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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Phobie des OGM ? Les vrais Frankenfoods pourraient vous surprendre !

30 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM

Phobie des OGM ? Les vrais Frankenfoods pourraient vous surprendre !

 

Steven Cerier*

 

 

 

 

Les opposants aux OGM n'ont pas de cesse de vilipender les aliments génétiquement modifiés dans leurs campagnes en les décrivant comme des « Frankenfoods », ce qui implique donc qu'ils ne sont pas naturels et sont potentiellement dangereux.

 

« La pratique de l'introduction d'un nouvel ADN et de produits chimiques dans des graines ou des animaux (Aqua Advantage [sic, c'est AquAdvantage] a mis au point un poisson GM) est similaire à la façon dont le Frankenstein de Mary Shelly [sic, c'est Shelley] a créé son monstre – en assemblant beaucoup d'organismes différents », a ainsi écrit l'Organic Authority sur son site – c'est là une allusion fréquente dans le monde anti-OGM. « Nous savons tous ce qui est arrivé lorsque le monstre s'en est pris à Frankenstein, et de nombreux critiques du génie génétique ont comparé la réaction inévitable à la technologie des OGM à la destruction et au saccage meurtriers du monstre de Frankenstein. »

 

 

De nombreux articles anti-OGM qui mettent en garde contre les dangers des cultures GM sont fréquemment accompagnés de l'image d'un fruit ou d'un légume avec une seringue plantée dedans. Très souvent, c'est un fruit ou un légume pour lequel il n'y a pas de plante GM correspondante, par exemple une tomate. Cette représentation est utilisée pour renforcer la notion que les aliments génétiquement modifiés sont créés dans des laboratoires, et non par la nature, et sont donc dangereux pour le consommateur.

 

Avec le barrage constant de l'imagerie fondée sur la peur, il n'est pas surprenant que le public soit généralement suspicieux et pense que les OGM sont dangereux pour la santé humaine. Mais il n'y a guère de controverse autour des OGM au sein de la communauté scientifique, 88 pour cent des membres de l'American Association for the Advancement of Science (Association américaine pour l'avancement des sciences) estimant que les OGM sont « généralement sans danger » [voir les commentaires ci-dessous]. La sécurité des OGM a été une fois de plus renforcée par le rapport de mai 2016 des Académies nationales des Sciences, de l'Ingénierie et de la Médecine, qui a conclu qu'il y avait « des preuves raisonnables du fait que les animaux ne sont pas affectés par la consommation d'aliments provenant de plantes génétiquement modifiées », et que les données épidémiologiques indiquaient qu'il n'y avait aucune augmentation du cancer ou d'autres problèmes de santé liés à l'introduction de ces cultures dans notre approvisionnement alimentaire.

 

 

David Zilberman, professeur d'économie de l'agriculture et des ressources à l'Université de Californie, Berkeley, a relevé que Frankenfood était « un mot terrible, un mot de stigmatisation... celui qui est utilisé pour effrayer les gens... Les gens ont peur des OGM pour peu de choses, voire rien du tout. Le génie génétique n'est rien d'autre qu'un outil. Parce qu'il nous permet de modifier les plantes avec beaucoup plus de précision et de contrôle qu'avant, il sera très précieux. »

 

La réalité est que la grande majorité des aliments que nous consommons, qu'ils aient été produits en bio ou en conventionnel, ont vu leur génétique modifiée sur le terrain ou dans un laboratoire par un processus de sélection ou une technique biotechnologique de pointe, et tous ces aliments peuvent être consommés sans danger. L'altération des gènes des plantes est même connue pour se produire spontanément dans la nature, comme le montre l'exemple de la patate douce.

 

Les scientifiques du Centre International de la Pomme de Terre (CIP) à Lima, Pérou, ont découvert des gènes de bactéries dans 291 variétés de patates douces, quelques uns présents depuis environ 8.000 ans, y compris dans des variétés cultivées aux États-Unis, en Indonésie, en Chine et dans certaines régions d'Amérique du Sud et d'Afrique. « Les gens ont mangé un OGM pendant des milliers d'années sans le savoir », a déclaré le virologue Jan Kreuze, qui a dirigé l'étude... Cet exemple pourrait être utile pour les régulateurs et les scientifiques qui examinent la sécurité des OGM.

 

 

Les aliments modernes sont des aliments de laboratoire

 

Sous une forme ou une autre, de nombreuses techniques d'amélioration des plantes, y compris la transgénèse, reposent sur l'utilisation d'un laboratoire ; à cette aune, la plupart des cultures pourraient être considérées comme des Frankenfoods. Voici quelques exemples d'aliments créés en laboratoire, non GM :

 

  • L'hybridation « entre parents éloignés » implique le croisement de deux plantes appartenant à des espèces différentes ; elle a produit des plantes qui n'existent pas dans la nature, y compris des variétés de maïs, d'avoine, de citrouille, de blé [par exemple la variété 'Renan', toujours la plus cultivée en agriculture biologique en France], de tomate et de pomme de terre.

 

  • La pastèque sans pépins est un polyploïde (un polyploïde est une cellule ou un organisme qui contient plus de deux jeux de chromosomes). Elle dispose de trois jeux de chromosomes. La polyloïdie peut être induite dans les plantes et les cultures de cellules en utilisant des produits chimiques comme la colchicine (une substance naturelle toxique extraite à l'origine d'une plante) ou l'oryzaline (qui est utilisée comme un herbicide).

 

 

  • Les raisins sans pépins sont des clones très artificiels, qui sont cultivés à partir de boutures – une forme de reproduction asexuée dans laquelle la formation de racines est provoquée par des hormones pour stimuler leur croissance.

 

  • Des plantes hybrides ont été mises au point en utilisant la sélection assistée par marqueurs, un processus de laboratoire impliquant la sélection de certains traits dans une plante tels que la résistance à la sécheresse ou la maladie grâce à des marqueurs génétiques. Les croisements peuvent impliquer la fusion somatique, c'est-à-dire la fusion de cellules de deux espèces végétales distinctes pour former un nouvel hybride combinant les caractères des deux parent, comme c'est le cas pour le triticale, issu du croisement [par voie sexuée] entre le blé (Triticum) et le seigle (Secale) et souvent vendu comme des semences biologiques.

 

  • Alors que les opposants aux OGM diabolisent ceux-ci comme des Frankenfoods, ils ne le font pas pour les plantes issues d'un processus de mutagenèse [sauf en France pour les les variétés tolérant un herbicide, en attendant qu'ils ajoutent d'autres cibles à leur activisme]. Le pamplemousse 'Ruby Red', souvent vendu en bio, est un exemple de variété créée par mutagenèse, une forme de génie génétique qui consiste à exposer les semences à des substances chimiques ou des radiations, y compris les rayons X, les rayons gamma et les neutrons thermiques, pour produire des mutants qui présentent des caractères souhaitables. La variété 'Rio Rouge' a été développée en utilisant des neutrons thermiques. Les trois quarts environ des pamplemousses cultivés au Texas sont des 'Ruby Red' et, en 1993, 'Ruby Red' a été déclaré le fruit de l'État du Texas. Plus de 3000 plantes ont été produites par mutagenèse, y compris des variétés conventionnelles et bio de riz, de poire, de blé, de soja et de tournesol.

 

Bien que les plantes cultivées issues de la technologie GM et de la mutagenèse se soient toutes révélées sans danger pour la consommation humaine et l'environnement, les Académies Nationales ont indiqué que « réglementer les cultures génétiquement modifiées tout en donnant un laissez-passer aux produits de l'amélioration des plantes par mutation ne se justifie pas scientifiquement ». Il faut aussi noter que la modification génétique est un processus et une méthode beaucoup plus rapides de sélection pour certains traits que la mutagenèse. Un rapport du GM Science Review Panel du gouvernement britannique a conclu : « L'amélioration par mutation implique la production de plantes imprévisibles et de changements génétiques non orientés, et des milliers, voire des millions, de plantes indésirables sont éliminées afin d'identifier les plantes avec des qualités appropriées pour une nouvelle sélection. »

 

 

Les OGM sont-ils intrinsèquement à risques ?

 

Henry I. Miller, médecin et biologiste moléculaire, a abordé la notion des risques accrus supposés des aliments génétiquement modifiés.

 

« Les hybridations entre parents éloignés et la mutagenèse induite par irradiation représentent un bricolage beaucoup plus problématique avec la nature – et conduisent à des résultats bien moins prévisibles que les techniques moléculaires modernes utilisées pour modifier les gènes, mais ni les législateurs ni les militants opposés au génie génétique n'ont montré une quelconque préoccupation à propos de la création de nouvelles variétés de plantes avec ces techniques plus anciennes. Même si les résultats seraient génétiquement modifiés ou manipulés à l'aune de n'importe quelle définition raisonnable, ils ne sont pas soumis à des tests obligatoires ou à une vérification avant d'entrer dans la chaîne alimentaire... En revanche, si un gène est déplacé par des techniques de recombinaison de l'ADN, la variété résultante est soumise à une réglementation longue, extrêmement coûteuse, et de plus en plus politisée... Pour être clair, ce n'est pas la source du matériel génétique ou le fait que les ADN provenant d'organismes différents sont mélangés qui crée un risque ; ce qui est important, c'est la fonction de la modification génétique – par exemple le fait qu'elle pourrait permettre à l'organisme d'exprimer une nouvelle toxine ou un allergène, ou de devenir envahissant. »

 

Les vrais Frankenfoods ne sont pas produits dans les laboratoires comme les opposants aux OGM voudraient faire croire, mais sont plutôt des aliments naturels qui contiennent des substances toxiques. Par exemple, les feuilles de rhubarbe sont toxiques ; en cas d'ingestion, elles peuvent causer des problèmes respiratoires, des convulsions, une insuffisance rénale et, dans certains cas, la mort. L'huile de ricin est faite à partir de graines de ricin qui contiennent de la ricine. L'aki (Blighia sapida) a des graines noires toxiques. Il existe beaucoup de champignons vénéneux ; consommer environ la moitié d'une amanite phalloïde, par exemple, est mortel pour les adultes.

 

Le manioc contient de la linamarine ; lorsqu'il est consommé cru, le système digestif la transformera en cyanure. Il suffit de manger quelques morceaux crus de racine de manioc pour atteindre la dose létale. Les pommes de terre contiennent de la solanine, une toxine naturelle. La consommation de pommes de terre crues peut provoquer des vomissements et des diarrhées. Le National Institute of Health déconseille la consommation de pommes de terre qui sont vertes en dessous de la peau, car c'est l'indication d'une forte concentration en solanine.

 

 

L'acrylamide, que l'on trouve dans les pommes de terre, les produits céréaliers et le café, est classée par l'EPA comme « probablement cancérogène pour l'homme » sur la base des études faites sur des animaux de laboratoire. (Ironie du sort, une pomme de terre qui réduit fortement la production d'acrylamide dans les pommes frites a été développée en modifiant un gène – ce qui a conduit les activistes anti-OGM à la qualifier de « dangereux Frankenfood ».)

 

Les opposants aux OGM voudraient nous faire croire que la modification génétique des plantes cultivées a des conséquences dangereuses pour notre approvisionnement alimentaire. Mais la réalité est que rien ne prouve qu'elle est intrinsèquement plus dangereuse ou plus risquée que toute autre technique d'amélioration des plantes. C'est simplement une autre application de la science à l'agriculture qui a été conçue pour contribuer à nourrir une population de plus en plus nombreuse.

 

Imaginez que les opposants à la greffe ou à l'hybridation, qui considéraient que c'était une manipulation de Mère-nature, potentiellement dangereuse pour l'homme, aient réussi à mettre un terme à leur développement... Si tel avait été le cas, les conséquences pour l'humanité auraient été tout à fait préjudiciables. Ceux qui s'opposent à la technologie GM ont toutes les chances de paraître tout aussi stupides pour les générations futures.

 

_______________

 

Steven E. Cerier est un économiste international indépendant. Il est sur LinkedIn ici.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/08/14/gmo-phobic-real-frankenfoods-might-surprise/

 

 

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Anonyme 01/09/2016 01:12

> généralement sans danger

Je soupçonne que la VO disait "generally", ce qui, ici, devrait plutôt se traduire par "de manière générale", "généralement" risquant d'être interprété par le grand public par "il y a des OGM qui sont dangereux, même si ça n'est qu'une minorité.

Seppi 01/09/2016 10:09

Bonjour, merci pour votre commentaire.

L'original utilise effectivement le couple « generally safe » – « generally unsafe ». Mais c'est dans le commentaire sur les résultats du sondage, dont j'ajoute les résultats sous forme graphique.

Cela dit, je ne pense pas que la nuance entre « généralement » et « de manière générale » dissiperait l'opinion qu'il y a des OGM qui sont dangereux. En fait, l'hypothèse d'un danger n'est pas à écarter – on peut même imaginer un terrorisme transgénique – tout comme pour les variétés produites par les méthodes conventionnelles d'amélioration des plantes comme les variétés de pomme de terre 'Lenape' et 'Magnum Bonum'.

La différence, c'est que dans le cas des plantes GM on sait ce qu'on a fait et on vérifie, et qu'on ne le fait pas dans le cadre d'une procédure administrative dans le cas des variétés classiques.