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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La nature sans les hommes

28 Septembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

La nature sans les hommes

 

Ludger Weß*

 

 

 

Dans la forêt, il est désormais interdit de quitter les sentiers. Les zoos sont encore autorisés – mais la demande de leur interdiction est maintenant en vogue dans les milieux écolos, comme l'interdiction des numéros avec des animaux dans les cirques. Dans le Zeit de cette semaine, un plaidoyer a été publié pour l'abolition des aquariums. Si on suit les végétaliens et les militants des droits des animaux, ce ne sont pas seulement les cirques et l'élevage d'animaux de rente, mais aussi les animaux de compagnie et les magasins pour animaux qui devraient être abolis. Où donc, et comment, les enfants et les adolescents devraient-ils encore trouver un intérêt pour la nature ?

 

 

Mon intérêt pour la biologie a été éveillé en pataugeant, une activité enfantine qui a été interdite il y a déjà quelque temps. Mes copains et moi parcourions les mares, les étangs et les ruisseaux avec une épuisette pour attraper des larves de libellule, des coléoptères aquatiques, des œufs de grenouilles et de tritons, des épinoches et d'autres animaux aquatiques pour les mettre dans des pots de confiture remplis d'eau et les observer.

 

Le plus intéressant, c'était la ponte des batraciens. Quel miracle que de voir éclore de minuscules têtards des chapelets d'œufs, se former les pattes de derrière, puis celles de devant, et d'assister à leur transformation progressive en grenouilles, crapauds ou tritons ! Bien sûr, il fallait les nourrir avec des puces d'eau ou des vers de vase que nous pouvions acheter dans un magasin pour animaux de compagnie. C'était passionnant. Mais aujourd'hui, il est strictement interdit de prélever des œufs ou des animaux dans les eaux.

 

Il est aussi interdit d'élever des papillons à partir d'œufs ou de chenilles – une passion qui a absorbé mon argent de poche pendant un certain temps. Des œufs, que je commandais et que je recevais dans d'épaisses enveloppes matelassées, sortaient des chenilles, qui devaient être nourries avec des plantes nourricières. Aujourd'hui, cela ne serait plus possible, pas seulement à cause de l'interdiction de la vente et de la livraison d'œufs, mais aussi de l'impossibilité d'acquérir les plantes nourricières. Beaucoup d'entre elles sont strictement protégées. Les chenilles peuvent bien continuer à manger (ce qui est normal), mais l'homme ne peut plus cueillir ou arracher les plantes pour les donner aux chenilles.

 

L'art de la taxidermie est aussi interdit aujourd'hui. L'oiseau qui s'est écrasé contre la vitre ou est tout simplement passé de vie à trépas, doit être éliminé ; il est interdit de l'empailler afin qu'on puisse l'admirer tranquillement. Il en est de même pour tous les autres animaux. Même si vous avez hérité des animaux empaillés de votre grand-père et qu'il s'agit de souris ou de rats, vous ne pouvez pas les vendre – l'interdiction concerne aussi les animaux qui ne sont pas protégés.

 

Il est révolu le temps où vous pouviez constituer des collections de coléoptères ou de papillons. Dans les herbiers on peut encore tout juste presser des marguerites et des pissenlits. D'autres plantes – sauf quand elles sont sur la liste rouge – ne sont pas interdites, mais vous ne pouvez plus les atteindre, parce qu'on n'est plus autorisé à quitter les chemins dans la campagne et les forêts (même pas pour une photo !).

 

Il y a encore les puces d'eau, les copépodes, les vorticelles et les paramécies, mais veut-on les préparer pour les observer tranquillement au microscope ou au moins avec une forte loupe et comprendre leur structure interne, qu'il n'y a plus aucune chance de le faire. Le formaldéhyde, l'alcool isopropylique, le benzène ou le xylène ne sont plus à la portée des écoliers. Les pharmaciens tiquent déjà quand on leur demande de l'eau distillée ou de l'eau oxygénée.

 

Les boîtes de chimie d'aujourd'hui sont tellement sécurisées qu'en dehors de l'eau, du sel et du vinaigre, on n'y trouve presque plus rien, certainement pas les produits qui peuvent réagir les uns avec les autres. Parce que la chimie, c'est déjà en soi mauvais et dangereux, et si les produits chimiques réagissent, alors le mal est potentialisé et il en résulte des superpoisons qui apportent avec eux le cancer, la maladie d'Alzheimer et la mort.

 

Il reste encore les films – mais quand il s'agit de la chimie, il ne faut surtout pas montrer de réactions violentes ou colorées (l'effet d'imitation menace !) ; et quand on traite de sujets relevant de la biologie, il ne faut pas montrer de scènes dans lesquelles des animaux mangent des animaux. La nature est trop cruelle pour les âmes délicates des enfants.

 

Le soupçon naît que cette élimination de l'homme de la nature (bas les pattes ! Vous n'avez rien à faire ici !) trouvera son plein épanouissement quand l'homme aura disparu.

 

 

Déclarations :

 

Pendant l'écriture de cet article, une mouche a perdu la vie et un papillon de nuit a été blessé en raison d'une chute.

 

L'article a été rédigé sur un ordinateur dont la batterie a été chargée avec de l'électricité d'origine nucléaire.

 

L'auteur de cet article est vacciné, a récemment mangé des produits GM et d'origine animale, et porte un chandail de laine.

 

_________________

 

* Ludger Weß (Wess) a étudié la biologie et la chimie et a travaillé en tant que biologiste moléculaire à l'Université de Brême avant d'entamer une activité de journaliste scientifique. Il écrit régulièrement depuis les années 1980 sur les aspects scientifiques, économiques, historiques, juridiques et éthiques des sciences et des technologies, principalement sur le génie génétique et les biotechnologies. Ses articles ont paru dans Stern, die Woche et le Financial Times Deutschland ainsi que dans des revues spécialisées internationales. Il a publié un ouvrage sur les débuts de la recherche génétique, die Träume der Genetik (les rêves de la génétique), avec une 2e édition en 1998.

 

En 2006, il a été un des co-fondateurs de akampion, qui conseille les entreprises innovantes dans leur communication. Ludger Weß a un doctorat en histoire des sciences et est membre de la National Association of Science Writers états-unienne ; il vit à Hambourg.

 

Vous pouvez le suivre sur https://twitter.com/ludgerwess

 

Source : http://ludgerwess.com/natur-ohne-menschen/

 

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