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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

En préparation d'un « débat » : les inepties de Vandana Shiva dans le Monde

5 Septembre 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Vandana Shiva, #critique de l'information, #Activisme

En préparation d'un « débat » : les inepties de Vandana Shiva dans le Monde

 

 

C'est en préparation d'un « débat » dans le cadre du "Monde Festival". Le Monde vient de publier ses propos sous le titre : « Vandana Shiva : "L’idée que nous sommes maîtres de la nature n’est qu’une illusion" ».

 

Faut-il s'interdire de tirer sur l'ambulance ou donner la priorité à une œuvre de salubrité publique ?

 

Nous penchons résolument pour la dénonciation d'une imposture. Une imposture qui contribue à faire des millions de victimes.

 

 

 

 

Paraphrasons : « On peut débattre de tout, mais pas avec n'importe qui »

 

« Le Monde organise, dans le cadre du "Monde Festival", le dimanche 18 septembre de 14h à 15h à l’Opéra Bastille (Studio), un débat entre Etienne Klein et Vandana Shiva, animé par Stéphane Foucart. »

 

La jet-setteuse se proclamant de l'écoféminisme Vandana Shiva – oups ! Dr Vandana Shiva – sera prochainement en Europe. Le 18 septembre 2016, donc, il y aura un débat d'une heure (seulement... heureusement...). On peut craindre le pire !

 

 

Nous ferons sans peine crédit à M. Foucart : il fera preuve de modération et d'impartialité malgré les positions qu'on lui connaît... le problème se trouve au niveau de la confrontation entre un honnête homme honnête (le doublon est volontaire) et une personne... euh... disons... qui a une approche très relativiste et opportuniste de la réalité des faits. Nul besoin de s'appesantir ici sur la nature exacte de son PhD, et sur d'autres éléments de son auto-hagiographie, si ce n'est de souligner encore une fois que cette personne bénéficie d'un crédit considérable dans un altermonde à l'aveuglement effrayant.

 

Le Monde lui offre donc une tribune et un micro... La lecture de l'aguiche ne peut que conforter les pires inquiétudes. Non pas tellement sur ce qui sera dit devant un auditoire somme toute limité, mais sur ce qui sera rapporté :

 

« L’ère du scientisme a probablement pris fin avec la mise au point de la bombe atomique. Pour autant, la science a permis de porter l’espérance de vie humaine à un niveau inimaginable il y a encore un siècle. Les biotechnologies incarnent ce double visage : dans les domaines de la santé humaine et de l’agronomie, elles ouvrent des champs insoupçonnés. Mais en se fondant sur la manipulation du vivant, elles nous posent des questions éthiques fondamentales. Entre la confiance aveugle et le refus de principe, peut-on imaginer une approche non dogmatique qui permette à la science et à une nouvelle idée du progrès, fondée sur le long terme, le respect de l’environnement et de la santé, de se réconcilier ? »

 

Passons sur l'« ère du scientisme » – qui bien sûr n'existe pas et qui, si on admettait son existence, ne s'arrêterait jamais vu que la lutte contre le « scientisme » est un formidable fond de commerce. Peut-on raisonnablement parler – oups ! Commençons par le commencement : envisager de parler – d'éthique avec une personne qui manque d'éthique ? Au point, par exemple, de mettre le viol au même niveau que la culture des OGM ?

 

 

La question finale de l'aguiche est évidemment sophistique. Où est la « confiance aveugle » ? Ailleurs, s'entend, que dans l'esprit des détracteurs des biotechnologies, du reste si prompts à agiter la « manipulation du vivant » (comme si on ne s'y adonnait pas au moins depuis l'aube de l'agriculture) ? Pour le « refus de principe », on sait... hélas !

 

Quelle sera la nature du « débat » avec une personne enfermée dans le refus de principe, pas seulement des biotechnologies, mais aussi de l'agriculture issue des connaissances acquises au début du 20e siècle – des bases élémentaires de la chimie agricole et de la génétique mendélienne ?

 

« ...la science » – quel grand mot ! – est dans le box des accusés et, sauf plaidoyer brillant et implacable de M. Klein, vouée au pilori ; comment résister, en effet, en une heure, aux mensonges, aux contrevérités, aux amalgames, aux diversions... ? À l'échec prétendu de la Révolution Verte, à l'échec prétendu des OGM, à Monsanto, au grand complot des multinationales, aux suicides des paysans indiens, aux semences Terminator... ?S'il fallait faire un procès, ce serait au pire contre les technologies, au mieux contre des modalités de la mise en œuvre des technologies.

 

Mme Shiva sera une des figures de proue de la mascarade du « Tribunal Monsanto ».

 

Il faudrait donc que « la science » se réconcilie – quel autre grand mot ! – avec « une nouvelle idée du progrès ». Mais quelle est cette idée du progrès, dans l'absolu, chez l'animateur du débat Foucart, chez Mme Shiva ? La prémisse du débat est aussi que « la science » ne serait pas, actuellement, « fondée sur le long terme, le respect de l’environnement et de la santé ». C'est là une extraordinaire mise en cause !

 

Rédiger une aguiche est certes un art délicat, et il est tout à fait raisonnable d'y mettre quelques propos outranciers. Mais ici, il y en a tellement qu'on s'attendre à ce que le débat, s'il part de ces prémisses, tourne en procès en sorcellerie.

 

Ou, si M. Klein s'avise à prendre des positions tranchées, en pugilat.

 

 

L'art du sophisme... et le grand art du n'importe quoi

 

C'est en préparation de ce grandiose événement que le Monde a publié le 3 septembre 2016 « Vandana Shiva : "L’idée que nous sommes maîtres de la nature n’est qu’une illusion». Par prudence, la page des commentaires n'a pas été ouverte...

 

Le titre ? On ne peut qu'être sidéré devant ce truisme, cette sagesse de pacotille... par exemple quelques jours après le tremblement de terre qui a ravagé l'Ombrie, en Italie. Mais ce genre de platitude électrise et fidélise une clientèle. On en fait même des titres dans le Monde...

 

Le contenu ? Désolant ! En voici un petit florilège.

 

 

Les produits chimiques... voilà l'ennemi

 

Cela commence par un nouveau truisme :

 

« Avant de se lancer dans une grande avancée, on doit se poser les questions suivantes : est-ce nécessaire ? [...] »

 

Et le flot d'âneries commence :

 

« Les partisans de l’agriculture intensive ont tort sur un principe au sujet duquel je travaille depuis trente ans : à savoir que l’on pourrait produire davantage de nourriture avec des produits chimiques. La révolution verte en Inde a permis de produire davantage de blé, bien sûr, mais en faisant disparaître les légumineuses et certaines semences ! »

 

Le mythe d'une agriculture qui se passerait d'intrants chimiques et serait aussi productive est malheureusement répandu et, pour longtemps encore, indestructible. Nous ne sommes pas prêts de faire admettre comme une vérité d'évidence que les récoltes prélèvent des éléments nutritifs qu'il faut renouveler et que les apports de matière organique équivalent à un déplacement d'éléments fertilisants, une terre étant enrichie et l'autre appauvrie ; que les ravageurs prélèvent leur part de récolte, quand ils ne la détruisent pas complètement, et que les produits « chimiques » sont indispensables (même en bio).

 

C'est la deuxième partie qui doit nous intéresser ici, tant elle est grotesque. Les légumineuses auraient disparu ? Allons donc !

 

Ci-dessous, par exemple, les statistiques de la FAO pour les lentilles, les haricots secs et les pois chiches.

 

En préparation d'un « débat » : les inepties de Vandana Shiva dans le Monde
En préparation d'un « débat » : les inepties de Vandana Shiva dans le Monde
En préparation d'un « débat » : les inepties de Vandana Shiva dans le Monde

Des pois à 7 % de protéines...

 

« L’Inde, qui était le plus grand producteur de graines d’oléagineux et de légumineuses, est devenue le plus grand importateur d’huile de palme, au prix de la destruction de forêts entières en Indonésie, et achète désormais des pois jaunes du Canada de médiocre qualité. Leur teneur en protéine est de 7 % contre 35 % chez ceux que l’on cultivait en Inde. »

 

Passons sur la diversion de la déforestation. La première affirmation, d'une affligeante généralité, est invérifiable. Quant à l'huile de palme, les importations indiennes sont dues au différentiel de prix. Mais il s'agit ici de dénigrer l'agriculture productive, la Révolution Verte ; le commerce international n'a donc pas sa place dans l'argumentaire.

 

Des pois (lesquels?) à 7 % de protéines ? Moins que le blé ? C'est tout simplement insensé.

 

 

 

Le mythe des cultures associées

 

Nouvelle salve de déclarations à l'emporte-pièces :

 

« La diversité des récoltes permet de produire davantage de nutriments par hectare. Si le blé est cultivé avec de la moutarde, par exemple, il contiendra davantage de nutriments que s’il est cultivé seul. Or l’agriculture intensive, c’est la monoculture, et les monocultures sont des systèmes à faible productivité. »

 

Les cultures associées sont un autre grand mythe de l'agriculture alternative, idéologique. Ce n'est pas que ce soit systématiquement faux : cela peut même être avantageux dans des systèmes à bas intrants et peu mécanisés. Le peu d'engouement pour cette forme de production, même dans l'agriculture biologique qui la sacralise en quelque sorte, montre les limites du système. On trouvera ici une autre étude qui a produit des résultats contrastés.

 

Complanter du blé et de la moutarde ? C'est une pratique ancienne en Inde. Mais ne demandez pas à Mme Shiva comment il faut s'y prendre pour faire coïncider les cycles végétatifs et gérer les cultures dans une agriculture moderne...

 

Et le blé qui contiendrait davantage de nutriments grâce à la moutarde ? On aimerait voir les preuves. Les monocultures – lire : la culture d'une seule espèce dans un champ – à faible productivité ? C'est prendre les agriculteurs et les agronomes pour des idiots.

 

 

Ah... Monsanto

 

Il eût été étonnant d'y échapper :

 

« En sortant de ce système, le paysan n’est pas obligé de dépenser de l’argent pour acheter des semences ou des engrais à Monsanto, il n’a pas à s’endetter. Et, au final, il produit des aliments sains, pas des denrées que les marchés du monde entier achètent à bas coût. »

 

En bref, c'est « vive l'autarcie ». Sauf que c'est synonyme de pauvreté, souvent abjecte. Lisez bien... le paysan ne produit pas des denrées que les marchés achètent (certes, à bas coût)...

 

Quant à Monsanto vendeur d'engrais, on aura tout vu !

 

Le mythe, imperturbablement répété, et la réalité en Inde

 

 

Confusion mentale ?

 

Le journaliste qui s'est entretenu avec Mme Shiva interroge :

 

« Faut-il pour autant rejeter toutes les avancées scientifiques et technologiques ? Les OGM ne permettent-ils pas, par exemple, de limiter la consommation de pesticides ? »

 

Mme Shiva répond en se référant sans nul doute à la conférence d'Asilomar de 1974, qui avait appelé à un moratoire (vite levé) sur les manipulations génétiques, mais pour éviter que des bactéries génétiquement modifiées puissent se disperser dans l'environnement ; puis à un propos attribué de manière invérifiable à Albert Einstein. Arrivent les spéculateurs...

 

« Puis les spéculateurs, les fonds de capital-risque, ont commencé à faire des promesses à Wall Street. Les fabricants de produits chimiques, qui sortaient de la guerre, se sont dits : on va se doter de cet outil et, à travers lui, acquérir des semences. Car, pour dégager des profits à partir des semences, on doit posséder celles-ci et faire en sorte que les fermiers ne puissent pas en conserver d’une année sur l’autre. »

 

Les fabricants sortaient de la guerre ? Dans les années fin 1970-1980 ? Que viennent faire les fonds de capital-risque et Wall Street ? Les OGM ont été conçus pour empêcher les agriculteurs de ressemer ?

 

 

Le rationaliste se trouve confronté à un problème redoutable : c'est tellement délirant qu'il est difficile de répondre brièvement. Proférer une ânerie prend une phrase, la réfuter une page... Répondons donc par un seul exemple sur le dernier point : le soja GM – qui n'est pas hybride – peut parfaitement être ressemé.

 

 

L'aveuglement

 

Qu'est-ce que le génie génétique pour Mme Shiva ?

 

Un moyen « de réclamer des royalties »...

 

L'obsession anticapitaliste et anti-Monsanto empêche Mme Shiva de comprendre les fondamentaux de l'agriculture s'agissant des semences ; ou encore d'intégrer dans son discours le concept de protection des obtentions végétales qui a permis depuis des décennies à la filière des variétés et des semences de se rémunérer et de se développer – en contribuant de manière importante au développement de la production agricole et alimentaire.

 

 

Il lui est manifestement aussi trop difficile de comprendre que pour pouvoir réclamer des royalties, il faut pouvoir vendre, donc avoir un produit que quelqu'un ait envie d'acheter... et plutôt deux fois qu'une quand ce quelqu'un ne produit pas ses propres semences (par choix délibéré, parce que la variété ne s'y prête pas comme dans le cas des hybrides, ou encore parce que l'auto-production de semences est difficile voire impossible comme dans le cas des betteraves). Son verdict est sans appel :

 

« Ils inventent pour se permettre de réclamer des royalties. Qu’ont-ils apporté à la science ? Les récoltes aux herbicides, les récoltes résistantes au Baccillus thuringiensis (Bt) ? »

 

Voilà des concepts intéressants ! En particulier les récoltes résistances au Bt...

 

En fait, ce qui a été apporté, ce n'est pas à la science, mais aux agriculteurs : près de 18 millions dans le monde – en majorité... Indiens – qui les cultivent sur près de 180 millions d'hectares.

 

Verdict toujours sans appel :

 

« Cette technologie a échoué. Or, l’efficacité des outils doit être mesurée à l’aune de leurs résultats. »

 

18 millions d'agriculteurs... 180 millions d'hectares...

 

Et les shivagations continuent :

 

« Répéter aveuglément : "Je suis le maître, devenez mes serfs, abandonnez votre Constitution, abandonnez votre démocratie", ce n’est pas de la science, c’est une forme de dictature. L’ingénierie génétique est un système de contrôle de la propriété intellectuelle et des droits de propriété. Une entreprise ne peut pas prétendre posséder une semence en y insérant un gène toxique. »

 

 

 

La philosophie à deux balles

 

La « philosophe » s'égare ensuite dans les brumes d'une pensée vacillante. Il suffit de poser des prémisses extravagantes pour construire un édifice cauchemardesque.

 

Le Siècle des Lumières – ou la Révolution industrielle – est un « système qui consiste à tout réduire à des processus mécaniques » ; la nature serait considérée comme « inerte » et on dit « que tous les éléments qui la constituent sont séparés ». Et donc,

 

« Pendant deux cents ans, l’esprit humain a été plongé dans l’illusion que nous sommes extérieurs à la nature et que nous pourrions en être les maîtres, la conquérir, la posséder et la manipuler. »

 

Remontons dans le temps :

 

« Les théories newtoniennes ont abouti à la séparation entre l’homme et la nature, en définissant la nature comme morte. »

 

Cela donne lieu à une formidable déduction :

 

« Or, la nature est on ne peut plus vivante, sinon nous ne serions plus en vie ! Et ce sont ces processus de vie, ces processus écologiques, que la science est maintenant obligée de prendre en compte. »

 

Mais Mme Shiva nous propose en réponse la « démocratie de la planète Terre » avec une « liberté des autres espèces » et un « bien-être de la planète », ainsi qu'une « démocratie de toutes les formes de vie ».

 

En voulez-vous encore ?

 

« C’est le droit de la Terre que de ne pas être violée, son droit que de ne pas être victime des catastrophes. Notre liberté et celle de la Terre n’en font qu’une. »

 

 

Le crépuscule de l'écodéesse ?

 

Le Monde a ouvert son article, comme il se doit, sur une photo de Mme Shiva. Le bindi est toujours aussi extravagant ; le sari est encore une fois, sauf erreur, d'un modèle nouveau... Ce qui impressionne, c'est que la photo est très sombre. Serait-ce prémonitoire ?

 

La « pensée » de Mme Shiva s'est fossilisée il y a pas mal de temps ; ses sources d'inspiration comme Pat Mooney – celui qui a contribué à la mettre sur les rails à Bogève – sont pour la plupart passées à autre chose et n'assurent plus que le service après-vente en matière d'anti-OGMisme et quelquefois la gesticulation quand les conditions s'y prêtent. Ce sont les mêmes thèmes qui sont ressassés, encore et toujours, avec quelques variations au gré des circonstances et des opportunités.

 

 

Mais le radotage ne peut pas être ignoré : le mal sévit toujours car on lui tend des micros et ouvre des colonnes.

 

Même si elle fait maintenant, dans une large mesure, « has been », il importe de dénoncer l'imposture. Car, directement ou indirectement, elle contribue à faire des millions de victimes dans le monde, en termes de conditions de vie qui stagnent mais aussi, malheureusement, de vies perdues.

 

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Zacky 25/11/2016 12:29

Les khmers verts ont encore frappé! Mais si même les agriculteurs américains s'y mettent! http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0211497633829-les-agriculteurs-americains-reviennent-du-tout-ogm-2044625.php

Vincent 12/10/2016 00:13

La vidéo vient d'être publiée:

"Retrouvez en intégralité le débat organisé par « Le Monde » dans le cadre du « Monde Festival », le dimanche 18 septembre à l’Opéra Bastille, entre Etienne Klein et Vandana Shiva, animé par Stéphane Foucart."

https://www.dailymotion.com/video/x4wt1cf

un physicien 07/09/2016 16:17

http://www.grainscanada.gc.ca/peas-pois/harvest-recolte/2013/hqp13-qrp13-3-fra.htm
La teneur moyenne en protéines des pois de l’Ouest canadien récoltés en 2013 était de 22 %,

Bugul Noz 06/09/2016 19:11

Pour information les commentaires sont ouverts (et lisibles) depuis les applications mobiles du Monde.

Zigomar 06/09/2016 12:04

Il sera bon et fort utile, édifiant et instructif de faire connaître au bon peuple le montant des "honoraires" que cette harpie encaisse à chacune de ses apparitions!!! Si toutefois il est possible de le savoir parce qu'en général les escrocs professionnels ne se vantent pas de leurs "exploits"!