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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

OGM c. non-OGM : mise à jour sur les coûts de production de 2015 dabs ube ferme états-unienne

19 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie, #OGM

OGM c. non-OGM  : mise à jour sur les coûts de production de 2015 dans une ferme états-unienne

 

Jennie Schmidt*

 

 

 

Jennie et sa famille exploitent Schmidt Farms, Inc., une exploitation de quelque 800 hectares près de la côte du Maryland. Ils produisent du maïs, du soja pour l'alimentation animale et humaine, du blé, de l'orge, du foin, des tomates, des haricots verts et des raisins de cuve.

 

Diéticienne, elle s'est impliquée dans la ferme quand elle a été reprise par son mari et son beau-frère, la troisième génération sur l'exploitation. Pour en savoir plus :

 

http://www.americasfarmers.com/farm-moms/jennie-schmidt/

 

 

Unités utilisées pour les conversions :

 

  • 1 $ = 0,886 €
  • 1 acre = 0,4046 ha
  • 1 boisseau (bushel) = 0,2540 q (maïs) ou 0,2722 (blé et soja)
  • 1 bu/ac = 0,6277 q/ha (maïs) ou 0,6725 q/ha (soja).

 

Il peut y avoir des incohérences dans les tableaux, notamment du fait des arrondis.

 

 

Ceci est une mise à jour de mon article précédent intitulé « OGM c. non-OGM : Les coûts de production ». Plus tôt cette année, lorsque les National Academies of Science ont annoncé leur étude sur les plantes génétiquement modifiées, et mis en question certains des avantages du point de vue des rendements, j'avais gazouillé que j'allais mettre cet article à jour. Hier, j'ai reçu un appel de la Michigan State University me demandant la mise à jour, car ils utilisaient l'article avec un groupe d'agriculteurs étrangers qui voulaient des données du « monde réel », d'un véritable agriculteur. Voilà donc ce qui me motive à produire la mise à jour. Nous sommes en ce moment entre deux récoltes, j'ai donc eu le temps de produire les chiffres pour 2015.

 

Lorsqu'on m'interroge sur « pourquoi nous avons choisi ceci... » ou « pourquoi nous avons fait cela... », il y a des nuances qui affectent les décisions agricoles dont je pense qu'elles échappent aux gens qui ne sont pas propriétaires d'une entreprise parce qu'ils ne disposent pas de l'expérience du travail pour soi-même, ni des connaissances pour faire en sorte que l'entreprise soit durable dans tous les sens du terme – environnemental, social et économique. Vous ne pouvez pas avoir l'un sans l'autre, ou le mot n'a pas de sens. Le choix d'acheter des semences est motivé non seulement par les caractéristiques de la variété, mais aussi par la diversification et le souci de ne pas mettre, pour ainsi dire, tous ses œufs dans le même panier. Choisir différentes variétés de maïs ou de soja, certaines avec et d'autres sans traits GM, est un des moyens de répartir les risques, d'être un gestionnaire responsable de la technologie génétique, et de réduire le risque de résistance à des herbicides/insecticides. Mais le principe incontournable est que nous ne pouvons cultiver que ce pour quoi nous avons un marché. S'il y a une demande pour le soja à haute teneur en acide oléique et qu'il y a un silo à grain dans notre région prêt à payer une prime pour ce trait, nous serions fous de ne pas nous investir dans ce marché. Nous ne pouvons pas produire ce pour quoi il n'y a pas d'infrastructure locale ni de marché. Le meilleur exemple, pour notre ferme, est la culture des tomates de conserve. Nous n'en cultivons que parce qu'il y a une conserverie en Pennsylvanie qui amène la récolteuse et assure le transport des tomates vers la conserverie. Cultiver environ 40 hectares de tomates par année signifie qu'une récolteuse à un demi million de dollars ne serait jamais amortie si nous devions l'acheter nous-mêmes ; de même, nous ne pourrions jamais nous permettre le nombre de camions semi-remorques nécessaires pour transporter le volume de tomates à la conserverie. Le contrat n'a de sens que parce que l'infrastructure est fournie pour nous permettre de cultiver des tomates avec succès.

 

Le reste du texte ci-dessous provient de mon article précédent de 2014, avec des chiffres mis à jour dans les tableaux afin de refléter nos rendements et nos coûts de production de 2015. Est-ce une analyse parfaite ? Non, mais ces chiffres nous aident à déterminer d'une année à l'autre ce qui a bien marché et quelles décisions d'achat et de culture il faut prendre pour l'année suivante sur la base de la performance globale. Une ferme familiale n'est pas durable si elle n'est pas rentable. Comme je l'ai dit à bien des reprises, qu'est-ce qui inciterait la prochaine génération à revenir à la ferme si elle était endettée jusqu'aux yeux, et opèrait dans le rouge. Vivre sur une ferme est un mode de vie mais doit aussi fournir un revenu pour que les enfants veuillent revenir et prendre le relais.

 

° ° O ° °

 

Récemment, on m'a demandé de répondre à une question sur GMO Answers concernant les coûts de production comparés des cultures GM et non-GM. Pour ma ferme familiale, cela signifie en particulier maïs et soja. Le foin, y compris la luzerne, les tomates, les haricots verts et les raisins n'ont pas été modifiés génétiquement, ce sont des variétés «conventionnelles » ou traditionnelles issues d'autres méthodes d'amélioration des plantes.

 

Répondre à la question en termes de coûts nécessite une vue complète des rendements et des prix par boisseau, sinon un agriculteur aurait une image incomplète pour prendre des décisions de gestion qui influent sur la durabilité de sa ferme familiale. L'autre élément essentiel que bien des gens ne semblent pas saisir est la demande du marché dans les diverses régions. Les agriculteurs cultivent ce qui correspond à une demande, c'est simple comme bonjour. Quels marchés s'offrent à nous dans notre région et quels sont les produits qu'ils veulent des agriculteurs ? Leçon d'économie No 1. Nous ne cultivons pas ce que nous ne pouvons pas vendre. Pour nous, il y a une plus grande demande pour les aliments pour animaux et les produits GM que pour le non-GM. Étrange, n'est-ce pas ? Vous ne l'avez pas entendu dire avant ? Les médias vous ont sans nul doute amenés à croire le contraire, mais les médias ne sont pas connectés à la communauté agricole ni à ses marchés. Si vous ne croyez que ce que vous lisez dans les médias, alors vous n'avez pas une image réaliste de la situation dans sa globalité, juste une très petite tranche de leur tarte à la crème, pour ainsi dire.

 

Les données ci-dessous sont nos données, et de personne d'autre. Nous ne pouvons pas prendre des décisions de gestion durables fondées sur des hypothèses ou des données de quelqu'un d'autre. Nous prenons des décisions pour notre ferme sur la base de nos résultats et de notre expérience. Ces chiffres ne sont pas les chiffres des autres. Ils ne peuvent pas être extrapolés à nos voisins ou à des agriculteurs dans d'autres régions ou États. Ces chiffres sont ce qui sous-tend nos décisions et nos choix pour l'année à venir. Si le marché change, nous changeons notre processus de prise de décision. Si le rendement ou les coûts changent, nous changeons notre processus de prise de décision. En fin de compte, notre objectif est d'avoir des sols sains produisant des aliments sains et d'avoir une ferme familiale durable à remettre à la prochaine génération.

 

 

OGM c. non-OGM : Comparaison

 

Will Rogers est crédité de la citation suivante : « L'agriculteur doit être un optimiste ou il ne serait pas agriculteur. » Optimistes, chaque hiver nous passons en revue nos données sur nos récoltes, en comparant le rendement de nos cultures variété par variété à nos coûts de production pour la culture de la campagne écoulée, en tenant compte des conditions de la campagne que nous avons eue, afin de décider quelles semences acheter pour la campagne à venir.

 

Depuis 1998, nous cultivons à la fois du maïs et du soja GM et non GM (en fait, nous n'utilisons pas les termes « GM » ou « OGM » étant donné que toutes les plantes cultivées ont été génétiquement modifiées, mais j'utilise ces abréviations ici pour une meilleure compréhension par les lecteurs). Nous faisons les calculs tous les ans pour chaque variété et chaque culture car c'est la seule façon de faire prospérer l'entreprise. Nous collectons les données sur ce qui a marché et ce qui ne l'a pas, et apportons des modifications et des améliorations, ce que beaucoup d'entreprises appellent « amélioration continue de la qualité ».

 

 

Production de maïs non irrigué 2014 et 2015

 

Coût/hectare 2014 Maïs Non Bt/HT 2015 Maïs Non Bt/HT 2014 Maïs BT/HT 2015 Maïs Bt/HT
Semences 142 142 248 264
Engrais 268 222 268 222
Herbicide/Insecticide 87 77 46 54
Assurance 87 57 87 57
Épandage d'engrais 16 16 16 16
Semis 61 44 61 44
Épandage azote 21 22 21 22
Épandage pesticides 39* 39 20 20
Récolte 61 61 61 61
Transport 54 54 54 54
Séchage 131 129 131 129
Loyer 327 327 327 327
Coût total des intrants 1294 1190 1340 1269
Rendement q/ha 117 87 139 103
Prix de vente/quintal 13,99 14,09 13,99 14,09
Revenu brut 1633 1221 1941 1451
Revenu net, différence 331 25 591 174

 

 

Production de soja non irrigué en culture principale 2014 et 2015

 

Coût/hectare 2014 Non-GM alim. humaine 2015 Non-GM alim. humaine 2014 GM High Oleic 2015GMO High Oleic
Semences 90 83 116 131
Engrais 46 39 46 39
Herbicide 88 62 39 41
Assurance 70 57 70 57
Épandage d'engrais 16 16 16 16
Semis 44 44 44 44
Épandage pesticides 53 61 39 39
Récolte 61 61 61 61
Transport 39 39 20 20
Loyer 328 328 328 328
Coût total des intrants 816 793 781 777
Rendement q/ha 24 23 37 30
Prix/quintal 40 38 37 33
Revenu brut 1035 927 1355 1011
Revenu net, différence 219 134 576 199

(Mise à jour 2015 : Cela diffère des données de 2014, car j'ai enlevé « OGM pour l'alimentation animale et OGM pour la semence », que nous n'avons pas cultivés en 2015. En outre, les coûts de transport pour le non-GM ont été augmentés du fait qu'il est entreposé plus longtemps et nécessite des voyages plus fréquents, avec de plus petites quantités, vers un trieur et qu'il est ensaché et vendus par palettes plutôt qu'en vrac par semi-remorque.)

 

La première année où nous avons planté du maïs Bt a été 2000. Comme vous pouvez le voir sur le tableau ci-dessous, il a surpassé le maïs conventionnel chaque année. Cependant, ce qui est le plus remarquable, c'est sa performance au cours des années défavorables. Nous avons eu des conditions de sécheresse en 2010-2012. Une culture saine est une culture plus productive et, dans les mauvaises années, cela peut faire une grande différence pour la viabilité financière de la ferme familiale. J'avais inclus précédemment nos données pour le maïs bio dans ce tableau, mais je les ai enlevées. Nous cultivions du maïs en conventionnel, biotechnologique et bio en même temps, mais avons arrêté la production bio en 2011. Il faisait en moyenne moins de 50 boisseaux par acre (31 q/ha) et ne supportait pas la comparaison. Nous avons fait décertifier nos parcelles en bio et, pour cette raison, je n'inclus plus les données.

 

Maïs (non irrigué) 2000 2004 2010
(légère sécheresse)
2011 (sécheresse et ouragan) 2012 (sécheresse) 2013 2014 2015
Hectares GM 4 112 232 161 188 117 111 182
Rendement moyen q/ha 107 114 69 28 70 134 138 103
Hectares conventionnel 262 168 79 86 106 30 81 61
Rendement moyen q/ha 104 105 57 11 36 127 117 87
Surcroît de rendement GM 4 9 12 16 34 8 21 16
Prix/quintal 8,20 8,89 18,07 22,57 25,81 15,38 13,95 14,09
Surcroît de revenu/ha 33 84 216 368 875 116 298 230

De même, dans notre histoire de la production de soja, nous avons toujours eu un meilleur rendement en soja GM par rapport au non-GM. Nous cultivons quatre « classes » de soja : du soja pour l'alimentation humaine, du soja pour l'alimentation animale, du soja de semence, et une spécialité GM à haute teneur en acide oléique (HO) en graines acides. Les graines HO vont à l'alimentation animale, mais l'huile qui est extraite est utilisée pour la cuisson et la friture, ce qui élimine l'utilisation d'acides gras trans de l'huile de soja hydrogénée comme ingrédient. Ces fèves sont conservés à part et les variétés sont séparées afin de tirer la plus haute qualité d'huile HO de l'extraction.

Soja (en sec) 1998 2000 2005 2010 (légère sécheresse) 2011 (sécheresse & ouragan) 2012 (sécheresse) 2013 2014 2015
Hectares GM 79 130 168 109 211 213 81 121 162
Rendement moyen q/ha 36 34 36 31 25 29 32 37 30
Hectares conventionnel 63 74 86 124 303 273 71 40 81
Rendement moyen q/ha 32 29 31 24 23 24 17 24 23
Surcroît de rendement GM 4 5 5 7 2 5 15 13 7
Prix/quintal 22,46 21,55 23,60 36,78 40,75 47,36 44,10 36,62 33,40
Surcroît de revenu/ha 91 103 114 247 82 223 683 493 247

Même quand il y a une prime pour la production de grains non GM, le GM, en raison de ses meilleurs rendements, a surpassé le non GM chaque année sur notre ferme. Nous avons obtenu des rendements plus élevés dans toutes nos cultures GM dans les près de 17 ans où nous avons utilisé des semences GM. Nous cultivons ce pour quoi nous avons un accès au marché dans notre région. Notre choix d'acheter des semences est fondé sur le succès des diverses variétés que nous avons essayées ainsi que sur les résultats de la recherche universitaire menée dans notre région. Nous n'accordons pas beaucoup d'attention aux données qui proviennent d'autres régions de culture aux États-Unis parce qu'elles ne sont généralement pas pertinentes pour les conditions que nous connaissons. Nous nous orientons sur la base du principe de « prouvons-le » : nous faisons un essai avec une variété sur un nombre limité d'hectares et nous faisons nos propres comparaisons avec les autres parcelles de l'exploitation. Notre prise de décision est équilibrée par la diversité des marchés auxquels nous pouvons accéder, par la demande au sein de ces marchés, et par la productivité que nous avons vue pour nous-mêmes ; tout cela entre en ligne de compte pour le choix du type de variétés que nous semons chaque année.

 

Comme je l'ai dit au début, ce sont nos coûts et nos chiffres de production. Ne présumez pas qu'ils sont les mêmes pour tous les agriculteurs. Ils ne le sont pas.

 

__________________

 

Source : http://thefoodiefarmer.blogspot.fr/2016/08/gmo-vs-non-GM-2015-cost-of-production.html?m=1

 

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