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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Que Choisir et les pesticides : éclaircie en septembre, coup de froid en octobre

26 Septembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #critique de l'information

Que Choisir et les pesticides : éclaircie en septembre, coup de froid en octobre

 

Glané en kiosque 8

 

 

 

Septembre : Que Choisir publie un article remarquable sur les pesticides dans le « bio », réfutant des idées reçues et expliquant que les choses ne sont pas simples.

 

Octobre : Que Choisir publie six pages au contenu informatif en majorité minable, reprenant les poncifs anti-pesticides les plus éculés.

 

 

 

 

Qu'il est difficile de suivre l'actualité à son rythme ! J'avais en chantier, encore virtuel, un compliment pour le numéro de septembre de Que Choisir. Et, le temps passant, je me suis retrouvé, horresco referens, avec le numéro d'octobre.

 

 

In testa venenum

 

Le numéro de septembre, c'est tout de même avec un bémol pour son « Le glyphosate sauvé par Bruxelles ».

 

Non, Mesdames et Messieurs, vous avez faux quand vous écrivez :

 

« En bonne logique démocratique, le glyphosate aurait donc dû être interdit dans l'Union européenne. »

 

Le pire est que vous expliquez fort bien le « poker menteur » et la « belle hypocrisie » de certains gouvernements. Vingt pays pour le renouvellement de l'autorisation, deux contre (la France, qui s'était abstenue auparavant, et Malte), six abstentions... la logique démocratique a été respectée et, en outre, a rejoint la logique technique. Car on fait un très mauvais procès au glyphosate. Il serait du reste fort utile pour Que Choisir – et bien d'autres forgerons d'une opinion dite « publique » – de prendre la mesure de la signification du « cancérogène probable » du CIRC... Mais on est là sur un terrain que nous avons amplement labouré sur ce site. Et nous comptons y revenir car la décision du CIRC est un véritable scandale et son comportement depuis mars 2015 est encore pire.

 

 

Septembre : la vérité sur le « bio » et les pesticides

 

Mais passons au compliment.

 

C'est pour « Traitements bio – Toxiques naturellement », signé Erwan Seznec, dont nous avons déjà remarqué avec intérêt une analyse. Dommage que l'article soit réservé aux abonnés sur la toile car il s'agit d'une véritable œuvre de salubrité publique.

 

Le chapô résume le propos :

 

« Pas d’agriculture sans traitement, pas de traitement sans inconvénient. Qu’ils soient bio ou conventionnels, tous les agriculteurs luttent contre les ravageurs. Contrairement aux idées reçues, les armes biologiques ne sont pas entièrement anodines. Les recherches s’intensifient pour améliorer leur efficacité et réduire leur impact potentiel sur les utilisateurs, la nature et les consommateurs. »

 

Cet article est venu comme une véritable bouffée d'oxygène informative dans un contexte de désinformation ambiante impressionnant. Notamment :

 

  • Selon le bandeau de l'excellent Alerte Environnement qui ne fait que refléter un sondage, 50 % des Français ignorent que l'agriculture biologique utilise des pesticides ;

 

 

  • L'Agence Bio – organisme officiel financé par nos impôts et taxes – fait de la publicité pour le « bio » en écrivant notamment : « La réglementation en agriculture biologique interdit l’usage de produits chimiques de synthèse tels que les pesticides, avec toutes les retombées positives que cela suppose pour l’environnement et la santé du consommateur » et, ce faisant, en passant sous silence les « retombées » des pesticides utilisés en « bio ».

     

  • Telle petite entreprise constituée en association loi 1901 produit régulièrement des « enquêtes » qui, à défaut de trouver des teneurs en résidus de pesticides dépassant les limites légales, prêche l'Apocalypse avec un fumeux « effet cocktail » (qui existe par exemple pour des combinaisons de médicaments à éviter à tout prix, mais dont on peine à trouver la trace dans le cas de mélanges de substances en quantités infinitésimales) ;

     

  • La succursale d'une autre entreprise, multinationale celle-là et constituée en stichting dans le paradis néerlandais pour fondations, organise ses campagnes d'appel aux dons avec de gros titres comme « pommes empoisonnées » ou s'attaque à une enseigne de grande distribution avec un « jus multi-pesticides » ;

     

  • Certains opérateurs du bio (pas tous) et les médias matraquent systématiquement les consommateurs – le cœur de cible de Que Choisir – par des allégations au mieux trompeuses sur la sainteté voire l'immaculée conception du bio en matière de pesticides et, partant, de santé humaine et d'environnement ;

     

  • Parmi ceux-ci, certains se livrent à un véritable dénigrement des produits de l'agriculture dite « conventionnelle » dans le meilleur des cas, « productiviste » ou « chimique » dans le pire (encore que le pire ne soit jamais certain...) ;

     

Biocoop vient d'être condamné pour dénigrement

 

Remarquez : c'est une piqûre de rappel. Par exemple, un Conso mag de septembre 2011 comportait une séquence de quelque quatre minutes qui mettait en évidence la réalité incontournable, celle exprimée dans Que Choisir par ce qui devrait être retenu comme un slogan : « Pas d’agriculture sans traitement, pas de traitement sans inconvénient ».

 

Incidemment, nous avons cru comprendre que M. Romain Juthier, le producteur de pommes bio qui avait ouvert sa caverne d'Ali Baba phytosanitaire, s'était fait copieusement enguirlander par des collègues soucieux de l'intégrité du mythe du jardin édénique « bio »...

 

Le constat précité – l'agriculture biologique utilise aussi des pesticides –, on le retrouve sur des sites critiques de l'écologisme politique comme Alerte Environnement, avec, par exemple, ce « Veillerette reconnaît (enfin) la toxicité des pesticides bio » d'anthologie.

 

Et aussi sur des sites plutôt favorables à l'écologisme. On retrouve ainsi les Juthier, père et fils, dans « À l'attaque ! Les traitements contre les ennemis de la pomme : les alternatives aux pesticides. » Par exemple, en introduction :

 

« Les pommiers souffrent principalement de la tavelure et de l’oïdium, deux maladies cryptogamiques (causées par des champignons). Pour y remédier, l’arboriculture conventionnelle a recours aux pesticides et aux fongicides. L’arboriculture biologique en utilise également avec la bouillie bordelaise et les solutions à base de soufre par exemple. Cependant, leur emploi, loin d’être anodin en terme de pollution des sols, est limité à une certaine quantité à l’hectare. [...] »

 

 

!

Une rhétorique que vous ne trouverez plus sur le site de Générations Futures (les réponses sont désactivées – comme c'est bizarre...) :

 

L’AB utilise aussi des pesticides, parfois dangereux, et même des pesticides de synthèse !

 

Si il est vrai que l’AB utilise des pesticides, ils sont bio dans quasiment 100% des cas. En outre les pesticides homologué pour l’AB sont beaucoup moins nocifs et persistants dans l’environnement que les pesticides chimiques de synthèse. Si certains pesticides de synthèse sont tolérés dans le nouveaux règlement Bio de l’UE, ils sont sévèrement encadrés et doivent être conforment aux dispositions de l’Article 4 alinéa C du RÈGLEMENT (CE) No 834/2007 relatif à la production biologique et à l’étiquetage des produits biologiques qui stipule qu’il faut :

 

limiter strictement l’utilisation d’intrants chimiques de synthèse aux cas exceptionnels suivants:

 

i) en l’absence de pratiques de gestion appropriées; et

 

ii) lorsque les intrants extérieurs visés au point b) ne sont pas disponibles sur le marché; ou

 

iii) lorsque l’utilisation des intrants extérieurs visés au point b) contribue à des effets inacceptables sur l’environnement;

 

d) adapter le cas échéant, dans le cadre du présent règlement, les règles de la production biologique compte tenu de l’état sanitaire, des différences régionales en matière de climat et de conditions locales, des stades de développement et des pratiques d’élevage particulières.

Si donc, il est vrai que dans le cahier des charges de la bio, pour certains usages, l’agriculteur bio peut avoir recours à a des pesticides de synthèse (dans 0,01% des cas). Il s’agit majoritairement de pièges à phéromones (le pesticides n’est donc pas épandu dans l’environnement). Il se trouve dans une boite, confiné, pour attirer l’insecte considéré comme un parasite.

 

Attention toutefois, il est vrai que certains pesticides dits « naturels » / « bios » peuvent être dangereux pour la santé, c’est le cas notamment de la Roténone qui est un neurotoxique puissant (lié à la survenue de la Maladie de Parkinson) – c’est d’ailleurs pourquoi celle-ci est désormais interdite en bio. Très souvent les lobbies des pesticides se focaliseront sur ce produit spécifiquement car finalement ils ont peu d’angles pour attaquer la bio qui nuit au développement de leur marché. Mais quoi qu’il en soit il y a bien plus de pesticides chimiques de synthèse qui posent problème d’un point de vue sanitaire (voir notre dossier et question ci-dessous) et environnemental, il y a beaucoup moins de sorte de pesticides bio et les tonnages sont sans égal comparés aux pesticides de synthèse. Rappelons que l’agriculteur bio va avant tout privilégier l’équilibre des systèmes agronomiques – rotation, utilisation de variétés résistantes, renforcement des plantes par un sol riche…- plutôt que d’avoir recours à l’usage de pesticides.

 

Octobre : les poncifs éculés sur le « conventionnel » et les pesticides

 

Las ! C'était trop beau. Et sans nul doute trop dérangeant.

 

Le numéro d'octobre met en grand titre de couverture : « Trop de pesticides dans les fruits », avec deux encadrés plus petits  : « Les bio sont-ils épargnés ? » et « Test lavage et épluchage – les pesticides sont-ils éliminés ? »

 

Avec une telle couverture, on s'attend à trouver une enquête en bonne et due forme, avec des noms (autres que les fruits – pommes, poires, raisins et fraises) et des chiffres (autres que le nombre de détections/quantifications).

 

Hélas (bis) !

 

On ne trouve qu'une infographie (enfin...) parfaitement incompréhensible. Exemple : sur les 32 pommes « conventionnelles » analysées (où, quand, comment, de quelles origines, quelles variétés...) on en aurait trouvé 10 avec « 5 à 7 molécules quantifiées dont des CMR [cancérogènes, mutagènes et/ou reprotoxiques] possibles ; et/ou présence de dithiocarbamates (famille dont certains seraient des PE [perturbateurs endocriniens]». On a aussi analysé des fruits « bio »... et miracle... sept sur huit sans détections.

 

Hélas (ter) !

 

Les chiffres qui nous sont –au sens propre – « balancés » sont très éloignés de ceux produits par l'EFSA dans sa compilation des enquêtes nationales la plus récente, sur les résidus en 2013. Très éloignés ? Pour tout dire incompatibles !

 

Exemple toujours pour les pommes : Que Choisir trouve 13 échantillons sur 32 avec plus de cinq résidus (enfin... il y a le « et/ou...), soit 40 %. Pour l'EFSA (sachant en outre que les producteurs de pommes français sont plutôt de « bons élèves »), c'est 11 % au niveau européen.

 

Dans le texte, il est dit :

 

« 80 % des échantillons renferment au moins un résidu de pesticide. »

 

On est certes dans le domaine des petits nombres, pas forcément cohérents avec une enquête de grande envergure. Mais tout de même ! En pommes, l'EFSA a trouvé que 33 % des échantillons ne contenaient pas de résidus mesurables.

 

Hélas (quater) ! On nous apprend aussi que :

 

« Nous avons acheté les fruits au fil des mois pour nous rapprocher de leur saison habituelle de commercialisation : les raisins en octobre, les pommes et poires en novembre-décembre, les fraises en avril-mai. »

 

Comment ne pas s'étonner d'une formidable coïncidence ?

 

Septembre, c'est temps clair et vue dégagée sur une information de qualité... Octobre, c'est brumes et, manifestement, enfumage. Les « raisins [achetés] en octobre... », c'est au mieux octobre 2015. Quel était l'intérêt de sortir pour le numéro d'octobre 2016 de la revue une analyse de fruits achetés en octobre 2015 ? Pourquoi aurait-on gardé sous le coude une analyse réalisée à l'automne 2015 pour la sortir à l'automne 2016 ? Même question pour les autres fruits.

 

 

Bizarre... Vous avez dit : « Bizarre »...

 

Pour tout dire, cela est étrange.

 

Mais peut-être pas tant que ça. Car tout cela nous vient sous le couvert d'un article plus général, « Stop à la fuite en avant », qui reprend tous les poncifs de la mouvance anti-pesticides. Le chapô est on ne peut plus éloquent :

 

« Nocifs pour la santé et l’environnement, les pesticides sont utilisés en quantités démesurées et de nombreux résidus sont retrouvés dans les aliments. Il est temps de repenser tout le système. »

 

Des « quantités démesurées » ? Peut-on rappeler que malgré une importante superficie en vigne et en vergers – grands « consommateurs » de pesticides – la France n'est pas le champion européen des pesticides, ni en volume total, ni en volume ramené à l'hectare ?

 

Prenons un autre exemple : « 92 % des cours d'eau contaminés » selon un intertitre. C'est un leitmotiv de l'écologisme, y compris administratif – des agences de l'eau qui se complaisent dans le catastrophisme et l'exagération et, par là, justifient leur raison d'être et leurs demandes de crédits. Un cours d'eau de, par exemple, 10 km de long, un point produisant une analyse positive, ne serait-ce que par une « détection »,... un cours d'eau « contaminé »...

 

Les méthodes d'analyse les plus performantes permettent de descendre à 10-12. Autrement dit de repérer l'équivalent d'un morceau de sucre (6 grammes) dans 6 x 1012 grammes d'eau, soit 6 millions de mètres cubes... soit de l'ordre de 2.000 piscines olympiques.

 

!

92 % des cours d'eau contaminés ?

 « En 2013, la présence de pesticides est avérée dans 92 % des 2 950 points exploitables de surveillance de la qualité des cours d’eau français. Elle est plus affirmée en France métropolitaine (93 % des points touchés) que dans les DOM (51 % des points).

 

[…]

 

Près de trois quarts des points présentent des concentrations moyennes annuelles en pesticides inférieures à 0,5 microgrammes par litre (µg/l) ; 246 d’entre eux ne présentent aucune détection. Les points de surveillance exempts de pesticides sont principalement situés dans les régions à agriculture peu intensive ou à proximité des zones de relief, dans le quart sud-est de la France métropolitaine à proximité des Alpes, en bordure du Massif central, des massifs vosgiens et jurassiens et dans les DOM, à l’exception des Antilles. »

 

Source : Ministère de l'Environnement

 

Rappel :

 

« Dans les eaux destinées à la consommation humaine, la norme fixe à 0,1 µg/l la limite de qualité pour chaque type de pesticide et à 0,5 µg/l la limite de qualité pour la concentration totale en pesticides. »

 

Source : Ministère de l'Environnement

 

Donc :

 

Près de trois quarts des « cours d'eau contaminés » le sont en-dessous de la limite de qualité – qui n'est pas la limite de potabilité – pour les eaux destinées à la consommation humaine.

 

 

Un exercice sans nul doute contraint

 

Nous pourrions continuer longtemps nos récriminations. Cette série d'articles, nous en sommes convaincus, est la réponse au parti du « bio », canal idéologique et militant, dont on sait qu'il surveille son secteur comme le lait sur le feu.

 

Mais le journalisme dispose d'une formidable martingale : l'équilibre du pâté d'alouette.

 

Ici, l'alouette, c'est une page sur : « Passer au bio ? Facile à dire ! ».

 

Ben oui ! Quand on interviewe un producteur qui exploite 50 hectares de vergers dont (seulement) 10 en « bio » et qui explique avec une grande franchise que (intertitre) « le bio est plus contraignant », et aussi « [p]lus aléatoire », « plus onéreu[x] et plus chronophage », quand il explique que son désherbage lui coûte plus en temps, en argent et en gazole (empreinte carbone...) qu'un passage de glyphosate, et qu'en plus, il doit compter sur une météo favorable, on pourrait, dans un monde vraiment rationnel, en tirer les leçons...

 

L'alouette, c'est aussi un encadré, « Données chiffrées – inutile d'en rajouter ! ». Mais quand on critique, à fort juste titre, le scandale du Cash Investigation de février 2016, avec son énorme contresens sur la signification des chiffres de l'EFSA, et la publicité scandaleuse de Biocoop, on ne fait pas état, dans l'article principal, de « quantités démesurées ».

 

Résumons... Près de cinq pages pour « taper » sur les pesticides... une page pour dire que l'alternative – qui implique aussi des pesticides, peut-être bien davantage en volume et à un coût sanitaire et environnemental supérieur – est loin d'être simple...

 

Que Choisir a peut-être bien choisi la tranquillité... au détriment de la vraie information des consommateurs, son lectorat.

 

C'est au mieux regrettable.

 

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