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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Poisons chimiques dans les maisons ? Surtout médiatiques !

14 Octobre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Santé publique, #critique de l'information, #Activisme

« Poisons chimiques dans les maisons ? Surtout médiatiques !

 

C'est naturel... naturellement, ce ne sont pas des poisons !

C'est naturel... naturellement, ce ne sont pas des poisons !

 

 

« Des annonces tonitruantes qui relèvent plus du spectacle que de la science et qui blâme-t-on ? Les médias, pas les ‘scientifiques’. Certes, la presse ne fait pas toujours son travail mais c’est plus simple de fustiger la presse que de s’en prendre à certains mandarins. »

 

Dr Jean-Daniel Flaysakier, dans un billet qui mérite d'être (re)lu

 

Il faut blâmer les deux. Surtout quand il y a des apparentements curieux.

 

 

Coïncidence ? Effet d'entraînement ? Politique concertée ? Ou simplement effet d'optique pour l'observateur ?... Les articles anxiogènes et anti-chimie tombent en ce moment, on a envie d'ajouter : comme les feuilles mortes.

 

« Poisons chimiques dans les maisons: les cas de dérèglements hormonaux se mutliplient (sic) » est l'œuvre de SFR. C'est le condensé d'un « reportage » ou « document » sur Grand Angle de BFMTV, « Du poison dans nos maisons ».

 

La présence de polluants dans nos habitations est une question sérieuse qu'il convient d'aborder avec objectivité. SFR a choisi les gros mots – les « poisons chimiques » – alors que BFMTV est resté plus vague... illustration du problème fréquent de l'escalade dans le sensationnalisme quand un média suce l'information de l'autre.

 

Il y a aussi les grosses ficelles d'un personnage qui tient la chaire d'endocrinologie pédiatrique à Montpellier, Charles Sultan.

 

Sur le premier point, un traitement objectif de l'information – si tant est que BFMTV et SFR apportent une information – aurait consisté, d'une part, à évoquer l'ensemble des polluants, donc y compris les « poisons naturels ». Et, d'autre part, à mettre un bémol sur le lien allégué entre polluants domestiques et dérèglements hormonaux ; ce n'est pas que les premiers ne soient pas impliqués dans les seconds, par principe, mais il y a bien d'autres facteurs qui entrent en jeu, et mettre en cause les premiers suppose d'avoir de sérieuses bases factuelles.

 

Mais on reste dans le déclaratif grandiloquent, anxiogène et, d'une certaine manière, publicitaire. Chez SFR :

 

« Glande mammaire anormalement développée chez les garçons, recrudescence des cas de micropénis, puberté précoce chez les filles... Les perturbateurs endocriniens présents dans nos domiciles sont la cause de nombreuses anomalies. »

 

M. Charles Sultan a-t-il les munitions scientifiques pour étayer ces affirmations, puisqu'il en est à l'origine ? Et surtout des arguments sérieux pour étayer les siennes propres (citées de SFR et tirées du « document ») ?

 

« Nous n'avons jamais autant d'enfants qui viennent nous voir pour un micropénis, un hypo-développement de verge, jamais autant d'obèses dont on sait qu'elles [sic) ne s'inscrivent pas dans un contexte familial. (...) Cette pollution insidieuse et invisible mériterait une prise en considération plus active de nos autorités de tutelle ».

 

Si « nous » renvoie à sa consultation médicale, c'est sans doute vrai. Ce genre d'article et de séquence vidéo le met personnellement en valeur.

 

Quant aux obèses, nous aurons l'audace d'affirmer que la « pollution insidieuse et invisible » est très loin d'être la cause première du phénomène. Mais n'est-il pas vrai qu'en s'y référant, on augmente considérablement son auditoire, bien au-delà des parents dont les enfants souffrent d'une anomalie en lien avec le système hormonal ?

 

Le journalisme de très bas étage continue avec :

 

« Le jour du reportage, le médecin recevait une petite fille dont la puberté s'est déclarée précocement. Elle a passé son enfance au milieu des vignes, ou [sic] les pesticides sont très présents. »

 

Cela correspond à une séquence dont SFR a coupé une partie dans son clip, une partie qu'on peut visionner avec effarement dans le « document » de BFMTV. Le professeur Sultan mène son enquête sur le cadre de vie de la fillette... enfin... pour les besoins du reportage... La mère raconte... un discours qui témoigne de son imprégnation par le discours anti-pesticides ; est-elle venue avec cette imprégnation ou lui a-t-on suggéré le discours ? Et le professeur de conclure sur un ton professoral :

 

« À l'évidence, elle a quelques éléments qui nous orientent vers un impact environnemental. […] On a des données de l'interrogatoire qui font force d'argument. »

 

C'est du niveau des déductions des Dupond et Dupont !

 

 

Mais c'est malheureusement aussi le genre de propos qui contribue à une hystérie individuelle et collective. Un grand professeur a dit que... ça doit donc être vrai...

 

De toute manière, on peut aussi s'interroger sur la conformité à la déontologie médicale de la présence d'une équipe de télévision lors d'une consultation médicale – ou de la mise en scène d'une consultation factice par un praticien.

 

La participation active du professeur se poursuit : il montre une photo de glande mammaire anormalement développée chez un garçon. Une démarche respectueuse de la déontologie scientifique s'autoriserait-elle à exhiber une telle photo de cas – qui nous semble exceptionnel, ne serait-ce que parce qu'il n'a pas été traité à un stade plus précoce – dans un reportage pour grand public ?

 

Le reportage vidéo se poursuit sur BFMTV (c'est coupé sur SFR) par une balade dans Paris avec Mme Sophie Bordères, chargée de mission pour... Générations Futures. Gros plan sur plein de perturbateurs endocriniens dans l'air (« ...on retrouve des pesticides dans l'air... »), dans les salons de beauté, dans « les restaurants qui ne sont pas très bio... », etc. Puis par une interview de Mme Stéphane Horel, présentée comme « journaliste », mais sans préciser qu'elle est ou fut collaboratrice de Corporate Europe Observatory, pour une séquence de complotisme hystérique.

 

Mais, heureusement,

 

« ...puisque Bruxelles traîne des pieds, certains ont décidé à leur échelle de prendre les choses en main... »

 

On nous prodigue donc de bons conseils. Qui ? La co-présidente de Génération Cobayes... une incontestable référence ! Parmi les conseils :

 

« ...privilégier les produits bio... »

 

Qui finance Générations Cobayes ? Entre autres Léa Nature...

 

Qui est membre du comité scientifique de Générations Cobayes ? Entre autres Charles Sultan. Mais aussi Gilles-Éric Séralini et Maria Pelletier (PDG d'une entreprise du secteur du bio, présidente de Générations Futures)...

 

Cela se termine par un beau mouvement de menton sur BFMTV :

 

« Toutes les ONG qui militent contre les perturbateurs endocriniens ne lâcheront pas : elles veulent obtenir de Bruxelles leur interdiction définitive. »

 

Ah bon ? Le soja ? La pilule ?

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