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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le jus de désinformation de Greenpeace, de Carrefour et des médias

23 Juin 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Greenpeace, #Activisme, #Pesticides

Le jus de désinformation de Greenpeace, de Carrefour et des médias

 

Quand on fait dans l'outrance, autant aller au fond des choses

Quand on fait dans l'outrance, autant aller au fond des choses

 

Leclerc n'a pas « payé »

 

Hier 22 juin 2016, Greenpeace a lancé une opération commando contre un magasin Leclerc à Bois d'Arcy dans les Yvelines.

 

Il s'est trouvé – bien évidemment par le plus suprême des hasards – une journaliste de l'AFP pour couvrir l'événement. Après tout, les journalistes, y compris de l'AFP, font aussi leurs courses...

 

Et il s'est trouvé bien des médias pour relayer l'« information » sans le moindre esprit critique.

 

« Action éclair de Greenpeace contre les pesticides dans un hyper Leclerc » est un titre particulièrement prisé, par exemple ici, par l'Express. Il est trop compliqué de creuser un peu plus profond que la dépêche de l'AFP et le communiqué de presse de Greenpeace, au titre, pour une fois, peu engageant. « Action / pesticide : Greenpeace sensibilise les clients de Leclerc avec son jus "multi-pesticides" ». À l'heure de l'« information » minute et de l'impérieuse nécessité de sortir en tête sur les listes des moteurs de recherche, la réflexion et la mise en perspective ne sont pas de mise.

 

 

« Action éclair de Greenpeace contre les pesticides dans un hyper Leclerc » ? C'est plutôt une action éclair contre Leclerc sous le prétexte des pesticides.

 

Greenpeace « sensibilise... ». Greenpeace se rappelle au bon souvenir de ses donateurs, nécessité d'alimenter le tiroir-caisse faisant loi. Greenpeace maintient aussi la pression sur une enseigne « coupable » de ne pas céder à ses injonctions. Voici ce qu'on peut lire sur sa page dédiée (en principe) à l'agriculture :

 

« En s’abstenant de prendre des engagements forts et concrets allant dans le sens d’une agriculture respectueuse de l’environnement et de ces fournisseurs, E.Leclerc participe à la contamination de milliers d’hectares de terre et de litres d’eau et met en danger la santé de ses fournisseurs et des consommateurs. »

 

D'autres enseignes ont cédé, sans que cela se traduise par des pratiques commerciales révolutionnaires. Soyons sérieux : qui peut croire au vu des tonnages en jeu et des impératifs de la distribution, que les centrales d'achat font un effort démesuré sur le mode de production de la marchandise qu'elles achètent ?

 

 

Passe-moi la rhubarbe... 

 

Mais on est là dans le mode « échange de bons procédés».

 

Quand il lance une « course zéro pesticide », Greenpeace s'achète à très bon compte un thème de campagne, en passant pour le chevalier blanc du consommateur « empoisonné » par les pesticides. L'entité incorporée sous forme de stichting, une forme d'association fiscalement avantageuse aux Pays-Bas, et d'association en France se doute bien qu'il y aura un traînard susceptible de devenir une cible pour des « actions ». Il se trouve que Leclerc non seulement traîne, mais aussi refuse la transaction ; il figure pourtant – comme Carrefour – parmi les références de Transitions, l'agence de conseils créée par M. Bruno Rebelle, ci-devant directeur exécutif de Greenpeace France et ancien numéro 2 de Greenpeace International.

 

Greenpeace s'achète donc une visibilité médiatique renouvelée à intervalles réguliers, à son gré (il suffit d'organiser un monôme et de convoquer un journaliste de l'AFP...) ; et un support très bon marché pour les appels aux dons.

 

Il y a en face les enseignes distinguées pour leur « vertu ». Mais n'exagérons pas : leur attribuer un brevet de vertu, ce serait les éliminer de la liste des cibles, se priver des indispensables outils de gestion d'une cash machine devant être alimentée en permanence. Une bonne campagne, pour ces entités que sont Greenpeace et les spécialistes du greenwashing contre rémunération directe ou indirecte, produits quelques résultats de temps en temps – de quoi caqueter de contentement – sans jamais aboutir – de quoi continuer à braire.

 

Les enseignes distinguées, donc, payent le prix de la tranquillité, de la bienveillance de Greenpeace, et se payent à relativement bon compte une auréole.

 

 

Dans « Course zéro pesticide : après un an de campagne, où en sont les distributeurs ? » Greenpeace annonçait : « Carrefour et Super U caracolent en tête ».

 

L'auréole est bien symbolique, et son port est difficile et risqué. Mais il y a un bénéfice peut-être bien plus grand : les « actions » de Greenpeace contre Leclerc ne profitent-elles pas aux enseignes distinguées ?

 

 

Carrefour se paye-t-il notre tête ?

 

Engagé dans la « course zéro pesticide », Carrefour a lancé en mai dernier une filière « fraises sans pesticides de synthèse "de la fleur à l'assiette" ».

 

Comme souvent, les « petites » limitations sont oubliées par les médias (Challenges, par exemple, avec une photo AFP) et autres faiseurs d'opinion (LSA, par exemple).

 

Légende de la photo : "Carrefour lance les premières fraises 100% sans pesticides. AFP"

 

 

Elles sont même « oubliées » par Carrefour dans sa communication quand les risques liés à la publicité mensongère ne sont pas trop élevés. Ainsi, dans son infographie, il écrit : « En supprimant les pesticides de synthèse, Carrefour et ses partenaires préservent la biodiversité ». Non, ils ne sont supprimés qu'après floraison... Et on aimerait savoir comment la biodiversité est préservée par ce mode de culture sur quelques hectares. Pour les points de vente, nous n'avons pas pu vérifier. Mais on remarquera que, dans le publireportage du Télématin de la 2 du 19 mai 2016, le panonceau annonçait : « sans pesticides après floraison ». Le « de synthèse » devait faire trop long.

 

 

Le jus de désinformation de Greenpeace, de Carrefour et des médias

Il est vrai qu'annoncer aux acheteurs que le produit a peut-être été aspergé de purin, certes d'orties, ou aromatisé à l'ail, ne doit pas être très vendeur ! Du reste, personne ne s'est inquiété des risques sanitaires... Que fait l'ANSES ? Mais c'est agro-écologique, donc c'est forcément bon.

 

Forumphyto a produit un démontage de la mystification avec « Carrefour et ses fraises "sans pesticides" : Mensonge par omission et faute morale ». Nous ajouterons que le producteur mis en scène sur Télématin annonce que sa production (20 tonnes de Gariguette sur 200 produites au total, soit de l'ordre d'un hectare ou deux... on ne prend, à juste titre, pas trop de risques) implique des coûts supplémentaires, et que le vendeur proclame que ces fraises sans... (complétez...) sont vendues au même prix que les fraises conventionnelles. Qui absorbe la différence ?

 

 

Le jus de désinformation de Greenpeace, de Carrefour et des médias

En tout cas, Carrefour se paye une formidable publicité avec quelques hectares (8 producteurs du Sud-Ouest et de Sologne sont engagés dans l'opération). Toujours est-il aussi que Carrefour participe activement à la « course zéro pesticides » de Greenpeace, mais se garde bien d'appliquer le concept dans son intégralité – faisant des petites concessions relativement indolores.

 

Dans son infographie, le groupe annonce fièrement « 4 filières végétales lancées en 2015 ». Quelle arrogance choquante ! Les agriculteurs n'ont pas attendu Carrefour pour, par exemple, produire du blé sans insecticides. Là encore, insistons : il faut comprendre que la matière première achetée est issue de blés « cultivés » (qu'en est-il du stockage?) sans insecticides, mais pas sans fongicides... Les kiwis sans insecticides, ça ne doit pas être trop compliqué.

 

 

Le jus de désinformation de Greenpeace, de Carrefour et des médias

Greenpeace fait peur sur les fraises en Suisse

 

Restons dans les fraises, mais revenons à Greenpeace. L'entité a publié hier un « rapport » au titre relativement anodin, « Cocktail de pesticides dans les fraises suisses – Une analyse des fraises issues de la vente de détail et de la culture des fraises en Suisse ».

 

Mais qui lit les rapports... surtout quand ils sont le support annexe d'une campagne de communication. Là, pour la communication, c'est du lourd : « Pesticides et fraises suisses: un doux poison pour les bébés ».

 

Les bébés mangent des fraises, c'est bien connu...

 

Donc :

 

« Les fraises suisses cultivées de façon conventionnelle sont presque toujours contaminées par des pesticides. C'est ce que montrent des analyses faites par un laboratoire indépendant mandaté par Greenpeace Suisse. Des échantillons de sols et de plantes prélevés dans les fraisières de Thurgovie et du Seeland bernois, ainsi que de fraises suisses achetées dans des grandes surfaces, présentent des taux de pollution élevés. Aucun échantillon provenant de l'agriculture biologique n'était contaminé.

 

Les résultats sont effrayants: les échantillons de sols et de plantes provenant de fraisières confirment l'utilisation de quantités importantes de pesticides... »

 

Les résultats sont effectivement effrayants.

 

Comme ils ont eu la bonne idée de préciser les limites maximales de résidus, les calculs sont plutôt rapides. Voici donc, exprimé en pour cent, la charge maximale en résidus trouvée :

 

Le jus de désinformation de Greenpeace, de Carrefour et des médias

Sur dix substances, une – rappel : pour un échantillon – se trouve à près de 20 % de la limite maximale de résidus (LMR), une à 10 % et le reste à moins de 5 %. C'est ce qu'on appelle des résultats effrayants. Pour avoir des fraises « bio » – qui, heureusement pour Greenpeace, ne présentaient pas la moindre trace – il fallait débourser un tiers de plus...

 

Nous n'irons pas dans le détail de la désinformation de Greenpeace. Il y a pourtant bien des choses à relever ! La presse suisse ne semble pas s'être beaucoup émue (sauf peut-être la Tribune de Genève, mais cette ville est si proche de la France...).

 

Le Tagesanzeiger titre fort courtoisement : « Greenpeace kritisiert "Pestizid-Cocktail" im Erdbeeranbau » (Greenpeace critique le « cocktail de pesticides » dans la culture des fraisiers). Mais il rassure dès le chapô :

 

« Les résultats de diverses analyses sur les fraises sont réjouissants. Toutes les limites maximales ont été respectées. Greenpeace avertit néanmoins : au total, on aurait constaté 20 pesticides différents. »

 

 

Le bon sens helvétique

 

Où est la liste des 20 pesticides ? Mystère. En tout cas, le Tagesanzeiger a rapporté le point de vue de Fruit-Union Suisse. Et nous ne pouvons que répercuter :

 

« Nous assistons en ce moment à une controverse publique quant à l'utilisation de produits phytosanitaires. Mais les experts sont unanimes à confirmer que sans protection phytosanitaire, il sera impossible de produire assez de nourriture. Chaque jardinier amateur sait combien il faut lutter par temps arrosé pour que les mollusques ne dévorent pas ses plantes. Il peut choisir entre protéger les plantes contre les mollusques ou ne rien voir pousser. Pour assurer la récolte au jardin familial ou au champ, il est donc indispensable de protéger les végétaux contre les ravageurs.

 

Les producteurs suisses utilisent le moins possible de produits phytosanitaires, ce que confirme l'étude de Greenpeace avec éloquence: Les producteurs suisses ne s'arrêtent pas aux paroles. Dégustez donc des fraises suisses sans modération. »

 

« ...sans modération » ? Il faut tout de même éviter l'indigestion.

 

De fraises, bien entendu. Quant à l'indigestion de désinformation, en France, hélas...

 

Le jus de désinformation de Greenpeace, de Carrefour et des médias

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Guillaume 27/06/2016 10:30

« Aucun échantillon provenant de l'agriculture biologique n'était contaminé » … par des pesticides interdits en bio. C'est dingue hein. Et si on testait les pesticides autorisés en bio ?

Seppi 27/06/2016 17:44

Exact !

Guillaume 27/06/2016 15:11

Effectivement ce n'est pas le seul soucis. La démarche est critiquable en tellement de points…

Mais ça m'agace juste de voir encore et encore et encore la même idiotie. « On ne trouve rien en bio », c'est facile quand on ne cherche même pas.

Pour les détections, très probablement on aurait des cases autres que vides. Le message pour le grand public serait moins clair. On passerait de « nous rien eux plein » à « nous peu eux plein ». Moins valorisant probablement.

Seppi 27/06/2016 11:06

Bonjour,

Il est difficile de commenter ce passage. Il n'y a rien à tirer de trois échantillons, de plus collectés par une organisation qui a un agenda, examinés par un laboratoire dont on peut soupçonner l'identité et la nature de la clientèle et dont les résultats sont annoncés par des entités qui ont un agenda...

Il me semble qu'ils ont limité leur tableau aux résultats supérieurs à la LOQ (annoncée à 10 µg/kg. Quelle aurait été l'allure du texte s'ils avaient aussi annoncé les détection ('LOD à 3 µg/kg) ?

Tout ça, c'est évidemment sans compter les pesticides autorisés en bio.

Notez qu'un échantillon « conventionnel » était sans résidus.