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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Messages anxiogènes sur les résidus de pesticides et santé des plus pauvres

4 Octobre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Alimentation, #Santé publique

Messages anxiogènes sur les résidus de pesticides et santé des plus pauvres

 

Glané sur la toile 99

 

 

 

Le blog que tient notre confrère Albert Amgar est tellement foisonnant qu'il est difficile d'en sélectionner des billets à signaler.

 

Grâce à nos impôts et nos redevances audiovisuelles, dites « télé », Mme Élise Lucet peut assouvir son égo démesuré, son désir effréné de notoriété – tout en alimentant un monde peu connu de fabricants de propagande et de désinformation – avec un « Cash Investigation » qu'elle introduit parfois avec un « Bienvenue dans le monde merveilleux des affaires » qui n'est sarcastique que d'apparence ; car, à l'heure du bilan des émissions, en particulier sur l'alimentation, il se révèle indécent et ignoble... à moins de considérer qu'il s'agit du monde merveilleux de ses propres affaires.

 

Nous égarons-nous ? Non. Grâce à son dévouement désintéressé, M. Amgar peut assouvir sa passion de nous informer, par son blog, sur le monde merveilleux – enfin pas toujours – de l'hygiène et de la sécurité des aliments. Le blog est certes truffé d'articles relatant des accidents et, plus fréquemment, d'accidents évités à temps grâce aux mesures de sécurité sanitaire ; des accidents qui auraient été inéluctables en l'absence de ces mesures, notamment en cas de contamination bactérienne ou virale.

 

Les marchands de peur et autres profiteurs de l'hypocondrie ambiante s'offusqueront à cette remarque, mais nous avons le privilège – nous, Occidentaux du XXIe siècle – de vivre dans un monde dans lequel nous pouvons avoir une très grande confiance dans notre approvisionnement alimentaire. Examinez votre propre comportement de consommateurs ! Vérifiez-vous, et à quelle fréquence, les aliments que vous achetez et leurs étiquettes ? Pour savoir s'ils sont consommables sans risques a priori, pas simplement pour connaître la date limite de consommation ?

 

N'oublions pas non plus : nous déambulons le long de rayons, d'étals et d'armoires réfrigérées débordant de marchandises. Quand nous nous demandons ce que nous allons manger, ce n'est pas la question que se posent de nombreux Terriens qui se couchent le ventre vide, ou rempli de coupe-faim nutritionnellement déséquilibrés, voire carencés ; mais la question du choix entre plaisirs culinaires.

 

Ce monde d'abondance laisse toutefois de nombreuses personnes à l'écart. Ce n'est pas qu'elles souffrent de la faim ou de la disette, mais leur régime alimentaire est dicté par un niveau de ressources peu propice à l'équilibre nutritionnel. Il n'y a pas que les bénéficiaires de l'aide alimentaire, un million en France, mais ils sont emblématiques du problème. Voici ce que disait une étude publiée en mars 2013 par plusieurs acteurs de la santé publique :

 

« En 2011-2012, l’état de santé des usagers de l’aide alimentaire demeurait préoccupant avec des prévalences des pathologies liées à la nutrition particulièrement élevées (obésité, hypertension artérielle (HTA), diabète, certains déficits vitaminiques) et une évolution contrastée depuis 2004-2005 (favorable pour l’anémie par déficit en fer mais défavorable pour l’obésité et l’HTA). L’étude souligne en outre l’écart important entre les consommations de certains groupes d’aliments et les recommandations nutritionnelles, en particulier pour les fruits et légumes et les produits laitiers, bien que de légères améliorations aient été observées depuis 2004-2005. »

 

 

Dans ce monde d'abondance – et de laissés-pour-compte – les peurs alimentaires, ataviques chez cet omnivore qu'est l'Homme, sont instrumentalisées à des fins socio-politiques par le lobby anti-pesticides, en particulier le lobby de l'agriculture biologique. Le danger, selon eux, ce sont les résidus de pesticides, alors même que plus de la moitié des produits n'en contiennent pas et que les dépassements de limites maximales – qui sont très loin d'être des seuils de risque – concernent moins de 3 % des produits.

 

Avec « Comment des campagnes de presse basées sur la peur à propos de la présence de résidus de pesticides dans les fruits et les légumes sont contreproductives chez les consommateurs à faible revenu ? », M. Amgar nous propose un superbe décryptage d'une étude récente, parue dans Nutrition Today, « Low-Income Shoppers and Fruit and Vegetables: What Do They Think? » de Huang, Yancui MS; Edirisinghe, Indika ; Burton-Freeman, Britt M..

 

Elle porte sur la situation aux États-Unis d'Amérique, mais elle est transposable à la France. Résumé :

 

« Une nouvelle étude parue dans la revue à comité de lecture, Nutrition Today, montre que la tactique des messages basées sur la peur et utilisés par des activistes ou des groupes d’activistes et des spécialistes du marketing autour du bio qui invoquent des préoccupations sanitaires concernant des produits non bio peuvent avoir un impact négatif sur la consommation de fruits et de légumes chez les consommateurs à faible revenu. »

 

C'est, au fond, une conclusion qui n'est guère surprenante.

 

Rappelons aussi que, selon l'observatoire des prix des fruits et légumes de Familles Rurales, les fruits et légumes bio coûtaient en moyenne, dans son dernier relevé, 67 % et 78 % de plus, respectivement, que le conventionnel.

 

Concluons : à l'indigence éthique – car les allégations sur les dangers des résidus de pesticides sont manifestement infondées, quand elles ne reposent pas sur des mensonges éhontés, style 97 % de Cash Investigation – s'ajoute une irresponsabilité sociale.

 

C'est une irresponsabilité qui ne se limite pas aux lobbies mais touche aussi les pouvoirs politiques dont les investissements dans le bio et sa promotion s'adressent in fine à une clientèle (également électorale...) aisée.a

 

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