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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un nouveau dérapage dans l'absurde : le « certipesticide » de Mme Ségolène Royal

1 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Politique

Un nouveau dérapage dans l'absurde : le « certipesticide » de Mme Ségolène Royal

 

 

 

 

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a publié le 25 juillet 2016 un rapport sur « L'exposition des travailleurs agricoles aux pesticides ».

 

Le 28 juillet 2016, dans les locaux de l'ANSES, celle-ci a remis le rapport à Mme Ségolène Royal, Ministre de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer, chargée des relations internationales sur le climat (la liste se termine là, en attendant un autre hochet). Remise symbolique dans la mesure où le rapport avait été présenté au ministère de l'agriculture en avril 2016 et que la publication officielle a été retardée par un contretemps. Ce rapport avait du reste fuité vers le Monde qui en a publié une – son – analyse le 23 juin 2016.

 

 

Soyons mesquins... enfin pas vraiment

 

Un tel événement se devait d'être relayé sur Twitter. Après deux gazouillis plutôt anodins, le « je... » superwomanesque tombe !

 

« Je renforce les mesures de protection des travailleurs exposés aux pesticides @Anses_fr »

 

Un nouveau dérapage dans l'absurde : le « certipesticide » de Mme Ségolène Royal

Il est des circonstances où le « je... » n'est pas possible... mais on sent bien que le « nous... » n'est que la forme sémantiquement adaptée pour un « je... » :

 

« Nous allons procéder au retrait des autorisations de mise sur le marché des pesticides identifiés comme les + toxiques par l'@Anses_fr »

 

Un nouveau dérapage dans l'absurde : le « certipesticide » de Mme Ségolène Royal

Mme la Ministre n'a toujours pas compris que la mission de gérer les autorisations de mise sur le marché a été déléguée à l'ANSES à compter du 1er juillet 2015, en application de la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt ; on peut aussi penser qu'elle se moque éperdument de l'ordonnancement administratif de la France. Aucune de ces hypothèses n'est charitable.

 

On sait que Mme Royal est hypersensible à la flatterie :

 

« Générations futures: "Je félicite @Anses_fr pr son rapport sur critères définition perturbateurs endocriniens que S. Royal remet à la C. Eu" »

 

Oui, vous avez bien vu : c'est un gazouillis de Mme Royal elle-même !

 

Un nouveau dérapage dans l'absurde : le « certipesticide » de Mme Ségolène Royal

La série se termine par un gazouillis avec une vidéo de 27 secondes : 15 de discours, 12 d'applaudissements... Peut-être eût-il mieux valu limiter la vidéo aux applaudissements. D'abord, parce que cela aurait flatté la dame ; ensuite parce qu'elle gazouille du contenu de son discours :

 

« Il est crucial d'avoir un opérateur comme l'@Anses_fr pr une lutte efficace vs pesticides et substances toxiques »

 

Vraiment ? L'ANSES réduite à un organe de lutte contre les pesticides et contre les substances toxiques ?

 

Un nouveau dérapage dans l'absurde : le « certipesticide » de Mme Ségolène RoyalUn nouveau dérapage dans l'absurde : le « certipesticide » de Mme Ségolène Royal

Finissons ce triste chapitre par deux questions : pourquoi une remise à la seule ministre de l'environnement, etc., alors que l'ANSES a trois ministères de tutelle ? Et qui, outre Générations Futures et Phyto-Victimes, a été invité à cet événement ?

 

 

Il y a le gouvernement... et il y a Ségolène Royal

 

«  Je renforce les mesures de protection des travailleurs exposés aux pesticides » ? Quelle blague ! Voici le texte intégral de son communiqué de presse :

 

« L’ANSES a présenté aujourd’hui à Ségolène Royal son rapport sur les conséquences pour les travailleurs de l’utilisation des pesticides.

 

Cet avis est particulièrement critique sur les mesures mises en place pour protéger les travailleurs exposés aux pesticides et formule des propositions selon 5 axes :

  • réduction de l’usage des pesticides pour en réduire l’exposition ;
  • produire des données sur les expositions en soutenant les études indépendantes ;
  • favoriser l’accessibilité, centralisation et capitalisation des informations ;
  • évaluer et agir sur l’environnement technique en intégrant les contraintes des utilisateurs ;
  • réorganiser le conseil à l’utilisation des produits phytopharmaceutique pour réduire les expositions.

 

La ministre de l’Environnement demande le renforcement de l’encadrement réglementaire relatif à l’utilisation des produits phytosanitaires et biocides par les travailleurs agricoles notamment :

  • en procédant le plus rapidement possible au retrait des autorisations de mise sur le marché des produits identifiés comme les plus toxiques, comme l’ANSES l’a fait pour le diméthoate, le chlorpyrifos éthyl et les herbicides au glyphosate utilisant des co-formulants ;
  •   en révisant les conditions de ré-entrée des travailleurs agricoles aux parcelles traitées avec des pesticides et les normes des équipements.

 

D’autres mesures sont également à étudier, comme :

  • le conditionnement de l’utilisation des produits phytosanitaires les plus dangereux (cancérigènes, repro-toxiques ou perturbateurs endocriniens), qui ne doivent être mis en œuvre que lorsqu’il n’existe pas d’alternative à la délivrance spécifique et préalable du conseil indépendant prévu par le code rural ;
  • la mise en place d’un certificat « certipesticide » obligatoire pour les exploitants et les salariés agricoles avant qu’ils ne puissent acquérir et utiliser des pesticides, que ceux-ci soient considérés comme des produits phytosanitaires ou comme des produits biocides.

 

Elle proposera à la Commission européenne que les co-formulants utilisés dans les produits pesticides soient recensés et que les co-formulants cancérigènes, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens, comme par exemple la tallowamine, soient interdits au même titre que les substances actives.

Ces actions s’inscrivent dans l’action volontariste de Ségolène Royal vis-à-vis de la réduction de l’usage des pesticides, et l’interdiction des produits et des pratiques les plus dangereuses, et notamment :

  • l’interdiction des substances néonicotinoïdes dans le cadre du projet de loi relatif à la reconquête de la biodiversité et de la nature à compter du 1er septembre 2018 ;
  • les objectifs de réduction de l’usage des pesticides dans le cadre du plan Ecophyto 2 ;
  • l'interdiction de l'épandage aérien ;
  • l'interdiction de la vente en libre-service pour les jardiniers amateurs ;
  • le zéro pesticide dans les jardins publics et les espaces verts et la mise en place du label « Terre Saine ».
  • l’instruction donnée aux préfets de protéger les populations vulnérables en cas d’épandage de pesticides.

 

Arrêtons-nous juste sur un point : « ...la mise en place d’un certificat "certipesticide" obligatoire ». Mme Royal sait-elle qu'il existe un « certiphyto » ?

 

 

Il y a Mme Ségolène Royal... et il y a le gouvernement

 

 

 

 

M. Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt et porte-parole du gouvernement, a communiqué le même jour sur le site du ministère. Voici le texte, également intégral :

 

 

« Stéphane Le Foll rappelle l’engagement du Gouvernement pour réduire l’exposition aux pesticides des travailleurs agricoles

 

A l’occasion de la publication de l’avis du 25 juillet de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) relatif à l’exposition aux pesticides des personnes travaillant dans l’agriculture, Stéphane Le Foll, Ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Porte-parole du Gouvernement présente les actions du Gouvernement afin de mieux connaître et réduire les expositions professionnelles aux pesticides :

 

- Améliorer les connaissances : Le dispositif de phytopharmacovigilance, créé par la loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt du 13 octobre 2014, est en place depuis le 1er juillet 2015. Il permet de caractériser les effets des produits phytopharmaceutiques sur la santé humaine. Par ailleurs, prévus par le 3ème plan "santé-environnement 2015-2019", deux dispositifs de surveillance dédiés à l’estimation de la fréquence de certaines maladies dans les populations agricoles ainsi qu’à la connaissance de l’exposition des agriculteurs et de leurs familles aux pesticides ont été lancés par les ministères chargés de la santé et de l’agriculture.

 

 - Renforcer la culture de la prévention : Le plan santé au travail (PST) 2016-2020 lancé en décembre 2015 par Myriam El-Khomri fait de la prévention des expositions à ces produits et l’amélioration des pratiques professionnelles  des priorités.

En particulier, les travaux de normalisation des équipements de protection individuelle protégeant les travailleurs agricoles seront renforcés.

 

- Renforcer le conseil à l’utilisation des produits phytosanitaires : ce conseil a été rendu obligatoire par la loi d’avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forêt et est encadré par un dispositif de  certificat délivré aux vendeurs et applicateurs de produits phytosanitaires (Certiphyto) piloté par le ministère chargé de l’agriculture, initié dans le cadre du plan Ecophyto I.

 

Renforcer la formation des utilisateurs des produits phytosanitaires à travers la formation initiale et professionnelle des agriculteurs et le dispositif Certiphyto.

 

Réduire les expositions : cela passe par un encouragement à la substitution des substances les plus dangereuses, notamment par le renforcement du site substitution-cmr.fr. La baisse de 50% en dix ans du recours aux produits phytosanitaires est un objectif réaffirmé par le plan Ecophyto II. Cet axe est également majeur au sein du Plan Santé au Travail.

 

L’ensemble de ces actions constitue une feuille de route opérationnelle pour les services de l’Etat. Elle illustre la volonté du Gouvernement de protéger les travailleurs agricoles susceptibles d'être exposés à des pesticides dangereux. Le soutien de Stéphane Le Foll à la proposition de loi portant création d’un fonds d’indemnisation des victimes des produits phytopharmaceutiques déposée par Madame Nicole BONNEFOY, Sénatrice de la Charente, en est une démonstration. »

 

C'est là une réponse plutôt habile, avec un bel éloge implicite de la solidarité gouvernementale face à un incroyable égocentrisme (avez-vous remarqué que Mme Royal s'attribue même le mérite de l'interdiction prochaine des néonicotinoïdes votée par l'Assemblée nationale ?). Mais à quoi sert cette réponse qui n'aura aucun écho médiatique ?

 

 

 

« Certipesticide », le délire anti-pesticides démagogique n'a pas de limite

 

La France agricole lève une partie du voile sur le « certipesticide » de Mme Royal :

 

« ...À la différence du "Certiphyto" mis en place en 2009, ce certificat attesterait d’une formation non pas sur les produits phytopharmaceutiques seuls, mais aussi sur les produits biocides, utilisés par les cultivateurs comme par les éleveurs. De plus, il ne serait pas obligatoire pour une seule personne par exploitation (comme c’est le cas pour le Certiphyto), mais "pour les exploitants et les salariés agricoles". »

 

Était-ce l'idée de départ, ou la manœuvre de rétablissement une fois que la communication au nom du gouvernement eut démontré l'incongruité de la communication de l'électron libre environnemental du gouvernement ?

 

Imaginez la débauche de moyens ! Vous embauchez des saisonniers pour trois semaines de vendanges... hop... « certipesticide » obligatoire...

 

Les « biocides » incluent les produits destinés à l'usage vétérinaire, à la lutte contre les rongeurs, au contrôle des parasites (acariens, puces...) et au traitement des surfaces en contact avec des aliments.

 

On ne peut que demander à Mme Royal et à ses conseiller de faire preuve de logique démagogique : faisons un « certipesticide » pour tous les Français, eux qui sont amenés à utiliser des biocides dans la vie courante... Pas seulement l'anti-puces qu'ils mettent sur Médor, mais aussi l'antimite pour protéger les lainages, l'anti-moustiques pour dormir tranquille la nuit, et la tablette de nettoyage mise dans le lave-vaisselle.

 

 

 

 

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yann 02/08/2016 10:21

Pour rappel (et démonstration des compétences de nos politiques sur ce sujet)


Ecophyto V2 nous fixe de nouveau objectifs:
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25% de réduction des IFT (indice de fréquence de traitement) pour 2020 (grâce aux outils et technique que nous maitrisons déjà (objectif qui semble correcte)
et
50% de réduction des IFT (25% de plus que objectif 2020) avec l’utilisation de techniques et outils qu’il faut inventer/découvrir pour 2025 et qui n’existe tous simplement pas aujourd hui ! (on parle de reconception de système de culture à mettre en place/découvrir….)
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Le changement bienvenu montre que lorsqu’en 2010 on nous a « ordonné »une baisse de 50% des IFT, nous avions raison de dire que cela était tous simplement impossible.
Nous nous sommes fait insulter (pro chimie, vendue aux firmes, prêt à sacrifier nos enfants….) et là on nous remet des objectifs qui confirme ce que l’on disait : Pour arriver à 50% de réduction des IFT, il faut « inventer/trouver » des solutions que nous n’avons pas encore.
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Que dire de l’INRA et de Monsieur Christian Huyghe qui en 2010 confirmais que nous devions pouvoir baisser sans problème e 30% les IFT sans pertes de revenu pour les agriculteurs. (rigolo/triste de voir que 5 ans plus tard malgré des avancées technique qui n’existaient pas en 2010 on reviens enfin à la réalité et on nous demande une baisse d’abord de 25% (et non 30%) puis après de future découverte à faire, de passer à 50% ).
Ces bureaucrates qui nous démontrent régulièrement l’étendue de leurs compétences (grosse ironies) comme avec les objectifs ecophyto 2010/2018 obligatoires mais maintenant reconnus inatteignables ne sont bon qu’a inventé des usine a gaz destructrice come les CEPP future très gros problème de la filière agricole.
La balance commerciale agricole était excédentaire pour la France de 14/15 milliard en 2010. On était descendu à 11/12 milliard en 2014. Sommes-nous encore au-dessus des 10 Milliard en 2015 ??

vigneron 05/08/2016 07:57

Non, c'est 2011 l'excédent record avec 11,6 milliards (effet prix céréales récolte 2010 essentiellement). En 2010 c'était seulement 8 milliards. Pour 2015 c'est 9,4 milliards, un peu mieux que 2014 (9,1).
http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/conjsynt174201203cmxt.pdf
http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/conjinforap201602cmxt.pdf