systèmes conventionnels recevaient plus d'azote (voir la figure 2, ci-dessous).

 

 

L'analyse semble montrer que l'écart de rendement est moindre pour les fruits et les noix (environ 7 pour cent) et les cultures oléagineuses (environ 12 pour cent), mais assez grand pour les céréales (près de 20 pour cent) et énorme pour les racines et tubercules (près de 30 pour cent).

 

Mais l'ensemble des comparaisons sur lesquelles les auteurs se fondent relève d'un exercice sur des pommes et des oranges : des comparaison entre polycultures bio et monocultures conventionnelles ; entre bio avec de plus grandes rotations de cultures, et conventionnel avec des rotations plus simples. En d'autres termes, cela semble bien être une comparaison entre pommes et oranges, peut-être conçue pour produire le résultat souhaité par les chercheurs.

 

En effet, lorsque les agriculteurs biologiques utilisent les techniques d'agriculture de conservation, les rotations diversifiées et la polyculture, nous voyons l'écart se rétrécir à environ 9 pour cent. Toutefois, lorsque les agriculteurs conventionnels emploient les mêmes techniques de conservation qui augmentent les rendements du bio, l'écart se creuse à plus de 20 pour cent.

 

Les agriculteurs alternent souvent les cultures sur un champ afin de préserver et d'améliorer les nutriments du sol. Les différentes cultures utilisent les éléments nutritifs en quantités différentes. Les légumineuses, comme la lentille, la luzerne et le soja, restituent en fait de l'azote vers le sol. C'est la fixation de l'azote. La rotation la plus typique [ma note : dans la Corn Belt états-unienne] est tout simplement le maïs suivi par le soja. Des rotations plus diversifiées de trois à six cultures sur une série d'années augmentent la santé des sols, diminuent la nécessité d'apporter des engrais [ma note : uniquement pour ce qui concerne l'azote et si la rotation est riche en légumineuses, particulièrement trèfle ou luzerne] et contribuent aussi à la lutte contre les ravageurs ; comme les différents parasites et maladies attaquent des plantes différentes, la rotation interrompt leurs cycles. La polyculture désigne la culture de plus d'une ou deux espèces, mais cela peut être plusieurs cultures en même temps ou une succession de cultures sur une même ferme.

 

Avec les techniques culturales de conservation, le paillage et les cultures de couverture, les rotations diversifiées et les cultures associées (plusieurs espèces cultivées en même temps dans un champ, souvent en rangs alternés ou entre des rangées d'arbres dans un verger) sont des méthodes désignées collectivement par « agriculture de conservation ».

 

En règle générale, historiquement, les agriculteurs biologiques se sont davantage appuyés sur des rotations diversifiées et la polyculture que les agriculteurs conventionnels. Mais l'agriculture biologique devient plus industrielle, et les agriculteurs conventionnels adoptent des méthodes de conservation en plus grand nombre, et cette règle est devenue moins pertinente.

 

L'observation contre-intuitive dans tout cela est que l'adoption des techniques de conservation par les agriculteurs conventionnels crée un avantage qui est encore plus grand que celui qu'ils ont en monoculture et en situations sans rotation. On pourrait penser qu'en polyculture avec rotations diversifiées, les agriculteurs conventionnels perdraient une partie de leur avantage, car ces techniques peuvent réduire la nécessité de pesticides et d'engrais de synthèse qui sont interdits aux agriculteurs biologiques. Au lieu de cela, nous voyons le contraire.

 

 

Le conventionnel de conservation surclasse le bio de conservation pour les rendements

 

Il se trouve que les techniques de conservation sont encore plus productives lorsqu'elles sont intégrées dans une approche de boîte à outils complète, avec des applications judicieuses de pesticides et d'engrais de synthèse.

 

 

 

Les rendements sont importants pour la durabilité

 

Avant d'examiner les implications de ces données, j'aimerais aborder une autre faiblesse dans le raisonnement des auteurs de l'article. Tout au long de l'étude, ils discutent du rendement comme s'il était étranger aux préoccupations de développement durable ou aux impacts environnementaux.

 

« L'adoption généralisée des méthodes agricoles durables est cependant peu probable, à moins que ces méthodes soient tout aussi productives et/ou efficaces en termes de coût, de manière à améliorer les moyens de subsistance. Par conséquent, il y a une incitation à déterminer s'il existe un écart de rendement entre l'agriculture "conventionnelle" (à savoir chimiquement intensive et biologiquement simplifiée) et des formes alternatives, plus durables de l'agriculture, et si oui, comment il peut être réduit ou éliminé. »

 

Mais le rendement est une mesure centrale de la durabilité. Des rendements élevés sont un indicateur de l'utilisation efficace des ressources. Des rendements élevés indiquent que l'eau, le carburant, les engrais, les pesticides, le travail, etc. ont été transformés avec succès en nourriture et non en mauvaises herbes, en nourriture pour les parasites, ou en ruissellement. Il n'y a rien de durable quand on alloue à une culture des ressources qui sont en partie accaparées par les mauvaises herbes ou gaspillés par les parasites et maladies.

 

La question de l'utilisation des terres est d'autant plus importante. Cela est souvent négligé lorsqu'on considère l'impact environnemental des méthodes agricoles, car il nous est demandé de penser de manière contre-intuitive. Nous devons poser la question suivante : « Que devrions-nous faire pour produire la même quantité de nourriture si les rendements étaient plus faibles ? » La réponse est évidemment d'utiliser plus de terres. Ce n'est pas rien, comme je vais le démontrer avec vigueur.

 

Les auteurs nous disent que l'écart de rendement est un obstacle à l'adoption de formes d'agriculture plus durables. Supposons un instant que ce n'est pas un obstacle et que nous pourrions simplement adopter ce qu'ils prétendent être une forme plus durable d'agriculture – les techniques d'agriculture biologique.

 

Compte tenu de l'écart de rendement calculé auparavant de 25 pour 100, aux États-Unis, si nous nous tournions exclusivement vers la production certifiée biologique, nous devrions défricher une superficie égale à celle de la Californie pour obtenir de nouvelles terres cultivées ; et si nous étendons cet écart à l'élevage, nous parlons de Californie + Montana + Pennsylvanie, afin de pratiquer ce qu'ils prétendent être une agriculture plus durable.

 

Si nous suivons les articles qui trouvent un écart de 19 pour cent, nous n'aurions à rayer de la nature sauvage que la superficie du Nouveau-Mexique pour obtenir de nouvelles terres cultivées. Les nouvelles terres cultivées, pâturages et parcours nécessiteraient de dégager un espace égal au Nouveau-Mexique + Californie, afin de pratiquer une forme d'agriculture plus durable.

 

Dans le cas improbable où la production biologique réduirait l'écart de rendement à 9 pour cent, il nous faudrait encore défricher une zone de nature sauvage égale à l'Iowa ou, si nous incluons le bétail, au Nouveau-Mexique + New Jersey, afin de pratiquer cette agriculture plus durable.

 

 

Le problème de l'azote

 

Je ne sais pas quelle définition de « durable » inclut la mise en culture de vastes étendues de terres nouvelles. Et les chiffres ci-dessus sous-estiment en fait le problème pour plusieurs raisons. La première est que les meilleures terres sont déjà cultivées. Les terres nouvellement défrichées seraient moins productives et nous devrions donc éliminer encore plus de nature sauvage. L'adoption de légumineuses en jachère présente un certain nombre d'avantages du point de vue environnemental. Le gel de l'empreinte de l'agriculture n'est pas l'un d'eux.

 

Certains critiques de la production biologique soulignent que ces études comparatives oublient souvent de tenir compte des cultures de couverture en jachère dans la rotation dans le calcul du rendement. Ajouter des légumineuses en jachère dans la rotation augmente significativement la surface nécessaire pour maintenir les mêmes niveaux de production. Il y a peut-être plus important : passer complètement à la production biologique et éliminer les engrais de synthèse nous confronte au vilain secret de l'azote dans le système bio. Car en plus d'utiliser des légumineuses pour fixer l'azote dans le sol, les agriculteurs biologiques s'appuient sur le fumier pour l'azote. Et la plupart du fumier provient de bovins élevés conventionnellement.

 

La question devient alors : « D'où les vaches tirent-elles l'azote ? » Il provient de cultures fertilisées avec des engrais de synthèse. Ainsi, le fumier est devenu un système de blanchiment de l'azote : l'azote synthétique entre dans la vache par une extrémité et sort de l'autre comme azote organique... L'agriculture biologique n'a pas une bonne réponse à cela.

 

 

 

Nous n'avons pas le bon vocabulaire pour discuter de ces questions correctement

 

Heureusement, l'agriculture biologique n'est pas le seul modèle d'agriculture durable. C'est juste le seul à bénéficier d'une reconnaissance par le nom. Et le vocabulaire a été une des choses qui m'a fait réfléchir dans cet article. La première qui m'est venue à l'esprit à la lecture du titre du communiqué de presse a été : « Organic » (bio) et « industrial » ne sont pas des contraires, bien que de nombreux militants de l'alimentation aiment poser ainsi les termes du débat. Une bonne partie de la production biologique est industrielle, comme l'organisation activiste du bio The Cornucopia Institute l'a noté l'autre semaine. (Il est également intéressant de noter que la plupart des comparaisons que l'étude a examinées étaient des essais expérimentaux, de sorte que l'on n'a étudié que très peu de productions véritablement industrielles.)

 

Le contraire de « bio » est « conventionnel », qui est un mot sans véritable sens, autre que « non biologique ». Je pense à l'agriculture «biologique » comme à une forme d'agriculture avec une boîte à outils limitée ; une dénomination opposée plus exacte serait donc « agriculture dotée d'une boîte à outils complète ». Ce qui m'a aussi frappé, c'est que nous n'avons pas vraiment de terme pour le contraire de « industriel ». Pour en trouver un, il faudrait d'abord une définition de « l'agriculture industrielle ». Je dirais simplement qu'« agriculture industrielle » signifie l'agriculture organisée selon des schémas industriels : hautement mécanisée, réalisant des économies d'échelle et une standardisation des produits ; dans le cas de certaines cultures à forte intensité de main-d'œuvre, « industriel » signifie aussi une forte proportion de travailleurs de première ligne par rapport à la direction (rapport entre les travailleurs et les propriétaires).

 

Ainsi, dans l'agriculture, l'opposé de l'industriel serait la petite exploitations de polyculture (PEP). Ainsi, nous pourrions avoir une taxonomie approximative en quatre éléments : industriel conventionnel, industriel bio, PEP conventionnel et PEP bio.

 

Cette taxonomie est incomplète : il manque la polyculture occasionnelle de grande envergure et les quelques petites opérations de monoculture, mais elle est beaucoup plus utile que le « bio c. industriel » déséquilibré. Malheureusement, personne ne collecte des données dans le cadre de cette taxonomie analytique plus féconde. Pour pouvoir utiliser des données, nous devons employer les catégories telles que définies pour le recueil desdites données. Ainsi, on pourrait créer une taxonomie en quatre quartiers comme celle-ci:

 

 

Comme le directeur exécutif de Food First, Eric Holt Gimenez, l'a souligné dans son analyse de l'article :

 

« Toutes les exploitations biologiques ne sont bien sûr pas agroécologiques. Certaines sont de vastes monocultures industrielles qui sont aussi vulnérables au climat que leurs homologues conventionnelles. Ce que cette nouvelle étude montre, c'est que l'agroécologie – et non l'agriculture biologique en tant que telle – est la clé du rendement et de la durabilité. »

 

Cela souligne un autre problème avec notre vocabulaire actuel. En devenant synonyme d'agriculture durable, le label « biologique » a éclipsé d'autres approches de l'agriculture durable, tout en occultant le fait qu'il est possible d'être certifié biologique sans être durable. (Je vous regarde, vous, producteurs de carottes et de choux bio !)

 

 

L'agriculture de conservation doit sortir de l'ombre de l'agriculture biologique

 

En fait, nous n'avons tout simplement pas de terme largement reconnu pour une agriculture durable autre que « biologique ». Il y a un terme, mais il n'est tout simplement pas largement utilisé. C'est le terme que j'ai introduit plus tôt : « l'agriculture de conservation » ; elle gravite autour d'un ensemble de pratiques pour améliorer la qualité du sol et la production, mais sans les interdictions qui paralysent le bio. « Agriculture de conservation » a d'abord été appliqué au sans-labour et aux façons culturales simplifiées et son usage s'est étendu pour inclure l'utilisation de cultures de couverture, de paillis, de composts et de rotations diversifiées. Si nous ajoutons à cela la lutte intégrée contre les parasites et maladies, nous avons un cadre solide. Mais l'agriculture de conservation languit dans l'ombre de l'agriculture biologique, alors même que celle-ci se débat pour dompter sa dépendance au travail du sol et cacher son sale petit secret de l'azote.

 

En fait, il y a de bonnes recherches qui montrent que l'agriculture de conservation augmente non seulement les rendements, mais aussi la rentabilité en baissant le coût des intrants (lire aussi : diminuant les impacts environnementaux du carburant, des engrais et des pesticides) en tandem avec les rendements plus élevés. Il est à noter également que les bénéfices augmentent sans les primes et suppléments de prix dont bénéficie le bio, de sorte que l'agriculture de conservation est accessible aux consommateurs à faibles revenus des pays développés et aux pauvres des pays en développement.

 

Dans quelle mesure l'agriculture biologique nous distrait-elle du véritable sujet quand il s'agit de notre façon de concevoir l'agriculture durable et l'allocation de nos ressources ?

 

 

Jetons un coup d'œil à notre taxonomie en quatre quartiers, mais à l'échelle pour représenter la superficie cultivée par chacun de nos quatre groupes.

 

Aux États-Unis, la production biologique représente 0,8 pour cent des terres cultivées et 0,5 pour cent des pâturages. En 2011, il y avait 2,2 millions d'hectares en agriculture biologique sur 370 millions d'hectares au total, soit 0,6%. Les fermes de plus de 200 hectares représentaient 70 pour cent des terres agricoles, les fermes de moins de 200 hectares constituant les 30 pour cent restants. Dans le secteur biologique, la répartition était de 60/40, avec des fermes de plus de 200 hectares représentant 60 pour cent, et moins de 200 hectares, 40 pour cent.

 

Alors, quand les auteurs de l'étude opinent :

 

« Notre étude suggère que grâce à des investissements appropriés dans la recherche agroécologique pour améliorer la gestion des cultures bio et pour créer des variétés pour les systèmes d'agriculture biologique, l'écart de rendement pourrait être réduit, voire éliminé, pour certaines cultures ou régions »,

 

la question devient: « Pourquoi faire ? ».

 

Ce que l'étude a montré, c'est que ce sont les méthodes qui comptent, pas l'idéologie ou le système de culture en tant que tel. Quand on regarde le graphique ci-dessus, on se rend compte que cela n'a pas beaucoup de sens de dépenser davantage de ressources, ni même de temps, pour essayer de trouver comment rendre ce petit ruban en bas à droite plus productif quand nous pourrions essayer de promouvoir des rotations plus diversifiées, les cultures associées, la polyculture et les autres méthodes de l'agriculture de conservation dans les plus de 99,4 pour cent de la superficie actuellement occupée par l'agriculture disposant de la boîte à outils intégrale.

 

La recherche sur les cultures de couverture, les paillis, les composts, les rotations diversifiées et la protection intégrée des cultures profiterait à tous, à l'agriculture biologique et à l'agriculture disposant de la boîte à outils intégrale. Au lieu de nous concentrer sur la fausse promesse du comblement des écarts de rendement, nous pourrions préserver et augmenter les rendements tout en faisant bénéficier les masses de l'agriculture de conservation.

 

C'est la bonne vieille logique de Willie Sutton. « C'est là que se trouvent les agriculteurs. »

 

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* Marc Brazeau écrit sur l'alimentation et l'agriculture. Il blogue sur Food and Farm Discussion Lab. Suivez Marc sur Twitter @realfoodorg.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/11/15/organics-v-conventional-v-gmos-debate-grows-farm-yields-sustainability/

 

 

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