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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La débâcle du glyphosate : le CIRC s'enfonce encore plus dans la fosse de l'hypocrisie

6 Septembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Risk-monger, #Glyphosate (Roundup)

La débâcle du glyphosate : le CIRC s'enfonce encore plus dans la fosse de l'hypocrisie

 

Risk-monger*

 

 

Ayant révélé le scandale du CIRC-gate, j'espérais pouvoir laisser cet horrible petit nid de frelons à son sort et passer à des problèmes plus graves exposés par des organisations plus sérieuses... mais l'hypocrisie implacable émanant de cette agence « scientifique » est devenue un cadeau qui continue à nous alimenter. Tout ce que dit le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) de lui-même (et il dit beaucoup !) va à l'encontre des faits. Dans cet article, je vais examiner l'hypocrisie du CIRC sur quatre points clés :

 

  • Ils disent qu'ils sont transparents, mais ils viennent de refuser la transmission d'informations dans le cadre d'une demande selon la loi américaine sur l'accès à l'information qui aurait exposé l'influence que des scientifiques américains auraient exercée sur la monographie du glyphosate.

 

  • Ils disent qu'ils n'ont pas de conflits d'intérêts, mais leur monographie du glyphosate a été infectée dès le départ par des lobbyistes activistes !

 

  • Ils disent qu'ils utilisent la meilleure approche scientifique, mais il ne se passe pas une semaine sans que la communauté scientifique dominante ne démolisse leurs conclusions sur le glyphosate ou leur méthodologie.

 

  • Ils disent qu'ils sont une agence de l'OMS, mais ils ne s'engagent pas avec toutes les parties prenantes. Le préjugé anti-industrie de la haute direction du CIRC est tout simplement honteux.

 

On pourrait tout simplement ignorer le CIRC du fait de l'insignifiance de cette organisation, mais son activisme récent (comme l'engagement de journalistes militants agressifs pour attaquer d'autres organismes comme l'EFSA et le BfR) et son hypocrisie flagrante font que cette « agence de l'ONU » est inapte à remplir sa mission. Les 25 pays qui sont encore membres de ce groupe d'activistes devraient soit se retirer, soit virer les membres de la haute direction et les scientifiques politisés.

 

 

La transparence (quand elle sert les intérêts)

 

Cette semaine, le Risk-monger a appris l'existence d'une demande d'information, dans le cadre de la législation des États-Unis d'Amérique sur l'accès à l'information, portant sur les courriels échangés entre plusieurs scientifiques de l'US EPA et du National Toxicology Program (NTP), d'une part, et l'équipe scientifique du CIRC sur le glyphosate, d'autre part. L'accès aux courriels de ces fonctionnaires a été refusé, selon la réponse du gouvernement, en raison du refus du CIRC d'être transparent. Le NTP a produit ce texte :

 

« (1)  L'intention du CIRC n'a pas été de refuser le contrôle de ses dossiers. Le CIRC a produit l'information suivante s'agissant de la propriété des pièces en question : « ...la position du CIRC est que tous les projets de documents et toute les pièces établies par le Groupe de Travail avant ou au cours de la réunion sur la Monographie doivent être considérés comme des projets et de nature délibérative. Les membres du Groupe de Travail établissent ces documents pour le compte du CIRC, et non dans le cadre des obligations découlant de leur emploi par un État ou une institution fédérale, et le CIRC est le seul propriétaire de tous ces documents. Le CIRC n'encourage pas les participants à garder des projets de documents de travail après que la Monographie en cause a été publiée. »

 

Plutôt que de faire preuve d'ouverture sur les discussions dans le cadre d'un processus scientifique, le CIRC semble donc approuver une opération de broyage. C'est ça la transparence ? Cela ressemble à une politique de consensus par une pré-sélection biaisée. Ne serait-il pas profitable à tous, et cela ne refléterait-il pas un processus scientifique réel, si le CIRC publiait l'ensemble des débats et les désaccords exprimés au cours de ses évaluations ? Au lieu de cela le CIRC refuse l'accès aux documents, et ne fait que parler par ailleurs de sa grande transparence.

 

 

Il y a une perle ici : la demande FOIA avait été faite par des Américains pour essayer d'obtenir plus d'informations sur la raison pour laquelle l'EPA avait retiré de son site la publication d'un rapport final de son propre CARC (Cancer Assessment Review Committee) qui avait rejeté les conclusions du CIRC sur le glyphosate. Le CIRC a-t-il exercé une influence sur les scientifiques du NTP/EPA qui ont eu des liens étroits avec l'agence internationale ? Il y a des courriels, mais il semble qu'ils ont mis les chariots en cercle et pensent que la transparence ne s'applique pas à eux. Voir ici une analyse incisive de l'arrogance du CIRC et du NTP.

 

Voilà donc le CIRC – dont les fonctionnaires comme Kate Guyton et Kurt Straif s'adressent à qui veut bien les entendre pour leur raconter comment les autres organisations ne sont pas aussi transparentes que le CIRC, ou comment des documents qui ne sont pas dans le domaine public ne sont pas pertinents – qui entoure ses dossiers d'un écran de fumée et plaide l'immunité internationale quand quelqu'un demande à voir ses documents. Si ces gens faisaient preuve d'intégrité, ils accepteraient les normes qu'ils imposent aux autres !

 

 

Pour parodier le vocabulaire du CIRC sur les documents qui ne sont pas dans le domaine public (c'est-à-dire les trois documents de l'industrie que l'EFSA a utilisés) :

 

« Nous ne pouvons pas dire si les courriels reflètent positivement ou négativement l'existence d'une influence entre les scientifiques du NTP/EPA et du CIRC, ni si les scientifiques du CIRC ont eu une influence sur la dépublication du rapport du CARC de l'EPA qui contredisait les conclusions de la monographie du CIRC sur le glyphosate. En ne nous conformant pas à la demande FOIA, nous ne pouvons pas être sûrs que le CIRC ne cache pas quelque chose. »

 

Si le CIRC n'est transparent que quand cela est dans son intérêt, que dire lorsqu'il n'est pas transparent quand l'un de ses agents a un conflit d'intérêts ? L'hypocrisie est stupéfiante !

 

 

Le Portier du mensonge

 

Le CIRC aime à rappeler à tous qu'il a un processus (un code !) qui les protège de tout conflit d'intérêts. Mais, dans le cas du glyphosate, ce ne fut pas le cas.

 

Christopher Portier est un statisticien employé par l'US Environmental Defense Fund. En 2013, il est allé travailler au CIRC pendant six mois sous la direction de Kurt Straif dans l'unité des monographies. Quatre jours après la fin de son stage, en 2014, il a présidé un comité de conseillers indépendants qui a recommandé une étude du CIRC sur le glyphosate. Bien qu'il ne soit pas un toxicologue, il a été le conseiller technique du Groupe de Travail du CIRC sur le glyphosate (le seul membre externe du groupe), lequel a conclu « probablement cancérogènes » en 2015. Pendant tout ce temps, et au cours de l'année suivante, lorsque Portier a parcouru le le monde pour faire du lobbying contre le glyphosate en usant et abusant de son affiliation au CIRC, il a été payé par l'Environmental Defense Fund, une ONG américaine avec une longue histoire de lobbying contre les pesticides.

 

 

Cela me semble être un conflit d'intérêts assez clair. Le CIRC en avait connaissance en 2013, mais il a choisi de ne pas inclure cette information dans le rapport consultatif en 2014, et n'a corrigé l'affiliation de Christopher Portier que dans la monographie finale lorsque Portier a attiré leur attention sur ce fait lors de la réunion. En d'autres termes, le CIRC a intentionnellement manqué de transparence au sujet de ce conflit d'intérêts flagrant. « Manquer intentionnellement de transparence » est un euphémisme pour « mentir ».

 

Après avoir interpelé Kurt Straif à ce sujet au Parlement européen, celui-ci, bizarrement, m'a remercié de lui avoir donné l'occasion de montrer le degré de transparence du processus du CIRC. D'une certaine manière, il pense qu'être un activiste militant d'une ONG tout en influençant un processus de conseils sur les politiques ne doit pas être considéré comme un conflit d'intérêts et n'appelle pas de mesure de transparence (mais ceux qui avaient retiré les véritables affiliations de Portier des documents du CIRC en 2014 et 2015 ont évidemment reçu le message fort et clair !).

 

Portier a lui-même mis en évidence la vertu d'un CIRC exempt de tout conflit d'intérêts. Dans son lobbying devant la Commission européenne et son plaidoyer pour que l'UE intègre les conclusions du CIRC dans sa réglementation sur le glyphosate, il glousse sur les procédures du CIRC par rapport à celles de l'EFSA, qu'il prétend capturées par l'industrie.

 

« La décision du Groupe de Travail du CIRC a été prise en se fondant sur des procédures ouvertes et transparentes, par des scientifiques indépendants qui ont rempli des déclarations détaillées sur les conflits d'intérêts et ne sont pas affiliés à l'industrie des produits chimiques ni soutenus financièrement d'une quelconque manière par elle. Elle est entièrement référencée et ne dépend que des rapports publiés dans la littérature biomédicale ouverte, examinée par des pairs. »

 

Hou la la ! Je suppose que chaque mois, lorsque arrive le chèque de l'Environmental Defense Fund, Christopher doit perdre ses illusions ou être moralement épuisé.

 

Vous pouvez suivre mes mèmes quotidiens et mes messages rageurs à http://www.twitter.com/zaruk ou http://www.facebook.com/riskmonger

 

 

Refaire de belles monographies

 

Kate Guyton, l'auteur principal de la monographie du CIRC sur le glyphosate, a maintes fois fait l'éloge de leur publication comme étant la meilleure évaluation existante des risques (c'est drôle, je pensais que c'était une évaluation des dangers...), bien supérieure à celles d'autres organismes qui utilisent une mauvaise science, sont affligés de conflits d'intérêts et ne sont pas transparents. Mais la conclusion et la méthodologie du CIRC ont été universellement éreintées par la communauté scientifique dès l'instant de sa publication. Je ne vois aucune organisation scientifique crédible qui ait défendu les conclusions du CIRC (mais quelques ONG activistes et quelques scientifiques militants l'ont fait). Maintenant, il ne se passe pas une semaine sans qu'une publication ne démolisse les conclusions du CIRC. En août, il y a eu au moins trois publications indépendantes :

 

 

Le CIRC ne s'est pas fondé sur des documents de qualité

 

Le Pr Frank Dost, un chimiste agricole de l'Université de l'Oregon, a publié un article intitulé : « The critical role of pre-publication peer review—a case study of glyphosate » (le rôle crucial de l'examen par les pairs avant publication – une étude de cas sur le glyphosate) dans la revue Environmental Science and Pollution Research. Dost a examiné la mauvaise qualité des documents que le CIRC avait utilisés dans la monographie du glyphosate et a conclu que la plupart d'entre eux n'auraient jamais dû être publiés. Il déclare :

 

« Ces exemples de recherche défectueuse ou inapplicable existent à cause de l'inadéquation de l'examen préalable à la publication ainsi que de procédures défectueuses. Ils érodent la confiance dans toutes les autres références citées dans la monographie. Pour la Monographie 112, une seule conclusion peut être tirée de l'utilisation d'études qui n'auraient jamais dû voir l'imprimeur ou qui ne considèrent que les mélanges, et non leurs composants : le CIRC n'a fourni aucune information crédible sur la cancérogénicité du glyphosate. »

 

Certaines études présentaient tant d'erreurs élémentaires que Dost a acquis la certitude que leurs auteurs n'avaient même pas vu leur article avant sa publication. Il montre aussi que le processus du CIRC était lui-même trop bref pour permettre la production d'un rapport scientifique de qualité. Voir mon article qui utilise l'article de Dost pour mettre en évidence 11 défaillances critiques dans le rapport du CIRC.

 

 

Les conclusions du CIRC ne sont pas raisonnables

 

Robert E. Tarone a publié un document sur la monographie du CIRC sur le glyphosate dans le European Journal of Cancer Prevention. Dr Tarone a 42 ans d'expérience dans la recherche sur le cancer aux États-Unis, de sorte que les sourcils aurait dû se froncer à Lyon quand il a fait l'observation suivante :

 

« Il est démontré que la classification du glyphosate comme cancérogène probable pour l'homme est le résultat d'une synthèse imparfaite et incomplète des preuves expérimentales évaluée par le Groupe de Travail. Les activités de prévention du cancer rationnelles et efficaces dépendent d'évaluations scientifiques fiables et impartiales du potentiel cancérigène des agents soupçonnés. »

 

Quand un chercheur éminent sur le cancer démontre publiquement que le travail du CIRC est vicié, biaisé et non « scientifiquement valable », on devrait pouvoir s'attendre à plus que le radotage habituel de relations publiques de Straif et Guyton sur un processus qui est, selon eux, tellement meilleur. Je m'attendrais pour ma part à ce qu'ils soient virés et que le CIRC présente des excuses et une rétractation

 

Tarone poursuit en donnant quelques bons conseils au CIRC. Plutôt que de choisir les membres des groupes de travail sur la base de leurs publications présentant des résultats positifs pour le cancer (c'est-à-dire incorporer par construction un biais dans le « processus »), le CIRC devrait inclure des scientifiques qui ont aussi des opinions contraires. Il estime également que l'exclusion des scientifiques ayant des conflits d'intérêts (par exemple, ceux qui travaillent pour l'industrie) est erronée. Mais, comme nous l'avons vu ci-dessus, le CIRC refuse de rendre publiques les discussions et les courriels qui ont précédé la publication de sa monographie.

 

 

Les examens par les gouvernements rejettent les conclusions du CIRC ; un rapport est approuvé par un membre du Groupe de Travail du CIRC sur le glyphosate

 

Une revue scientifique récente effectuée par la province du Nouveau-Brunswick au Canada n'a révélé aucun risque pour la santé humaine de l'exposition au glyphosate. Le rapport Russell a examiné les preuves dans la monographie du CIRC sur le glyphosate et les a comparées à la littérature disponible et à d'autres rapports sur le glyphosate, pour aboutir à cette conclusion contradictoire. Ce qui est sans nul doute intéressant dans cette affaire est le revirement d'un membre du Groupe de Travail du CIRC, John McLaughlin (qui est également le conseiller scientifique principal de la province de l'Ontario). Il a fait siennes les conclusions du rapport et les avantages du glyphosate. Il convient de noter que McLaughlin était critique sur la nécessité de l'herbicide lorsque les conclusions du CIRC avaient été publiées.

 

 

L'obsession anti-industrie du CIRC

 

Tarone, dans son article référencé ci-dessus, a également mentionné que le CIRC est peut-être allé trop loin en refusant les contacts avec l'industrie. Très succinctement, il déclare :

 

« L'expérience des récents groupes de travail suggère que les mesures prises en 2005 pour "accroître la transparence" du processus des Monographies du CIRC en raison d'une influence indue perçue des "parties prenantes industrielles" (Samet, 2015) sont peut-être allées trop loin. Le processus actuel semble parfois être apparenté à un procès criminel avec un procureur et un jury partial, mais pas d'avocat de la défense. »

 

J'avais noté ce double standard quand j'avais passé au crible la liste des noms des invités à la conférence et à la soirée de gala du 50e anniversaire(voir : IARC50-Conference-Listofparticipants). Pas un seul scientifique de l'industrie pharmaceutique n'avait été invité. L'industrie ne fait-elle pas d'importantes recherches sur le cancer ?... Ou le CIRC travaille-t-il uniquement avec des scientifiques qui identifient les causes du cancer, mais pas avec ceux qui élaborent de meilleurs traitements contre le cancer et de meilleures technologies de prévention ?

 

À propos de la consommation de viande...

Nous vivons plus longtemps aujourd'hui (assez longtemps pour que les cancers puissent nous affliger) en raison des innovations que l'industrie pharmaceutique a mises au point. Et nous survivons au cancer à des taux croissant de façon exponentielle, nous développons des vaccins préventifs et nous améliorons la qualité de ces traitements en grande partie grâce au travail laborieux, aux investissements et à la prise de risque de l'industrie. Maintenant, excusez-moi d'exprimer un peu d'indignation, mais pour qui diable ces bourriques du CIRC se prennent-elles ? Utiliser des fonds publics pour célébrer les réalisations d'un demi-siècle de science sans même reconnaître les plus grands contributeurs à ce succès parce qu'ils sont de l'industrie ? Ce sont des gens stupides, hypocrites et arrogants !

 

Le jour viendra peut-être, malheureusement, où un(e) scientifique du CIRC sera diagnostiqué(e) avec un cancer. Comment réagir a-t-il/elle ? Vont-ils opter pour un traitement alternatif comme le jus de citron et le curcuma ? Peut-être le bicarbonate de soude ? Ou vont-ils opter pour la recherche et la technologie développées par cette industrie pharmaceutique qu'ils ont ostracisée ?

 

Si, comme je l'espère, ils optent pour le choix rationnel et cherchent les solutions développées par la science, alors seulement ils comprendront l'effroyable hypocrisie adoptée par la direction du CIRC. Peut-être devraient-ils peut-être prendre la parole dès maintenant !

 

________________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger  : www.facebook.com/riskmonger.

 

Source : https://risk-monger.com/2016/09/02/iarcs-glyphosate-debacle-sinking-deeper-into-their-pit-of-hypocrisy/

 

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Bugul Noz 11/09/2016 11:33

L'IARC a eu parfaitement raison de refuser de donner suite à la demande de divulgation des e-mails (et les arguments donnés me semblent parfaitement justifiés). L'écho trouvé ici à ce refus conforte l'hypothèse selon laquelle ce genre ce procédé est utilisé à des fins de propagande. Que cette propagande "serve" des thèses auxquelles je puisse éventuellement adhérer ne change rien à l'écoeurement que provoque chez moi ce genre de choses.

En revanche, je serai bien étonné de lire un article dans Le Monde fustigeant ce "manque de transparence", alors que ce même journal avait relayé avec énormément de complaisance les saloperies de USRTK sur Kevin FOLTA, issues d'une lecture plus que sélective des mails fournis.