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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Non, pas comme ça, LIDL !

22 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Non, pas comme ça, LIDL !

 

Schillipaeppa*

 

 

 

 

Il faut le voir pour le croire ! En pleine crise des prix du lai ! Lisez l'épilogue !

 

 

Le discompteur LIDL essaie d'attirer des clients avec une nouvelle campagne de verdissage : des produits laitiers frais sont vendus depuis la mi-juillet avec l'étiquette « sansOGM ». Aujourd'hui [16 août 2016], une pleine page de publicité a paru dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ).

 

Les agriculteurs devraient obtenir une compensation pour les coûts supplémentaires de l'alimentation « sans OGM ». Selon un communiqué de presse daté du 7 juillet 2016 :

 

« Pour les frais supplémentaires encourus par les agriculteurs du fait de l'utilisation d'aliments sans OGM et de préférence d'origine nationale, Lidl paie aux producteurs laitiers un supplément fixé d'un commun accord. »

 

Cependant, ce supplément ne devrait pas être répercuté sur les clients :

 

« Ce supplément, nous ne le répercuterons cependant pas sur nos clients et nous sommes heureux d'être en mesure de créer de la valeur réelle pour nos clients et les agriculteurs à nos prix bas habituels. »

 

Le communiqué de presse cite Julian Beer, directeur général responsable des achats pour la gamme de produits laitiers. En septembre, les fromages certifiés « sans OGM » devraient suivre.

 

Cette déclaration m'agace, car elle suggère que le génie génétique est mauvais et qu'il faut l'éviter. Ce n'est pas le cas à mon avis. Au contraire : c'est précisément dans les pays en développement que le génie génétique vert rend d'éminents services quand il s'agit d'économiser les pesticides et d'améliorer les revenus des petits agriculteurs. L'étiquette « sans OGM » consolide la superstition au sujet de la maléfique agro-industrie dans l'esprit de la population, et donc dans l'opinion publique. Cette opinion publique influence à son tour la politique, qui répugne à prendre des décisions impopulaires. Pour nous, cela ne nous coûte presque rien de renoncer aux OGM dans notre pays. Cependant, cette idéologie est exportée dans les pays pauvres, où elle nuit aux gens.

 

Dans les pays en développement, ce sont souvent les enfants qui font le travail de protection des végétaux, même si c'est officiellement interdit. Quand on peut réduire l'utilisation des pesticides, comme pour la culture de l'aubergine génétiquement améliorée au Bangladesh, c'est un atout précieux pour la santé des populations locales.

 

 

 

Tout bien considéré, le lait « sans OGM » n'a aucune valeur ajoutée pour le consommateur. Du point de vue nutritionnel, il n'est pas meilleur ni plus sûr. À l'évidence, le consommateur ne sait pas apprécier la valeur ajoutée présumée ; comment devrions-nous comprendre autrement l'offensive sur le prix – 42 centimes pour un litre de lait frais à 1,5% MG ?

 

L'agriculteur peut nourrir ses vaches en remplaçant le soja par du tourteau de colza ou acheter du soja « sans OGM » à un prix plus élevé. Toutefois, l'alimentation animale est soumise à des fluctuations de prix. J'ai demandé à Lidl par courriel comment ils compenseront les écarts de prix dans leur compensation, et j'ai obtenu la réponse suivante:

 

« La rémunération se fait sous la forme d'un supplément convenu avec les agriculteurs et les laiteries. Celui-ci – c'est clairement établi par voie contractuelle – est transmis par les laiteries directement aux agriculteurs. Ce supplément fera plus que compenser les coûts réels des aliments sans OGM. Les fluctuations de prix ne sont pas prévisibles. Cependant LIDL propose du lait sans OGM depuis environ sept ans, dans le cadre du concept régional "Une bonne tranche de Bavière". Par conséquent LIDL a une excellente expérience dans ce domaine et a pu plus que compenser les coûts, sans exception, durant toute cette période. »

 

Willi l'Agriculteur avait écrit sur "Une bonne tranche de Bavière" sur son blog : des 230 exploitations agricoles du début ne sont restées que 60, et, selon les recherches entreprises par Willi, ces 60 produisent plus de lait « sans OGM » que le marché ne peut en absorber.

 

Selon les données commerciales de la Faz (page 15) LIDL a allongé 78.990,00 euros (net !) pour la publicité de ce jour. Le discompteur aurait mieux fait de donner cet argent aux agriculteurs !

 

Gene over ? Je dirais plutôt : « Deal over ! ». Je n'achète plus ces produits laitiers.

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2016/08/16/so-nicht-lidl/

 

Épilogue

 

Agrarheute s'est renseigné : le kilo de lait « sans OGM » (ben oui... on paye au poids) coûte 1 à 1,5 centime de plus à produire. La fameuse « surcompensation » est de... 1 centime.

 

 

 

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douar 23/08/2016 08:35

Même technique pour les "poulets de Loué", ainsi que chez Carrefour (en France, pas hors Europe, on se demande bien pourquoi).
Un fabricant d'aliment du Poitou avait garanti du "non OGM", dès le début des années 2000. Aujourd'hui, il y est encore mais le surcoût est estimé à 6 millions par an: à l'époque, le différenciel entre le "OGM" et le "non OGM" était de + 6 euros/tonne pour le second. Aujourd'hui, ce différenciel est de + 60 à + 100 euros/tonne et cela n'ira pas en s'arrangeant.
A la limite, si les éleveurs arrivaient à valoriser ce surcoût, pourquoi pas, mais c'est loin d'être le cas.