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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Dossier de Jeune Afrique sur les OGM

3 Juin 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique, #critique de l'information

Dossier de Jeune Afrique sur les OGM

 

(glané sur la toile 81)

 

Source

 

 

Jeune Afrique a publié un dossier, « OGM : l’Afrique à tout prix », assez complet et instructif, quoique non exempt d'un discret parti pris.

 

La mise en appétit :

 

« Poison à retardement ou solution miracle au défi alimentaire ? Peu à peu, le continent succombe aux promesses des organismes génétiquement modifiés. Le résultat d'une bataille silencieuse, menée lentement mais sûrement depuis bientôt vingt ans. Et ce malgré un échec retentissant au Burkina Faso. »

 

On rappellera d'emblée que l'échec du cotonnier au Burkina Faso n'est pas dû au transgène (Bt) mais à la génétique des variétés qui lui ont servi de support : la qualité des fibres n'est pas au rendez-vous. C'est aussi une manière de souligner que les « promesses des organismes génétiquement modifiés » auxquelles le continent « succombe[rait] » – décidément, on peine à sortir du scepticisme, sinon de l'a priori défavorable – ne valent que si l'Afrique met sur pied un système performant de création variétale « classique ». Lequel a nécessairement pour pendant un secteur semencier efficace.

 

Sur la page d'ouverture du dossier, il faut cliquer sur le deuxième « OGM : l’Afrique à tout prix » pour accéder à une longue analyse, avec des liens vers des articles plus anciens.

 

On y lit que :

 

« Aujourd’hui, 80 % du maïs, 85 % du soja et près de 100 % du coton sud-africains sont génétiquement modifiés. »

 

Mais l'auteur ne s'est pas demandé pourquoi les agriculteurs sud-africains (et surtout les agricultrices) se sont massivement convertis à ces OGM. Cela aurait pu faire l'objet d'un article optimiste... dommage. Il y a en revanche deux articles sur l'expérience au final décevante du Burkina Faso...

 

Le rôle de « José Bové, figure de proue de la lutte anticapitaliste française » dans le sabotage du cotonnier Bt au Mali a eu les honneurs de cette introduction... L'anticapitalisme, ressort de l'antiOGMisme... bien vu ! Même si c'est peut-être involontaire.

 

Et pour Mme Mariam Mayet, une des égéries de l'anti-OGMisme africain, il est bien précisé qu'elle parle – au sujet d'une « colonisation OGM » – depuis « une terrasse ensoleillée d’un quartier bobo de Johannesburg ». Quartier bobo ? Presque tout est dit...

 

Cet article est une mine d'informations, mais il souffre à notre sens d'un préjugé négatif, certes plutôt discret, ainsi que d'une grave insuffisance : la question des OGM – plus généralement du progrès génétique au service du progrès agricole et, partant, social – est essentiellement vue sous l'angle étroit et étriqué des apports exogènes sur un nombre limité de plantes de grande culture.

 

Un exemple de propagande diffusée par l'organisation fondée par Mme Mayet, qui en est évidemment la directrice. Les prix à la consommation ne sont que partiellement liés à ceux de la production. Et, en réalité, l'augmentation annoncée est plutôt cohérente avec l'évolution des prix à la consommation.

 

 

Il n'y a pas que Monsanto (quelque deux douzaines d'occurrences sur la page...), Pioneer, Syngenta, Limagrain (une seule occurrence pour sa présence dans le capital de la Link Seed sud-africaine...). L'agriculture ne se limite pas au maïs et au cotonnier. Et il serait temps d'admettre que si ces entreprises trouvent des opportunités de profits en Afrique, avec des variétés GM ou des variétés classiques, c'est qu'il y a des Africains, leurs clients, qui y trouvent un profit encore plus grand. Les relations entre fournisseurs et clients ne sont pas celles des prédateurs et des proies, mais à bénéfices mutuels.

 

La focalisation sur quelques cultures occulte les extraordinaires besoins de l'Afrique en matière de transgénèse, et plus généralement de progrès génétique. Nous ne soulignerons jamais assez que, par exemple, le bananier est menacé par le flétrissement bactérien en Ouganda et que l'amélioration des plantes « classique » est impuissante à combattre ce fléau ; et encore que l'intervention sur l'ADN est une voie qui se recommande pour d'autres plantes et d'autres objectifs, l'un d'entre eux étant la biofortification et, partant, la santé publique.

 

L'accent mis sur ce que ses détracteurs appellent la « colonisation OGM » par l'« agrobusiness » fait aussi oublier les extraordinaires efforts entrepris par les Africains pour leur propre développement – avec le concours d'une aide au développement intelligente (pas celle de la France, hélas!). Avec dans certains cas des résultats qui n'attendent qu'un peu de lucidité et de courage politique pour être mis en expérimentation, voire diffusés auprès des agriculteurs si les promesses entrevues dans les laboratoires et les serres de confinement se matérialisent aussi au champ..

 

Le programme nigérian sur le manioc fait l'objet d'une phrase, mais pour son financement par la Bill & Melinda Gates Foundation. Une fondation haïe par l'altermonde... dont la nébuleuse d'organisations est largement financée en Afrique (et ailleurs dans le monde en développement) par des organisations du monde occidental qui exportent leur idéologie en Afrique : une nébuleuse qui prospère dans une escalade d'engagement, car leur fond de commerce ne manquera pas de s'écrouler quand on réalisera que leurs prédictions apocalyptiques n'étaient que du vent. Voilà un autre sujet qui aurait pu être abordé dans le cadre de ce dossier.

 

 

L'auteur de l'article n'a pas manqué de reprendre le truc minable de la Bill & Melinda Gates Foundation qui possède des actions Monsanto...

 

...qui alimente la rhétorique des complotistes

 

Le dossier inclut trois opinions.

 

Avec « Priver l’Afrique des OGM serait une hérésie », on retrouve une Sylvie Brunel au rationalisme bien carré :

 

« Pourquoi, à l’image de ce qui s’est passé avec le téléphone portable et l’accès à internet, l’Afrique ne pourrait-elle pas effectuer directement le saut technique et agronomique qui lui permettrait de faire face à la fois à sa croissance démographique – notamment dans les campagnes, puisque le réservoir rural restera plus important que la population urbaine jusqu’en 2030 – et au changement climatique, alors qu’elle est le continent le plus vulnérable au monde ? »

 

Une nouvelle variété de patate douce riche en vitamine A est désormais disponible en Afrique australe et en Afrique de l'Est.

 

On est tenté de répondre : parce qu'il y a un José Bové, « figure de proue de la lutte anticapitaliste française », à qui Jeune Afrique permet un « Avec les OGM, les paysans ont été floués ! ». Ils sont tellement floués, les agriculteurs sud-africains... qu'ils en redemandent.

 

Un discours du refus auquel fait écho celui de M. Jean-Paul Sikeli (Copagen) : « Les OGM ne profiteront qu’à une minorité oligarchique ». En fait, ce discours, c'est celui, dicté par ses soutiens financiers occidentaux, qu'il perroquette :

 

« Plusieurs études ont révélé que les exploitations familiales agricoles qui privilégient les approches basées sur l’agro-écologie sont plus performantes que l’agriculture industrielle. Ces exploitations familiales sont pourvoyeuses d’emplois, entretiennent les sols et contribuent à la préservation des ressources de la biodiversité. »

 

Les « études »... On aimerait que la politique soit régie non pas par des « études » qui promeuvent des utopies, mais par les faits. La réalité est que ces exploitations qui « privilégient... » sont extrêmement nombreuses en Afrique, mais c'est faute d'opportunités de développement. Ce sont celles qui alimentent l'exode rural et l'inflation de la précarité dans les villes.

 

« La question qui mérite d’être posée à présent, est la suivante : pourquoi adopter une technologie agricole qui ne profite nullement aux États africains et encore moins à leurs populations ? Qui a donc intérêt à ce que les cultures transgéniques essaiment en Afrique ? »

 

Espérons que Jeune Afrique demandera aux agriculteurs sud-africains – et surtout aux agricultrices – pourquoi ils plébiscitent le maïs Bt et HT. Et vérifiera s'il y a vraiment eu « réduction de la biodiversité avec la généralisation des monocultures qui vont de pair avec les cultures transgéniques. »

 

Soyons tout de même clairs : les « OGM » ne sont pas « la » solution, mais un outil. Indispensables dans certains cas, utiles dans d'autres, à écarter quand ils ne viennent pas avec toutes les conditions requises et tant que ces conditions ne sont pas réunies. Et l'activisme ne se limite pas aux OGM. C'est toute la structure moderne de l'agriculture avec sa filière des variétés et des semences qui est la cible d'un front du refus qui méprise le sort des agriculteurs et, en dernière analyse, le refus du développement.

 

Mme Brunel écrit :

 

« Reste aux gouvernements africains à comprendre que leurs agriculteurs représentent pour eux une richesse potentielle inouïe : tous les pays qui se sont développés durablement ont commencé par enrichir leurs campagnes. »

 

En fait, il leur reste, sinon à faire taire, du moins à passer outre aux discours d'importation. Vaste programme !

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