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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Plaidoyer pour l'agriculture sur une planète en mutation

16 Octobre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie

Plaidoyer pour l'agriculture sur une planète en mutation

 

Maria Béatriz Giraudo Gaviglio*

 

 

 

Mon père, avec un groupe d'agriculteurs, s'était inquiété des sols en Argentine et ils avaient arrêté des siècles de dégradation agricole involontaire en changeant la façon de cultiver la terre de leurs pères.

 

Ils avaient remarqué que leurs terres subissaient une attaque au ralenti. La violence du travail du sol combinée avec l'action constante du vent et de l'eau était en train de ruiner le sol. Ils devaient trouver un équilibre – faute de quoi ils allaient se trouver eux-mêmes sur la voie de la dégradation permanente.

 

Ils adoptèrent la technologie du sans labour.

 

Plutôt que de bouleverser la terre en la retournant sans cesse, ils ont modifié leurs pratiques agronomiques pour la protéger. Leurs efforts ont permis au sol de conserver l'humidité, d'accumuler des nutriments et d'améliorer la biodiversité. Le meilleur de tout cela était que ces nouvelles méthodes les ont aidé à résoudre le problème de l'érosion des sols. Celle-ci est passée d'une menace majeure à un problème mineur que nous savons maintenant gérer.

 

Leur démarche pionnière a sauvé l'agriculture dans notre région. Ce fut une révolution, non seulement technologique, mais aussi organisationnelle et institutionnelle, et surtout culturelle.

 

Aujourd'hui, après des décennies d'innovation continue, ma famille cultive du soja, du maïs, du blé, de l'orge et du sorgho sur près de 4.000 hectares. Nous élevons aussi du bétail et nous sommes même en train d'introduire des moutons. C'est une initiative de mes fils, la sixième génération. Nous avons réduit l'érosion des sols de 90 pour cent. Nous avons également diminué nos coûts et réduit nos émissions de gaz à effet de serre. Dans le même temps, nous avons augmenté notre productivité, en maintenant la fertilité de nos sols comme meilleure contribution à la sécurité alimentaire.

 

 

 

L'Argentine, avec un taux d'adoption de l'agriculture sans labour de 90% et la promotion des bonnes pratiques agronomiques, est plus florissante que jamais, servant de grenier pour notre nation et le monde.

 

À la base de tout cela il y a une philosophie de l'« écoprogrès » : le concept que les avantages écologiques et le progrès économique peuvent avancer ensemble. Nous avons appris que nous consacrer à l'agriculture durable peut nous aider à produire plus de nourriture que jamais auparavant.

 

Le souci de la production m'a incité à devenir non seulement une agricultrice qui innove, mais également un défenseur de l'agriculture sur une planète en mutation. L'exemple de cet engagement, ainsi que mon mon éducation, m'ont permis d'appréhender le pouvoir de l'intelligence collaborative – et surtout la notion que personne ne possède une idée. Nous apprenons tant de nos erreurs que de nos succès. Partager ce que nous savons peut permette à tout le monde de faire des progrès.

 

Donc, nous devons raconter nos parcours, pas seulement entre collègues agriculteurs, mais aussi au monde plus large des citoyens, des scientifiques et des décideurs politiques.

 

En Argentine, nous avons une excellente expérience à partager à propos de la solution au problème de l'érosion des sols grâce à la réflexion créatrice et à la technologie – avec générosité et ouverture d'esprit.

 

C'est pour moi une grand honneur et un privilège que le Réseau Mondial des Agriculteurs ait choisi de reconnaître notre expérience avec son Prix Dean Kleckner. Je n'ai jamais eu la chance de rencontrer Dean, mais il est un modèle de force, de conviction et de dévouement – et j'espère qu'en tant que récipiendaire d'un prix qui porte son nom, je pourrai déployer certaines de ces qualités.

 

Chaque jour, dans le monde, des scientifiques et des décideurs tiennent de grandes réunions avec beaucoup de « personnes très importantes » qui discutent comment les agriculteurs doivent cultiver la terre et décident des politiques sans entendre la situation réelle des agriculteurs qui sont responsables de la sécurité alimentaire et environnementale. En tant qu'agriculteurs, nous devons être à la table de discussion politique dans le monde entier.

 

J'envisage d'utiliser ce prix comme une occasion de décrire ce que j'ai vu et appris, de sorte que tous les agriculteurs puissent devenir des producteurs durables de la nourriture et que les non-agriculteurs comprennent nos façons de faire et leurs raisons.

 

Aujourd'hui, l'agriculture sans labour est une technique communément acceptée. Nous continuons à affiner cette pratique, mais nous ne sommes pas confrontés à une opposition active de groupes d'intérêts spéciaux.

 

À l'avenir, cependant, je vois beaucoup de défis et de controverses alors que nous nous efforçons d'assurer la sécurité alimentaire mondiale.

 

Prenons le cas des OGM. Nous les avons adoptés dans notre exploitation en 1996, dans le cadre de notre stratégie générale visant à protéger les sols et à augmenter la production avec des outils agricoles modernes. Nous en avons vu les avantages d'emblée. Après deux décennies, nous savons le bien qu'ils ont apporté. Ils nous aident à vaincre les mauvaises herbes, les ravageurs et les maladies. Comme tant de choses, ils doivent faire l'objet de réglementations responsables – mais ils rendent également de grands services, y compris des services qui ne sont pas évidents pour les gens qui ne font pas de cultures pour vivre.

 

Malheureusement, ces aliments sûrs et sains ont suscité des résistances. La majeure partie de cette résistance provient d'un manque de connaissances sur ce qu'ils sont et pourquoi ils sont utiles.

 

C'est là mon défi : convaincre les agriculteurs du monde entier de participer à cette mission pour le bien commun de la population mondiale. En tant qu'agriculteurs, nous devons parler. Nous avons l'obligation de décrire ce qu'est cette technologie, comment nous l'utilisons, et pourquoi elle apporte des bienfaits aux agriculteurs, aux consommateurs et à l'environnement.

 

Et c'est précisément ce que je veux faire : partager notre histoire de l'Argentine, dans l'espoir qu'elle apportera des leçons pour tous ceux qui l'entendront et, au bout du compte, auront avancé ensemble.

 

_____________

 

Source : http://globalfarmernetwork.org/2016/10/advocating-agriculture-changing-planet/

 

 

* Maria est un membre du Réseau Mondial des Agriculteurs et a été récompensée par le Prix Kleckner 2016.

 

Agricultrice de la cinquième génération, elle produit avec sa famille du soja, du blé, de l'orge, du maïs et du sorgho et élève du bétail. Elle promeut le sans-labour en Argentine. Elle a reçu le Prix Dean Kleckner 2016.

 

Les lauréats précédents sont : Rosalie Ellasus, Philippines (2007) ; Jeff Bidstrup, Australie (2008) ; Jim McCarthy, Irlande (2009) ; Gabriela Cruz, Portugal (2010); Gilbert Arap Bor, Kenya (2011) ; Rajesh Kumar, Inde (2012) ; V. Ravichandran, Inde (2013) ; Ian Pigott, Royaume-Uni (2014) ; Lydia Sasu, Ghana (2015).

 

Dean Kleckner avait exploité une ferme de 140 hectares de maïs et de soja et élèvé des porcs près de Rudd, Iowa. M. Kleckner a été associé à diverses organisations agricoles. En particulier, il été le président de l'American Farm Bureau Federation de 1986 à 2000 et a siégé au Comité Consultatif sur le Commerce des États-Unis sous trois présidents (Ronald Reagan, George H. W. Bush et Bill Clinton).

 

 

 

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