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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Zéro diméthoate, zéro cerise (enfin n'exagérons pas)

7 Juin 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Politique, #Union européenne, #Santé publique

Zéro diméthoate, zéro cerise (enfin n'exagérons pas)

 

 

La Commission européenne persiste

 

La saga du diméthoate continue.

 

Forumphyto a publié « Diméthoate sur cerisiers : La Commission Européenne enfonce le clou : pas de "risque grave en matière sanitaire». Il s'agit d'une nouvelle réponse de M. Vytenis Andriukaitis, Commissaire européen à la santé et à la sécurité alimentaire, cette fois-ci au parlementaire européen Patrick Le Hyaric (GUE/NGL) :

 

« 

 

La Commission considère que la déclaration de l’EFSA, publiée à sa demande, ne permet pas de conclure à un risque grave en matière sanitaire et en a conclu qu’elle ne pouvait pas mettre en œuvre les mesures d’urgence requises [par la France]. Lors de la réunion du comité permanent du 15 avril 2016, la majorité des États membres a estimé qu’un réexamen prioritaire des LMR est une réponse appropriée. Ce réexamen a été entamé.

 

Le 22 avril 2016, la France a notifié à la Commission une mesure d’urgence nationale concernant le diméthoate prise en vertu de l’article 54 du règlement (CE) nº 178/2002. […]

 

La législation de la PAC ne fournit pas de base juridique pour introduire de telles mesures de compensation. Toutefois, la sous-mesure 17.21 du programme national de développement rural pour la gestion des risques fournit des contributions financières à des fonds de mutualisation visant à indemniser les agriculteurs pour les pertes économiques découlant d’un foyer de maladie animale ou végétale, d’une infestation parasitaire ou d’un incident environnemental. »

 

Pour comprendre la dernière partie de la réponse, il faut connaître la question, dont l'essentiel est comme suit :

 

« L'agence nationale de sécurité sanitaire française est en passe de retirer la molécule de la liste des produits autorisés. Cette décision entraînerait une catastrophe pour les producteurs français de cerises, tant au niveau de la production que du chiffre d'affaires, et cela sans aucun avantage pour les consommateurs, puisque les producteurs des autres pays européens continueraient à utiliser cette substance pour protéger leur production.

 

1. L'application de cette interdiction du diméthoate en France ne relève-t-elle pas d'une distorsion de concurrence, étant donné qu'elle soumet les producteurs français à des règles bien plus strictes que les règles européennes?

 

2. Les solutions autres que ce pesticide dangereux étant aujourd'hui beaucoup trop chères pour être utilisées par les agriculteurs, la Commission pourrait-elle considérer, dans la situation de crise agricole actuelle, la mise en place d'un mécanisme d'aide à la transition? »

 

Toutefois... nous pensons pour notre part que la sous-mesure machin n'a pas vocation à indemniser les agriculteurs pour des pertes découlant de la maladministration de la protection des végétaux par le gouvernement.

 

Conclusion de Forumphyto :

 

« La réponse de la Commission est, une nouvelle fois, "polie mais cinglante". Et une nouvelle fois, "on constatera combien une opération démagogique nationale peut être nuisible à la construction européenne.»

 

 

Cerises confites ? Bah...

 

 

Il n'y a pas que la cerise de bouche, mais aussi la cerise d'industrie. Agriculture et Environnement a produit un compte rendu détaillé des tentatives des industriels de la cerise confite pour sauver la production française – enfin, un compte rendu de la fin de non-recevoir que leur a opposée le cabinet du Premier Ministre. Alerte Environnement en donne un résumé ici.

 

La cerise confite provençale, ce ne sont « que » deux entreprises travaillant avec quelque 250 producteurs de la région d'Apt. On ne va tout de même pas faire un plat d'une micro-filière qui pèse 40 millions d'euros, même si elle exporte 70 % de sa production... sa contribution au comblement de notre déficit commercial peut bien être sacrifiée à la bonne entente préélectorale avec ce qu'il reste de Verts socialo-compatibles, tout comme on peut passer sa contribution à l'économie locale par pertes et profits.

 

 

Le réalisme de 60 millions de consommateurs...

 

 

Le sujet des cerises a aussi inspiré les magazines de la consommation de ce mois (juin 2016). 60 millions de consommateurs se fait nostalgique avec un « Nous ne chanterons plus le temps des cerises » précédé en plus petit par « Dommages collatéraux ». On ne peut qu'apprécier une analyse somme toute pertinente :

 

« Cette interdiction tient au manque de données qui garantissent l'innocuité de la molécule pour le consommateur. »

 

On peut certes rétorquer que l'innocuité est indémontrable (comme on ne peut pas démontrer l'inexistence des anges), mais au moins l'idée y est et 60 millions ne succombe pas à l'hystérie.

 

 Le réalisme, incidemment, on le retrouve dans son dossier sur la vente des pesticides aux particuliers, « Des clients pas vraiment "avertis" », car on avertit au détour du texte :

 

« ...il ne faut pas croire que si c'est bio ou naturel, c'est sans danger. »

 

Dommage, toutefois, qu'il y ait eu inconstance. L'article se conclut par ce conseil génial de la MCE (Maison de la Consommation et de l'Environnement) :

 

« Mais s'il n'y a que quelques pucerons, commencez par les enlever à la main »...

 

 

...et l'hystérie de Que Choisir

 

 

Toute autre est la réaction de Que Choisir. Le diméthoate est « dangereux pour la santé »... boum !

 

« Il était temps, car les risques pour la santé humaine sont bien réels pour les utilisateurs comme pour les consommateurs. "Il n'est pas possible d'exclure un risque aigu pour les forts consommateurs de cerises, du fait des niveaux de diméthoate détectés", a même conclu l'Anses […] dès 2011. »

 

Y aura-t-il un jour un cours d'interprétation de texte pour qu'on cesse de lire : «  il n'est pas possible d'exclure un risque » comme : « il y a un risque » ? Et les agences d'évaluation évalueront-elles un jour leurs tics rédactionnels à l'aune des erreurs d'interprétation qu'ils suscitent ?

 

Mais il y a pire. L'auteur de l'articulet se fait péremptoire sur l'existence « d'autres moyens, sans risques pour le consommateur ». Et de citer le filet, « les tunnels plastiques dont on peut fermer les entrées avec des filets ».

 

Il y a même :

 

« … les variétés précoces comme la Burlat qui mûrissent avant l'arrivée de la mouche. »

 

Là, il faut manifestement un cours de rattrapage avec visites sur le terrain pour faire comprendre que les cerises poussent sur des arbres, qui mettent quelques années pour entrer en production, qui sont implantés dans des vergers censés durer une bonne dizaine d'années au bas mot, que les tunnels plastiques... enfin les réalités de la production fruitière... enfin les réalités de la vie.

 

P.S. : Il y a un bon article sur « Change.org – Un business comme un autre ». Sauf que ce n'est pas un business comme un autre mais une redoutable pollution pour notre système social et politique.

 

 

 

 

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