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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pas de tomates pourries : le génie génétique peut-il contribuer à créer un fruit plus savoureux, mais encore ferme ?

28 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Andrew Porterfield, #amélioration des plantes, #OGM

Pas de tomates pourries : le génie génétique peut-il contribuer à créer un fruit plus savoureux, mais encore ferme ?

 

Andrew Porterfield*

 

 

 

 

Pour beaucoup de gens, mordre dans une tomate douce et bien mûre est un des grands plaisirs de l'été. Mais trop souvent, la bouchée se révèle farineuse, avec une texture de carton et peu ou pas de goût.

 

Il n'y a pas de raison que ce soit ainsi ; en fait, une tomate plus mûre, plus douce, a été le premier aliment génétiquement modifié mis sur le marché. Elle est également devenue une tête d'affiche pour la bataille entre les partisans de la transgénèse et les militants anti-OGM.

 

La première plante génétiquement modifiée à avoir été commercialisée, la tomate FlavrSavr, avait été approuvée par l'USDA et la FDA en 1994, ainsi qu'au Japon, au Mexique et par la Commission européenne, après des années d'essais en laboratoire et sur le terrain ; au début, elle a été populaire des deux côtés de l'Atlantique [en Europe, au Royaume-Uni]. Elle a été commercialisée (à relativement grande échelle) en frais, ainsi qu'en purée. Puis, en 1998, un scientifique, Arpad Pusztai, a dit sur la Granada Television britannique que ses travaux alors inédits sur les pommes de terre avaient montré que les aliments génétiquement modifiés produisaient certains effets indésirables. Cette interview a alimenté l'argumentaire d'une industrie du bio en pleine croissance et de militants écologistes encore plus agressifs dans les tentatives de retourner l'opinion publique contre les OGM.

 

Dans le même temps, Calgene, la compagnie derrière FlavrSavr, qui avait peu d'expérience dans le marché des fruits et légumes, a dû faire face à une foule de problèmes, y compris pour la fixation des prix (la tomate était plus chère que d'autres variétés), l'emballage et les problèmes de distribution. La tomate choisie pour réaliser la modification génétique n'était pas non plus la variété la plus savoureuse, ce qui a déplu à beaucoup de consommateurs. Les opposants aux OGM ont saisi l'occasion, tout comme le marketing du bio. Les ventes ont chuté à pic. La tomate GM a été abandonnée en 1997, ce qui a conduit à un rachat de sauvetage de l'entreprise par Monsanto. Selon les opposants aux OGM, l'arrivée de Monsanto « a transformé la totalité du secteur du génie génétique en une activité opaque, asservie aux brevets ».

 

Cependant, depuis FlavrSavr, la recherche a continué sur la production d'une tomate optimale. Les défis sont importants – comment faites-vous un fruit qui mûrit et produit un goût agréable, mais est aussi assez résistant pour être expédié à des centaines, voire des milliers de kilomètres ? Les fruits mûrs ne sont pas très stables, mais les fruits verts plus résistants ont un goût, eh bien, de fruits verts. À l'heure actuelle, la « maturation » ne se produit pas très longtemps sur la plante parce qu'on ne laisse pas le temps à la pectine, qui donne au fruit sa fermeté, de se transformer. Au lieu de cela, le fruit est récolté quand il est encore dur – et vert. Un processus artificiel utilisant le gaz éthylène donne plus de couleur rouge aux fruits, mais ne favorise pas la douceur qui provient, faute d'un meilleur terme, de la décomposition de la pectine.

 

Les réponses à ces défis viennent de l'amélioration des plantes traditionnelle, ainsi que de la modification génétique:

 

  • Après des années de croisements et de sélection, des sélectionneurs de l'Université de Floride sont parvenus à 'Florida 8153' (appelée de manière plus appétissante 'Tasti-Lee'), qui est issue de 'Florida 7907', une variété douce, mais trop ronde pour les expéditeurs et les magasins, et de 'Florida 8159', une variété plus ferme. Le nouvel hybride combine les meilleurs caractères des deux parents. Il y a aussi un bonus : les deux parents portent le gène « crimson » (pourpre), donnant une couleur rouge vif et des niveaux élevés de lycopène, un antioxydant.

 

  • L'année dernière, Cathie Martin du John Innes Centre à Norwich, en Angleterre, a dirigé une équipe internationale qui a découvert qu'un facteur de transcription appelé AtMYB12 pouvait favoriser l'expression de gènes qui stimulent la production de phénylpropanoïdes (y compris le resvératrol, qui est impliqué – mais cela n'est pas prouvé – dans la prévention des maladies du cœur et d'autres maladies), qui sont bénéfiques aux tomates elles-mêmes. L'étude a montré comment la production d'autres substances chimiques bénéfiques pourrait être stimulée en utilisant des méthodes moins transgéniques, telles que la régulation de l'expression des gènes.

 

  • En 2013, Cathie Martin a dirigé un groupe qui a trouvé que l'augmentation des teneurs en anthocyanine, un antioxydant qui donne aux fruits une couleur pourpre, pourrait également augmenter la durée de conservation des tomates. Plus important, les traits résultant de la concentration en anthocyanes pourraient être transmis soit par génie génétique, soit par sélection, la méthode traditionnelle d'amélioration des plantes.

 

  • L'enzyme polygalacturonase, qui a été la cible de la technologie antisens de FlavrSavr en raison de la capacité de l'enzyme à dégrader la pectine et à accélérer la maturation, reste la cible d'études génétiques et chimiques. Un groupe incluant le pionnier de l'antisens chez la tomate, Don Grierson, de l'Université de Nottingham, Royaume-Uni, a identifié plusieurs autres gènes qui régulent l'expression de la polygalacturonase.

 

La route de la tomate a toujours été cahoteuse. Cultivée à l'origine dans les montagnes andines de l'Équateur, du Pérou et de la Bolivie, la tomate était devenue populaire auprès des Européens, mais était délaissée aux États-Unis jusqu'au milieu des années 1800 parce que les Américains croyaient que le fruit était toxique. Au fil des décennies, nous avons eu des tomates de la Floride (en plus de Tasti Lee), qui ont donné aux tomates achetées en magasin leur goût de carton ; des tomates mexicaines cultivées sous ombrage, qui peuvent être ramassées et expédiées à un stade de maturité plus avancé que celles de la Floride ; et des tomates de serre en grappes, qui sont plus mûres que toutes les autres, mais plus chères et plus difficiles à expédier sur de grandes distances. Les variétés anciennes (qui ont généralement des origines très anciennes) sont également entrées dans l'arène, mais elles souffrent de la surmaturité et ne sont pas nécessairement plus savoureuses. La recherche sur la tomate optimale explore un certain nombre de pistes ; il se peut très bien qu'il n'y ait jamais une seule réponse.

 

________________

 

* Andrew Porterfield est un auteur, éditeur et consultant en communication pour des institutions universitaires, des entreprises et des organismes sans but lucratif du domaine des sciences de la vie. Il est basé à Camarillo, Californie. On peut le suivre sur Twitter @AMPorterfield.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/08/23/no-rotten-tomatoes-can-genetic-engineering-help-create-tastier-still-hardy-fruit/

 

 

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