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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« L'Âge Facebook de la Science » à l'Organisation Mondiale de la Santé

9 Mai 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #CIRC

« L'Âge Facebook de la Science » à l'Organisation Mondiale de la Santé

 

David Zaruck et Julie Kelly*

 

 

 

 

Un cancer est en train de se développer à l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ; il se trouve que c'est sa propre agence du cancer.

 

Le CIRCCentre International de Recherche sur le Cancer – est placé sous l'égide de l'OMS et est chargé de classer les aliments, les substances chimiques, les choix et modes de vie en fonction de leur aptitude à provoquer le cancer. Sur les près de 1.000 dangers que le CIRC a examinés, un seul (le caprolactame) a été jugé probablement non cancérigène [1]. Mais une récente décision suscite des soupçons que l'agence est davantage un groupe militant qu'une entité scientifique.

 

En mars 2015, le CIRC a surpris la communauté scientifique internationale et les autorités de régulation en classant l'herbicide glyphosate, largement utilisé dans le monde, comme « probablement cancérogène ». Parce qu'il est largement utilisé sur les cultures qui ont été modifiées génétiquement pour le tolérer, le glyphosate est depuis longtemps dans le collimateur des groupes anti-OGM et environnementaux (de plus, parce qu'il est vendu par leur bête noire, Monsanto, et commercialisé ici comme Roundup) ; ces groupes ont applaudi la décision du CIRC. Au cours de l'année écoulée, l'histoire « le glyphosate, cause du cancer » a été répétée par les médias, les ONG environnementales et les groupes militant pour l'étiquetage des OGM afin de promouvoir la fable que les OGM sont dangereux (bien que le glyphosate soit également utilisé dans l'agriculture non GM).

 

 

La décision du CIRC a contredit la plupart des analyses du glyphosate, qui est largement considéré comme l'équivalent de l'aspirine chez les désherbants, extrêmement bénéfique et présentant peu de risques. Il améliore massivement les rendements des cultures tout en éliminant en grande partie le travail du sol, réduisant ainsi les émissions de dioxyde de carbone et l'érosion des sols. Des milliers d'études réputées démontrent l'absence de potentiel cancérigène, et les analyses officielles des organismes gouvernementaux de réglementation à travers le monde et aux États-Unis ont universellement déterminé qu'il est sans danger pour les humains.

 

(Développement intéressant : le week-end de la fin avril-début mai 2016, l'EPA a publié un rapport marqué « final » de sa propre commission d'examen des cancers qui a trouvé que le glyphosate est « probablement non cancérogène pour les humains » (« not likely to be carcinogenic to humans »). Le rapport, daté d'octobre 2015, a fortement remis en question le mode opératoire du CIRC, jugé défectueux. Le lundi 2 mai 2016, en fin de journée, l'agence a retiré le rapport de son site web, en disant qu'il avait été mis en ligne par inadvertance. « Les documents sont encore en cours d'élaboration », nous a dit l'EPA. « Notre évaluation sera examinée par les pairs et complétée d'ici la fin de 2016. »)

 

De l'autre côté de la grande mare, certains organismes contestent frontalement le CIRC. L'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), un organisme d'examen scientifique de l'Union européenne, a également examiné les allégations du CIRC et a déterminé que le glyphosate n'était probablement pas cancérogène. L'EFSA a reproché au CIRC d'avoir ignoré le grand nombre d'études de grande qualité qui avaient délivré au glyphosate un certificat de bonne conduite en matière de santé, et d'avoir mis l'accent sur une poignée d'études sélectionnées.

« L'Âge Facebook de la Science » à l'Organisation Mondiale de la Santé

Puis sont venus au jour des détails sur le mode opératoire du CIRC. On a trouvé un personnage clé derrière l'action du CIRC : un militant écologiste américain, Christopher Portier. Des agents du CIRC l'ont discrètement inclus en tant que conseiller technique dans le groupe de travail sur le glyphosate de l'agence (il a également siégé au comité consultatif qui a recommandé, l'année précédente, une évaluation du glyphosate). L'agence n'a pas révélé que Portier avait un énorme conflit d'intérêt : son employeur est l'Environmental Defense Fund, une ONG qui fut responsable de l'interdiction du DDT et qui, selon un porte-parole, « évalue l'impact des produits chimiques sur la santé humaine et l'environnement ».

 

L'activisme de Portier n'a pas pris fin avec la publication de la monographie du CIRC. Avec la décision de l'agence « probablement cancérogène » entre ses mains, Portier a lancé une campagne publique contre le glyphosate. Il a donné des avis aux gouvernements, du Bundestag allemand à la Commission européenne. Il a parlé à des ONG telles que la UK Soil Association, où il s'est présenté comme un co-auteur du CIRC et a déclaré que le glyphosate était « sans aucun doute génotoxique ». Il a organisé une lettre avec 95 co-signataires au Commissaire de l'UE à la santé, l'exhortant à ignorer l'avis de l'EFSA.

« L'Âge Facebook de la Science » à l'Organisation Mondiale de la Santé

C'en fut trop même pour le directeur exécutif, généralement discret de l'EFSA, qui a exprimé son agacement lors d'une audition au Parlement européen :

 

« ...Pour moi, ceci est le signe que nous entrons dans l’âge Facebook de la science. Vous avez une évaluation scientifique, vous la mettez sur Facebook et vous comptez combien de personnes 'aiment'. Pour [l'EFSA], ce n’est pas un progrès. Nous, nous produisons une opinion scientifique, nous la défendons, mais nous n’avons pas à prendre en compte si c’est aimé ou pas. »

 

Les deux organismes ne sont actuellement pas en bons termes.

 

« L'Âge Facebook de la Science » à l'Organisation Mondiale de la Santé

Portier n'a pas été le seul activiste impliqué. L'auteur principal du rapport sur le glyphosate, Kathryn Guyton, a fait une présentation en 2014 à une ONG – avant la mise en route du processus d'évaluation – dans laquelle elle a déclaré que les études sur l'herbicide prévues pour 2015 avaient montré des indications claires d'un lien avec le cancer du sein, faisant ainsi la preuve de son manque total d'objectivité. Un rapport d'observateur a indiqué que la réunion sur le glyphosate s'est ouverte sur une injonction faite aux participants d'exclure la possibilité de classer la substance comme non cancérogène.

La notion romantique du désherbage à la main de millions d'hectares n'est promue que par ceux qui ne l'ont jamais pratiqué.

Il ne fait aucun doute que la campagne anti-glyphosate CIRC-Portier triomphe. La France va interdire les ventes de l'herbicide en distribution libre (sous différents noms, y compris Roundup), et tant la France que les Pays-Bas se dirigent aussi vers une interdiction des usages agricoles. La Colombie a suspendu l'utilisation du glyphosate par voie aérienne dans ses efforts de lutte contre la coca [2]. La pression politique au sein du Parlement européen va fortement dans le sens d'une restriction des usages.

 

 

Les activistes ici [aux États-Unis] continuent leur campagne contre le glyphosate. La Californie l'a ajouté à la liste Proposition 65, un catalogue de plus de 800 substances chimiques connues pour causer le cancer, des malformations congénitales et d'autres anomalies de la reproduction, sur la base des conclusions spécieuses du CIRC. Les écologistes et les entreprises du bio vantent des études bidon prétendant que le glyphosate se trouve partout, du lait maternel aux bagels.

 

Et pendant ce temps, les agriculteurs qui utilisent le glyphosate pour protéger leurs cultures et augmenter leurs rendements sont pris entre deux feux. Si le glyphosate est interdit, ils devront utiliser d'autres herbicides, probablement plus toxiques, parce que la notion romantique du désherbage à la main de millions d'hectares n'est promue que par ceux qui ne l'ont jamais pratiqué.

 

Lorsqu'un cancer se propage, les médecins interviennent pour en trouver la source, l'éradiquer de manière vigoureuse, et traiter le patient. C'est ce que l'OMS devra faire en mai [en fait cette semaine, du 9 au 13 mai 2016], quand ils se rencontreront pour une réunion extraordinaire pour examiner le glyphosate. Le retrait de la tumeur maligne qu'est devenu le CIRC est peut-être le meilleur moyen de permettre au patient de survivre.

 

________________

 

*  David Zaruk est un professeur basé à Bruxelles ; il écrit sur les questions de risques environnementaux et sanitaires. Il blogue sous le nom de Risk-Monger.

 

Julie Kelly écrit sur la politique alimentaire à Orland Park, Illinois, et contribue au Genetic Literacy Project.

 

Source : http://www.nationalreview.com/article/434845/WHO-cancer-agency-bad-science-labels-glyphosate-probably-carcinogenic

 

 

[1]  Ma note : Le CIRC ne va évidemment pas évaluer des agents, etc. pour lesquels il n'y a aucune indication de cancérogénicité ; les classements du CIRC impliquent dès lors un biais de sélection. Et tous les agents, etc. – le caprolactame faisant exception – pour lesquels les preuves de cancérogénicité sont insuffisantes – se retrouvent en classe 3, « inclassable quant à la cancérogénicité pour l'Homme ». C'est fort discutable. Absence de preuve ne vaut certes pas preuve de l'absence, mais le fait est que tout agent passant entre les mains du CIRC se retrouve soit classé cancérogène à un degré ou un autre, soit soupçonné car « inclassable ». Ainsi, l'eau de boisson chlorée se retrouve... inclassable.

 

[2]   Ma note : Le glyphosate devrait être utilisé à nouveau, mais en application manuelle.

 

 

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fm06 09/05/2016 18:06

J'aime beaucoup l'expression "âge Facebook de la science" :-)

La campagne anti-glyphosate est redoutablement efficace. En parlant avec des collègues de formation scientifique, l'un déclare d'un air très convaincu que le Roundup est une saloperie de poison, l'autre me regarde de travers quand je mets en doute la sincérité des activistes. L'image du gentil bénévole qui lutte courageusement contre le méchant lobby industriel est bien implantée dans les têtes...

Seppi 10/05/2016 14:30

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

« Âge Facebook de la science » ? C'est un commentaire superbe de M. Url (EFSA).

« ...L'image du gentil bénévole qui lutte courageusement contre le méchant lobby industriel... » C'est David et Goliath revisité.