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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le sophisme du « vendu » : les généticiens qui travaillent pour le privé ont-ils moins d'éthique que les universitaires ?

31 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Le sophisme du « vendu » : les généticiens qui travaillent pour le privé ont-ils moins d'éthique que les universitaires ?

 

Layla Katiraee*

 

 

 

La plupart des étudiants diplômés font face à un dilemme apparemment insoluble : choisir une carrière dans l'industrie ou dans le milieu universitaire. J'ai commencé mon doctorat avec, corps et âme, une seule ambition : poursuivre une carrière dans le milieu universitaire ; mais, avec le temps, je me suis ravisée.

 

J'ai un diplôme en génétique moléculaire, mais je travaille en tant que chercheuse principale dans le développement de produits pour une société de biotechnologie en Californie.

 

D'autres qui ont choisi le chemin de l'industrie passent plus tard dans le milieu universitaire. Pour moi, comme pour la plupart des décisions importantes de la vie, il n'y avait pas de raison unique : mais je voulais de la stabilité dans ma vie.

 

Je ne voulais pas passer tout mon temps à écrire des demandes de financements au lieu d'être devant la paillasse ; prendre un congé de maternité et me retrouver distancée dans la course pour un poste universitaire ; et ainsi de suite. J'ai pris ma décision en pensant que je pouvais revenir au milieu universitaire si jamais je le voulais – et je crois encore que cela est possible.

 

Cependant, je n'ai jamais pensé que le choix d'une carrière dans le secteur privé me ferait paraître moins éthique aux yeux du public et que mes normes morales seraient remises en question. Aux yeux de beaucoup, je travaille dans un secteur qui produit des médicaments pour faire maigrir, utilise un système de fabrication alimenté par des chiots qui finissent euthanasiés, teste les médicaments sur des sans-abri au Panama, et vise un taux de rentabilité de 30 pour cent.

 

Le point de vue du public sur les maux du secteur de la biotechnologie n'est pas toujours aussi brutal que les affirmations récentes de Natural News selon lesquelles les scientifiques de Monsanto et ceux qui écrivent sur les avantages des OGM sont des réincarnations de nazis. Il est le plus souvent implicite dans des articles avec des titres tels que « les petits secrets de Big Pharma » ou « ce que les scientifiques ne vous disent pas ». Une étude récente publiée dans le Journal of the American Medical Association suggère que 37 pour cent des Américains croient que la FDA a un remède contre le cancer et d'autres maladies, mais qu'elle le retient sous la pression des compagnies pharmaceutiques. Ceux qui croient à ces mythes doivent nécessairement penser que ceux qui travaillent dans le secteur de la biotechnologie et, par extension, ceux qui réglementent le secteur et ses produits sont pervers.

 

De telles perceptions ne peuvent se maintenir que si cela s'accompagne de la croyance que personne ne se soucie vraiment si le secteur de la biotechnologie fabrique de mauvais produits ; que nos actionnaires achètent tout simplement de plus en plus d'actions et que les médias se taisent. Pour que de tels mythes puissent exister, il faut supposer que les grandes entreprises pharmaceutiques et biotechnologiques ne sont pas en concurrence ; que si une entreprise parvient à produire un vaccin qui provoque l'autisme, non seulement toutes les autres ne bronchent pas à ce sujet, mais se partagent les connaissances. Cela doit également impliquer que les employés ne sont jamais autorisés à changer d'emploi ou à tirer parti des lois fédérales sur les lanceurs d'alerte.

 

La vérité est que les universités ne disposent pas d'un test décisif pour mesurer votre éthique. Les entreprises ne disposent pas non plus de chapeaux pour le tri et pour déterminer si vos normes morales sont à la hauteur. Il y a des individus qui manquent à l'éthique des deux côtés. Mais ce qui est plus important encore, c'est qu'il y a beaucoup de gens avec une idée claire de ce qui est mal et de ce qui est bien. La science est la science. Des laboratoires dotés de financements publics peuvent produire de la science minable. Des études étonnantes peuvent être publiées par des individus affiliés à une industrie. Il existe de nombreux exemples des deux.

 

Dans le secteur de la biotechnologie, et de la technologie en général, l'industrie devient de plus en plus consanguine ; ce qui signifie que tout le monde a travaillé partout. Essayez de trouver quelqu'un dans la Silicon Valley qui a travaillé pour un seul employeur ! C'est presque impossible. Et pourtant, les gens ont l'impression que si vous travaillez pour quelqu'un pendant deux ou trois ans à un moment donné dans votre carrière, l'entreprise possède une partie de votre âme et peut vous sommer de faire un sale boulot d'un simple claquement de doigts. Vous ne voulez pas quelqu'un qui a travaillé chez Oracle pour résoudre les problèmes de base de données au Département des anciens combattants ? Vous ne voulez pas quelqu'un qui a travaillé chez Google pour créer un site web financé par le gouvernement ? Ces expériences professionnelles jettent-elles la suspicion sur votre loyauté ? Alors pourquoi quelqu'un qui a travaillé chez Syngenta ne pourrait-il pas être un excellent candidat pour travailler à la FDA ? Si vous excluez tous ceux qui ont travaillé dans l'industrie d'un emploi au sein du gouvernement, qui restera-t-il ? Les diplômés frais émoulus ?

 

Il y a certains emplois au sein du gouvernement et dans le milieu universitaire dans lesquels j'excellerais en raison du travail que j'ai accompli dans l'industrie. Rejeter les compétences et la formation de ceux qui ont œuvré dans l'industrie en raison de l'endroit où elles ont été acquises, et non en raison de leur qualité intrinsèque, est une perte pour le secteur public.

 

_______________

 

* Layla Katiraee est titulaire d'un doctorat en génétique moléculaire de l'Université de Toronto. Toutes les opinions exprimées ici sont les siennes. Son compte Twitter : @BioChicaGMO

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/08/24/shill-gambit-are-geneticists-who-work-for-corporations-less-ethical-than-university-researchers/

 

 

Conflits d'intérêts

 

Le tenancier de ce blog déclare qu'il a un vieux, vieux T-shirt de Crop Life, un crayon Pioneer-France Maïs et quelques autres babioles.

 

 

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