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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le gaspillage, ça suffit !

16 Septembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Alimentation

Le gaspillage, ça suffit  !

 

Ludger Weß*

 

 

 

 

En Allemagne, les supermarchés sont depuis longtemps montrés du doigt parce qu'ils gaspillent trop de nourriture et jettent trop rapidement les fruits et légumes à la poubelle. « Le problème du gaspillage de nourriture est inacceptable au regard de la faim dans le monde et des dommages inutiles pour le climat et l'environnement », a écrit le groupe parlementaire Bündnis 90/Die Grünen 2012 dans une lettre ouverte à la ministre fédérale de l'agriculture Aigner.

 

En été 2015, la députée verte Nicole Maisch, porte-parole de son parti pour la protection des consommateurs, a exhorté dans un discours parlementaire à éviter le gaspillage alimentaire : « Nous serons bientôt près de 10 milliards de personnes sur cette planète. Nous ne pouvons pas nous permettre de jeter de la bonne nourriture. » Dans un communiqué de presse parallèle, il était dit que la politique, le commerce et les producteurs devaient « être mis en demeure » de mettre fin au gaspillage des produits et des ressources.

 

On assiste dans la République fédérale, cette année, au plus grand gaspillage de nourriture et de ressources : les producteurs laissent pourrir des tonnes de produits alimentaires afin de continuer à toucher des prix élevés. Mais cela ne doit pas être un scandale. Ses auteurs bénéficient de la bienveillance des politiques, des médias et du public et recevront peut-être à la fin de l'année une compensation pour ce qu'ils ont fait. Ils sont considérés comme des victimes malheureuses qui n'ont pas eu d'autre choix.

 

De quoi s'agit-il ? Les adeptes d'un mouvement de renouveau qui s'est donné la mission de sauver le monde refusent de protéger les cultures de la destruction par les ravageurs, et préfèrent prendre le risque d'une mauvaise récolte plutôt que de recourir à des méthodes éprouvées de protection et de mettre leurs produits à la disposition de la population pour l'alimentation. Ils expliquent à leurs disciples qu'il est préférable de ne rien récolter plutôt que de pécher par une transgression de la nature. Selon les politiciens qui sont proches de ces idées, ce comportement ne devrait pas seulement être toléré, mais être rendu obligatoire à l'échelle nationale : « cultivez sans récolte », telle est la devise, protégés par des subventions qui permettent aux disciples du « mouvement » de détruire de la nourriture, sans qu'ils mettent leur existence économique en jeu.

 

Les lecteurs attentifs auront deviné : il est question de l'agriculture biologique. Cette année, elle a subi des pertes de récoltes extrêmes pour les pommes de terre, la vigne, le blé et le concombre ; dans certaines régions, 30 à 50 % de la récolte a été gâtée, dans d'autres, c'est 100 %. La cause, selon les agriculteurs bio : le temps humide qui ont favorisé les attaques de ravageurs tels que le mildiou de la vigne ou de la pomme de terre.

 

 

Mais ce n'est que la moitié de l'histoire. Les agriculteurs travaillant sur le mode conventionnel ont aussi eu à souffrir des conditions climatiques. Mais leurs pertes de rendement ont été bien moindres grâce aux pesticides modernes. « Nous sommes heureux de pouvoir lutter aujourd'hui contre les maladies fongiques avec des pesticides », a déclaré Joachim Rukwied, Président de l'Association des agriculteurs allemands, dans une récente interview avec le Bayerischer Rundfunk. « Si nous ne les avions pas eu, il n'y aurait pas de pommes de terre cette année. »

 

Si l'enjeu avait réellement été la récolte et l'utilisation durable des ressources, les agriculteurs bio auraient aussi pu utiliser des produits de protection des plantes modernes ; ils auraient toutefois perdu, pendant trois ans, leur certification biologique et ne pourraient pas appliquer pendant cette période un supplément de prix à leurs produits sur le marché. Apparemment, il est beaucoup plus rentable de perdre la récolte d'une année que de perdre la perspective de prix haut de gamme. Le consommateur ne remarque rien de la mauvaise récolte : si les produits bio domestiques sont rares ou trop chers, il achète des pommes de terre bio d'Égypte, du vin bio d'Australie et des concombres bio en provenance d'Israël. Les rayons sont remplis de manière adéquate. La riche Europe n'a pas à craindre une famine.

 

À l'échelle mondiale, la dimension des pertes causées par les maladies et les ravageurs est effrayante, en particulier en Afrique, en Asie et dans certaines parties de l'Amérique du Sud – il y a là-bas de nombreux agriculteurs qui n'ont pas accès aux pesticides et contre de nombreuses maladies, il n'y en a tout simplement pas.

 

Andreas von Tiedemann, professeur de pathologie végétale et de protection des plantes à l'Université de Göttingen, a récemment calculé lors d'une conférence à Göttingen que le blé, le riz, le maïs, les pommes de terre et le soja représentent environ 90 pour cent de la nourriture du monde. Chaque année, environ un tiers va aux parasites et aux maladies. Sans pesticides, ce seraient les deux tiers. Et c'est sans compter les pertes pendant le stockage et le transport.

 

Von Tiedemann a rappelé que l'épidémie de rouille jaune qui se propage depuis 2010 en Europe détruirait 60% de la récolte de blé locale en l'absence d'utilisation de pesticides. Sans produits de protection des plantes, il faudrait doubler la superficie cultivée pour obtenir les mêmes volumes pour le blé, l'orge, le colza et les pommes de terre. Une conversion à 100% au bio, comme le demandent le Parti Vert et les écologistes, signifierait selon von Tiedemann une diminution des récoltes de 20 à 50 pour cent. Dans une année comme celle-ci, les agriculteurs allemands ne récolteraient probablement pas de vin, peu de pommes de terre et de concombres, et du blé de qualité médiocre.

 

Cet exemple montre que le bio est un mode de production de luxe pour des gens dans des pays où les magasins débordent d'aliments. Ces gens peuvent se permettre de laisser se gâter les cultures sur des centaines de milliers d'hectares. Renoncer de manière téméraire aux produits de protection des plantes qui ont fait leurs preuves dans des essais de longue durée, c'est accepter le gaspillage des ressources et de la nourriture à grande échelle. Qui agit ainsi, n'a pas le droit de condamner les entreprises et les gens qui jettent de la nourriture.

 

Mais les pertes de l'agriculture biologique montrent quelque chose de plus : c'est un mensonge éhonté que d'affirmer que le bio peut nourrir le monde. Compte tenu du libre cours presque total que l'on donnerait aux parasites et aux maladies, ce ne serait possible que si nous avions une seconde planète à notre disposition pour la culture de produits bio.

 

 

 

LIENS

 

« Bio-Kartoffelbauern in der Pfalz drohen 100 Prozent Ernteausfall » (des producteurs de pommes de terre du Palatinat risquent de perdre la totalité de leur récolte)

 

« 50 Prozent oder sogar mehr, so hoch schätzen Biowinzer derzeit die drohenden Ernteausfälle durch den Pilz, der gemeinhin falscher Mehltau genannt wird .» (50 % voire plus, tel est le pronostic des viticulteurs bio pour les pertes de récolte qui les menacent du fait du champignon communément appelé mildiou.)

 

« Ein Betrieb aus Steinreich (Dahme-Spreewald) etwa beklagt bei Bio-Schälgurken Ernteausfälle von 70 Prozent. Grund sei eine Pilzkrankheit » (une exploitation de Steinreich (Dahme-Spreewald) subit des pertes de récolte de 70 % pour le concombre en raison d'une maladie fongique)

 

La Suisse est également touchée : le renoncement aux fongicides conduit à l'échec de la culture de blé : « Die Weizenernte sei dieses Jahr katastrophal ausgefallen – wegen der nassen Monate Mai und Juni und weil jene Bauern, die vom Bund und vom privaten Anbieter IP Suisse Beiträge erhalten wollten, keine Fungizide im Kampf gegen Pilze einsetzen dürften. » (La production de blé a été catastrophique cette année – en raison des mois de mai et de juin pluvieux, et parce que les agriculteurs concernés qui voulaient recevoir des contributions du gouvernement et du fournisseur privé IP Suisse n'ont pu utiliser aucun fongicide pour lutter contre les champignons.)

 

 

ADDENDUM, 28/08/16

 

L'Arbeitsgemeinschaft Bäuerliche Landwirtschaft Niedersachsen (communauté de travail de l'agriculture paysanne de Basse-Saxe) a cité dans son bulletin du 16/08/16 un agriculteur bio au sujet des problèmes liés au cuivre. L'agriculteur, qui a renoncé au cuivre, économisant ainsi de l'argent et du travail, écrit : « En 30 ans de production de pommes de terre, je n'ai eu qu'une fois une mauvaise récolte du fait de P [Phytophthora, mildiou – LW ] ; les plantes avaient alors été détruites dans la première moitié de juin. En temps normal, la plantation est détruite chez moi du fait de P. et des doryphores en juillet. Mais il reste alors suffisamment de produit vendable pour que ça passe avec un bon prix de la pomme de terre. Mon voisin en bio a pu garder sa plantation environ deux semaines de plus avec des pulvérisations de cuivre – avec bien sûr un meilleur rendement. » Il semble donc que le gaspillage alimentaire fasse partie des pratiques standards de l'agriculture biologique. Grâce aux prix élevés, on peut encore gagner de l'argent quand une grande partie de la récolte est abandonnée aux ravageurs. Est-ce cela l'agriculture durable ?

 

_________________

 

* Ludger Weß (Wess) a étudié la biologie et la chimie et a travaillé en tant que biologiste moléculaire à l'Université de Brême avant d'entamer une activité de journaliste scientifique. Il écrit régulièrement depuis les années 1980 sur les aspects scientifiques, économiques, historiques, juridiques et éthiques des sciences et des technologies, principalement sur le génie génétique et les biotechnologies. Ses articles ont paru dans Stern, die Woche et le Financial Times Deutschland ainsi que dans des revues spécialisées internationales. Il a publié un ouvrage sur les débuts de la recherche génétique, die Träume der Genetik (les rêves de la génétique), avec une 2e édition en 1998.

 

En 2006, il a été un des co-fondateurs de akampion, qui conseille les entreprises innovantes dans leur communication. Ludger Weß a un doctorat en histoire des sciences et est membre de la National Association of Science Writers états-unienne ; il vit à Hambourg.

 

Vous pouvez le suivre sur https://twitter.com/ludgerwess

 

Source : http://ludgerwess.com/schluss-mit-der-verschwendung/

 

 

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un physicien 17/09/2016 14:14

la députée verte Nicole Maisch... : « Nous serons bientôt près de 10 milliards de personnes sur cette planète. Nous ne pouvons pas nous permettre de jeter de la bonne nourriture. »
Ce qui prouve bien que "manger local " est une aberration.