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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'ANSES, son rapport sur les expositions professionnelles aux pesticides, et le Monde

31 Juillet 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #critique de l'information

L'ANSES, son rapport sur les expositions professionnelles aux pesticides, et le Monde

 

Source. L'exposition des travailleurs est estimée de manière similaire.

 

 

Mais qu'a publié l'ANSES ?

 

Une photo promise à un bel avenir...

 

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) s’est autosaisie en 2011 pour mener une expertise collective visant à identifier, évaluer et caractériser les expositions aux pesticides des personnes travaillant dans l’agriculture. Au bout de cinq années de travaux, elle vient de produire un rapport de quelque mille pages, le volume central en faisant 256.

 

Le Monde, sous la plume de... encore lui..., a trouvé qu'il s'agissait d'un « rapport explosif ». Vraiment ? Voici, du communiqué de presse de l'ANSES :

 

« Les constats

 

Les conclusions de l’Agence confirment le manque de données relatives aux expositions aux pesticides des personnes travaillant dans l’agriculture. De plus, la centralisation, l’accessibilité et l’exploitation faite de l’ensemble des données apparaissent à ce jour insuffisantes. En effet, les plans nationaux, les informations disponibles dans la littérature, comme l’expertise collective de l’Inserm sur les effets sur la santé des pesticides témoignent unanimement du déficit de données sur les expositions aux pesticides des personnes travaillant dans l’agriculture en France.

 

Les politiques de prévention des risques sont en grande partie centrées sur quelques déterminants matériels de l’exposition relevant du comportement individuel des personnes au travail : mesures d’hygiène, port d’équipements de protection individuelle. Selon les principes généraux de prévention en santé travail, ces mesures ne devraient être utilisées qu’en dernière intention après la substitution et la mise en œuvre de mesures de prévention collective, relatives par exemple à l’organisation du travail.

 

En outre, les moyens consacrés à un conseil en prévention indépendant sont insuffisants, l’accessibilité d’alternatives pour réduire l’usage des pesticides et la possibilité de bénéficier d’un conseil adéquat pour limiter les expositions se heurtent à des difficultés. Les préoccupations de santé au travail relatives à l’exposition aux pesticides des personnes travaillant dans l'agriculture sont prises en compte de façon très hétérogène et parfois réduite lors de la formation initiale destinée à ces personnes. La formation et le conseil autour de l’utilisation de pesticides ne permettent donc pas un niveau de sensibilisation suffisant.

 

Il apparaît également nécessaire de poursuivre les travaux et actions engagées visant à harmoniser et à faire évoluer l’évaluation des risques et des expositions dans la procédure de mise sur le marché des pesticides.

 

Enfin, une amélioration de la lisibilité des réglementations applicables renforcerait leur efficacité et l’implication des différents acteurs.

 

Les recommandations de l’Agence

 

Face à ces constats, l’Anses émet des recommandations qui s’adressent à l’ensemble des acteurs concernés par la prévention des risques pour les personnes travaillant dans l’agriculture et exposées aux pesticides.

 

Tout d’abord, l’Agence rappelle l’objectif explicite du code du travail, qui est d’éviter les risques, en particulier par la suppression des dangers exposant des travailleurs. Dans ce cadre, la diminution du recours aux pesticides constitue un objectif en soi, visant à la réduction de l’exposition à ces substances des personnes travaillant dans l'agriculture.

 

 

L’Agence recommande notamment :

 

  • De poursuivre les travaux au niveau européen pour l’harmonisation et l’évolution régulières des méthodes d’évaluation a priori des expositions et des risques dans le cadre des procédures d’autorisation de mise sur le marché pour les substances dont l’instruction peut dépendre de réglementations différentes, en fonction de leurs usages

  • De poursuivre les travaux relatifs à la connaissance de l’efficacité des équipements de protection, qui doivent être compatibles avec l’activité des personnes travaillant dans l’agriculture

  • De renforcer, dans un cadre indépendant, les actions de conseil et de formation des utilisateurs de pesticides, notamment sur les dangers, les risques et la sécurité d’utilisation. Certaines situations d’exposition concernant les populations sensibles ou vulnérables, l’exposition en réentrée ou encore les usages ultramarins par exemple, nécessitent des efforts particuliers

  • D’améliorer les connaissances sur les expositions aux pesticides des personnes travaillant dans l’agriculture :

  • En renforçant la description des expositions réelles afin de consolider les évaluations des risques ou les études épidémiologiques, mais aussi d’évaluer l’efficacité des mesures de prévention recommandées

  • En renforçant les travaux relatifs à la connaissance des expositions aux mélanges de pesticides

  • En améliorant l’accessibilité, la mutualisation, la valorisation et la capitalisation des informations relatives aux pesticides, notamment celles concernant l’exposition des personnes travaillant dans l’agriculture.

 

En un mot comme en cent : on a du mal à trouver le caractère explosif.

 

Il y a bien sûr des observations fort pertinentes et iconoclastes, par exemple sur Écophyto.

 

 

L'ANSES, son rapport sur les expositions professionnelles aux pesticides, et le Monde

Les immondes affabulations du Monde

 

« Ni communiqué ni conférence de presse. C’est pourtant un rapport singulièrement explosif que l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a publié, lundi 25 juillet au soir, sur son site. »

 

Et s'il n'y avait eu ni communiqué ni conférence de presse pour la simple raison que, comme le montrent les « constats » et les « recommandations » ci-dessus, il n'y a rien de bien croustillant ? Ou, comme on le verra ci-dessous, que les circonstances ont commandé ?

 

Mais c'est que, selon le Monde :

 

«  "Il est plausible que les informations colligées dans le texte permettent à des victimes d’attaquer l’Etat pour carence", dit un familier du dossier.

 

Les modalités de la publication ne sont donc pas allées de soi. Elles ont même suscité de vives tensions entre la direction de l’Anses et les experts mandatés pour établir le rapport, au point que l’arbitrage du Comité de déontologie de l’agence a été nécessaire. Courant juin, même si les grandes lignes du rapport avaient fuité (Le Monde du 23 juin), les organisations non gouvernementales (ONG) redoutaient que le texte ne soit jamais publié. »

 

Le « familier du dossier » est bien sûr un illustre inconnu... On peut lui faire dire n'importe quoi ! On est en plein dans le journalisme d'insinuation.

 

Le rapport permettrait une mise en cause de l'État... il faut enterrer le rapport... Pitoyable !

 

Et c'est le début d'une somptueuse théorie du complot... complot avorté, il va sans dire... mais complot tout de même !

 

« Le rapport est finalisé début 2016 et officiellement présenté le 15 avril aux ministères de tutelles – santé, environnement, agriculture – de l’Anses, la publication officielle étant prévue pour le 1er juin. Jusqu’ici, tout va bien. Mais, quelques jours avant la date dite, les parties prenantes (ONG, industriels, etc.) sont informées que la restitution n’aura pas lieu et qu’elle est remise au 22 du même mois. Mais là encore, la réunion est annulée au dernier moment.

 

En cause, la brusque désolidarisation de deux des quinze experts du groupe. Le 13 juin, un bref texte d’une page, exprimant une opinion divergente, est adressé par Sonia Grimbuhler (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l’environnement et l’agriculture, Irstea) et Guy Milhaud (Ecole vétérinaire d’Alfort) à la direction de l’Anses. »

 

 

http://www.observatoire-pesticides.gouv.fr/upload/bibliotheque/251992478191438102630556713639/20_etude_pestexpo.pdf

http://www.observatoire-pesticides.gouv.fr/upload/bibliotheque/251992478191438102630556713639/20_etude_pestexpo.pdf

On peut certes trouver curieux que deux membres du groupe de travail se soient manifestés à une heure aussi tardive. Mais de là à en faire un complot, une tentative de saboter un rapport... un rapport dont la présentation aux ministères de tutelle était déjà agendée...

 

La direction de l'ANSES a réagi de manière fort rationnelle. Le Comité de déontologie de l'institution a été consulté. Les conclusions d'icelui ont été publiées, tout comme la prétendue « opinion divergente » (pages 213 et 214).

 

Et il s'avère que ce qui est décrit dans une emphase journalistique décidément détestable comme une « désolidarisation » n'est en fait, selon les auteurs de la réaction tardive que des « nuances[qui] concernent 2 parties du rapport du GT "Pesticides et travailleurs agricoles" ». En fait, nous ne sommes plus dans l'emphase, mais carrément dans la désinformation.

 

Or donc, selon le Monde :

 

« Les déontologues notent en substance que Mme Grimbuhler et M. Milhaud ont pu se sentir ostracisés au sein du collectif, mais ils valident les protestations du reste du groupe. »

 

La réalité, selon le Comité de déontologie :

 

« Lors des auditions, il a été indiqué au comité de déontologie que certains éléments de contexte avaient empêché l’expression de la position minoritaire tout au long du déroulement de la procédure de discussion. [...] »

 

 

Chasse aux sorcières

 

C'est un sport fort prisé au Monde Planète comme nous l'avons encore vu récemment :

 

« Ce n’est pas tout : Mme Grimbuhler n’a pas consigné dans sa déclaration d’intérêts tous ses liens avec l’industrie des pesticides. L’une de ses collaborations avec l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP) y est bel et bien mentionnée, mais, contactée par Le Monde, la chercheuse reconnaît avoir "omis d’indiquer le projet pédagogique Educ’risk", un logiciel développé en collaboration avec la société agrochimique BASF Agro, réalisé "dans le cadre de [s]es fonctions à l’Irstea". Mardi 26 juillet, Mme Grimbuhler disait avoir rectifié sa déclaration d’intérêts, mais que celle-ci "ne sera disponible que dans quelques jours" ».

 

Une institution publique et un producteur de produits de protection des plantes collaborent pour améliorer la sécurité des utilisateurs desdits produits... Mme Grimbuhler collabore au programme de travail de son employeur... Mme Grimbuhler a un conflit d'intérêts...

 

Bienvenue dans le monde – et le Monde – des bisounours qui voudraient que les expertises soient réalisées par des « experts » qui n'ont jamais bu une tasse de café avec un représentant de l'industrie...

 

L'ANSES, son rapport sur les expositions professionnelles aux pesticides, et le Monde

Ces gens du Monde se sont-ils enquis de la nature de la collaboration ? Car voici ce que dit le Comité de déontologie :

 

« D’autre part, le CDPCI avait pointé l’impact possible des financements privés sur les études épidémiologiques, ou les soupçons que cela pouvait entraîner, soulignant que "l’existence de cofinancements par des acteurs économiques du secteur privé, peut être une source potentielle de conflits d'intérêts. (…) l'UIPP participe pour une faible part au financement de l'enquête AGRICAN. Dans de tels cas, la procédure de droit commun visant l'examen des liens d'intérêt qui pourrait le cas échéant justifier le rejet de la candidature d'un expert de la MSA peut s'appliquer sans difficulté". Et de préciser que "la faible contribution financière de l'UIPP à AGRICAN, de l'ordre de 3%, ne saurait être considérée comme un argument pour exclure a priori tout risque de conflit d'intérêts".

 

Ce type de liens d’intérêts ne doit pas conduire à exclure toute forme d’expertise des chercheurs ayant participé à tel ou tel programme financé. Ils peuvent être auditionnés tout en étant écartés du processus de délibération. »

 

La règle posée in fine a-t-elle été appliquée ?

 

Ces gens du Monde ont-ils épluché – dans le souci d'objectivité qui fut en des temps hélas reculés un élément clé de sa déontologie journalistique – les déclarations d'intérêts des autres participants au groupe de travail ?

 

Nous posons ces questions par pur intérêt intellectuel, et aussi réalisme : à force de traîner dans la boue les chercheurs qui réussissent – et qui participent de ce fait à des programmes bénéficiant de financements privés – on finira par confier l'expertise à des tocards.

 

Du reste, on peut aussi s'interroger sur l'objectivité d'une expertise dans laquelle les experts s'autocitent à tour de bras ? Isabelle Baldi, vice-présidente du groupe de travail ? Huit publications citées... Pierre Lebailly ? Dix-sept publications citées ?

 

Le propos n'est pas ici d'éreinter un rapport – ni des personnes – mais de souligner la gravité d'un problème : l'expertise est en danger.

 

L'ANSES, son rapport sur les expositions professionnelles aux pesticides, et le Monde

Le Monde, porte-voix de l'altermonde

 

Mais ce n'est pas tout !

 

« L’affaire n’est donc pas finie et certaines ONG parties prenantes sont furieuses. "Nous avons été invités le 1er septembre par l’Anses à une 'réunion d’information' sur son avis et non à une restitution du rapport en présence des auteurs, fulmine Nadine Lauverjat, de l’association Générations futures. Or l’avis nous semble refléter assez mal certains points cruciaux du rapport… Tout cela, et ce qui a précédé, semble indiquer une volonté d’enterrer coûte que coûte ce texte.»

 

Que Mme Lauverjat de « l’association Générations futures » fulmine et tienne les propos rapportés est évidemment une information. Mais franchement... Le Monde...

 

On comprend bien qu'un rapport et un avis qui ne dégoulinent pas d'effroyables risques liés aux pesticides ne soit pas du goût de Mme Lauvergeat. Mais le rapport est bien là, visible pour tous !

 

L'avis du Comité de déontologie de l'ANSES est daté du 25 juillet 2016. Le rapport de l'ANSES est publié le même jour... Et le rapport de l'ANSES est présenté à Mme Ségolène Royal, Ministre de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer, chargée des relations internationales sur le climat, le 28 juillet 2016. Générations futures y a même été invité...

 

« ...cela [...] semble indiquer une volonté d’enterrer coûte que coûte ce texte » !

 

En fait, la stratégie est claire : cet article si déplaisant du Monde, daté de l'aube du 27 juillet 2016, crée la suspicion et le doute. Le Monde s'est complaisamment prêté à une manœuvre décidément récurrente.

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GROSJEAN François 05/08/2016 16:03

Dans le rapport ANSES, le paragraphe concernant l'UIPP, AGRICAN et la MSA (que vous reprenez dans votre texte) est mal rédigé et incompréhensible.

Alain Coetmeur 01/08/2016 01:43

a rapprocher de l'articles sur les cigarettiers.

même tactiques