Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Six conséquences réelles de l'étiquetage des OGM

3 Mai 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Sécurité sanitaire, #Santé publique

Six conséquences réelles de l'étiquetage des OGM

 

Mary Mangan*

 

Ici, il s'agit d'une initiative privée et d'un étiquetage volontaire

 

La question de l'étiquetage des aliments composés de plantes génétiquement modifiées ou en contenant, ou contenant des ingrédients issus plantes génétiquement modifiées, est d'une grande actualité aux États-Unis d'Amérique.

 

En 2014, l'État du Vermont a adopté une loi - loi 120 - qui exige l'étiquetage des produits contenant des ingrédients génétiquement modifiés. Cette loi entre en vigueur le 1er juillet 2016. Sauf si, d'ici là, la Cour fédérale déclare la loi inconstitutionnelle, à la suite d'une action engagée par la Grocery Manufacturers Association (GMA) et trois autres associations professionnelles, ou qu'une loi fédérale préempte celle de l'État. Une telle loi a été proposée, mais les perspectives d'adoption semblent minces.

 

On se réveille donc à certaines réalités. C'est certes dans le contexte états-unien, mais certains éléments de l'article ci-dessous sont susceptibles d'être transposés à la situation européenne et d'inspirer la réflexion sur celle-ci.

 

Il est rappelé que, en bref, l'étiquetage « OGM » est obligatoire en Europe si un produit – dans une proportion supérieure à 0,9 % – consiste en un OGM ou contient un ingrédient qui est un OGM ou dérive d'un OGM.

 

Cette réglementation passe largement inaperçue à l'heure actuelle, l'agroalimentaire ayant décidé de ne pas utiliser de produits issus de plantes GM. Mais des questions telles que celles évoquées ci-dessous se poseront si d'aventure – rêvons... – arrivaient sur le marché des produits présentant un avantage indéniable pour le consommateur, par exemple des pommes de terre produisant moins d'acrylamide cancérigène à la friture.

 

Jusqu'où peut aller le délire ? Du sel "non OGM"...

 

L'étiquetage des organismes génétiquement modifiés dans les aliments fait l'objet de débats depuis des décennies. Les étiquettes devraient-elles être obligatoires, volontaires, fondées sur une certification par des tiers comme pour les produits casher ? Cette question a été largement discutée. Pendant longtemps, nous avons tous discuté de ce qui se passerait si – et quand – les étiquettes OGM arrivaient dans les magasins. Certains groupes ont affirmé que l'étiquetage des aliments n'entraînerait aucun coût. D'autres ont prédit de graves répercussions sur les budgets des consommateurs. En raison de la prise d'effet imminente, le 1er juillet 2016, de la législation du Vermont, nous commençons à voir les réactions des producteurs et des distributeurs de produits alimentaires. Nous ne disposons pas encore de données ce que sera la réaction des consommateurs, mais nous pouvons examiner ce que les entreprises font en ce moment.

 

Chaque bribe d'information a été jusqu'ici sur le mode de : « On vous l'a bien dit ». Certaines entreprises adoptent la chaîne d'approvisionnement GM et font une offensive de charme. D'autres changent les ingrédients. Certaines augmentent les prix. D'autres réduisent leurs marges (ce qui, bien sûr, va pénaliser le plus les petites entreprises). Et certaines peuvent simplement choisir de ne plus vendre sur le marché du Vermont.

 

Les choses peuvent changer au fur et à mesure qu'on se rapproche de la date limite, ou changer complètement si les batailles judiciaires aboutissent. Mais voici ce que nous savons à propos de la situation actuelle. Voici six conséquences réelles de l'étiquetage des OGM :

 

 

Un petit producteur explique comment le label OGM du Vermont va lui coûter 10 000 $.

 

 

1.  L'étiquetage coûte cher.

 

Campbell a été la première société à rendre publiques leurs intentions, dans cet article du New York Times. Ils vont maintenant étiqueter tous leurs produits à travers les États-Unis, parce que l'étiquetage pour un État n'est pas viable et serait « incroyablement coûteux ». Le CEO de Campbell a dit à propos de leur propre programme : « Mme Morrison a déclaré que le respect de la loi du Vermont était coûteux... » Non, il ne s'agit pas simplement d'un texte sur la boîte. Il s'agit du contrôle de la chaîne d'approvisionnement, de la vérification de toutes les recettes, de l'évaluation de la logistique, de l'exploration des options d'approvisionnement, etc. Celui qui vous dit que ce n'est qu'un peu de texte n'a aucune conscience de cela, ni de l'amende de 1000 $/jour si on se trompe. Les petits producteurs sont très conscients de ce que les changements vont leur coûter (dans l'exemple ci-dessus, c'est 10.000 $). Leurs budgets sont beaucoup moins souples que ceux de Big Food, et il est difficile de savoir si certains d'entre eux ne vont pas simplement choisir de cesser de vendre sur ce marché.

 

 

2.  L'étiquetage est source de confusion.

 

Dans le même article du NYT, nous constatons que les SpaghettiOs ordinaires doivent être étiquetés OGM. Mais pas les SpaghettiOs aux boulettes de viande. Comme ils sont réglementés par des organismes différents, les produits contenant de la viande sont exemptés. Il me faut encore expliquer de manière adéquate comment cela peut informer les consommateurs de manière adéquate. Je suis sûr que quelqu'un va essayer dans les commentaires. Nous savons aussi que l'État du Vermont n'est pas en mesure de traiter toutes les questions en ce moment, et, à en croire un article du Wall Street Journal : « Le bureau du Procureur général du Vermont William Sorrell, qui est responsable de l'application de la loi de l'État, a été inondé de questions. Son site web prévient maintenant que le bureau ne répondra pas aux demandes de renseignements au sujet de l'étiquetage des OGM et demande aux entreprises de cesser d'appeler. » C'est instructif !

 

 

3.  Les entreprises vont changer les ingrédients.

 

Le même article du WSJ inclus les rapports d'une petite entreprise de pâtes alimentaires qui a dû apporter des modifications à ses recettes pour éviter les tracas de l'étiquetage et les sanctions éventuelles. Ils utilisaient de l'huile de canola produite à partir soit d'un OGM tolérant un herbicide, soit d'une variété non OGM tolérant un herbicide. Pour sûr, même si elle utilisait la version non OGM, mais que les gens pouvait le voir sur une étiquette, les équipes juridiques spécialistes de la pêche au gros coup se frotteraient les mains. En tout cas, l'entreprise est maintenant passée à l'huile d'olive. Cela a augmenté ses coûts de 10%, sans augmentation correspondante des ventes. D'autres petites entreprises retirent certains produits (comment cela se traduit-il pour la liberté de choix ?). Peut-être que Big Food peut absorber ce type de coûts, mais cela fait mal aux petites entreprises.

 

Et cela dit, si vous pensez réellement que Big Food ne répercute pas les coûts le long de la chaîne d'une manière ou d'une autre, je vous vendrais bien ce charmant pont couvert du Vermont sans OGM...

 

 

Morgan Bridge, par Steven Bergeron. Un des ponts couverts du Vermont

 

 

4.  Modifier les ingrédients augmente les prix.

 

Nous le savons en fait par Ben & Jerry. Fait intéressant, dans ses premiers commentaires, B & J a dit : « Ben & Jerry n'a pas l'intention d'augmenter les prix en raison de la transition.. ». Puis nous avons appris, également par l'article du WSJ : « Il a fallu environ trois ans juste pour éliminer les OGM des ingrédients comme de la pâte à biscuits et du caramel [ma note : la betterave à sucre états-unienne est maintenant GM à plus de 90 %], et les nouveaux produits coûtent en moyenne 11% de plus. » A propos, ce pont, je viens juste d'en augmenter le prix...

 

 

5.  Modifier les recettes modifie les produits – de manière désagréable.

 

Il y a les produits qui vont tout simplement disparaître en raison des tracas pour trouver de nouvelles sources d'approvisionnement ; et il y a ceux qui peuvent être modifiés pour éviter les OGM – avec des résultats surprenants. Nous avons trouvé plusieurs exemples de produits qui ont perdu des vitamines en acquérant leur statut de « sans OGM » (Non-GMO Project). Dans le cas de ce qui n'est plus le Heath-Bar-Crunch, les clients ont été décus par la nouvelle saveur. Je dois dire, cependant, que ce qui m'a le plus choquée, c'est l'addition de nouvelles indications sur les allergènes en raison du changement. Une entreprise est passée de l'huile de cotonnier à l'huile d'arachide : « Ce changement a introduit un nouvel allergène et l'entreprise a dû mettre les consommateurs en garde à ce sujet. » Enflez ! Si vous souffrez d'une allergie comme moi, vous devez connaître les changements d'ingrédients des produits que vous avez l'habitude d'acheter. Espérons que les parents d'enfants souffrant d'allergies s'aperçoivent de ces changements parce que leurs enfants pourraient en souffrir.

 

 

 

 

 

 

 

 

6.  Certaines entreprises vont se retirer du marché du Vermont.

 

Un article de l'Associated Press a couvert un autre aspect des défis : l'approvisionnement des marchés. Une entreprise doit faire face à des problèmes logistiques graves, qui sont aussi coûteux.

 

Herr Foods Inc., une entreprise de taille moyenne de snacks basée à Philadelphie, envisage de retirer ses produits du Vermont si la loi prend effet, a déclaré Daryl Thomas, vice-président senior des ventes et du marketing. « La logistique, à elle seule, entraîne des frais énormes » dit-il.

 

Et cela n'inclut pas le coût des erreurs, les amendes très fortes et les cauchemars juridiques qui s'ensuivent. Oui, les adeptes de l'étiquetage veulent avoir le choix. Le choix de supprimer les choix des autres. En outre, les petits commerçants perdront le sommeil sur les conséquences d'un retrait :

 

« Pour un détaillant, cela peut se retourner contre lui de bien des manières ; pour un petit gars indépendant comme moi, si je n'ai rien sur mes étagères ou si je n'ai qu'un approvisionnement limité, et que mes concurrents n'ont pas de problème, je suis fini », a déclaré Ray Bouffard, propriétaire du Georgia Market à Georgia, Vermont.

 

À nouveau, nous voyons que les petites entreprises risquent d'être lésées par l'ensemble du scénario. Et Big Food and Big Chain (les grandes chaînes de distribution) continueront probablement de nager dans les eaux infestées de requins. Est-ce cela que veulent les partisans de l'étiquetage ? Vraiment ? Une victoire pour les gros ? Bien joué !

 

Ce sont là des problèmes connus. D'autres inconnues à ce stade comprennent les incidences sur les ventes, les sanctions pénales, les frais juridiques, et d'autres effets financiers. Une autre conséquence possible est le harcèlement des entreprises. « Certaines des réponses que ces entreprises reçoivent prennent la forme de boycotts par des groupes qui sont contre l'utilisation des OGM... ». Nous devrons évaluer cela lorsque la loi aura pris effet, mais je sais bien que tel était le but dès le départ. Si vous pensez que les étiquettes vont faire cesser les cris, venez me voir à nouveau au sujet de ce pont.

 

 

https://i0.wp.com/www.biofortified.org/wp-content/uploads/2016/04/get_out.jpg?resize=300%2C134

 

 

_______________

 

* Mary Mangan, Ph.D., a fait des études de microbiologie, immunologie, biologie de la cellule végétale et de la cellule de mammifère, biologie du développement, et biologie moléculaire. Elle a co-fondé OpenHelix, il y a plus d'une décennie, offrant une formation sur les logiciels open source associés au domaine en plein essor de la génomique. Les commentaires ci-dessus sont les siens et ne représentent pas l'opinion de son entreprise ou de toute autre société. Vous pouvez communiquer avec Mary via twitter  : @mem_somerville.

 

Source : https://www.biofortified.org/2016/04/six-consequences-of-gmo-labeling-you-may-be-shocked-by-5/

 

 

 

Partager cet article

Commenter cet article