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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Petite virée dans le petit monde du Monde Planète (1)

20 Octobre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Semences, #Pesticides

Petite virée dans le petit monde du Monde Planète (1)

 

Antispécisme, FAO, FNSEA, Syngenta

 

 

 

La dernière virée sur ce site s'est traduite par plusieurs arrêts. En voici les premiers (nous n'aborderons pas ici les articles sur la mascarade du Tribunal Monsanto).

 

 

Le Monde Planète, porte-voix des antispécistes

 

C'est évidemment son droit le plus absolu. Mais un véritable journal d'information mettrait certaines informations en perspective – de sa propre initiative si personne ne se donne la peine de répondre dans « le camp d'en face ». Nous ne nous plaindrons cependant pas : nous sommes informés des dernières inepties !

 

« "Nous demandons la création d’un secrétariat d’Etat à la condition animale" » est la dernière revendication d'un collectif comprenant notamment MM. Boris Cyrulnik et Matthieu Ricard, et Mme Elisabeth de Fontenay.

 

D'emblée, nous sommes plongés dans le monde virtuel :

 

« Aux origines, les animaux ont été des compagnons et des partenaires, puis, en Occident, sous l’impulsion de la religion, ils sont devenus des êtres inférieurs. Avec le développement de l’industrie, ils ont été transformés en annexes de machines et en matière première exploitable pour servir l’économie humaine. »

 

Passons sur le prêche de la bonne parole pour arriver à la revendication :

 

« Si leur sensibilité n’est désormais plus contestable et si la souffrance constitue le point de départ de toute position éthique, à quoi tout cela doit-il nous engager ? Que devient notre légitimité à les exploiter et à les faire souffrir ? Comment doit-on aujourd’hui les considérer ? Comme des biens ou des personnes non humaines telle que la science les définit ? Le temps est venu de penser et d’instituer d’autres rapports avec eux. Quels sont les changements précis à opérer ? Comment devrions-nous nous vivre demain avec les animaux ?

 

Pour répondre à ces questions et être à l’initiative de réelles modifications dans nos rapports avec les animaux, nous demandons la création d’un secrétariat d’Etat à la condition animale conduit par des experts multidisciplinaires et légitimes, spécialistes de la question animale. »

 

Un secrétariat d'État, pourquoi pas... avec tout l'appareil bureaucratique qui va avec, cela va de soi. Mais, « conduit par des experts »... n'est-ce pas une formidable innovation dans notre système institutionnel ?

 

Il y a même l'exigence que ces experts soient « légitimes »... et, qui plus est, « spécialistes de la question animale ». Ils ont pensé à tout...

 

Une liste d'objectifs suit sous le titre : « Construire une société plus humaine ». Notons celui-ci :

 

« ...que les actes de cruauté soient punissables »

 

Sans vouloir se faire rabat-joie, n'est pas déjà le cas ?

 

Il y a aussi :

 

« que de nouvelles économies alternatives à l’exploitation animale soient encouragées et soutenues, favorisant ainsi la création d’emplois et de nouvelles entreprises. »

 

Il faut un décodeur...

 

 

Haro sur la FNSEA

 

La profession arboricole – l'Association Nationale Pommes-Poires (ANPP) – a fait annuler, implicitement, par le Conseil d'État l'arrêté du 12 septembre 2006 relatif à la mise sur le marché et à l'utilisation des produits visés à l'article L. 253-1 du code rural et de la pêche maritime :

 

« Il est enjoint au ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, au ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, et au ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie d'abroger l'arrêté du 12 septembre 2006 dans le délai de six mois à compter de la notification de la présente décision. »

 

Ne nous y trompons pas : le Conseil d'État a certes invoqué un point de procédure :

 

« ...tout Etat membre qui souhaite adopter une nouvelle règle technique au sens de cette directive ou modifier une règle technique existante doit, sauf s'il s'agit d'une simple transposition intégrale d'une norme internationale ou européenne ou d'une exception expressément prévue par la directive, en informer la Commission européenne dans les conditions prévues par cet article […]

 

[…] que […] ses dispositions comprennent d'"autres exigences" telles que définies par le 4) de l'article 1er de la directive et revêtent, dès lors, le caractère de règles techniques dont le projet devait être notifié à la Commission européenne préalablement à leur adoption ;

 

4. Considérant qu'il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de notification du projet d'arrêté à la Commission européenne, celui-ci a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière [...] »

 

Ce qui est en cause, c'est, comme souvent en France, un problème de surtransposition de règles européennes dans un pays qui veut paraître – et flatter une opinion publique manipulée – fût-ce au détriment des intérêts économiques bien compris.

 

On abroge donc... mais on remet le couvert ! Et se reposent bien sûr les problèmes qui ont incité l'ANPP à saisir le Conseil d'État et qui font hurler mobilisent la mouvance alter et anti.

 

Le Monde Planète nous propose donc le 18 octobre 2016 un décryptage, « Bras de fer sur les conditions d’épandage des pesticides autour des habitations ».

 

C'est en résumé : « Haro sur la FNSEA ». Un classique pour le Monde Planète.

 

Il se trouve que le 14 octobre 2016, Vitisphère publiait « Même les anti-pesticides s’opposent au projet de nouvel arrêté ». On pourrait bien sûr penser que les « anti-pesticides » protestent contre un texte qui, à leurs yeux, ne va pas suffisamment loin. C'est sans nul doute le cas des idéologues et autres porte-flingues des milieux économiques dont le fond de commerce prospère sur le dénigrement des produits de protection des plantes.

 

Mais il en est d'autres qui, tout en critiquant les insuffisances – à leurs yeux – des propositions, estiment que :

 

« Des Zones Non Traitées sont de nature à exacerber les tensions entre les professionnels agricoles et leurs concitoyens puisqu’elles rendraient impossible l’agriculture. »

 

 

https://pbs.twimg.com/media/Cuk8s1UWcAA19EM.jpg:large

 

 

Mais le Monde Planète n'en a cure... Il faut flatter un lectorat pour lequel « FNSEA » est un cri de ralliement.

 

 

Pourquoi ce titre ridicule ?

 

L'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) a publié pour la Journée Mondiale de l'Alimentation un rapport sur « La situation mondiale de l'alimentation et l'agriculture – changement climatique, agriculture et sécurité alimentaire ». Quelque 190 pages avec des informations intéressantes noyées dans des lieux communs et des projections acrobatiques.

 

M. Pierre Le Hir en fournit un excellent aperçu dans « L’agriculture face au réchauffement climatique : le retour des chasseurs-cueilleurs ? » Mais pourquoi donc ce titre ridicule ?

 

 

 

Une sombre affaire de « semences toxiques » et de dissolution prétendument frauduleuse de société

 

 

Celles-là sont vraiment toxiques !

 

On vous raconte.

 

C'est une très vieille affaire. Syngenta Seeds Holding s'était débarrassé de semences déclassées auprès d'un agriculteur du Lot-et-Garonne qui les semait à très haute densité et enfouissait ensuite les jeunes plantes comme engrais vert. Syngenta n'était, semble-t-il, pas le seul à recourir à cette méthode à l'époque, « préconisée par la profession » à l’époque des faits. Mais il s'agit de 922 tonnes de semences de maïs ainsi éliminées entre 1999 et 2002. Ce n'est certes pas rien, mais c'est si vieux...

 

Les semences étaient bien sûr enrobées, traitées. On peut penser que cela a dû produire quelque pollution. Mais étonnamment, il n'y a aucune donnée. En fait, une expertise avait conclu que les risques environnementaux semblaient relativement limités, à l'exception des insectes pollinisateurs.

 

Une plainte avait été déposée par des apiculteurs locaux, à laquelle se sont joints l’Union Nationale de l’Apiculture Française, l’association Que choisir et France Nature Environnement. Il n'y a pas de trace médiatique de dommages causés aux abeilles.

 

On finit par poursuivre Syngenta Seeds Holding pour avoir « fait déposer de façon irrégulière des déchets agrochimiques contenant des substances dangereuses ». Et Syngenta Seeds Holding fut dissout le 21 novembre 2011, cinq jours après son renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris. La dissolution fut déclarée frauduleuse dans un premier temps, mais licite en appel, le 26 janvier 2016. Le Monde ne le précise pas – et pour cause... ça gâche la belle histoire de manœuvre – mais la cour d’appel de Versailles a jugé que la dissolution était envisagée depuis 2010 et que « la seule date » de la dissolution ne pouvait suffire à caractériser la fraude. Il y a aussi quelques autres péripéties judiciaires que l'on peut découvrir ici.

 

C'est une très vieille affaire... L'agriculteur du Sud-Ouest se trouve donc seul face à la justice, et un ministère public qui a requis une amende de 10.000 euros avec sursis à son encontre.

 

Comment interpréter cet ensemble de faits ? D'une part, on peut bien sûr laisser entendre que la dissolution a été frauduleuse, pour échapper à des sanctions. Mais c'est porter un jugement peu amène à l'encontre de la Cour d'Appel qui a infirmé la décision en première instance. On peut aussi constater la modestie de la peine requise par le ministère public, sans nul doute en rapport avec la faute reprochée à l'agriculteur.

 

Et on peut constater le manque d'intérêt de la presse – même locale – pour ce qui est l'épilogue d'une vieille affaire.

 

Alors, pourquoi ce « Semences toxiques : les manœuvres de Syngenta pour échapper à la justice » ?

 

Insistons : pourquoi un tel titre, alors que l'arrêt de la Cour d'Appel – suivi par la décision du parquet général de ne pas se pourvoir en cassation – signifie nécessairement qu'il n'y a pas eu de manœuvre pour échapper à la justice ?

 

C'est le Monde Planète...

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un physicien 24/10/2016 09:55

Résultat : http://www.lemonde.fr/sante/article/2016/10/24/les-francais-font-de-moins-en-moins-confiance-aux-vaccins-selon-une-etude_5018964_1651302.html

vigneron 21/10/2016 19:16

Y'a beaucoup mieux...
http://www.fromage-femme.com/

A 21/10/2016 14:32

Bonjour
Vous vous posez la question sur ce que veut dire :
« que de nouvelles économies alternatives à l’exploitation animale soient encouragées et soutenues, favorisant ainsi la création d’emplois et de nouvelles entreprises. »

J'ai peut-être la réponse, avec cette image :
http://hippotese.free.fr/blogdocs3/Femmes-St-Paul-betes-de-somme-500.jpg





emplois créés, et aucun animal n'est exploité

vigneron 21/10/2016 10:37

Monsieur Le Hir fait partie de ces messieurs qui ont un problème avéré avec les chiffres. Arriver à écrire dans un journal dit sérieux que dans un pays comme l'Ouganda, je cite," une étude a montré que la perte de production animale et végétale due au changement climatique se chiffrerait entre 22 et 38 milliards de dollars par an (20 à 34 milliards d’euros) sur la période 2010-2050 " dépasse mon entendement.
Le texte exact de la FAO ( p72, http://www.fao.org/3/a-i6030f.pdf ) :
" En prenant en considération le seul secteur de l’agriculture, l’inaction coûterait, sous forme d’une baisse de la production végétale et animale, et des exportations, entre 22 et 38 milliards d’USD sur la même période (2010/2050). "
C'est donc 40 fois moins par an, sans doute pas assez pour Monsieur Le Fur...