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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Chers consommateurs

24 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Chers consommateurs

 

Willi l'Agriculteur*

 

 

 

 

Voici un billet publié le 19 janvier 2015 et qui a été lu près de 350.000 fois.

 

Willi l'Agriculteur (Bauer Willi) exploite 40 hectares en grandes cultures (betterave sucrière, colza, céréales) en coopération opérationnelle. Il a été double-actif jusqu'à l'automne 2014. Son deuxième métier a été le suivi et le conseil aux agriculteurs pour une entreprise familiale (sucrerie). Depuis lors, il continue d'exploiter son domaine en tant que pré-retraité et a du temps pour écrire et partager son expérience.

 

Il contribue aussi bénévolement à l'association (fondation) des habitants de sa commune et à une coopérative agricole.

 

Alois l'Agriculteur (Bauer Alois) contribue de temps en temps au site. Il élève des bovins en bio dans la région montagneuse de l'Allgäu.

 

Pour en savoir plus : http://www.bauerwilli.com/wir-sind/

 

 

La clôture du voisin

 

 

De nombreux lecteurs ont certainement remarqué que le billet qui suit avait disparu pendant un court laps de temps. Son style et son ton émotionnels avaient suscité des discussions dans la communauté des agricultrices et des agriculteurs : s'adressant aux consommateurs, ne pouvait-il pas être perçu comme une accusation et rien d'autre ? Ce n'est pas ainsi qu'il a été conçu ! En fait, il faut expliquer en priorité, sur notre page, les questions de base et répondre aux interrogations des lecteurs sur le fonctionnement de l'agriculture d'aujourd'hui. Beaucoup ont estimé dans le groupe qu'une plongée dans l'âme de notre auteur Willi ne pouvait pas faire de mal. Il se fait l'interprète des états d'âme de nombre de collègues et aborde des points qui méritent un examen attentif. Nous avons finalement décidé de remettre l'article en ligne. Veuillez nous excuser, nous ne sommes pas une équipe de rédaction professionnelle, et avons encore beaucoup à apprendre.

 

 

Aujourd'hui, j'en ai vraiment marre. Ce matin, j'ai vu le décompte de mon voisin pour des pommes de terre à frites hors contrat: 1 camion = 25 t = 250 €. Pour ceux qui ne savent pas compter : c'est 1 centime du kilo ! Et ce que vaut 1 kilo de frites surgelées, vous le savez tous. Quelqu'un se remplit vraiment les poches ici. Après, j'ai regardé sur Internet les prix sur le MATIF pour les céréales et le colza pour 2015 ; et lu que les producteurs d'engrais ont augmenté leurs prix, et pas qu'un peu. Conséquence : il va probablement me manquer 25% de bénéfice cette année. Trop, c'est trop ! J'en ai assez ! J'ai donc décidé d'écrire cette lettre aux consommateurs :

 

 

Pas cher

 

Vous, cher consommateur, vous ne souhaitez qu'une chose : il faut que ce soit pas cher. Et, en plus, vous osez poser des exigences ! Votre nourriture doit être sans OGM, sans gluten, sans lactose, sans cholestérol, pauvre en calories (ou mieux encore, sans calorie ?), autant que possible produite sans engrais et, si c'est le cas, en bio. Mais il ne faut pas que ça pue trop, et si on fertilise avec des matières organique, c'est en tout cas pas près de chez vous. Il est bien sûr interdit de traiter, mais les produits doivent être beaux, sans taches. Mais s'il y a un quelconque défaut, vous ne prenez pas le produit. Le paysage doit se composer de nombreuses petites parcelles, avec des fleurs et des papillons multicolores. Ce que vous préférez probablement, c'est que nous en soyons encore à labourer avec le cheval. C'est si charmant et vous trouvez que les chevaux sont si mignons ! Et les tracteurs ne vous gêneraient pas pendant votre jogging sur les chemins d'exploitation.

 

 

Aucune idée

 

Vous n'avez aucune idée, et des idées, vous en avez beaucoup. Avez-vous conscience du fait que nous, les agriculteurs, nous devons vivre de notre propre travail ? Que nous aussi, nous avons droit à des vacances (que nous prenons du reste assez rarement), que nous aussi, nous avons des enfants qui veulent tout comme les vôtres avoir un téléphone et des vêtements de marque à la mode ? Et qui veulent faire des études ? Comment pouvons-nous nous permettre tout cela si nous bradons (devons brader) nos produits ?

 

Expliquez-moi comment je peux agir différemment, ne pas viser un rendement naturel encore plus élevé avec une technologie encore plus sophistiquée. Bien sûr, je peux passer à l'agriculture biologique, mais ce que je gagnerais alors en plus grâce à des prix plus élevés, je le perdrais en rendements moindres. Et je ne peux pas vivre seulement d'un « bon sentiment ». On peut bien parler de cela quand on n'a pas de famille à nourrir grâce à l'agriculture.

 

 

Paperasse

 

 

Et ce qui me court vraiment sur le haricot : pour chaque truc que je fais, je dois remplir un formulaire ; je serai surveillé par satellite pour que ma limite de champ soit strictement respectée, au centimètre près ; je dois inscrire chaque kilo d'engrais afin que des inspecteurs puissent vérifier les quantités épandues. Mes produits doivent être analysés pour les résidus, et c'est à moi de payer. Bien sûr, on ne trouve rien, mais c'est la règle. C'est comme avec l'ESB [la vache folle] à l'époque. Aujourd'hui encore, on dépense 400 millions par an à ce sujet. Savez-vous combien de personnes sont mortes de l'ESB en Europe ? Pas une seule ! Combien de la grippe aviaire ? Combien de la peste porcine ? Mais nous sommes contrôlés à mort. Qu'est devenue la mort des forêts ? Ce qui reste toujours dans la mémoire collective, ce sont les catastrophes (souvent supposées). Et c'est à chaque fois de notre faute, à nous, les paysans. Il n'y a personne qui remet les choses à leur place. C'est à nous seuls, les agriculteurs, de payer les pots cassés.

 

 

 

Valeur

 

Et encore une chose : pour vous, les aliments n'ont aucune valeur. Sinon, vous n'en jetteriez pas autant. Et puis : la date limite de conservation ne signifie ni plus ni moins que le produit peut être conservé au moins jusqu'à la date indiquée. Je mange encore le yaourt une semaine après. Une date limite de conservation pour des flocons d'avoine ? Quel non-sens ! Les gars, c'est une céréale écrasée. Dans les tombes des pharaons égyptiens, on a trouvé des grains qui avaient 3000 ans. Bientôt, je devrai probablement mettre aussi un timbre sur mes confitures maison...

 

 

 

Local

 

Vous dites que vous achetez local ? Mais ce n'est pas vrai ! Qui donc achète, en janvier (!), des raisins du Chili, des asperges d'Afrique du Sud, des mangues du Brésil et des pommes de Chine ? Vous ! Si ce n'était pas le cas, REWE aurait cessé depuis longtemps de les offrir. Mais nos carottes restent sur le carreau. Jamais entendu parler de chou, ou de chou de Milan ? Non, il faut que ce soient des cœurs d'artichaut... si jamais vous faites encore la cuisine ! Il y a dans le rayon des surgelés tellement de plats délicieux préparés avec des ingrédients tellement délicieux comme E 222 = bisulfite de sodium ou E 310 = gallate de propyle. Il suffit de prononcer leur nom pour les trouver dégoûtants.

 

 

Qualité

 

À part cela, vous prétendez beaucoup : que vous êtes attentifs à la qualité ; que vous lisez à chaque fois la liste des ingrédients sur l'emballage ; que vous prêtez attention à la durabilité ; et que vous achetez en majorité équitable. Tout ça, c'est du bla-bla : ce que vous lisez, ce sont les prospectus du discompteur : 10 œufs pour 1 euro. Allons-y rapidement avant qu'il n'y en ait plus. Les œufs fermiers sont plus chers ? Peu importe, les pas chers sont juste pour la pâtisserie.

 

 

 

Compréhension

 

Pourquoi écris-je cela? Pour vous apporter des éléments pour comprendre ma situation. Les émotions sont quelque chose d'immatériel, il n'y a pas de vraie ou de fausse émotion. On les a tout simplement. Que le bonheur que me procure ma profession s'évanouisse parfois, vous pouvez peut-être le comprendre un peu maintenant. Je sais que, nous aussi les agriculteurs, nous ne sommes pas des saints, qu'il y a des brebis galeuses. Mais les médecins ne sont pas tous des charlatans, les artisans ne sont pas tous des escrocs, les politiciens ne sont pas tous corrompus et les policiers ne sont pas tous violents. Nous les agriculteurs, nous produisons de manière durable dans notre propre intérêt. Nous n'avons besoin de personne pour nous l'expliquer : d'aucun politicien, aussi habile soit-il ; d'aucun journaliste, aussi malin soit-il ; d'aucun bureaucrate déconnecté de la réalité. Ceux-là touchent leur chèque à la fin de chaque mois, sans prendre de risques entrepreneuriaux.

 

 

Régisseur

 

Je me vois comme régisseur, comme gestionnaire de notre ferme que j'ai reçue de mon père pour la transmettre à notre fils. C'est pour cela que j'entreprends tout pour tout maintenir – les bâtiments, les champs, le sol – pour les prochaines générations. Oui, nous sommes des entrepreneurs. Mais nous ne sommes pas des criquets migrateurs ; nous ne pouvons (et ne voulons) pas aller ailleurs quand tout a été pâturé. Nous ne pouvons (et ne voulons) pas délocaliser nos moyens de production en Asie. Nous restons ici. Et nous continuons à produire aussi bien que nous le pouvons. Et aussi bien qu'on nous le laisse faire.

 

 

Voilà, il fallait simplement que ce soit dit.

 

Votre Bauer Willi

 

 

Source : http://www.bauerwilli.com/lieber-verbraucher/

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Anonyme 27/08/2016 22:20

Allemand? Suisse? Autrichien?

Anonyme 27/08/2016 22:27

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