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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un article de Séralini et al. plagié !

11 Octobre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup), #Gilles-Éric Séralini

Un article de Séralini et al. plagié !

 

Ben non, justement ! Si on le retrouve dans l'urine, c'est qu'il a été éliminé !

 

L'information nous avait échappé en son temps (février 2016)... mais il s'est trouvé quelqu'un pour plagier un obscur article de l'équipe de M. Gilles-Éric Séralini – tellement obscur qu'il nous avait aussi échappé. Il méritait pourtant un meilleur sort.

 

Il s'agit de « Glyphosate Exposure in a Farmer’s Family » (exposition au glyphosate dans une famille d'agriculteurs), publié en septembre 2012 dans une revue qualifiée de prédatrice (qui publie tout ou presque moyennant finance), Journal of Environmental Protection, de Scientific Research Publishing.

 

Septembre 2012 ? Cet article ne pouvait qu'être éclipsé par celui qui fit scandale...

 

Sept auteurs pour un article des plus minces : Robin Mesnage, Christian Moesch, Rozenn Le Grand Grand, Guillaume Lauthier, Joël Spiroux de Vendômois, Steeve Gress, Gilles-Eric Séralini.

 

Résumons : un agriculteur s'en va-t-en guerre contre les mauvaises herbes (par respect pour la profession nous n'avons pas utilisé le mot qui rime avec le nom du personnage de la chanson...). L'équipe mesure les résidus de glyphosate dans les urines un jour avant, le jour de la pulvérisation (mécanisée et manuelle) et les deux jours suivants.

 

Notez bien que l'agriculteur n'a pas été choisi au hasard :

 

« Nous avons testé la présence de glyphosate dans les urines d'un agriculteur qui a épandu un herbicide à base de glyphosate, et de sa famille, car ses enfants sont nés avec des anomalies congénitales qui pourraient être dues ou favorisées par les pesticides. »

 

On admirera la formidable rigueur scientifique : agriculteur... anomalies congénitales... pesticides... glyphosate...

 

Le résultat est illustré par la figure suivante et complété par des supputations – a priori logiques – des auteurs.

 

 

http://file.scirp.org/Html/3-6701610/8d3c8ed2-508e-4006-8402-bbe954107cce.jpg

 

 

Quasi immédiatement après la pulvérisation, l'agriculteur excrète du glyphosate, avec un pic à 9,5 μg/L. Selon l'hypothèse avancée par les auteurs, c'est le glyphosate qui a été inhalé. La deuxième excrétion, sur une durée plus longue pourrait correspondre au glyphosate absorbé par voie cutanée. Un des enfants a aussi excrété du glyphosate (pointillé), mais pas l'épouse ni les deux autres enfants.

 

Ces résultats sont loin d'être inintéressants : voilà un agriculteur qui épand du glyphosate sans prendre de précautions particulières (lors de l'épandage manuel, il portait des gants mais pas d'équipement de protection ni de masque) et présente un pic d'excrétion 7 heures après le début et 3 heures après la fin de la pulvérisation de... excusez du peu... 55 litres d'herbicide (aux caractéristiques non précisées) avec le tracteur et 0,75 litre par voie manuelle. L'excrétion retombe à 0 – comme avant la pulvérisation – au bout de 24 heures, avant de reprendre sur une période plus longue (l'interruption des mesures ne permet pas de savoir quelle a été sa durée).

 

Tout aussi intéressant est le fait qu'un seul des enfants ait excrété du glyphosate, mais pas les trois autres membres de la famille (l'épouse et deux enfants). Les chercheurs supputent des contacts de cet enfant avec le père et donc une « contamination » par voie cutanée... nous constatons pour notre part qu'ils n'ont pas beaucoup cherché à élucider la question.

 

Le glyphosate est donc rapidement excrété. C'est ce qu'avait aussi indiqué le BfR allemand en réponse à l'hystérie médiatique déclenchée par les Verts :

 

« ...Du point de vue scientifique, la détection du glyphosate en faible concentration dans les urines est attendue. En effet, cela montre que le glyphosate est rapidement excrété, principalement dans les urines. »

 

Il l'est, semble-t-il, aussi complètement. En témoigne le niveau 0 au début de l'expérience et le retour à 0 au bout de 24 heures, avant la reprise de l'excrétion d'un glyphosate supposé avoir été absorbé par voie cutanée.

 

Trois membres de la famille n'ont pas été « contaminés » bien qu'ayant côtoyé un applicateur qui est rentrer manger après quatre heures de pulvérisation, s'est lavé les mains et s'est changé, mais pas douché.

 

Au total, des résultats plutôt rassurants.

 

Mais ils sont, selon la terminologie en usage, « négatifs » : on a cherché... on a trouvé... mais on n'a rien trouvé de croustillant qui assure la célébrité et des chercheurs, et de la revue qui les publie.

 

De fait, l'équipe de M. Séralini a eu quelque peine à insérer des propos anxiogènes dans l'article. Ainsi :

 

« Dans nos travaux [non référencés!], le Roundup a des effets anti-androgènes cellulaires à partir de 0,2 ppm de glyphosate mélangé avec des adjuvants, une concentration 20 fois supérieure à celles détectées dans ces essais. Cependant, cela s'est produit dans les 24 h, et n'a pas pris en compte la bioaccumulation dans les tissus, ni les effets à long terme, ainsi que les effets combinés avec d'autres pesticides pulvérisés. »

 

Mais si l'on s'en tient aux résultats de mesures, on peut presque se féliciter de l'existence de ces revues de série Z : ces résultats n'avaient aucune chance d'être publiés dans une revue plus prestigieuse, fréquentée par des chercheurs adeptes de la pêche aux alphas...

 

Et le plagiat d'un article de revue de série Z par une revue de série ZZ, International Journal of Technical Research and Applications, a permis de « ressusciter » l'article. Selon la table des matières du numéro de janvier-février 2016, l'article est temporairement indisponible. Mais tapez sur la rubrique correspondante dans la table des matières et vous tombez dessus.

 

On peut supposer que la copie s'est faite par OCR, reconnaissance optique de caractères, d'où les nombreuses fautes, y compris des contresens. Le « µ » a dû poser de sérieux problèmes... les données chiffrées sont devenues extrêmement fantaisistes... Il y a des niveaux d'excrétion en grammes/litre approchant les concentrations des formules commerciales ! Mais cela a été publié !

 

L'auteur du plagiat semble être un habitué. En cherchant un peu, nous avons trouvé « Another Article about Plagiarism — That Contains Plagiarism » (un autre article sur le plagiat – qui contient des plagiats)...

 

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