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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Calembredaines et billevesées de Vandana Shiva

25 Juillet 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Vandana Shiva, #Activisme, #critique de l'information

Calembredaines et billevesées de Vandana Shiva

 

 

L' événement de Vancouver. Quelle mise en scène !

 

Dans « Revoilà Vandana Shiva ! », nous nous étions intéressés à deux articles de CBC News et à la fable de Bogève – des représentants de l'industrie agrochimique détaillant, en mars 1987, leur conspiration pour prendre le contrôle du secteur des semences devant un parterre d'activistes. En fait, la moisson d'âneries récentes a été bien plus fructueuse.

 

 

Une auto-hagiographie en perpétuelle évolution (2)

 

Mme – oups ! Dr – Shiva nous propose une nouvelle version de son engagement dans « GMO critic Vandana Shiva maintains that biodiversity, not monocultures, will feed the world » (Vandana Shiva, qui dénonce les OGM, maintient que la biodiversité, et non les monocultures, vont nourrir le monde).

 

C'est là le genre de platitude qui met la bien-pensance en transe, elle qui peine à comprendre qu'un nombre limité de plantes, cultivées à grande échelle, fournit – et continuera à fournir – l'essentiel de l'énergie (des calories) dans nos rations alimentaires, et que l'expérience d'un bac à herbes aromatiques n'est pas transposable à un champ de blé ou une rizière. Remarquez... il y a des diplômés en agronomie, fervents de l'« agro-écologie »...

 

Mais « [l]agro-écologiste Vandana Shiva », qui « n'est pas populaire dans les conseils d'administration des géants de l'agrochimie », mais « reste » – curieux, ce verbe – « une héroïne pour beaucoup d'agriculteurs indiens, une icône adorée des environnementalistes et l'opposante la plus en vue des semences génétiquement manipulées et des monoculures » raconte une nouvelle fable sur son engagement pour la cause :

 

« L'agriculture n'a pas été le domaine que j'ai choisi. Mais j'ai été forcée de m'y consacrer à cause de 1984. »

 

Non, il ne s'agit pas du célèbre ouvrage de George Orwell, mais de l'opération militaire Blue Star, qui fut dirigée par Indira Gandhi pour éliminer les Sikhs séparatistes retranchés dans le Temple d'Or d'Amritsar, dans le Pendjab ; quatre mois après l’opération, le 31 octobre 1984, Indira Gandhi fut assassinée par deux de ses gardes du corps Sikhs.

 

 

Mme Shiva avait fait ses premières études à l'Université du Pendjab, alors un État très paisible, selon elle ; de retour du Canada, où elle avait acquis ce fameux parchemin qui lui permet de faire précéder son nom du prestigieux « Dr » (en 1979 selon l'article, 1978 selon Wikipedia en anglais), elle s'interrogea sur les raisons des troubles qui se seraient manifestés dans l'intervalle...

 

Bon sang, mais c'est bien sûr ! Il lui apparut que le Pendjab avait été l'épicentre de la Révolution Verte :

 

« Shiva, cependant, a vu des conséquences moins que reluisantes, malgré les rapports largement diffusés sur la croissance spectaculaire de la production de riz. Pour elle, la Révolution Verte a favorisé l'utilisation de produits chimiques et de pesticides dans le cadre de l'"agriculture industrielle". Et elle a tracé un grand nombre de ces produits chimiques vers les guerres mondiales.

 

"Les engrais de synthèse provenaient de fabriques d'explosifs", dit-elle. "Les pesticides sont issus des gaz utilisés dans les camps de concentration, des gaz toxiques, etc.»

 

La réalité est, bien sûr, bien plus complexe et surtout très éloignée des élucubrations de Mme Shiva. Mais, à partir de là, elle déroule son scénario : la biodiversité et les monocultures, Monsanto, les suicides, la propriété intellectuelle...

 

« "Je consacre beaucoup de temps à faire prendre conscience de l'importance de la semence", a déclaré Shiva. "La nourriture commence dans les semences. Si vous ne disposez pas de la bonne semence, vous ne disposez pas de la bonne nourriture. Il n'est pas possible de créer des aliments sains avec des graines toxiques.»

 

Il y a un public, particulièrement dans les médias, pour de telles lieux communs et de telles âneries !

 

 

 

Une « mouche blanche » s'attaque le cotonnier au Pendjab...

 

Continuons avec le Pendjab. Un aleurode s'y attaque au cotonnier ; les dégâts de l'année passée ont été conséquents : un quart de la superficie atteint et une réduction de la production de 40 %. Et c'est devenu un problème politique (quoique les rapports que l'on trouve dans les médias semblent indiquer que le problème est plutôt local et circonscrit).

 

 

Mme Shiva s'est lancée dans l'arène avec l'élégance qu'on lui connait : « The Reason For Farmer Suicides in Punjab Lies Not in the Whitefly But in Bt Cotton » (la raison des suicides d'agriculteurs au Penjab ne réside pas dans les aleurodes, mais dans le cotonnier Bt).

 

Le cheminement « intellectuel » est simple : comment se fait-il que les aleurodes « un ravageur commun au Pendjab, [qui] a traîné dans les champs des agriculteurs depuis des générations [et qui] ont été contrôlés en utilisant le savoir traditionnel des agriculteurs » aient pu s'attaquer ainsi au cotonnier ? Mais c'est parce qu'il est Bt...

 

Il y a peut-être une part de vrai. La nature est si généreuse envers les agriculteurs – enfin, pas dans l'esprit de Mme Shiva – que quand ceux-ci parviennent à éliminer un ravageur, cela peut créer un vide exploité par... un autre ravageur ; ainsi, en Chine, la réduction des traitements insecticides contre le ver de la capsule permise par le Bt a favorisé l'émergence du problème des punaises.

 

Et, comme elle n'a pas d'argument sérieux, Mme Shiva ressort les suicides, Monsanto, les royalties, et le prétendu échec de la Révolution Verte :

 

« Les 300.000 suicides sont plus que prémonitoires du désastre agraire imminent qui engloutira l'Inde si nous avançons toujours vers les OGM et n'apprenons rien de l'expérience Bt. Non seulement Monsanto promeut une technologie qui a échoué, mais il a collecté illégalement des redevances de nos petits agriculteurs, les piégeant dans la dette. [...] »

 

C'est évidemment trop demander que de comprendre que si le cotonnier est très majoritairement Bt en Inde, c'est que les agriculteurs en sont satisfaits, au point d'en racheter des semences tous les ans.

 

Il y a aussi cette perle :

 

« Le cotonnier Bt est une variété de cotonnier génétiquement modifiée dans laquelle on a inséré des gènes de la bactérie Bacillus thurigniensis. Il est supposé produire plus de 200 toxines Bt différentes, chacune nuisant à des insectes différents. »

 

 

 

« Évitez le riz "miracle", mangez une carotte ! »

 

C'est le titre d'une tribune publiée à l'origine par Asian Age, et reprise par Common Dreams qui propose des « nouvelles de dernière heure pour la communauté progressiste »...

 

Pourquoi parle-t-on de Riz Doré ? Parce qu'il y a un problème de carence en vitamine A, particulièrement dans les populations dont le riz est l'aliment de base. Pourquoi y a-t-il un problème de carence ? Parce que les populations en cause ne mangent pas assez de produits susceptibles de leur apporter la provitamine A. Pourquoi... Parce qu'elles sont trop pauvres.

 

Mme Shiva a donc la solution miracle : qu'elles mangent des carottes... Mais comment n'y a-t-on pas pensé avant ?!

 

 

Mme Shiva vole au secours de Greenpeace, un peu chahuté par l'appel des 110 lauréats du Prix Nobel, et ce, avec des arguments de bateleur d'estrade :

 

« Le riz doré est un faux miracle. C'est une maladie des monocultures vides sur le plan nutritionnel offerte comme un remède à une carence nutritionnelle. En fait, le riz doré, en cas de succès, sera 400% moins efficace dans la fourniture de vitamine A que ce que les femmes ont à offrir. »

 

Il faut sans nul doute un PhD – en quoi déjà ? – pour enfiler de telles perles et trouver que quelque chose est 400 % moins efficace que quelque chose d'autre !

 

 

Ayant posé ce qui est pour elle une évidence, Mme Shiva dérape sur l'« écoféminisme » :

 

« Les femmes sont empêchées de cultiver la biodiversité et de diffuser leurs connaissances pour lutter contre la malnutrition, par des hommes riches et puissants et leurs entreprises qui sont aveugles à la richesse de la terre et de nos cultures. »

 

C'est que les hommes...

 

« Par leur monoculture de l'esprit, ils ne cessent d'imposer des monocultures de technologies ratées, bloquant ainsi le potentiel d'abondance et de nourriture. Comme je l'ai écrit en 2000, la cécité devant la biodiversité et le savoir des femmes est une approche aveugle à la prévention de la cécité. »

 

« Comme je l'ai écrit... » ? Cela déclenche une réaction quasi-pavlovienne : nous avons trouvé un « The Golden Rice report – A Blind Approach To Blindness Prevention » (le rapport sur le Riz Doré – Une approche aveugle à la prévention de la cécité), publié en février 2000 (c'est attesté par d'autres sources). Mais il n'y est point question de cécité devant la biodiversité et le savoir des femmes. Encore une réécriture de l'histoire...

 

Il va de soi que « les monocultures de la Révolution Verte de Norman Borlaug » – et d'illustres Indiens comme M.S. Swaminathan et de moins illustres mais tout aussi méritants comme Gurdev Khush ou Ripusudan L. Paliwal... chut ! Ça détruit le scénario... enfin pas vraiment... ce sont des hommes – « ont contribué à la malnutrition en détruisant la biodiversité […]. »

 

La théorie de la conspiration ne nous est pas épargnée non plus : l'appel des Nobel coïncide avec le vote du Sénat états-unien sur un projet de loi sur l'étiquetage des produits alimentaires contenant des OGM...

 

[À suivre, car il y a encore pire...]

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