Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pourquoi nous ne pourrons pas nourrir le monde sans OGM

6 Mai 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Alimentation, #amélioration des plantes, #OGM

Pourquoi nous ne pourrons pas nourrir le monde sans OGM

 

Tim Benton*

 

 

 

 

Une chose dont je me souviens très bien de mon enfance est Le Jour des Triffides. Dans le roman apocalyptique de John Wyndham, les triffides étaient des plantes carnivores qui n'avaient pas besoin de racines et avaient développé trois jambes pour leur permettre de trouver des proies (dont ils se nourrissaient de l'azote). Elles avaient été créées par les humains pour fournir de l'huile végétale de haute qualité, étant donné que la demande en produits alimentaires d'une population croissante dépassait l'offre. Initialement confinés dans des fermes, les triffides se sont échappés à la suite d'un « événement céleste extrême » et ont commencé à terroriser la population humaine.

 

 

 

 

Remplacez « créées » par « génétiquement modifiées », et vous avez le récit édifiant contemporain à propos de la menace des « Frankenfoods » pour la santé humaine et l'environnement. Mais cela soulève une autre question : si nous ignorons leur potentiel et les délaissons, que cela signifie-t-il pour les besoins alimentaires futurs de l'homme ?

 

Le Jour des Triffides a été publié en 1951, au tout début de la « Révolution Verte ». La dernière nouveauté était la création de nouvelles variétés de céréales à haut rendement. Avec d'autres technologies nouvellement développées, y compris les machines – les tracteurs et les pompes d'irrigation –, et les intrants de synthèse comme les pesticides et les engrais, cela a contribué à doubler la production des principales grandes cultures entre 1960 et 2000 et à la porter à 2 milliards de tonnes au niveau mondial, réfutant les craintes malthusiennes d'un monde qui ne pourrait pas nourrir sa population croissante.

 

Dans la dernière décennie, cette lueur d'espoir s'est un peu ternie. Le rythme de l'augmentation des rendements des cultures a diminué, et même, les rendements stagnent, peut-être à cause du changement climatique – en particulier du stress de la chaleur et de la sécheresse. Les rendements n'augmentent plus assez rapidement pour répondre à la demande projetée. Si les tendances actuelles se maintiennent, nous devrons augmenter les surfaces cultivées de 42 % à l'horizon 2050. En conséquence, des forêts seront perdues. Avec les coûts associés liés aux besoins accrus en eau, plus les effets sur la biodiversité, il y aura une augmentation considérable des émissions de gaz à effet de serre de l'agriculture. Au total, l'agroalimentaire sera condamné à émettre suffisamment de gaz à effet de serre pour dépasser à lui seul le 1,5 ℃ cible de réchauffement défini à Paris pour 2050.

 

 

L'offre…

 

Il y a essentiellement deux options : nous pouvons augmenter les rendements pour répondre à la demande sans augmenter les surfaces, et nous pouvons réduire suffisamment la demande pour permettre à l'approvisionnement de rattraper la demande. Augmenter l'offre d'une manière durable est parfaitement possible. Une partie de la réponse consiste à augmenter l'efficacité de la production agricole grâce à de meilleures pratiques, comme l'agriculture de précision pour cibler les bonnes quantités d'engrais et de pesticides aux bons endroits.

 

Une partie de la réponse est dans le changement de la gestion des terres pour tirer le meilleur parti des terres agricoles tout en maintenant les services écosystémiques, par exemple en gérant les bords des champs comme des bandes tampons pour empêcher les produits chimiques d'être emportés par les fortes pluies ; et comme des zones riches en fleurs sauvages où les abeilles peuvent prospérer pour améliorer la pollinisation des cultures. Une autre partie de la réponse consiste à développer de nouvelles races animales et variétés végétales qui sont plus efficaces, plus productives et capables de mieux faire face à un environnement changeant.

 

Les nouvelles variétés peuvent être produites par diverses méthodes. La sélection classique reste importante. Mais les laboratoires modernes ont ajouté des cordes à notre arc. Toutes les approches biotechnologiques ne sont pas de la modification génétique au sens juridique. L'utilisation de produits chimiques ou de rayons X, par exemple, pour créer la variation génétique a longtemps été un pilier de la « sélection classique ». D'autres techniques – telles que CRISPR – sont sans doute « post-GM », en ce qu'elles peuvent impliquer une édition de gènes particuliers avec une précision clinique, sans laisser une signature d'ADN étranger. CRISPR peut produire des plantes identiques à celles produites de manière conventionnelle, mais beaucoup plus rapidement. Pourtant, pour certaines personnes, la modification biotechnologique des plantes et des animaux évoque la « triffidophobie ».

 

 

 

 

Devons-nous nous méfier des nouvelles technologies ? La sélection classique nous a rendu de grands services, mais elle ne peut pas répondre à la demande ou à la rapidité avec laquelle le temps est en train de changer. Tout changement dans les pratiques agricoles vient avec des risques qui doivent être évalués et gérés, mais ceux-ci doivent également être mis en balance avec les risques de ne rien faire. Si nous voulions accroître l'offre alimentaire et répondre à la demande projetée avec une agriculture qui serait la même qu'aujourd'hui, les émissions dues à la déforestation et à d'autres changements nous enfermeraient dans un monde de + 4-5 de changement climatique. Combiné à d'autres coûts importants pour l'environnement, la santé humaine et le bien-être, c'est probablement un risque supérieur à celui de l'alternative.

 

Il est cependant difficile de deviner ce que les approches biotechnologiques contribueront à la solution. Nous devons encore développer l'agriculture de précision et l'utilisation plus judicieuse des terres. Et même si les écarts entre les rendements actuels et les rendements nécessaires sont réduits de moitié – c'est un grand défi à travers le monde – nous aurons encore besoin de plus de terres pour répondre à la demande. Cela aurait encore un impact sur notre approvisionnement en eau, etc. et créerait suffisamment de réchauffement pour faire échec aux objectifs de Paris.

 

 

...ou la demande ?

 

C'est là qu'intervient la deuxième option : la réduction de la demande. À l'échelle mondiale, nous donnons au bétail environ un tiers des calories que nous produisons – assez pour nourrir tous les peuples d'Asie. Environ un tiers des aliments que nous produisons est également perdu ou gaspillé. Et, à travers le monde, beaucoup de gens mangent trop, assez pour se rendre malades et souffrir d'obésité, de diabète, etc. Si nous prenions des décisions plus sages en matière d'achat et de consommation, nous pourrions réduire de moitié la demande mondiale actuelle pour la nourriture. Cela créerait un espace pour nourrir durablement la population en croissance, ainsi que pour les biocarburants et le stockage du carbone dans de nouvelles forêts.

 

Pour moi, le message est clair. Nous n'utilisons pas les ressources de la planète de manière durable pour produire la nourriture que nous exigeons, et il y aura des répercussions très négatives si nous continuons sur la même trajectoire. Les nouvelles technologies peuvent aider, mais doivent être évaluées au fur et à mesure de leur développement. Les anciennes technologies ont toujours un rôle ; tout comme la réduction des déchets, de la surconsommation et des régimes alimentaires avec un excès de viande. Il n'y a pas de réponse simple, mais il y a une boîte à outils, et nous aurons besoin de tous les outils à notre disposition pour relever le défi que nous avons créé. Notre technologie ne produira pas Le Jour des Triffides, mais sans elle, nous pouvons créer un Apocalypse Now.

 

___________________

 

* Professeur d'écologie des populations, Université de Leeds.

 

Tim Benton reçoit des financements de NERC, BBSRC, ESPA et de l'UE. Il est également le Champion du programme de sécurité alimentaire mondiale du Royaume-Uni.

 

Source : https://theconversation.com/why-we-wont-be-able-to-feed-the-world-without-gm-54442

 

 

 

Partager cet article

Commenter cet article

Carlier 07/05/2016 00:53

Le point sur les "+1.5C°" et "+4.5°C" est largement discutable, je trouve dommage de voir colporter la version catastrophiste de la science, que les ecologistes poussent désespérément avec le GIEC.
Autre point, concernant les biocarburants derivés de produits consommables, ils sont une hérésie pure et simple. Produire de la nourriture pour la bruler, le tout avec au final un bilan carbone catastrophique ( vu que le CO2 est devenu officiellement un polluant...)
Dommage, j'aime beaucoup les articles habituellement postés, de part leur regard critique.

Seppi 07/05/2016 09:02

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je ne suis pas non plus un fan des annonces apocalyptiques sur le réchauffement climatique. Mais c'est – de manière regrettable – une rhétorique qui « marche » (dans une certaine mesure).