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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un entretien avec un agriculteur indien producteur d'OGM

29 Septembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Inde

Un entretien avec un agriculteur indien producteur d'OGM

 

Aneela Mirchandani*

 

 

Sudhindra Kulkarni sur sa ferme

 

 

Cher lecteur, à ce stade, je commence à penser que le cotonnier Bt est très populaire parmi les agriculteurs indiens. J'ai eu mon premier indice quand j'ai réalisé qu'il existe un marché noir pour les semences de cotonnier Bt. Si vous y pensez, il n'y a généralement pas de marché noir pour les produits indésirables. Le deuxième indice est venu des lectures en préparation de cet article : j'ai compris que le cotonnier Bt améliore les rendements pour les agriculteurs et réduit l'utilisation d'insecticides, d'une manière générale.

 

Le troisième indice est venu il y a quelques jours, mais cette fois-ci, c'était plus qu'un indice : c'était comme si quelqu'un avait actionné l'alarme d'un réveil contre mon oreille, un peu comme ceci :

 

 

Voici : un producteur de cotonnier Bt de l'État du Karnataka m'a contactée après avoir vu mon article et a voulu me raconter son histoire. J'ai eu une longue conversation d'une demi-heure avec lui en hindi (notre seconde langue à tous deux) et il m'a autorisé à mettre son histoire sur The Odd Pantry. Ce n'est pas pour dire, mais il ADORE le cotonnier GM.

 

 

Contexte

 

Sudhindra Kulkarni est un agriculteur du district de Gulbarga, de l'État du Karnataka. Il semble être un agriculteur progressiste et avisé qui a amélioré son sort bien au-delà de la misère de ses ancêtres, qui étaient tous des agriculteurs. En 2012, il a été recommandé par quelqu'un, il ne sait pas qui, pour qu'il se joigne à une Table Ronde Globale des Agriculteurs à Des Moines, Iowa. Il a également été envoyé en Chine en tant qu'agriculteur progressiste par le gouvernement du Karnataka. Il a eu beaucoup de difficultés à communiquer parce que son anglais n'est pas très bon, mais il semble qu'il ait noué quelques bons contacts là-bas. Il m'a envoyé cette lettre, qu'il appelle son autobiographie. Je ne sais pas pourquoi il l'a écrite, mais on la trouve aussi sur un autre site, exactement comme celle qu'il a m'envoyée.

 

 

Entretien

 

(OP, c'est The Odd Pantry, SK, c'est Sudhindra. J'ai traduit ses réponses.)

 

OP : Depuis combien de temps êtes-vous dans l'agriculture ?

 

SK : C'est notre métier de famille. Je suis agriculteur depuis mon enfance. Du temps de mon père, nous cultivions du blé, du cotonnier, du sorgho. Nous avions également des bœufs [OP : des bovins indiens]. Il cultivait selon les méthodes agricoles traditionnelles et faisait face à une grande pauvreté. Je suis resté dans l'agriculture. Mon frère est entomologiste à l'Université Dharwad. Je l'ai soutenu par mon activité agricole. Lui était travailleur et intelligent, et il a obtenu des bourses d'études. J'ai appris des méthodes agricoles modernes et j'ai été en mesure de rembourser les dettes. J'ai aussi construit une maison pakka pour ma famille [OP : une maison pakka est en dur, par opposition aux cabanes].

 

OP : Quelle surface cultivez-vous et que cultivez-vous ?

 

SK : J'ai 25 acres [10 hectares] que j'ai hérités de mes ancêtres et je loue environ 10 hectares de plus pour 20.000 roupies par hectare et par an [266 euros]. Je cultive du cotonnier Bt que j'alterne avec le pois d'Angole et le pois chiche. Je cultive aussi du sorgho pour l'alimentation du bétail [OP : J'en prendrai aussi un peu, s'il vous plaît]. J'ai des bœufs.

 

OP : Comment avez-vous appris les méthodes agricoles modernes ?

 

SK : J'appris grâce à mon intérêt pour l'amélioration. Le gouvernement a des programmes agricoles. J'ai appris en regardant des programmes à la télévision. J'ai nivelé ma terre et j'ai obtenu de meilleurs rendements. Maintenant, j'utilise des micronutriments pour le sol, ainsi que de l'urée, de la potasse et du phosphate de diammonium. Mais j'utilise aussi des méthodes organiques. En avril nous répandons du fumier dans les champs. J'utilisais des méthodes purement organiques, mais j'ai dû y renoncer. Dans les anciens temps, nous ne labourions jamais, maintenant nous le faisons. Mais nous sommes encore complètement dépendants de la mousson. Pendant quatre ou cinq mois de l'année, nous obtenons de l'eau d'un canal d'irrigation. Le reste du temps, nous dépendons de la saison des pluies.

 

La ferme cotonnière de Sudhindra

 

 

OP : Quelle a été votre expérience avec le cotonnier Bt ?

 

SK : Je cultive du cotonnier Bt depuis dix ans. Il me donne un excellent rendement. Je récolte 4,25 à 5 tonnes par hectare [ma note : à mon sens, graines et fibre]. Un agriculteur que je connais obtient d'excellents rendements avec le cotonnier Bt avec des méthodes purement organiques. Mon bétail mange les plants de cotonnier Bt sans aucun problème.

 

OP : Qui vous a aidé à rédiger votre lettre en anglais ?

 

SK : Mon frère m'aide pour l'anglais. Ma fille en 9e standard m'aide pour Facebook et le courriel. Ma langue est le Kannada. Je ne parle pas bien l'anglais de sorte qu'il m'est difficile de faire passer mes messages.

 

OP : Quel est votre message pour mes lecteurs ?

 

SK : Mon message est le suivant. C'est une demande sincère. S'il vous plaît, réfléchissez à la situation économique de l'agriculteur. Sans un bon rendement, un agriculteur n'est rien. Sans un bon rendement, un agriculteur ne peut pas survivre. Ma famille serait détruite. Sans un bon rendement, nous ne sommes rien. S'il vous plaît, n'écoutez pas toutes ces histoires sur les suicides d'agriculteurs. Ceci n'est pas seulement mon histoire, c'est l'histoire de tout mon village. [OP : Il a répété cette demande cinq ou six fois au cours de notre conversation.] Je ne maîtrise pas l'anglais, donc je ne peux convaincre personne. Tout ce discours, que les agriculteurs deviendront esclaves, tout cela est faux. Nous avons besoin d'un bon rendement.

 

[OP : Il a terminé la conversation en m'invitant, ma famille et moi, à séjourner dans sa ferme, dans la tradition indienne. Peut-être un jour. Puis, je lui ai envoyé une dernière question par courriel parce que je n'avais pas pu comprendre ce qu'il disait au téléphone. Ce qui suit est sa réponse, mot à mot, non traduit par moi.]

 

OP : Quelles difficultés avez-vous rencontrées en pratiquant des méthodes organiques ?

 

SK: # Ans: Animal Manure & cow dung not easily available ( Jeevaamruta )..varmi compost . pest control not possible..because environment not help # After that yield not getting..what we expected.. # Cost of production,overheads..all expense..after calculation..i didn’t get rate. # For me not possible to store my agri products till high rate,because i have also financial commitment .whatever rate i should sale.

 

Ma propre traduction/interprétation : le fumier animal, la bouse de vache et le vermicompost ne sont pas facilement disponibles. La protection des cultures n'est pas possible parce que l'environnement n'aide pas. À cause de cela, nous n'obtenions pas le rendement que nous espérions. Coût de production, frais généraux, toutes les dépenses, tout calculé je n'entrais pas dans mes frais. Je ne peux pas stocker mes produits agricoles pour attendre des prix élevés, parce que j'ai aussi des engagements financiers. Quel que soit le prix, je dois vendre.

 

 

Réflexions

 

Nous voici donc au terme. Avant de parler avec lui au téléphone, mon mari et moi, nous nous sommes posé les questions habituelles : dit-il la vérité ? A-t-il été cornaqué ? Ou soudoyé ? Une fois que je lui avais parlé, je me suis immédiatement sentie honteuse de m'être demandé ce genre de choses. Il est clairement un agriculteur intelligent et engagé. Penser qu'il doit avoir été incité à avoir certaines opinions a des relents de condescendance. Même penser qu'il peut être cornaqué relève de la condescendance.

 

Mais, dans un sens, je suis surprise moi-même d'être surprise par son histoire. Les principaux bénéficiaires de la technologie agricole ont toujours été les agriculteurs. Cela est aussi vrai pour les OGM. Les agriculteurs américains ont certainement voté avec leurs pieds en allant acheter ces semences. Les agriculteurs indiens ne sont pas si différents, je suppose. Nous ne sommes pas des Martiens, après tout.

 

De toute évidence, il peut aimer le cotonnier Bt pour le rendement élevé qu'il lui procure, et il pourrait encore avoir d'autres problèmes. Le ver de la capsule pourrait développer une résistance au Bt. Ou il pourrait y avoir un effet d'entraînement dans l'environnement. Ou peut-être n'y a-t-il vraiment pas d'autres problèmes, ou s'il y en a, c'est toujours mieux que de pulvériser des insecticides généraux. Tout cela, ou rien de cela, peut être vrai. Mais ce serait pour un autre article.

 

________________

 

* Aneela Mirchandani blogue sur ses « obsessions  : l'alimentation, les OGM, la science. Intriguée par les légumes et fruits bizarres, les insectes rares, l'humour et la sagesse. On peut la suivre sur Facebook et Twitter

 

Source : https://theoddpantry.com/2014/07/27/interview-with-an-indian-gmo-farmer/

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