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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

€cogaspillage

22 Octobre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Politique

cogaspillage

 

Schillipaeppa*

 

 

 

M.Norwich Rüße a répondu sur son blog. Cela fera l'objet d'un prochain article.

 

 

Norwich Rüße siège au Parlement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie pour le parti Bündnis 90/Die Grünen (Alliance 90/Les Verts). Le député exploite en double-actif une ferme biologique de 30 hectares. Sur sa page Facebook, Norwich Rüße donne régulièrement des informations sur son activité d'agriculteur. Il a ainsi rapporté début octobre, après la récolte du maïs :

 

« Récolte de maïs 2016. – Après hachage, le maïs est pressé en balles rondes. La machine peut produire environ 50 balles d'environ 320 kg par heure. L'avantage des balles est un taux de compression très élevé et donc une très bonne qualité de l'ensilage de maïs, qui est utilisé sur notre ferme comme aliment pour les bovins et les porcs. »

 

Rüße stocke donc l'ensilage de maïs, dont il se sert pour nourrir ses animaux, non pas dans un silo, mais en balles. Dans la section des commentaires, il explique le processus :

 

« Les inconvénients sont le coût plus élevé du pressage et le film, qui est difficile à recycler.

 

Mais il y a aussi des avantages. Je n'ai besoin d'aucune surface en béton pour les balles ; les balles sont denses, et il n'y a pas de problèmes d'écoulement de jus dans les fossés voisins ; l'ensilage de maïs se conserve environ deux semaines après l'ouverture de la balle…

 

Dans cette mesure les avantages l'emportent clairement pour moi. »

 

Normalement, l'ensilage de maïs ou d'herbe est stocké dans un silo-tranchée, une surface de béton ou d'asphalte avec des murs de soutènement. L'installation doit notamment être étanche et résister aux acides car les jus pollueraient les eaux souterraines. Couler une telle surface coûte cher. À l'évidence, cet investissement n'est pas rentable pour Norwich Rüße, de sorte qu'il accepte de générer une quantité considérable de déchets plastiques qui n'existeraient pas s'il avait un silo-tranchée. Les Verts ont pourtant déclaré la guerre aux sacs en plastique. S'agissant du bilan énergétique, le silo-tranchée devrait aussi se révéler comme une option plus durable.

 

Sur son site web, Norwich Rüße donne des informations – c'est vraiment exemplaire –sur ses revenus. Il annonce, entre autres, qu'il dégage un revenu de 6000 euros par an de son activité d'agriculteur double-actif.

 

Source: www.norwich-ruesse.net/transparenz/

 

Comme tout agriculteur qui exploite des terres, Norwich Rüße reçoit également des « paiements directs » du budget agricole de l'UE ainsi que des primes issues de programmes spéciaux. Le montant des paiements par exploitation peut être consulté par quiconque sur Internet. Pour l'exploitation de Norwich Rüße, les paiements pour 2015 totalisent environ 24.000 euros, dont 5.645,20 d'éco-primes (subventions pour l'agriculture biologique).

 

Source: http://www.agrar-fischerei-zahlungen.de/afig/Suche

 

 

Ces considérations font réfléchir : les Verts proclament dans leurs programmes politiques que l'agriculture paysanne est le nec plus ultra de la production alimentaire, par exemple :

 

« Nous voulons une agriculture familiale diversifiée, en harmonie avec la nature et respectant les droits des animaux. »

 

Un examen plus approfondi révèle toutefois qu'une forme efficace et durable de l'agriculture n'est guère possible sur les petites exploitations. Comment donc amortir un silo-tranchée sur l'exploitation de Norwich Rüße quand elle dégage un revenu d'environ 6.000 euros par an ? De plus, ce revenu ne peut même pas être obtenu sans le soutien à l'agriculture biologique payé à partir des recettes fiscales. J'ai toujours cru que le bio était en plein essor sur le marché, alors que cette activité ne serait pas viable sans subventions. Les statistiques officielles, par exemple pour la Hesse, confirment que les recettes sont constituées presque entièrement par les subventions. Pour l'eurodéputé Vert Martin Häusling, l'image est similaire : selon sa déclaration officielle, son exploitation génère un revenu mensuel de 500 à 1.000 euros (catégorie de revenu 1). Häusling a touché en 2015 des éco-primes pour12.897,50 euros – cela concorde. Les revendications des agriculteurs biologiques pour une promotion plus intense de l'agriculture biologique vont ainsi directement dans leur porte-monnaie.

 

 

Pour le Vert du Bundestag Friedrich Ostendorff on ne peut malheureusement pas estimer à quelle hauteur les quelque 13.800 euros d'éco-primes payés en 2015 ont contribué au profit de sa ferme. Il n'indique rien à ce sujet sur sa page de député. La ferme biologique est vraisemblablement au nom de son épouse.

 

 

 

Un champ de féveroles bio

 

À ce stade vient généralement l'argument contraire des coûts externalisés de l'agriculture industrielle : les dommages causés à l'environnement par l'industrie agricole que la société doit payer en fin de compte, et ces frais qui ne sont pas reflétés dans le prix des produits. Désolée, mais les agriculteurs biologiques épandent aussi du fumier et du lisier sur leurs champs et produisent ainsi des émissions d'azote. Comme l'agriculture biologique est inefficace, les pertes de biodiversité par unité de récolte sont plus élevées que dans l'agriculture conventionnelle. Et la fraction bio de l'agriculture n'est pas plus amicale pour le climat, c'est ce que dit très clairement par exemple le rapport final des organes consultatifs scientifiques du Ministère de l'Alimentation et de l'Agriculture (BmEL), « Klimaschutz in der Land- und Forstwirtschaft sowie den nachgelagerten Bereichen Ernährung und Holzverwendung » (protection du climat dans l'agriculture, la sylviculture et les filières d'aval de l'alimentation et du bois).

 

HNA, 30/08/2016 aux données Eurostat

 

« En Allemagne, plus de six millions de personnes ne peuvent en outre pas se payer régulièrement de la viande ou des repas comportant des protéines, dont près de 900.000 enfants et adolescents... »

 

Ajoutez à cela un problème social : ce sont généralement les personnes à revenus élevés qui achètent des produits bio. Est-il vraiment justifié de redistribuer systématiquement vers le haut ? La proportion de la population qui est considérée comme pauvre croît, l'inégalité des revenus aussi. Environ 50 pour cent des gens n'ont aucune fortune pertinente ; en d'autres termes, ils vivent au jour le jour. Avoir des enfants signifie maintenant chez nous prendre un risque de sombrer dans la pauvreté. Est-ce juste, dans ce contexte, que la nourriture pour les riches soit subventionnée quatre fois plus que celle des pauvres – rapporté ici aux grandes cultures : exigences doubles pour des rendements de moitié ?

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2016/10/12/grune-geldverbrennung/

 

 

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