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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La suite sur Séralini et « Les OGM nourrissent davantage les cochons des pays riches que les enfants des pays pauvres » sur Reporterre

14 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Gilles-Éric Séralini, #critique de l'information, #Activisme

La suite sur Séralini et « Les OGM nourrissent davantage les cochons des pays riches que les enfants des pays pauvres » sur Reporterre

 

 

Dans « Et revoici Séralini ! », nous nous étions intéressés à un aspect de l'entretien que M. Gilles- Éric Séralini avait accordé à Reporterre, celui de la situation des OGM dans le monde. À la réflexion, il convient d'en extraire d'autres aspects, ce que nous ferons essentiellement à coup de citations.

 

 

La liste s'est arrêtée au soja...

 

Pour l'entrée en matière, l'intervieweur propose un superbe homme de paille :

 

«  Que répondez-vous à ceux qui prétendent, qu’à l’avenir, seuls les OGM seront en mesure de nourrir l’humanité ? »

 

L'interviewé commence par répondre que les OGM, c'est essentiellement trois espèces, et poursuit comme si le compteur s'était arrêté définitivement à trois :

 

« Le soja et le maïs servent à l’élevage industriel et le colza est principalement destiné à l’énergie et à l’huile. Donc, vous voyez qu’on ne peut pas nourrir le monde avec trois denrées. Par contre, pour le bétail industriel, les éleveurs peuvent avoir oublié l’idée même de l’herbe et le nourrir avec des tourteaux de soja OGM... »

 

Superbe logique ! Quant à la notion de « bétail industriel » qui serait nourri (en sous-entendu : exclusivement) de tourteaux de soja...

 

 

Les « plantes pesticides »

 

L'art de la réponse consiste aussi à glisser un aparté :

 

« ...L’essentiel consiste à faire des plantes qui contiennent des hauts niveaux de pesticides afin de simplifier les méthodes agricoles intensives. »

 

C'est bien connu : l'objectif des agriculteurs est de bourrer leurs productions de pesticides, des intrants en général coûteux, pour faire plaisir aux agrochimistes et embêter les consommateurs.

 

 

Le pétrole

 

Selon la réponse suivante,

 

« ...on surnourrit les animaux des pays riches (vaches, porcs, poulets). Les OGM sont donc destinés à l’agriculture industrielle fondée sur le pétrole. »

 

Le pétrole... un nouveau cheval de bataille pour le militantisme alter et anti, en tout cas séralinien.

 

Plus loin, c'est :

 

« Il faut sortir de l’agriculture à pétrole, c’est-à-dire de l’agriculture extrêmement subventionnée. Ce n’est pas un système durable parce que c’est l’argent de nos impôts qui sert à maintenir le fait qu’une pomme gorgée de 50 pesticides soit moins chère qu’une pomme bio. Olivier De Schutter l’a bien démontré, c’est l’agriculture biologique, vivrière, communautaire qu’il faut promouvoir. L’accent doit être mis sur la polyculture, qui permet d’éviter le parasitisme et les pesticides. Dès que vous faites une grande monoculture, même biologique, elle est attaquée par des parasites. »

 

Remarquable amalgame entre pétrole et subventions. Cécité devant les subventions – directes et déguisées (comme les obligations pour les cantines scolaires) – dont bénéficie l'agriculture biologique en France. Et allons-y dans l'outrance : 50 pesticides dans une pomme... plus fort que Greenpeace, déjà sacrément fortiche !

 

On peut aussi penser que l'interviewé n'a jamais fait de jardin... vu ses six choux transformés en labyrinthe par la piéride ou ses pommes de terre dévastées par le mildiou. Mais il est vrai que, pour le lectorat de Reporterre, il suffit d'ânonner les principes de l'agriculture idéologique.

 

 

Les hommes politiques... de gros bêtas...

 

 

« Ce sont des gens qui n’ont pas compris, qui sont pris par le système et qui répètent ce qu’on veut bien leur dire. »

 

Mais comment se fait-il qu'ils (enfin, pas tous) ne répètent pas ce que leur dit le monde de la contestation ?

 

 

Le Roundup et les poisons cachés

 

Ne vous avisez pas d'écrire un mot en relation avec ses travaux... Mais lui ne se prive pas de l'utiliser :

 

« La déclaration du glyphosate comme principe actif de toxicité est une fraude de la part de la société Monsanto. La deuxième fraude est de ne pas déclarer les vrais principes actifs de toxicité. »

 

 

Des « principes actifs de toxicité » ? Cela nous semble être une innovation. Pour le moment sémantique, mais peut-être destinée à un bel avenir.

 

Notons en passant que la demande de renouvellement de l'autorisation de mise sur le marché du glyphosate dans l'Union européenne est portée par un consortium de presque deux douzaines de firmes, l'European Glyphosate Task Force (GTF). Mais, pour flatter le lectorat de Reporterre, évoquer la firme que tant de gens aiment haïr est un passage obligé.

 

 

 

Et comment sont décrites les POE-tallowamines ?

 

« On a découvert qu’ils provenaient de résidus de cuves de distillation mal lavées à l’aide de savon provenant de graisse d’animaux nourris avec des produits industriels. Des sociétés produisent des résidus de pétrole oxydés, extrêmement corrosifs, qu’elles vendent d’une part aux compagnies fabriquant des lessives non biodégradables, d’autre part aux entreprises spécialisées dans les extractions de gaz de schiste et enfin comme détergents de pesticides. Ces détergents sont communs à tous les pesticides, ils sont très dangereux et on les a déclarés comme inertes alors que ce sont les vrais principes actifs de toxicité contenus dans le Roundup. Ils ne sont pas testés sur le long terme, de sorte qu’au lieu de tester le réel produit commercialisé, on teste le mauvais produit, c’est-à-dire un des composés que l’industrie déclare comme actif. Le Roundup qui est vendu aux jardiniers et aux agriculteurs est mille fois plus toxique que ce qui est déclaré. »

 

Du grand art ! Difficile de faire mieux dans l'évocation des sujets qui fâchent la verte bobosphère !

 

Y aura-t-il des gens, dans ce milieu, pour s'étonner de l'existence alléguée de lessives « non biodégradables » composées de substances « extrêmement corrosi[ves] »,  issues de « résidus de cuves de distillation mal lavées... » ? Mais ne comptons pas sur eux pour constater que l'ANSES vient de retirer les autorisations des produits à base de glyphosate coformulés avec des POEA-tallowamines... et qu'il reste encore bien des pesticides sur le marché (pas suffisamment, notre agriculture est confrontée à des impasses phytosanitaires). Il y a même du glyphosate « vendu aux jardiniers » amateurs.

 

 

Le hideux amalgame entre guerre et agriculture

 

Difficile de faire mieux ? À condition de ne pas oublier un autre grand classique de la rhétorique anti-pesticides. Voici donc, brut de décoffrage :

 

«[Question]  À l’origine de l’industrie chimique, il y a le pétrole…

 

Vous êtes ici à Grande-Synthe concernés par la migration de populations venues notamment de Syrie. Elles ont quitté leur pays en raison de l’épandage de gaz sarin, le gaz le plus toxique du monde jamais connu, inventé comme un pesticide dans la vallée de la Ruhr, en Allemagne, grâce au pétrole importé. C’est l’industrie du pétrole qui a travaillé avec l’industrie de la chimie et l’industrie agroalimentaire pour développer ces produits, lesquels créent aujourd’hui des problèmes de misère et des problèmes politiques. Les gens pensent que toutes ces problématiques sont séparées, or tout est lié. Aujourd’hui des dictateurs achètent des gaz de guerre, des gaz toxiques, à des usines allemandes. S’ils ont été produits en Allemagne, c’est parce qu’il y avait, entre les deux guerres, un centre de production dans la vallée de la Ruhr très bien financé par le gouvernement allemand. C’est ainsi que fût créé le Zyklon B, utilisé dans les camps de concentration. Il est, encore aujourd’hui, le premier insecticide vendu par Bayer. Des produits conçus pour faire la guerre ont été ensuite recyclés dans l’agriculture. Les nitrates, par exemple, étaient les explosifs de la guerre. »

 

Nous nous arrêterons là... après l'envie de gueuler, celle de dégueuler...

 

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