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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Affaire Seznec : allô la presse ! Allô EELV !

5 Octobre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Agriculture biologique, #Politique, #Pesticides

Affaire Seznec : allô la presse ! Allô EELV !

 

 

 

Une partie du bandeau d'Alerte Environnement, retouchée

 

 

La nouvelle affaire Seznec, ce sont les manœuvres du lobby du bio – débattant de stratégie dans le cadre d'un forum d'EELV – pour obtenir une sorte de rétractation ou de désaveu d'un article de M. Erwan Seznec paru dans le numéro de septembre 2016 de Que Choisir, ainsi que l'éviction de l'auteur de la rédaction de la revue.

 

Au-delà des propos inconvenants, acrimonieux voire insultants qui ont été tenus, cette affaire pose des questions de principe que la revue Que Choisir, la presse, l'altermonde et EELV ne sauraient éluder... sauf à se renier.

 

 

 

 

 

La revue Que Choisir a publié dans son numéro de septembre 2016 un article de M. Erwan Seznec, « Traitements bio – Toxiques naturellement » qui a levé le voile sur un non-dit soigneusement entretenu en France, à savoir que l'agriculture biologique utilise aussi des pesticides et que ceux qu'elle utilise ne sont pas forcément anodins.

 

 

 

 

L'article n'a pas suscité de réaction particulière, pendant près de 15 jours, jusqu'au 9 septembre 2016, date à laquelle une participante à la liste « forum comm-agri » d'EELV demanda aux autres participants ce qu'ils pensaient de l'article. À partir de là, il y a eu quelques déchaînements et un participant non identifié, offusqué par la tournure des discussions, a envoyé l'ensemble des échanges à M. Seznec.

 

Celui-ci a dénoncé les agissements en ouvrant un site provisoire sur lequel on trouvera notamment l'article incriminé qui a suscité le courroux de certains participants de la liste – dont des personnages bien en vue dans le paysage politique et médiatique – ainsi que les échanges de courriels.

 

Il n'est pas nécessaire de revenir sur eux. Il faut lire deux excellentes réductions (pour employer un terme culinaire, fort à propos, s'agissant des arrière-cuisines du lobbyisme) :

 

 

Résumons tout de même :

 

  • Il y a eu des dérapages scripturaux inqualifiables sur un forum qui regroupe quelque 400 personnes (pas toutes militantes ou encartées à EELV, paraît-il) ; on peut penser qu'avec un tel nombre, cela était inévitable, mais on aurait tort.

     

  • Car ceux qui se sont manifestés avec le plus de virulence ne sont pas des contributeurs lambda, mais des thuriféraires de l'agriculture biologique ; des personnages qui sont munis tant dans le monde du bio que dans l'opinion publique (enfin, celle qui est fabriquée, notamment par eux) d'une aura de compétence technique et d'autorité morale.

     

  • Les propos qui ont été tenus par les thuriféraires établissent clairement l'ambition de parer l'agriculture biologique de beaux atours et, corollairement, de dissimuler la réalité de la filière au public.

     

  • Enfin, il y a manifestement eu des manœuvres pour, d'une part, inciter Que Choisir à « rectifier le tir » et, d'autre part, mettre fin à la collaboration entre la revue et M. Erwan Seznec.

 

 

Que Choisir doit s'expliquer... et agir !

 

À la lumière de ces courriels, il est difficile de ne pas voir dans les articles du numéro d'octobre de Que Choisir une réponse de la rédaction aux pressions exercées par les militants de l'agriculture biologique qui ont leurs entrées, de par leurs relations ou par leurs fonctions, dans les sphères de décision de l'Union fédérale des consommateurs – Que Choisir.

 

L'association n'a certes pas renié, désavoué ou démenti l'article de M. Seznec, mais elle a tout de même ré-instillé le doute dans l'esprit des consommateurs sur la sécurité sanitaires des fruits et, plus généralement des produits de l'agriculture conventionnelle, tout en accordant un satisfecit à ceux de l'agriculture biologique au regard des résidus de pesticides.

 

Il y a certes des bémols bienvenus – comme cet encart, « Inutile d'en rajouter ! », qui critique vertement la télé-irréalité de Cash Investigation ou les délires publicitaires de Biocoop. Mais le lecteur lambda n'est-il pas incité à croire à une « fuite en avant » dans l'utilisation des pesticides – selon le titre de l'article principal – à s'y opposer et à adapter son mode d'achat et de consommation ?

 

 

Biocoop vient d'être condamné pour dénigrement des produits "conventionnels".

 

 

N'est-il pas incité à choisir des fruits bio – ou plutôt à ne pas manger de fruits lorsque le bio ne peut pas entrer dans son budget – par cette infographie qui ne répond manifestement pas aux canons de la déontologie ? Rappelons : aucune indication de source et de mode opératoire ; aucune indication chiffrée autre qu'un nombre de résidus ; grille de lecture indéchiffrable, style : « 5 à 7 molécules quantifiées dont des CMR [cancérogènes, mutagènes et/ou reprotoxiques] possibles ; et/ou présence de dithiocarbamates (famille dont certains seraient des PE [perturbateurs endocriniens]) ».

 

On peut discuter longtemps de cette séquence d'événements entre les numéros de septembre et d'octobre de la revue. Le fait est que les six pages du numéro d'octobre consacrés aux pesticides constituent un numéro d'équilibriste destiné à satisfaire une partie sans désavouer l'autre. Mais il appartient à Que Choisir de... choisir. Choisir le parti des consommateurs.

 

Choisir le camp de la vérité. Fût-elle crue et déplaisante pour des milieux économiques dont Que Choisir est culturellement proche et dont les idéologues usent d'un discours fallacieux quand il n'est pas carrément mensonger.

 

Le fait est que le numéro d'octobre démontre de manière peu contestable que l'UFC – Que Choisir n'est pas ce qu'elle prétend être, une « [a]ssociation indépendante de l’état, des syndicats, des producteurs et des distributeurs depuis 1951 ».

 

Nous utiliserons ici une tactique classique dans la mouvance alter et anti : il suffit, pour discréditer tout un groupe, d'un personnage dont on peut contester l'immaculée participation à ce groupe :

 

« Militant associatif depuis les années 1980 (Nature et Progrès, Biocoop). Depuis 2003, j’ai rejoint l’UFC Que Choisir pour gérer le secteur de l’eau et de l’agriculture. Je suis aujourd’hui référent régional Environnement en charge de l’eau, des déchets et de l’énergie. Adhérent Vert depuis 1996, puis militant enthousiaste d’Europe Ecologie, membre du groupe de Poitiers, [...] »

 

 

 

 

Pas de conflits d'intérêts, Que Choisir ?

 

Ce conflit d'intérêts n'est pas anodin.

 

Où est la crédibilité de Que Choisir quand un membre de ses cercles de décision écrit que M. Seznec a été écarté de la rédaction (ce que l'intéressé conteste) « à la demande de quelques membres du mouvement de consommateurs, qui souhaitent mettre l’indépendance associative en avant, face à tous les acteurs concernés, de l’AB ou de l’agriculture conventionnelle », et que ce membre est politiquement engagé dans un mouvement qui, en résumé, promeut l'une et dénigre l'autre ; et qu'on apprend par ailleurs qu'un personnage hélas influent écrit qu'il « a dû faire passer un dossier montrant son parti pris [de M. Seznec] à son redac chef » ?

 

Où est la crédibilité des articles du numéro d'octobre – notamment de l'infographie – compte tenu de ce que nous savons maintenant ?

 

Que Choisir doit prendre des mesures. En toute transparence.

 

 

La presse : la liberté de la presse serait-elle à géométrie variable ?

 

Tapez « Erwan Seznec » et « EELV » dans votre moteur de recherche favori... et vous n'obtenez aucun résultat de la presse généraliste... À ce jour du moins (5 octobre 2016).

 

Imaginez maintenant qu'une entreprise dont le nom commence par – tiens, au hasard – un M se soit livrée à des manœuvres pour éliminer M. Seznec de la rédaction de Que Choisir pour cause d'article jugé déplaisant...

 

 

 

 

Allô, les altermondialistes !

 

Idem. Mais il est vrai qu'écologisme et altermondialisme sont des alliés objectifs voire vivent une relation fusionnelle. Il ne saurait donc être question, pour l'un, de défendre la liberté de la presse quand c'est l'autre qui est en cause.

 

On trouve d'ailleurs une remarquable analyse, quoique confuse, sur le site de M. Seznec. Résumons à notre manière avec quelques nécessaires redressements sémantiques : quand une association exerce des pressions, c'est une activité légitime d’information et une nécessité démocratique ; quand la pression vient de « lobbies », d'entreprises ou de dirigeants d'entreprise, c'est anti-démocratique.

 

Mais tout cela n'est pas nouveau...

 

Ce relativisme socio-politique a du reste son pendant dans le relativisme qui préside à la promotion et la défense de l'agriculture biologique.

 

 

Il n'y a de liberté de la presse que s'il y a des journalistes dérangeants...

 

 

Et EELV dans tout ça ?

 

On peut penser qu'Europe Écologie – Les Verts est une victime collatérale dans cette affaire.

 

Sa liste de diffusion comm-agri a été utilisée pour des échanges initiés par la présidente de Nature & Progrès (qui, incidemment, est avec EELV dans une relation similaire à celle de grands industriels avec, par exemple, les Républicains). Les échanges ont dérapé, avec quelques propos acrimonieux et déplacés, pas seulement à l'encontre de M. Seznec. Que penser, notamment, de la qualification de « calamiteux » décernée à un autre journaliste agricole ? Ou du sophisme du déshonneur par association porté contre une grande scientifique qui habite à Pau, « donc en plein dans la région de la monoculture du Maïs » ?

 

Sa responsabilité est néanmoins engagée. Pas seulement pour les gracieusetés qui méritent bien quelques excuses publiques.

 

Elle est engagée car c'est sous le couvert du parti EELV qu'ont été exécutées les manœuvres pour discréditer l'article de M. Seznec – au prix de l'habituel dénigrement des pesticides et de leur rôle, ainsi que de l'agriculture conventionnelle.

 

Elle est engagée car c'est sous le couvert du parti qu'ont été ourdis les plans pour « dézinguer » M. Seznec au Conseil d'administration fédéral de Que Choisir. Pour mener une chasse aux sorcières journalistique, en violation du principe fondamental de la liberté d'information.

 

Les Verts s'affirment parangons de vertu ? Notamment grands défenseurs des libertés. À eux de le prouver.

 

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