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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate: comprendre la controverse (avec une petite mise à jour)

18 Septembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Union européenne, #Activisme

Glyphosate: comprendre la controverse (avec une petite mise à jour)

 

André Heitz*

 

 

Le débat sur le glyphosate n'est pas une discussion scientifique, mais une guerre des activistes contre « Big Agri ». Le glyphosate, c'est scientifiquement prouvé, est sûr et doit être ré-autorisé, écrit André Heitz.

 

 

Agissant dans le cadre de son mandat, la Commission européenne a décidé le 29 juin 2016 de prolonger l'autorisation de mise sur le marché du glyphosate, la substance active de l'herbicide le plus couramment utilisé dans le monde, jusqu'à la fin de 2017 au plus tard. Elle a fait savoir, de manière très inhabituelle, que « les Etats membres n'ont pas été disposés à assumer la responsabilité d'une décision ». En effet, quatre tentatives – dont deux constituaient un vote formel – de recueillir une majorité qualifiée entre mars et juin 2016 avaient échoué, en dépit d'une écrasante majorité de 20 États membres en faveur du renouvellement.

 

La majorité requise au titre de la population n'a pas pu être atteinte en raison du refus d'importants États d'exercer leur droit de vote – ou, plus exactement, leur devoir. L'Allemagne s'est abstenue par deux fois, selon les souhaits du SPD, le partenaire minoritaire de la coalition au pouvoir. La France s'est abstenue une fois et a voté contre le renouvellement le 23 juin après que la Ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, a été fustigée par les activistes pour le grand écart entre sa rhétorique anti-glyphosate agressive et le refus de la France de voter contre la substance. Le renouvellement limité, pour une période maximale de 18 mois, ne met pas fin à la saga du glyphosate. Au contraire. L'Union européenne étant harcelée par les manœuvres politiciennes des Etats membres qui tentent de mettre le fardeau de la décision sur le dos de la Commission, on peut s'attendre à des débats similaires redémarrant très probablement à l'issue de la prolongation.

 

 

Mais qu'est-ce qui fait exactement que le glyphosate soit aussi controversé ? Il ne faut regarder guère plus loin que la décision plutôt inattendue de l'Agence Internationale pour la Recherche sur le Cancer (CIRC) de classer le glyphosate comme « probablement cancérogène pour l'homme » en mars 2015. Du jour au lendemain, un herbicide avec des antécédents d'utilisation sûre couvrant plus de quatre décennies est devenu un monstre de la santé publique selon une organisation internationale de bonne réputation.

 

La décision du CIRC est allée à l'encontre des avis et décisions des organes consultatifs et réglementaires majeurs du monde entier – le BfR allemand agissant pour le compte de l'Union européenne, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), l'US-EPA, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA), ainsi que la Réunion conjointe FAO/OMS sur les résidus de pesticides – qui ont déclaré, en bref, que le glyphosate, utilisé selon les prescriptions, ne soulève pas de problèmes de santé. Dans le langage scientifique, il est presque impossible de formuler une déclaration de sécurité absolue ; une expression comme « unlikely to be carcinogenic » (probablement pas cancérogène) est ce qui s'approche le plus de « sûr ».

 

Qu'est-ce qui explique cette particularité dans les évaluations scientifiques ? La différence entre le CIRC et d'autres organismes ne repose pas tant sur la méthodologie que sur leurs missions respectives. Alors que le CIRC se prononce sur le danger, indépendamment de l'exposition, la plupart des autres fondent leurs conclusions sur le risque, et le poids de la preuve, ce qui conduit à la divergence fondamentale actuelle sur la façon dont la preuve est évaluée. Le Préambule des Monographies du CIRC énonce clairement que « les monographies représentent la première étape dans l'évaluation des risques cancérogènes... ». En outre, « Les monographies sont utilisées par les autorités nationales et internationales pour évaluer des risques, formuler des décisions concernant les mesures de prévention, mettre en place des programmes efficaces de lutte contre le cancer et faire des choix entre les diverses options pour les décisions de santé publique. » Le CIRC n'a pas le dernier mot sur les questions de santé et il ne peut pas « autoriser ou interdire » des substances. Il ne peut que démarrer une conversation avant de céder la place aux agences nationales pour les décisions.

 

On ne peut guère nier que la décision du CIRC ait été utilisée pour faire capoter le processus de renouvellement en Europe et aux États-Unis. Les conclusions de tous les organismes mentionnés ci-dessus ont été ignorées ou rejetées de but en blanc par les activistes avec une réponse standard : ces entités sont rongées par les conflits d'intérêts, et sont dans la poche de « Big Agri ». Mais ce rejet nonchalant, sans évaluation adéquate du poids technique de la preuve, s'oppose de manière flagrante au processus de prise de décision.

 

En effet, la controverse a été gravement polluée par l'argument des « conflits d'intérêts » déployé par de nombreuses entités se décrivant comme des « ONG » et diffusé par les médias. La triste vérité est que le débat sur le glyphosate n'a jamais vraiment porté sur la science, mais a été une guerre menée par des militants, ou ce que le directeur exécutif de l'EFSA Bernhard Url a appelé « l'Âge Facebook de la science », où les arguments scientifiques ne sont acceptés que s'ils sont « aimés ». Mais cela ne change rien au fait scientifique que le glyphosate est sûr.

 

______________

 

* André Heitz est ingénieur agronome et fonctionnaire international du système des Nations Unies à la retraite. Il a servi l'Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) et l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Dans son dernier poste, il a été le directeur du Bureau de coordination de l'OMPI à Bruxelles.

 

Publication originale en anglais : https://www.euractiv.com/section/agriculture-food/opinion/glyphosate-understanding-the-controversy/

 

 

 

Le texte ci-dessus est la traduction d'un article paru le 1er août 2016. Nous avons rajouté les liens, qui ne font pas partie de la politique éditoriale d'Euractiv.

 

Entre-temps, comme nous l'avons vu dans « Petite balade dans la presse : des rationalistes ont écrit... », diverses décisions ont été prises au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Suisse qui soit partent du principe bien établi que le glyphosate est d'un emploi sûr, soit confirment ce fait.

 

Comment, par ailleurs, interpréter la décision française du 20 juin 2016 – en principe de l'ANSES – de retirer les autorisations de mise en marché des seuls produits phytopharmaceutiques associant en coformulation glyphosate et POE-tallowamine ? Quand on écrit :

 

« L’absence d’effet nocif pour la santé et l’environnement est une des conditions prévues au titre du règlement européen (article 29) pour l’autorisation de produits phytopharmaceutiques »

 

et qu'on laisse sur le marché les produits à base de glyphosate mais sans POE-tallowamine, on admet implicitement que le glyphosate répond à l'exigence précitée : pas d'effet nocif pour la santé et l'environnement.

 

Cela prouve – une fois de plus – l'irrationalité des positions prises par nos politiques sur le sujet, en particulier des gesticulations de notre ministre de l'environnement et des postures affichées à Bruxelles.

 

Ce ne serait qu'un moindre mal – si, si – si cela ne concernait que l'avenir du glyphosate et de l'agriculture européenne, ainsi que de l'environnement, qui ont beaucoup à perdre du retrait d'un herbicide d'une très grande utilité avec un excellent profil toxicologique et écotoxicologique. Non, la vraie victime du coup bas de l'Allemagne et de la France, c'est le projet européen. Et dire qu'on voit régulièrement la chancelière Merkel et le président Hollande se faire les chantres –oh, à la voix fluette et aux ambitions minimalistes – de l'Europe... Ce n'est pas là une observation politicienne : le(s) camp(s) d'en face est/sont manifestement disposé(s) à gérer les intérêts de la France et de l'Europe en fonction d'études de marché sur le bénéfice électoral ou sondagier des décisions prises.

 

Mais revenons au glyphosate : l'Agence pour la protection de l'environnement (EPA) des États-Unis d'Amérique vient de publier « Glyphosate Issue Paper: Evaluation of Carcinogenic Potential » (document de travail sur le glyphosate : évaluation du potentiel cancérogène). Document long (227 pages), très détaillé et qui, ce n'est pas une surprise, taille diplomatiquement en pièces l'évaluation du CIRC.

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