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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Activisme sans scrupules : l'affaire du bidon de Kieling

16 Août 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme, #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup)

Activisme sans scrupules : l'affaire du bidon de Kieling

 

Schillipaeppa*

 

 

 

 

Les fabricants de « documenteurs » pour qui la vérité des faits allégués, l'honnêteté du message, ne sont pas la priorité ne sévissent pas qu'en France...

 

M. Andreas Kieling a « expliqué » le glyphosate dans une vidéo sur Facebook. En voici un extrait :

 

« Ce champ de blé est, comme beaucoup d'autres, traité deux fois par an avec du glyphosate. Le glyphosate est un poison environnemental et humain. Il est très fortement soupçonné d'être cancérogène. Une fois au printemps, il est pulvérisé avant le semis, et quand le blé vient à maturité mais n'est pas encore entièrement mûr, l'agriculteur pulvérise la céréale pour pratiquement la tuer. Cela vous permet d'économiser le coût élevé du séchage. Et ensuite, s'il ne pleut pas, nous trouvons ce pesticide pratiquement à 1:1 sur notre table à travers les produits de boulangerie. Au moins ceux des surfaces qui ne sont pas bio. On détecte maintenant le glyphosate partout, dans l'urine, le lait maternel et la nourriture. »

 

Schillipaeppa répond.

 

 

J'aime les films animaliers. Je les aimais déjà enfant. Et je pense que les films d'animaux sont importants pour former les gens à reconnaître les relations dans la nature et, par conséquent, à les apprécier. C'est pourquoi je tiens en haute considération les personnes qui ne lésinent pas à engager des frais, à affronter des difficultés et à déployer des efforts pour faire entrer des images aussi réalistes que possibles des animaux sauvages dans nos salons. Mais manifestement, il y a des gens qui profitent de cette réputation pour véhiculer leurs messages privés. Ainsi, le cinéaste animalier Andreas Kieling a présenté il y a quelques jours une vidéo perturbante sur le glyphosate sur sa page Facebook.

 

Les lacunes techniques de l'argument de Kielings font se dresser les cheveux sur la tête. Une grosse boulette est par exemple l'affirmation selon laquelle l'extension de l'autorisation du glyphosate avait été décidée par le Bundestag. Les décisions en matière d'autorisation des produits phytopharmaceutiques sont prises au niveau européen. La Commission européenne a pris cette décision à la fin de juin.

 

Le traitement des céréales avant la récolte (dessiccation) avec du glyphosate est en principe interdit [en Allemagne]. Il ne peut intervenir que dans des cas exceptionnels, lorsque la récolte serait impossible à récupérer sansle traitement. Par exemple, en cas de forte infestation de mauvaises herbes ou de présence de pommes de terre adventices issues de la culture de l'année précédente.

 

De même, le traitement avec du glyphosate avant le semis n'est pas la règle : il s'applique dans le cas de l'utilisation de certains itinéraires techniques, sans labour, lesquels présentent des avantages pour la structure du sol et le contrôle de l'érosion.

 

« Poison environnemental et humain », « très fortement soupçonné d'être cancérogène » : il n'y a qu'une seule organisation internationale, le CIRC, un sous-ensemble de l'OMS, qui classe le glyphosate comme « probablement cancérogène » ; toutes les autres institutions comme le BfR, la JMPR (également OMS), l'EFSA, l'EPA et d'autres ne voient pas de risque de cancer lorsqu'il est correctement utilisé. Il est du reste intéressant de noter que c'est précisément le CIRC qui a fondé son évaluation, en particulier, sur des études sur des souris, datant des années 80, qui avaient été menées pour le compte de Monsanto.

 

Plus généralement, « un des poisons les plus puissants » : le glyphosate bloque un enzyme indispensable aux plantes pour la production de certains acides aminés. L'effet – la mort des plantes – semble énorme, mais l'intervention chimique est tout simplement minuscule. L'enzyme bloquée par le glyphosate n'est pas présente dans les organismes animaux, et c'est pour cela que la substance est considérée comme inoffensive pour les mammifères. Selon les normes toxicologiques internationales (DL50 rat par voie orale), le glyphosate est moins toxique que le sel de table ou le bicarbonate de soude.

 

« Sur la demi-vie on ne sait pas grand-chose » : un rapport d'évaluation de l'Agence Fédérale de l'Environnement de 2013 relatif à une préparation particulière contenant du glyphosate fait état de diverses études et conclut :

 

« Le glyphosate est dégradé dans le sol avec une demi-vie de 3,9 à 327 jours. La minéralisation après 100 jours équivaut à 23,5 à 79,6% et la formation de résidus non extractibles après 100 jours à 1,6 à 13,9%. D'après le système d'évaluation de Beek et al. (2001) et sur la base du pire des cas respectifs, le glyphosate est à ranger en termes de dégradation primaire dans la classe IV (insignifiant), en termes de minéralisation dans la classe III (faible) et en termes de formation de résidus non extractibles dans la classe II (plateau modéré). »

 

« La biodiversité est beaucoup plus grande dans les villes qu'ici, dans la campagne » :lLa biodiversité est vraisemblablement bien plus grande dans mon jardin que dans une ville allemande moyenne avec ses surfaces pavées, ses allées de gravier et ses topiaires, si vous excluez les jardins botaniques. Même les parcs sont beaucoup plus cultivés que notre paysage agricole.

 

Que Kieling ait tenu un bidon rouge devant la caméra, de nombreux agriculteurs l'ont mal pris. C'est que les pesticides ne sont habituellement pas livrés dans des conteneurs rouges. Brigitta Blume a fini par trouver : comparez l'étiquette sur le bidon avec la photo du produit Oekomix carburant pour moteur deux temps :

 

 

 

Le bidon qu'a présenté Andreas Kieling avec les mots lourds de sens « pulvérisé avec du glyphosate » n'a jamais contenu de glyphosate. Il l'a probablement choisi parce que la couleur rouge indique un danger, et qu'il pouvait l'utiliser pour mieux diffuser son message.

 

Qu'importe les faits, semble-t-il, pourvu que le message soit bon. Andreas Kieling s'est déjà fait remarquer une fois négativement quand il a « vendu » des chiens loups slovaques dociles comme des loups dans un documentaire de la ZDF, « Kielings wildes Deutschland » (l'Allemagne sauvage de Kieling). A l'époque, il s'était montré obstiné. Le Berliner Kurier a cité le cinéaste animalier :

 

« Si je veux faire de la publicité pour le loup, et je le veux, je dois prendre des photos qui sont plus chics que les enregistrements de nuit granuleux et verts qui seraient authentiques. »

 

J'aime toujours les films sur les animaux, mais à l'avenir, je regarderai attentivement qui les a tournés.

 

_________________

 

* L'auteure a fait des études de philosophie, est éditrice et a atterri il y a déjà plus de dix ans à la campagne. Sur son blog, elle (d)écrit – miracle  ! La traduction peut être fidèle – ce qui la préoccupe, lorsqu'elle n'est pas en train de curer l'écurie des poneys, de chercher des gants de gardien de but, de s'occuper de quantités de denrées alimentaires ou de linge, ou encore de tenter d'arracher les mauvaises herbes plus vite qu'elles ne poussent.

 

Source : https://schillipaeppa.net/2016/08/11/die-kielingsche-kanister-affaire/

 

 

 

Chien loup tchèque

 

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