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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Se perdre avec une boussole détraquée : précaution et pesticides

11 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Principe de précaution, #Politique

Se perdre avec une boussole détraquée : précaution et pesticides

 

Risk-monger*

 

 

 

 

Lorsque vous partez en voyage, que préféreriez-vous utiliser ? Une carte (qui peut ne pas être précise à 100%, mais qui est régulièrement contrôlée et mise à jour), ou tout simplement une boussole qui, comme le passé l'a prouvé, ne fonctionne pas très bien ? Si vous utilisez la boussole détraquée, à quel moment réaliserez-vous que vous vous êtes perdu ?

 

Telle est la différence entre faire confiance à la science (en utilisant des cartes) et utiliser le principe de précaution comme instrument de guidage.

 

 

 

 

Le principe de précaution est semblable à une mauvaise boussole – quand elle nous met dans la mauvaise direction, cela peut prendre un certain temps avant que nous nous rendions compte que nous sommes perdus. À ce moment-là, quand nous concluons que nous avons pris le mauvais chemin, la question n'est pas : pourquoi ai-je fait confiance à ce machin ? Mais plutôt : comment puis-je arriver quelque part à partir de là où je suis ? Nous ne semblons pas capables d'accepter que la boussole est inutile.

 

Ceux qui pensent que le principe de précaution est une boussole qui nous dirige là où nous devons aller croient que la précaution devrait être utilisée dès le départ (le soi-disant principe de David Gee du « renversement de la charge de la preuve » qui a perverti ce qui était autrefois un outil de décision politique raisonnable – voir mes opinions antérieures). Je soutiens ici qu'utiliser la version David Gee de la précaution, c'est comme partir en voyage avec une boussole détraquée (et aucune carte). Seul un idiot, ou quelqu'un de très sûr de lui, serait aussi téméraire.

 

Mais d'abord, une illustration.

 

 

 

La précaution aveugle

 

Imaginez un scénario de précaution dont d'aucuns soutiennent que nous devrions l'adopter. En 2002, le rapport Stewart, du Royaume-Uni, a conclu que les téléphones mobiles étaient dangereux, et qu'on ne pouvait pas exclure les risques pour la santé (page 3) ; il recommandait que les enfants et les adolescents ne devaient pas utiliser les téléphones (ou réduire leur utilisation autant que possible) pour protéger le développement de leur cerveau. Dans le climat réglementaire d'aujourd'hui, d'une grande faiblesse, cela aurait suffit aux décideurs de la Commission européenne pour invoquer le principe de précaution et interdire les téléphones portables. C'était encore dans les premiers temps de la technologie mobile, avant le smartphone, le wifi généralisé et l'obsession du « je veux rendre mes amis jaloux » qui brouille aujourd'hui le manque d'estime de soi de la génération Y. En 2002, décider d'interdire les téléphones portables était faisable !

 

Les Arpents Verts

 

Que serait-il arrivé si l'UE s'était fiée à cette mauvaise boussole et avait interdit la technologie mobile ? L'innovation ne se serait pas arrêtée, mais elle aurait suivi une voie complètement différente de celle que nous avons prise au cours des 15 dernières années, peut-être sans que nous réalisions à quel point nous nous étions égarés. La technologie des lignes terrestres aurait progressé – peut-être que nous aurions des prises sur chaque lampadaire pour permettre aux gens de se connecter avec quelque appareil téléphonique personnel, fournir des cartes, des nouvelles et un accès courriel. Les textos auraient été maintenus, mais insulter un inconnu en moins de 140 caractères se serait peut-être adapté parce que la localisation des prises aurait rendu les gens plus prudents et moins arrogants (et plus sociables). Les câbles de raccordement seraient devenus à la mode, et les adolescents auraient adopté des vêtements incluant des câbles de connexion.

 

Nous aurions été perdus dans ce monde de précaution câblé, mais nous n'aurions pas su à quel point la boussole de précaution détraquée nous avait mal dirigés avant d'avoir découvert un autre continent qui aurait permis à la technologie mobile de se développer jusqu'au niveau que nous avons atteint aujourd'hui. Peut-être que nous n'aurions jamais su. En 2002, les autres pays et régions du monde n'avaient pas encore compris que l'Europe se préparait à mener son économie et son agriculture vers le déclin avec sa pulsion suicidaire, une réglementation paralysant l'entrepreneuriat sur la base de la notion de danger. Il aurait été tout à fait possible que l'Amérique, le Japon et la Corée suivent l'Europe en adoptant eux aussi la précaution. (L'Afrique, incidemment, n'aurait alors jamais fait le grand bond en avant avec la technologie mobile et aurait souffert encore plus... mais nous savons tous à Bruxelles que l'Afrique n'a pas d'importance !)

 

Une chose est sûre. Après 15 ans sans aucune augmentation des tumeurs du cerveau, on se serait tous tapé dans le dos dans l'Union européenne en nous disant que nous avions suivi les indications d'une merveilleuse boussole.

 

 

 

La politique agricole de l'UE : à quel point sommes-nous perdus ?

 

L'utilisation du principe de précaution par l'UE pour les technologies agricoles revient à se fier à une mauvaise boussole, une boussole détraquée. À quel point sommes-nous perdus ? L'UE est passée d'une région productrice d'excédents alimentaires à une zone commerciale qui ne peut plus se nourrir elle-même. Ayant interdit la production de la plupart des OGM, l'UE est contrainte d'importer des aliments génétiquement modifiés pour élever son bétail. Les récentes mesures de précaution sur les néonicotinoïdes, et maintenant le glyphosate, signifient que les infestations de certains insectes comme la grosse altise (Psylliodes chrysocephala L.) sur les crucifères et l'incapacité de contrôler efficacement les mauvaises herbes vont réduire les rendements agricoles encore davantage.

 

 

Nous continuons à nous fier à cette mauvaise boussole sans nous soucier des conséquences. Pouvons-nous continuer à compter sur les autres pour nous nourrir ? Combien de famines se produiront en Afrique dans la prochaine décennie à cause de notre demande faite à ce continent d'adopter des pratiques agricoles médiévales pour répondre à nos propres besoins alimentaires ? En nous fiant à une mauvaise boussole, nous devenons aveugles aux signaux que nous sommes perdus. Dans 15 ans, il y aura ceux qui se taperont mutuellement dans le dos en se disant : « Ouais ! Nous avons encore des abeilles ! » Eh bien... les abeilles, comme le montrent les données, ne souffraient pas comme cela était proclamé, et les problèmes, là où il y en avait, n'étaient pas dus aux pesticides !

 

La boussole de l'UE nous a fait prendre la route du no- OGM pendant deux décennies. Contrairement à la décision hypothétique privilégiant la précaution pour le téléphone portable, nous pouvons voir très clairement que d'autres pays et leurs agriculteurs ont bien réussi avec une grande gamme de technologies des semences et d'agro-innovations. Si nos organismes de réglementation voulaient bien lever les yeux de leur aiguille aimantée, ils pourraient-être peut-être examiner le chemin qu'ils ont choisi et parcouru. Ils ne devraient pas avoir à chercher trop loin. Avant de se joindre à l'UE, en 2007, la Roumanie était un grand exportateur de soja GM. Pour se conformer aux critères d'adhésion à l'UE, le pays a dû passer dans le camp du non-OGM. Aujourd'hui, en dépit de conditions agricoles favorables, la Roumanie importe du soja (et ce, même avec des subventions de la PAC !).

 

Mais les régulateurs ne semblent pas voir ça. Il y a beaucoup de gens et d'organisations militantes qui appuient sur leurs têtes pour qu'ils suivent aveuglément cette boussole détraquée.

 

 

J'ai une meilleure boussole !

 

Il y a ceux (ceux qui n'arrivent généralement pas à lire jusqu'au bout le premier paragraphe d'un article de Risk-monger) qui rétorqueront que c'est la boussole de la science qui est détraquée et qui nous emmène dans la mauvaise voie à propos de ces technologies, avec à la clé un risque pour la santé humaine et l'environnement ; et que c'est le principe de précaution qui nous met hors de danger et nous ramène sur la bonne voie. Mais la science a fabriqué des mécanismes pour vérifier la boussole, pour redresser le cap, pour se rétablir s'il est avéré que la technologie a eu des inconvénients ou des conséquences inattendues. Cela s'appelle des cartes ! La science est une carte – régulièrement contrôlée et mise à jour – certes pas forcément parfaite, mais s'améliorant avec chaque nouvelle technologie. D'un autre côté, quand nous répondons impulsivement à la précaution, nous ne pouvons jamais avoir les moyens de savoir combien nous nous sommes perdus. Il n'y a pas de mécanisme d'auto-contrôle avec cette boussole de la précaution. Imaginez que nous utilisions une prise téléphonique de réverbère : nous penserions que nous sommes vraiment à l'avant-garde !

 

Lui aussi aurait pu être développé...

 

Le nœud du problème est là ! Le principe de précaution est utilisé comme une boussole pour nous guider, avec la promesse que l'innovation va suivre, mais ce n'est pas vraiment une boussole (ce n'est pas étonnant... elle ne fonctionne pas !). La précaution devrait intervenir dans tout processus de décision lorsque le niveau de l'incertitude scientifique commence à susciter des préoccupations importantes. À ce moment-là, les scientifiques préconiseront des alternatives de précaution (peut-être pas assez rapidement pour certains, mais les gens aiment tellement sur-réagir).

 

Sans doute, quelques antis me jetteront l'obstruction de l'industrie du tabac à la figure... bien... si vous n'avez rien de mieux que de revenir aux années 1950 pour trouver un contre-exemple, je suis désolé pour vous. Nous ne devons pas mettre la précaution au début de l'évaluation d'une nouvelle technologie, à moins que la seule chose que nous voulions faire est de bloquer l'évolution technologique.

 

Mais dans la politique européenne sur les pesticides, la précaution est utilisée prima facie : si vous ne pouvez pas prouver au-delà de tout doute que les néonicotinoïdes ne tuent pas les abeilles (alors que les preuves vont dans l'autre sens pour une utilisation judicieuse) ou si vous ne pouvez pas prouver au-delà de tout doute que le glyphosate ne provoque pas de cancers (alors que toutes les institutions, sauf le CIRC et son évaluation du danger biaisée, rejettent catégoriquement cette hypothèse), alors nous devons, conformément à la réglementation de l'UE, prendre des précautions.

 

Les ONG anti-pesticides qui utilisent la précaution comme une boussole savent exactement où ils veulent aller... elles ne regardent même pas l'aiguille de la boussole et ne se soucient pas de savoir qu'elle ne fonctionne pas. Elles sont volontairement aveuglées, et parce qu'il y a des menottes réglementaires fort opportunes dans l'UE, nous sommes obligés de les suivre !

 

 

Entrer dans le « triangle endocrinien »

 

Cette mauvaise boussole de la politique agricole est sur le point de nous précipiter dans un abîme avec la mise en œuvre des critères de la perturbation endocrinienne de l'UE. Il est probable que pas un pesticide (y compris les quelque 3000 pesticides approuvés pour l'agriculture biologique) ne sera autorisé pour une utilisation dans l'UE lorsque les critères de la perturbation endocrinienne fondés sur le danger seront appliqués.

 

Qu'est-ce que cela signifie pour les agriculteurs ? Il y aura quelques dérogations pour faciliter la transition, et les agriculteurs cesseront de produire de nombreuses cultures (OK, très bien, l'UE deviendra un exportateur mondial de luzerne... génial !). Les prix alimentaires augmenteront, les rendements baisseront pour atteindre un nouveau niveau que l'on considérera comme normal.

 

Je pense que nous allons voir une substance après l'autre retirée du marché parce qu'on ne sera pas en mesure de faire la preuve absolue qu'elles n'ont aucun effet potentiel sur le système endocrinien humain. En raison du chaos, les marchés noirs seront plus étroitement contrôlés puisque les agriculteurs seront obligés de trouver d'autres moyens pour protéger leurs cultures... ou abandonner l'agriculture en grand nombre. Cette boussole détraquée mènera à une kyrielle de rendements plus faibles, de subventions agricoles plus élevées, d'infestations de ravageurs et de maladies fongiques, jusqu'à ce que nous arrivions au point où les importations de produits alimentaires auront un effet sérieux sur l'économie européenne, et que quelqu'un à Bruxelles se rende compte que nous sommes perdus...

 

...Ou que quelqu'un à la DG Santé annonce un succès : que l'UE est devenue un producteur d'aliments de luxe (après délocalisation de l'agriculture comme nous avons désindustrialisé au cours des deux dernières décennies), et qu'elle a vraisemblablement évité des millions de cancers par an. Quelle belle boussole !

 

 

Avons-nous vraiment besoin de prendre ce cap ?

 

L'UE étant obligée d'utiliser la boussole du système endocrinien pour se diriger vers l'Allée de la précaution, ne devrait-il pas y avoir quelqu'un, à un moment donné, pour poser la question : y a-t-il des preuves que les systèmes endocriniens humains ou animaux souffrent ? Les scientifiques activistes ont un bilan de deux décennies de prédictions erronées et alarmistes terriblement comique. Nos comptages de spermatozoïdes n'ont pas diminué comme on le raconte, les grenouilles ne sont pas mortes en masse et les baisses des taux de fécondité sont dues en grande partie à des choix de vie. En plus de cela, les risques de l'exposition aux produits chimiques de synthèse dans les plastiques et les pesticides sont minuscules par rapport à un bon repas végétarien de protéines de soja ou d'houmous suivi d'un bon café (Vouiii !).

 

 

L'UE a pris un mauvais virage il y a des années, avec la révision de 91/414 – la directive sur les pesticides (on y a alors inséré la disposition sur le système endocrinien sans réfléchir et en dépit du bon sens) ; depuis lors, elle a suivi les indications de cette boussole détraquée et s'est engagée dans la mauvaise direction (sur la base du danger). Une personne rationnelle reviendrait sur ses pas, jusqu'à l'endroit où elle s'est fourvoyée, recommencerait et réécrirait cette détestable législation.

 

Mais nos dirigeants croient encore que la boussole fonctionne bien.

 

  • Combien d'agriculteurs devront-ils quitter leur profession,

 

  • Quelles pertes de rendement et quel accroissement des importations l'Europe devra-elle subir,

 

  • Combien de famines devrons-nous voir dans les pays pauvres incités à adapter leur agriculture pour nourrir une UE qui a faim de produits bio,

     

avant que quelqu'un à Bruxelles ne commence à remettre en question cette boussole ?

 

Combien de fois devrai-je utiliser le mot : stupide ?

 

La boussole de la précaution est inutile – totalement détraquée – et il est temps de la jeter et de se fier à une carte. Nous devons faire confiance à nouveau à notre capacité à suivre le plan. Les cartes sont scientifiques, développées, testées et améliorées... Voilà comment fonctionne la science – les fadas de la précaution doivent se reprendre ! Les scientifiques utilisent la raison, les données et les preuves. Cette boussole de la précaution nous a conduit à un endroit où une personne disposant de la bonne éthique et pensant correctement ne voudrait pas être.

 

Je sais, je sais, je parle à des gens qui me disent que c'est une bonne boussole... que l'abîme endocrinien est profond et que la chute sera douloureuse !

 

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger : www.facebook.com/riskmonger.

 

Source : https://risk-monger.com/2016/08/06/getting-lost-with-a-bad-compass-precaution-and-pesticides/

 

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