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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le refus de l'aide alimentaire GM par le Zimbabwe est un outrage à l'humanité

12 Mai 2016 , Rédigé par Seppi

Le refus de l'aide alimentaire GM par le Zimbabwe est un outrage à l'humanité

 

Nyasha Mudukuti*

 

 

 

Le gouvernement de mon pays préférerait voir les gens mourir de faim plutôt que de les laisser manger des aliments génétiquement modifiés.

 

Voilà la seule conclusion à tirer de l'annonce faite en février que le Zimbabwe rejettera toute aide alimentaire qui se présente sous la forme d'OGM, malgré le fait que nous souffrons de la pire sécheresse depuis deux décennies et que près de 3 millions de personnes ont besoin d'une aide d'urgence.

 

« La position du gouvernement est très claire », a déclaré Joseph Made, Ministre de l'Agriculture. « Nous n'acceptons pas les OGM car nous protégeons l'environnement du point de vue du grain. »

 

Donc, mon pays – un pays qui ne peut pas se nourrir lui-même – refusera ce que des millions de personnes dans le monde entier mangent en toute sécurité tous les jours, en tant que source conventionnelle de calories. Qu'importe si l'aide arrive comme nourriture pour les personnes ou aliments pour les animaux : les inspecteurs des douanes feront en sorte que rien de cela n'atteigne les bouches affamées.

 

Quand on en vient aux OGM, il vaut apparemment mieux que nous soyons morts plutôt que nourris.

 

La sécheresse a dévasté la ferme de ma famille, qui ne produira presque pas de sorgho ni de maïs cette année.

 

Nous sommes à court d'argent et la sécheresse a fait monter les prix en flèche, même pour les marchandises les plus courantes. Sur les marchés, des choux de la taille d'une balle de tennis se vendent 1 $ US pièce.

 

Les gens cherchent désespérément du travail. J'ai vu récemment un homme de l'âge de mon grand-père, portant une houe, passer de maison en maison en essayant de négocier quelque travail qu'il pourrait offrir pour un repas. Il a fini par effectuer quelques tâches à l'arrière de la maison pour une tasse de thé.

 

 

Le refus de l'aide alimentaire GM est un outrage à l'humanité – une catastrophe d'origine humaine superposée à une catastrophe naturelle. Pourtant, il y a quelque chose de pire encore derrière cela : le déni de science. Les OGM ne représentent aucune menace pour la santé humaine, comme tous les organismes scientifiques et réglementaires qui les ont étudiés le savent. Ils sont de plus vraiment bons pour l'environnement, en permettant aux agriculteurs de lutter contre l'érosion des sols, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et – plus important encore – de produire plus de nourriture sur moins de terres.

 

Pendant trop longtemps, cependant, les pays africains se sont tournés vers l'Europe pour le leadership économique et intellectuel – et nous avons accepté l'opposition radicale de l'Europe aux OGM.

 

La différence est que l'Europe est un continent riche qui peut se permettre ce luxe idéologique. En Afrique, nous ne le pouvons pas. L'extrême pauvreté est « normale » ici. Nous avons besoin d'un secteur agricole qui va de pair avec la croissance de la population, pas d'un secteur qui ne cesse de prendre du retard.

 

Une poignée de pays africains apprécient la valeur des OGM. Juste de l'autre côté de la frontière sud du Zimbabwe, il y a l'Afrique du Sud, où les agriculteurs cultivent plus de 2 millions d'hectares de maïs GM. Au Burkina Faso, les agriculteurs plantent du coton GM [ma note : plus depuis cette année, les variétés disponibles ne produisant pas de fibres de qualité suffisante]. Au début de cette année, le Kenya a approuvé des essais en plein champ pour du maïs GM et la phase commerciale pourrait suivre.

 

Mais ces points lumineux sont les rares exceptions ; ils prouvent la règle triste qui veut qu'en Afrique, les agriculteurs sont privés de l'accès aux technologies de semences basiques que leurs pairs aux États-Unis, au Brésil et en Inde tiennent pour acquises car ils produisent des récoltes records.

 

 

Il n'y a pas de solution facile à la sécheresse, et les OGM ne feront pas tomber la pluie au Zimbabwe. En revanche, la sécheresse peut servir à mettre en évidence la folie de l'extrémisme anti-OGM en Afrique.

 

À l'heure actuelle, nous avons besoin de ces OGM sous la forme d'une aide alimentaire d'urgence. Bientôt, nous devrions en profiter comme d'un élément ordinaire de l'agriculture et de la production alimentaire.

 

_________________

 

*  Nyasha Mudukuti cultive du sorgho et du maïs sur une ferme familiale au Zimbabwe. Elle étudie actuellement la biotechnologie à l'Université de Technologie Chinhoyi et a été sélectionnée comme l'une des six jeunes scientifiques invités à assister à l'Open Forum for Agricultural Biotechnology in Africa (OFAB).

 

Une version de cet article est parue dans The Wall Street Journal.

 

Source : http://globalfarmernetwork.org/2016/04/zimbabwes-rejection-of-gmo-food-aid-is-a-humanitarian-outrage/

 

 

 

 

 

 

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