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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Manger bio a-t-il un sens? » de M. Gérard Kafadaroff sur Slate

21 Mai 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique

« Manger bio a-t-il un sens? » de M. Gérard Kafadaroff sur Slate

 

(Glané sur la toile 79 – et début de réponse à Hélène)

 

 

C'est introduit par : « Il faut cesser d’attribuer de fausses vertus à l’agriculture biologique, souligne Gérard Kafadaroff, ingénieur agronome ». Et c'est à lire.

 

Un départ en fanfare sur un mode un tantinet sarcastique :

 

« Gouvernements, associations écologistes, grande distribution alimentaire, médias, se retrouvent pour vanter les vertus des produits bio. Et cette frénésie nous fait découvrir des produits insolites comme la limonade bio, les pneus bio, les jeans bio, les «cigarettes bio et équitables», les couches bio, les shampoings bio, les aliments bio pour chats jusqu’au «cercueil bio pour les amoureux de la nature»! Un fourre-tout qui s’éloigne de la définition donnée à l’agriculture biologique (AB). Rappelons que l’AB se caractérise par l’adoption de méthodes de production agricoles excluant les produits chimiques de synthèse (pesticides, engrais), les OGM et, selon le ministère de l’Agriculture, «trouvant son originalité dans le recours à des pratiques culturales et d’élevage soucieuses du respect des équilibres naturels». Contrôlée par des organismes certificateurs, elle est régie par un cahier des charges sans être soumise à une obligation de résultats.

 

En fait on pourrait déjà faire une pause ici : le «  respect des équilibres naturels » ? Est-ce bien exact ? Même dans l'agriculture dite « biologique » mythifiée, idéalisée ? Ça se discute ! Fondons nous sur les rendements moyens du blé en France : vaut-il mieux, à production – et, ne l'oublions pas, capacité de nourrir les Hommes – égale, un hectare en « conventionnel » ou deux hectares et demi en « bio » ? Les équilibres naturels incluent les surfaces laissées à la « nature ». La question est en fait posée dans le texte.

 

Un article doit forcément se limiter aux points essentiels.

 

Sous l'intertitre « Déferlante verte du politiquement correct », l'auteur élabore deux points systématiquement travesti pour l'un et négligé pour l'autre dans les mythologies : l'absence de bénéfice nutritionnel du « bio » et certains risques sanitaires accrus. Le douloureux épisode des graines germées « bio » (cause la plus vraisemblable, quoique non formellement démontrée) de mai-juillet 2011 fit 53 morts et des centaines de handicapés à vie en Allemagne ; il est opportunément rappelé. Ce n'est pas dénigrer le « bio » – comme certains de ses thuriféraires l'ont affirmé – mais simplement rappeler que les choses ne sont pas simples.

 

Les cas de gastroentérites à Escherichia coli entérohémorragique (EHEC) et de syndrome hémolytique urémique (HUS) en Allemagne en ma-juillet 2011

 

 

« Les contaminants biologiques (mycotoxines, bactéries) ne sont-ils pas pour l’AB une menace sanitaire autrement plus inquiétante que celle non prouvée des résidus de pesticides détectés à des doses très inférieures au seuil de dangerosité ou celle illusoire des OGM, qui justement permettent de réduire l’utilisation de pesticides? »

 

L'intertitre « Manne pour la grande distribution » est explicite. Nous ajouterons que le renchérissement du panier de fruits et légumes par le passage à la consommation « bio » aurait d'importantes conséquences de santé publique dans les couches de la population aux revenus modestes.

 

Troisième intertitre : « Ostracisme dogmatique des OGM ». S'il n'était que dogmatique... hélas ! Et s'il ne se limitait qu'aux OGM, issus d'une transgénèse... hélas. Car il y a une mouvance qui tente d'ostraciser les variétés issues des nouvelles techniques et – même – les (certaines) variétés issues de mutations provoquées selon des techniques en usage depuis sept décennies... et même de mutations naturelles.

 

Dans une société bien nourrie (relativement si on veut bien tenir compte de l'augmentation régulière des bénéficiaires de l'aide alimentaire), on peut permettre à cette conception d'occuper un créneau (qu'on ne peut du reste lui refuser car nous vivons dans un monde de libre information et libre entreprise). C'est une autre chose que de la promouvoir. Et l'exporter dans des pays confrontés à des problèmes de sécurité alimentaire et de santé publique récurrents ou permanents, c'est criminel.

 

Conclusion de M. Kafadaroff :

 

« L’engagement bio est pour certains agriculteurs un choix plus dogmatique que rationnel à l’image des initiateurs de l’agriculture biologique. Quant aux consommateurs bio, ne cèdent-ils pas à la «précautionnite» aiguë qui envahit l’univers consumériste? Ne sont-ils pas victimes malgré eux des «écofictions» anxiogènes et moralisatrices qui abreuvent nos écrans ou des reportages à charge contre les pesticides et les OGM que la télévision marchande de peurs livre sans vergogne? Une thérapie «placebio» n’est-elle pas en train de naître chez quelques malades imaginaires technophobes ou naturophiles?

 

Faire le choix agricole ou alimentaire bio, pourquoi pas? Sauf risque majeur avéré, pourquoi irait-on contre la liberté de choix du citoyen, agriculteur ou consommateur? En revanche, attribuer de fausses vertus à l’AB, idéaliser le naturel ou susciter la peur de l’industrie chimique et du génie génétique, fruits de l’intelligence de l’homme, n’est-ce pas un comportement trompeur et régressif? »

 

« ... certains agriculteurs » ? Nous ajouterons que pour certains agriculteurs, le choix du bio est rationnel et raisonné. Quand, par exemple, on exploite de petites terres qui ne se prêtent guère à l'intensification, la plus-value du « bio » peut être une bonne option. Mais la promotion du « bio » par idéologie ou, dans le cas de la filière agroalimentaire d'aval, par intérêt économique sectoriel fait baisser cette plus-value et réduit le gagne-pain de ces agriculteurs. Nous pensons que ces agriculteurs feraient bien de réfléchir à leur avenir.

 

Mais peut-être est-ce déjà trop tard : dans mon petit supermarché, les fruits et légumes « bio » sont majoritairement d'importation. Ils sont plus chers que les légumes vendus dans des caissettes en plastique vert, et non en osier, mais sont-ils vraiment « bio » ?

 

 

 

L'article « Les 20 principales raisons de ne pas nourrir votre famille avec des produits biologiques (1re partie) » – une traduction de Risk-monger – a donné lieu à un long commentaire auquel je n'ai pas répondu en temps utile. Mais j'y compte bien – enfin, répondre, le « temps utile », ça se discute.

 

L'article de M. Kafadaroff apporte des éléments de réponse fort utiles.

 

 

 

Il y a aussi une excellente lecture aux éditions Quae, qui a l'avantage de relever du principe de la foire aux questions : « Le tout bio est-il possible ?90 clés pour comprendre l’agriculture biologique » (la liste des questions est donnée dans le lien). C'est sous la coordination éditoriale de M. Bernard Le Buanec, membre de l'Académie d'Agriculture de France, avec des contributions d'éminents scientifiques.

 

 

 

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