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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La Chine jette les bases pour devenir un important producteur d'OGM

17 Octobre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM

La Chine jette les bases pour devenir un important producteur d'OGM

 

Steven Cerier*

 

 

 

 

La Chine, c'est un cinquième de la population du monde, mais seulement 7 pour cent environ de ses terres arables. L'agriculture et des aliments plus sûrs et plus sains sont des obsessions nationales. Ce n'est donc pas une surprise si ChemChina, une entreprise publique, est prête à happer la société suisse Syngenta, une des plus grandes entreprises du secteur des semences et des pesticides du monde. C'est un pari sur l'avenir de l'élite dirigeante du pays.

 

Le plus grand défi est de surmonter le scepticisme largement répandu du public. La résistance des groupes comme Greenpeace et l'ultra-maoïste Utopia ,qui vilipendent régulièrement la recherche en biotechnologie, a eu un grand impact. Dans un récent sondage, 84 pour cent des répondants étaient opposés aux OGM.

 

Malgré cette méfiance publique, l'agriculture et la biotechnologie sont en tête de liste des priorités du Parti communiste dans son Document Central, et ce, pour la 14e année consécutive. Le gouvernement a indiqué qu'il encouragera activement leur développement afin de stimuler la production alimentaire.

 

Le plan pour l'agriculture publié en août recommande de « promouvoir la commercialisation de nouveaux cotonniers résistant à des parasites, maïs résistant à des ravageurs et sojas résistant à des herbicides ». Le gouvernement a également désigné la biotechnologie comme une « industrie émergente stratégique » et a financé un vaste programme de recherche sur les cultures GM.

 

Le gouvernement semble également mettre de l'argent là où sont ses directives. Selon Wired, Caixia Gao, une généticienne des plantes à l'Institut de Génétique et de Biologie du Développement, a utilisé l'argent du Ministère chinois des Sciences pour modifier le riz pour la résistance à des herbicides et le maïs pour la résistance à la sécheresse. « Nous voulons mettre nos produits sur le marché le plus rapidement possible », dit-elle.

 

À l'heure actuelle, seules deux plantes transgéniques ont été approuvées pour la culture : la papaye résistante à un virus autorisée en 2006 et le cotonnier résistant à des insectes, qui a été modifié pour inclure un gène issu d'une bactérie naturelle, Bacillus thuringiensis (Bt), qui repousse naturellement des insectes, approuvé en 1996. L'utilisation de dérivés de la bactérie Bt réduit considérablement la nécessité d'utiliser des pesticides. Deux riz GM ont reçu des certificats de sécurité du Ministère de l'Agriculture, mais le gouvernement ne les a pas approuvés pour la commercialisation. La Chine plante aussi des millions de peupliers Bt qui se révèlent n'avoir aucun impact nocif sur l'environnement.

 

Le cotonnier Bt est la principale culture GM. En 2015, il représentait 96 pour cent de la sole de cotonnier du pays. La Chine est le deuxième plus grand producteur de coton dans le monde derrière l'Inde, qui est également un important producteur de coton Bt. Selon le Service International pour l'Acquisition d'Applications Agricoles Biotechnologiques (ISAAA), les revenus des producteurs de coton ont augmenté à la suite de l'adoption du cotonnier Bt « d'environ 220 $ par hectare en raison, en moyenne, d'une augmentation de 10 pour cent du rendement et d'une réduction de 60 pour cent de l'utilisation d'insecticides ».

 

Dans une tentative de susciter l'opposition du public aux plantes transgéniques, Greenpeace a allégué en janvier dernier que des agriculteurs du nord-est de la Chine cultivaient du maïs GM. Elle a prétendu que 93 pour cent des échantillons prélevés en 2015 dans des champs de maïs dans cinq comtés de la province du Liaoning, une des principales régions céréalières du pays, ont été testés positifs pour les OGM. Pour autant que les allégations soient exactes, les cultures n'étaient pas autorisées par le gouvernement, mais résultaient plutôt de la vente illégale aux agriculteurs de semences issues des plantes GM mises en essais en plein champ. Il y a également eu des allégations de culture illégale de riz GM dans la province de Hubei.

 

Une série de scandales alimentaires ont contribué à l'érosion de la confiance du public dans le système d'approvisionnement alimentaire. En 2008, du lait et des préparations pour nourrissons avaient été frelatés avec de la mélamine. Conséquence : 54.000 bébés ont été hospitalisés et six sont morts après avoir développé des calculs rénaux.

 

Parmi les autres scandales alimentaires : des pastèques qui explosaient par suite de l'utilisation excessive d'hormones de croissance, du borax dans le boeuf, de l'eau de Javel trouvée dans des champignons, la vente d'huile de cuisson récupérée dans les égouts et de la sauce soja fabriquée avec de l'arsenic.

 

Ces scandales ont rendu le public méfiant à l'égard de la sécurité alimentaire assurée par le gouvernement, augmentant la méfiance des OGM promus par le gouvernement. Selon un sondage de 2014, moins d'un pour cent des personnes interrogées admettaient que les aliments génétiquement modifiés étaient sûrs. Les inquiétudes quant à la sécurité des OGM ont été exacerbées par les rumeurs infondées, souvent propagées par Greenpeace et d'autres ONG, selon lesquelles ils pourraient causer l'infertilité, le cancer et d'autres problèmes de santé.

 

« Beaucoup de gens en Chine ont encore une connaissance limitée de la biotechnologie, et les rumeurs et la désinformation sont très répandues », a noté un rapport sur les défis de la sécurité alimentaire en Chine établi par le Ministère de l'Agriculture des États-Unis d'Amérique. « Une idée fausse persistante est que les consommateurs des pays producteurs d'OGM, tels que les États-Unis, ne consomment pas eux-mêmes les aliments génétiquement modifiés. Les médias émergents, tels que Microblog, WeChat, et les forums en ligne sont souvent utilisés par les adversaires de la biotechnologie agricole. »

 

Si le gouvernement a hésité à autoriser la culture de plantes génétiquement modifiées, il n'en a pas moins approuvé leur importation massive. La Chine est le plus grand importateur mondial de soja GM, qui est utilisé, avec le maïs GE importé, comme aliment du bétail. En outre, elle importe également du soja pour produire de l'huile, ainsi que de l'huile de colza produite à partir de colza GM et du sucre dérivé de betteraves à sucre GM.

 

En 2013, le Président Xi Jinping a signalé au public une attitude plus favorable aux OGM quand il dit que la Chine doit « occuper les positions dominantes de la technologie transgénique » et ne pas céder ce terrain aux « grandes entreprises étrangères ».

 

Dans une tentative de réduire sa dépendance à l'égard de la biotechnologie étrangère, le gouvernement a activement financé un important programme de recherches sur les OGM, affectant au moins 3 milliards de dollars à des instituts de recherche et des entreprises nationales pour développer des blés nationaux résistant à des maladies et à la sécheresse, des riz résistant à des maladies, des maïs résistant à la sécheresse et des sojas plus riches en huile. En outre, il y a eu des essais en plein champ et des recherches sur les arachides GM.

 

« La biotechnologie agricole est l'une des rares technologies dans lesquelles la Chine est sur un pied d'égalité avec les meilleurs du monde » a dit Yan Jianbing, un chercheur en génomique du maïs à l'Université agricole de Huazhong, Wuhan. Yan travaille au laboratoire d'amélioration génétique des cultures de l'Université, qui est un centre de recherche sur les OGM désigné du gouvernement.

 

Un haut responsable du Ministère de l'Agriculture, Liao Xijuan, a récemment déclaré que le gouvernement envisageait de mettre l'accent sur les nouveaux types de cotonnier et de maïs résistant à des insectes. Un accent particulier est mis sur le développement de produits issus de la recherche chinoise, ne dépendant pas des technologies brevetées importées.

 

« Nous ne pouvons pas prendre du retard sur les autres dans la recherche sur les OGM », a déclaré Han Jun, l'adjoint de l'Office Central pour le Travail Agricole. « Notre marché des OGM ne doit pas être saturé par les marques étrangères. »

 

Pour accélérer cette réalité, le gouvernement a soutenu le rachat de Syngenta par ChemChina pour 43 milliards de dollars.

 

En plus d'investir dans les cultures GM, la Chine consacre également beaucoup de moyens à l'édition des gènes, autre outil pour la modification des plantes et des animaux. Les scientifiques chinois affirment qu'ils sont parmi les premiers à utiliser la technologie CRISPR pour produire des blés résistant à une maladie fongique commune, des tomates résistant à des maladies et des porcs à la viande plus maigre. Paul Knoepfler, professeur agrégé de biologie cellulaire et d'anatomie humaine à l'école de médecine de l'UC Davis, a dit que cela « mettrait les États-Unis et la Chine au premier et deuxième rangs » dans la technologie CRISPR-cas9.

 

Compte tenu de la méfiance du public chinois envers les OGM, leur mise en culture sera probablement progressive et prudente. Le gouvernement est susceptible de se lancer dans une campagne d'éducation majeure, avant le début de toute commercialisation majeure, pour rassurer le public sur le fait que les aliments transgéniques peuvent être consommés sans danger.

 

Dans le cadre de sa campagne d'explication sur les cultures GM, le Ministère de l'Agriculture a indiqué cet été qu'il appuiera de nouvelles lois sur l'étiquetage des aliments « fondées sur un certain seuil » de contenu GE « au moment opportun ».

 

Le gouvernement reconnaît clairement la nécessité d'accroître la productivité agricole à un moment où les terres arables disparaissent de plus en plus du fait de l'urbanisation, de réduire les dommages causés aux cultures par les ravageurs et de faire face à la menace du changement climatique, autant de facteurs qui nécessiteront l'application de la technologie GM pour produire des cultures résistantes à la sécheresse et aux inondations.

 

Si la Chine utilise la transgénèse et la technologie d'édition des gènes pour produire des aliments sur une grande échelle, elle pourrait encourager d'autres pays asiatiques à cultiver également des OGM étant donné que la Chine est le plus grand partenaire commercial de la région et une source majeure de l'aide au développement et d'investissements étrangers.

 

______________

 

* Steven E. Cerier est un économiste international indépendant.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/09/22/china-lays-groundwork-major-producer-gmo-crops/

 

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