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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Riz Doré : les ambitions colonialistes de Greenpeace

10 Juillet 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Greenpeace, #Activisme, #Risk-monger

Riz Doré : les ambitions colonialistes de Greenpeace

 

Risk-monger*

 

 

Le Riz Doré (riz génétiquement enrichi en bêta-carotène pour contribuer à la lutte contre la carence en vitamine A dans des populations souffrant de malnutrition) est devenu un nœud coulant idéologique autour du cou de Greenpeace, menaçant d'étouffer l'organisation. Son incessante opposition obsessionnelle à tous les OGM a coûté à l'ONG beaucoup de bons leaders, l'a ostracisée dans les milieux agricoles (à l'exception du minuscule, mais bruyant, lobby de l'agriculture biologique) et l'a marquée du sceau de l'anti-science qui obérera sa crédibilité pour les décennies à venir.

 

Le jeudi 30 juin 2016, 110 lauréats du Prix Nobel ont condamné Greenpeace pour son attitude anti-scientifique, la priant, ainsi que d'autres ONG et l'ONU, de mettre fin à leur opposition aux OGM et, en particulier, au Riz Doré. Comme il n'y a que quelques centaines de lauréats du Prix Nobel en vie, c'est là une pique importante pour une organisation qui, comme Greenpeace, essaie de quitter les marges de la société pour être respectée à la table des politiques[1].

 

 

La lettre [en français ici] signée par 110 lauréats du Prix Nobel considère l'opposition de Greenpeace au Riz Doré comme un crime contre l'humanité. La lettre dit :

 

« Nous exhortons Greenpeace et ses partisans à réexaminer l'expérience acquise par les agriculteurs et les consommateurs dans le monde entier sur les cultures et les aliments améliorés grâce à la biotechnologie, de reconnaître les résultats des organismes scientifiques faisant autorité et des organismes de réglementation, et d'abandonner leur campagne contre les "OGM" en général et le Riz Doré en particulier. ».

 

Il y a un site présentant de manière approfondie et convaincante la science sur les OGM et le Riz Doré.

 

Pourquoi cela se passe-t-il maintenant, étant donné que les campagnes activistes se déroulent depuis près de deux décennies ? Ces derniers mois, les ONG ont amplifié le mythe que le Riz Doré ne fonctionne pas, qu'il est dangereux et que les campagnes des ONG ne sont pas responsables des retards dans le développement de la technologie. En voyant que les ONG peuvent prendre un article démystifié et le transformer en une fructueuse campagne dans les réseaux sociaux (Glyphosate 101), des scientifiques ont ressenti le besoin de s'exprimer.

 

Alors, comment Greenpeace a-t-elle réagi face à une telle gifle scientifique ? A-t-elle reconnu la prééminence des scientifiques et pris en considération les éléments de preuve présentés par les lauréats du Prix Nobel ? A-t-elle exprimé des regrets pour les vies perdues du fait de la carence en vitamine A ? A-t-elle demandé une réunion ou une conférence pour discuter de la question et présenter ses propres recherches sur la manière dont l'agriculture écologique transformera les pays pauvres et résoudra la malnutrition ?

 

Allons donc ! C'est Greenpeace : le rassemblement le plus arrogant et le plus égoïste de zélotes que l'histoire ai jamais eu l'horreur de rencontrer ! Le jour où les lauréats du Prix Nobel ont présenté leur lettre, Greenpeace a publié une réponse cinglante accusant l'industrie de vanter exagérément le Riz Doré pour qu'il soit autorisé dans le monde entier, et renforçant le mythe anti-OGM que la technologie ne fonctionne pas ; elle a aussi continué à vanter sa solution de rechange, l'agriculture écologique (une agriculture sans aucun intrant ni technologie[2]). Des quatre références de l'ONG, l'une renvoyait à un article de presse biaisé, l'autre à un ouï-dire sans référence quant à la source et à l'auteur de l'IRRI, et les deux dernières à ses propres rapports contre le Riz Doré. C'est ça la défense de ses compétences scientifiques ! Greenpeace a également relayé sur Twitter un article d'Ecowatch dans lequel le directeur de l'Organic Consumers Association Ronnie Cummins a déclaré que tous les lauréats du Prix Nobel ont été payés par Monsanto ! L'argumentum ad Monsantum !

 

 

 

C'est ça Greenpeace : l'assemblée la plus arrogante et la plus égoïste de zélotes que l'histoire ai jamais eu l'horreur de rencontrer !

C'est là un comportement classique de l'« Âge du Stupide ». Greenpeace ne s'engage pas dans un débat avec les grands esprits scientifiques. Elle ne présente ni faits ni preuves, mais tente plutôt de jeter le doute et de saper la confiance. Elle a répondu à sa tribu, disant ce que ses partisans veulent entendre, sans tenir compte du reste. Mais sa tribu est en train de se marginaliser : les bons dirigeants continueront d'abandonner l'ONG ; le financement diminuera (les états financiers de 2015 ont montré une nouvelle augmentation spectaculaire des dépenses d'appel aux dons) et le grand public continuera à considérer Greenpeace comme un obstacle au progrès et à la technologie.

 

Malheureusement pour les ressortissants des pays en développement qui n'ont pas accès à une alimentation équilibrée, de telles comportements tribaux n'empêcheront pas leurs enfants de devenir aveugles et de mourir par millions.

 

Greenpeace doit être mis devant le fait que l'imposition de ses choix de vie de luxe aux pauvres a des conséquences mortelles. Elle commet en effet un crime contre l'humanité. Si elle ne veut pas entendre la voix de la science ou la voix de la raison, que pouvons nous faire ?

 

La suite est la reprise d'un article du 19 août 2013, écrit peu après que Greenpeace a inspiré la destruction des essais en champ du Riz Doré aux Philippines. Toutes mes excuses pour l'ajout du jeu de mots dans le titre [« Nobel Savage », non traduit], mais il fait allusion à l'empreinte néo-colonialiste que Greenpeace exerce sur les gens dans les pays en développement qui ne devraient pas être contaminés, selon elle, par des technologies occidentales.

Lorsque les pèlerins ont débarqué sur Plymouth Rock pour civiliser les « sauvages », lorsque les Européens ont enseigné aux Africains comment se comporter et agir, euh... comme les Européens, lorsque les missionnaires chrétiens sont venus en Amérique du Sud pour montrer aux indigènes la lumière, l'humanité a fait un grand bond en arrière. La colonisation, la domination de la société et la transmission d'une culture politique ont masqué de grands intérêts mondiaux, la cupidité et le pillage tout en démontrant l'audace de l'idéalisme à défier la réalité. L'histoire n'a jamais été tendre envers les colonisateurs.

 

Pourquoi alors Greenpeace est-elle devenue le nouveau grand colonisateur ?

 

L'ONG a massivement investi dans l'exportation de sa marque de fabrique de désobéissance civile et de folle philosophie anti-industrialisation auprès des indigènes sans méfiance. Leur rapport annuel de 2012 fait état de 45,3 millions € dépensés pour le « soutien organisationnel » des bureaux de Greenpeace dans les pays en développement, pour les « initiatives de capacitation dans le Sud » (soit une augmentation de 21 % par rapport à 2011). Voilà donc 45 millions pour répandre un utopisme environnement occidental enrobé de chocolat auprès de personnes confrontées à des décisions difficiles dans des réalités imparfaites. Comme les autres puissances coloniales d'autrefois, elle masque son déclin à la maison par une vaine tentative d'influence et de puissance mondiales.

 

Mais cet argent ne créée pas seulement des emplois locaux dans les pays pauvres, il interfère également avec les aspirations de développement local à travers le monde.

 

 

La « Toison » d'Or

 

Le 8 août 2013, après plusieurs années de campagnes locales contre les OGM, 400 militants se présentant comme des agriculteurs ont fait irruption dans l'Institut International de Recherche sur le Riz (IRRI) aux Philippines et ont détruit l'un des essais en cours de Riz Doré(comme le Risk-monger l'avait prédit dans un article précédent).

 

 

Le Riz Doré est un riz enrichi en bêta-carotène, fournissant jusqu'à 60 pour cent de l'apport quotidien recommandé en vitamine A, traitant une carence qui tue près de 700.000 enfants de moins de cinq ans chaque année et entraînant la cécité de près de 500.000 enfants par an (source : OMS). Cette innovation a été remise à l'IRRI sans conditions et sans brevet par Syngenta dans le but d'améliorer la santé mondiale, mais Greenpeace milite toujours contre le Riz Doré représenté comme un symbole de la cupidité des entreprises et de la destruction de l'environnement, dont nous n'avons pas besoin. La solution Greenpeace à la carence en vitamine A, j'aurais aimé ne pas le dire sur le ton de la plaisanterie, c'est de donner à chacun une pilule !

 

Les images d'activistes détruisant le champ d'essai sont dégoûtantes et l'absence de raison dans ce débat est tragique (voir des images de la télévision philippine locale et la réponse d'un scientifique philippin aux mythes anti-OGM). Greenpeace ne s'est toutefois pas réjouie des attaques contre les essais de Riz Doré, reconnaissant le caractère honteux de l'action et le désordre causé par son ingérence coloniale. Ce silence est intéressant étant donné son ambition souvent affirmée de stopper les essais de Riz Doré à l'Institut International de Recherche sur le Riz. Il est prouvé que les militants se présentant comme des agriculteurs ont été payés pour détruire les cultures et le gouvernement philippin va bientôt mettre en accusation les coupables. Curieux.

 

 

Aux Philippines, il y a eu des discussions sur ce que Greenpeace essaie de faire dans ce pays. Les médias traditionnels qualifient les membres des ONG locales d'agents d'un groupe de pression européen. En réponse à l'hostilité locale, la chef de Greenpeace Asie du Sud-Est a dû justifier sa présence aux Philippines dans un blog récent qui montre que sa position est devenue précaire et à quel point la population philippine veut qu'elle retourne dans sa patrie impériale. Très simplement, les efforts de colonisation de Greenpeace sont importuns ; elle devrait partir et mettre fin à son ingérence dans la vie de ceux qui ont des préoccupations bien plus grandes que son idéalisme myope.

 

 

Autres exemples :

 

Au Japon, ceux de Greenpeace qui tirent sur les ambulances ont vu une occasion, après Fukushima, pour essayer d'installer une culture de la dissidence et de la désobéissance civiles dans une société intrinsèquement respectueuse de l'ordre. Après des mois de rhétorique anti-nucléaire dans un pays dévasté par un tremblement de terre et un tsunami sans précédents, ils n'avaient réussi à inciter que quelques centaines de personnes à marcher dans les rues avec des pancartes (ils avaient alors réalisé que leur public faisait simplement preuve de politesse).

 

 

En TurquieGreenpeace a pensé qu'elle pourrait organiser une manifestation de masse à propos de quelques arbres abattus dans un parc à Istanbul. La police locale a estimé que ses méthodes d'activisme étaient irrespectueuses et « non turques » (et a vivement réagi) ; la question a ensuite été rapidement prise en otage par des débats internes, d'ordre religieux et politique, qui ont donné de Greenpeace l'image d'une organisation naïve et dépassée par la situation. Malheureusement, beaucoup de personnes sont mortes et des biens ont été détruits pour rien (et Greenpeace se félicite toujours de son action).

 

En IndonésieGreenpeace utilise maintenant la question des palmiers à huile au niveau local dans le but de détruire la chaîne d'approvisionnement mondiale, avec des attaques célèbres contre des entreprises comme Mattel et Nestlé, accusées d'utiliser des fournisseurs qui ne se plient pas à leurs exigences. Fait-elle réellement quelque chose de positif pour le développement et l'amélioration des conditions de vie des gens dans cette région, ou utilise-t-elle simplement la situation pour attaquer les entreprises occidentales et engranger quelques victoires rapides ? Comme dans le cas de son attaque Detox sur la chaîne mondiale d'approvisionnement du textile, les grandes marques sont plus préoccupées par leur image publique sur leurs marchés occidentaux et, plutôt que de lutter contre le grand dragon, elles fermeront tout simplement les industries artisanales soutenant de petits villages dans les « colonies ». Victoires rapides pour Greenpeace – pertes importantes pour les populations locales.

 

 

Kumi le Conquérant

 

"Put people first" ?

 

En 2009, Greenpeace a recruté le militant de la pauvreté en Afrique du Sud Kumi Naidoo comme son directeur exécutif. L'organisation l'a présenté comme un militant anti-apartheid (bien qu'il étudiait la philosophie à Oxford quand l'apartheid est tombé) et le Nelson Mandela du mouvement environnementaliste. Essentiellement, le rôle de Kumi a été de répandre l'influence de Greenpeace à travers le monde en développement et de présenter l'ONG comme un défenseur de la justice sociale et des victimes de la mondialisation. Alors que l'hyperbole et la folie des grandeurs conviennent à l'image de Greenpeace (à Rio + 20, Kumi a déclaré qu'il était prêt à mourir pour l'environnement), sa véritable tâche est de restaurer l'image en lambeaux de l'ONG. Donc, comme les conquistadors du passé, Kumi peut être vu posant héroïquement sur la proue d'un des navires de Greenpeace (leur flotte d'invasion comprend l'Arctic Sunrise, l'Esperanza et le Rainbow Warrior – ce dernier ressemble même à un bateau pirate) quand il entre dans les ports et aborde les terres d'espérance. Kumi est l'icône d'un expansionnisme moral colonialiste.

 

 

C'est une étrange forme de néo-colonialisme, caractérisée davantage par l'idéologie que par le pillage (bien que la collecte de fonds engloutisse aujourd'hui 34% des dépenses totales de Greenpeace). Elle suit la tradition du zèle missionnaire (en accord avec leur éco-religion) – et personne n'oserait prétendre que les militants de Greenpeace ne sont pas des zélotes. Greenpeace agit globalement dans ces pays pour diffuser son message anti-mondialisation, anti-développement, et le faire revenir vers l'Occident, par une posture morale messianique déformée (peut-être avec quelques images idylliques de tribus indigènes heureuses de vivre dans une forêt). Elle prétend, au moins pour le reportage photo, qu'elle tente de préserver les modes de vie indigènes de l'assaut du développement (pour elle, le progrès est une forme de colonisation occidentale). Quelle que soit la manière dont cela est présenté, elle essaie de convertir des « indigènes » sans méfiance à son idéalisme éco-religieux (et à oublier leurs aspirations de développement, à renoncer de partir pour la ville) sans permettre un débat ouvert ou une compréhension claire des enjeux. Elle démontre que sa stratégie est devenue sophistiquée et complexe.

 

Toutes les activités colonisatrices sont moralement honteuses, même si vous les appelez : « initiatives de capacitation dans le Sud ». Si Greenpeace devait être fermé dans un pays en développement pour avoir agi illégalement ou interféré avec le droit des individus à survivre et prospérer, il y aurait, bien sûr, un tollé public (ils sont si doués pour se faire passer pour la victime). Mais nous devons comprendre que ses actions coloniales ne sont pas démocratiques et ne sont pas pour le bien public. Toute personne morale qui se comporterait de cette manière (culturellement irrespectueux et promouvant des actions en violation des lois locales) ne serait pas seulement dissoute, mais leurs dirigeants seraient jetés en prison. Quand des vies innocentes sont perdues, que des personnes souffrent d'une malnutrition aggravée, que des possibilités de développement sont sabotées par ces colonialistes myopes, je trouve que la solution d'un séjour en prison est tout à fait appropriée.

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger : www.facebook.com/riskmonger.

 

Source : https://risk-monger.com/2016/07/01/the-nobel-savage-greenpeaces-colonialist-ambitions/

 

Nos notes

 

[1]  Elle y est – hélas – parvenue en France grâce au Grenelle de l'Environnement, au Haut Conseil des Biotechnologies...

 

[2]  Pour notre part, malgré nos lectures assidues, nous n'avons pas encore trouvé d'explication sur l'« agriculture écologique ».

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