Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Adieu glyphosate : pourquoi la science n'a pas d'importance dans l'Âge du Stupide

3 Juin 2016 , Rédigé par Seppi

Adieu glyphosate : pourquoi la science n'a pas d'importance dans l'Âge du Stupide

 

Risk-monger*

 

Pinky and the Brain

 

 

La semaine prochaine, le Conseil européen examinera le compromis de la dernière chance que la Commission européenne a proposé pour réautoriser le glyphosate, l'herbicide largement utilisé. Il n'a pas beaucoup de chances d'aboutir.

 

J'ai interrompu ma série en dix épisodes, « Comment gérer le stupide », pour une étude de cas de « stupide » de la vie réelle, un « stupide » en action contre les tentatives de la Commission européenne de faire passer l'autorisation du glyphosate. Il y a un an, j'avais vu la question du glyphosate comme un parfait exemple de :

 

  • politique de la peur éclipsant la science (chapitre 1)

     

  • grâce à la puissance des réseaux sociaux mettant un faux-problème en avant (chapitre 2),

     

  • la science et la pensée rationnelle étant jetées par-dessus bord (chapitre 7, à paraître)

     

  • avec la perception fabriqué que nous tous en acceptons les risques (chapitre 5)

     

  • pour l'amour d'un dogme éco-théologique promu sans relâche par des fanatiques dans les partis verts et socialistes, les ONG environnementales et le lobby du bio (chapitre 3).

 

 

Comme c'est souvent le cas avec la force implacable de la stupidité, la Commission européenne a renoncé, en abandonnant les besoins des agriculteurs conventionnels et des consommateurs, afin d'obtenir – peut-être – une prolongation de 18 mois (au lieu des 15 ans initiaux ramenés ensuite à 9, puis à 7 ans), et ce, ostensiblement, pour attendre, non pas que l'Agence européenne des produits chimiques nous dise ce que tout le monde sait déjà – que le glyphosate est sûr –, mais, en réalité, l'issue des élections françaises et allemandes dans l'espoir que les cinglés de ces coalitions ne reviennent pas au pouvoir ou exercent une influence. À voir la façon dont la ministre française de l'environnement Ségolène Royal et la ministre de l'environnement du SPD allemand Barbara Hendricks pérorent actuellement, même un compromis de 18 mois semble peu probable – les activistes flairent la faiblesse... et l'occasion.

 

 

C'est un jour triste pour la science !

 

Que savons-nous ?

 

La seule étude à avoir jamais mis la sécurité du glyphosate en question est l'évaluation frauduleuse de ses dangers par le CIRC, laquelle a été grandement influencée par la participation non transparente d'un militant de l'Environmental Defense Fund, une organisation militant contre les pesticides. Depuis lors – mars 2015 –, aucune autre entité n'a appuyé ses conclusions et son classement en « probablement cancérogène » politiquement chargés ; en fait l'EFSA, l'Institut fédéral allemand pour l'évaluation des risques, l'EPA [voir aussi ici], et l'OMS elle-même [voir aussi ici], ont carrément contredit les conclusions du CIRC. La science est claire : le glyphosate est sûr !

 

  • Les ONG et Big Bio ont utilisé abusivement les résultats de l'évaluation des dangers du CIRC au cours de l'année écoulée pour lancer une formidable campagne de peur, une campagne contestable sur le plan de l'éthique. Ils savaient pertinemment que les faits et la science ne sous-tendent pas leur objectif, ils ont détourné leur regard du lamentable conflit d'intérêts au sein du CIRC et ils ont fabriqués la perception d'un risque occasionné par un herbicide bénéfique et bénin qui a transformé l'agriculture mondiale pour le mieux depuis plus de quatre décennies. Leurs motivations étaient malveillantes :

     

  • Refuser aux agriculteurs conventionnels un outil précieux en vue de rendre l'agriculture biologique plus compétitive (et permettre volontairement aux mauvaises herbes de pomper les éléments nutritifs des sols agricoles) ;

     

  • Créer un doute réglementaire pour s'assurer qu'aucune technologie des semences résistantes au glyphosate puisse être approuvée pour une utilisation dans l'UE ;

     

  • Cimenter une culture de la chimiophobie en associant un herbicide agricole largement utilisé à leur campagne anti-industrie contre Monsanto.

     

Source

 

On ne trouve nulle part dans ces motifs les mots « faits », « science » ou « intégrité ».

 

  • L'industrie a des solutions de rechange au glyphosate, un produit qui est maintenant hors brevet depuis 15 ans et lui rapporte peu d'argent. Elle n'a pas mené une campagne convaincante pour défendre la substance (produite par 12 entreprises) parce que, très franchement, il n'y a pas d'argent à gagner avec elle. Une fois que le glyphosate sera expulsé du marché, elle sera en mesure de vendre des produits plus chers, brevetés. Seuls les agriculteurs veulent garder cet « herbicide du siècle » – heureux qu'ils sont de son utilisation, son prix et son efficacité. Les ONG ne se rendent pas compte qu'elles sont devenues les pigeons de Monsanto.

 

  • La Commission européenne n'a pas fait preuve de courage pour contourner les politiques nationales mesquines et fonder la prise de décision sur les données scientifiques. Avec la montée des extrêmes du spectre politique dans certains États membres de l'UE (l'élection présidentielle autrichienne étant l'exemple le plus récent), les partis de centre-gauche luttent contre une érosion de leur base électorale qui se fait au profit des partis verts à l'extrême gauche. Les agriculteurs conventionnels votent généralement pour le centre-droit ou les conservateurs (ou le feront à partir de maintenant) et ne sont pas une force politique dans ce débat. La Commission européenne devrait laisser tomber le désordre politique au sein du Conseil et réautoriser le glyphosate en utilisant des mécanismes de procédure internes, mais elle craint de se faire alors accuser d'être antidémocratique.

 

  • La réalité, ironiquement, est que le glyphosate est meilleur pour l'environnement que les produits bio de substitution (encore une contradiction du lobby pro-bio). Les écologistes, obsédés par leur chimiophobie insensée, semblent heureux de brûler la planète pour succomber à leur obsession du naturel. Dans mon échange avec le député européen Bart Staes, celui-ci a critiqué le glyphosate comme étant une charrue chimique. Les agriculteurs biologiques travaillant le sol en moyenne cinq à sept fois par an pour contrôler les mauvaises herbes (avec toutes les émissions de CO2 et l'usure et la casse du matériel), je ne suis pas sûr que ce soit une meilleure option pour la planète. Avec le glyphosate, les agriculteurs ont pu développer le sans-labour et les pratiques culturales simplifiées, réduisant l'érosion des sols, l'évaporation et la perturbation des sols au profit de leur régénération. Sans glyphosate, les agriculteurs biologiques utilisent aussi des techniques plus destructrices comme le désherbage thermique ou des produits chimiques plus toxiques (bio) comme les mixtures maison de sel, de savon et de vinaigre. Une expérience récente dans une ville des États-Unis a montré que les alternatives biologiques au glyphosate étaient plus dangereuses, plus coûteuses, plus toxiques et moins efficaces.

 

 

Les choses sont claires. L'incapacité de l'Union européenne à réautoriser le glyphosate est fondée sur la politique, l'opportunisme grossier des activistes, les intérêts particuliers du lobby du bio et une chimiophobie irrationnelle qui monte rapidement dans une population effrayée qui n'obtient ses informations que par les réseaux sociaux. Le scandale politique n'est pas fondé sur la science ou la confiance dans les autorités (qui a disparu depuis longtemps). Les solutions de rechange pour l'environnement, les agriculteurs, les consommateurs et le grand public sont bien pires.

 

En bref, le glyphosate est un excellent exemple d'échec de la politique à l'Âge du Stupide !

 

Adieu glyphosate !

 

Adieu prise de décision fondée sur la science !

 

Adieu gouvernance de l'UE crédible !

 

Bonjour Stupide !

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur la page Facebook de Risk-Monger : www.facebook.com/riskmonger.

 

Source : http://ec.europa.eu/commission/2014-2019/andriukaitis/announcements/knowledge-growth-conference-challenges-and-opportunities-health-and-food-policy-ghent-belgium-26-may_en

 

 

 

Partager cet article

Commenter cet article