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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate prétendument cancérigène : le CIRC – canal militant – désavoué par sa maison-mère, l'OMS et la FAO

16 Mai 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Santé publique, #CIRC, #OMS

Glyphosate prétendument cancérigène : le CIRC – canal militant – désavoué par sa maison-mère, l'OMS, et la FAO

 

 

 

Du 9 au 13 mai 2016, la Réunion conjointe de la FAO et de l'OMS sur les résidus de pesticides (Joint FAO/WHO Meeting on Pesticide Residues – JMPR) a tenu une session extraordinaire pour réévaluer trois substances – dans le contexte polémique que l'on connaît, suscité par des évaluations de leur cancérogénicité fort contestées du Centre International de la Recherche sur le Cancer : diazinon, glyphosate, malathion.

 

Le secrétariat a pris l'heureuse initiative de publier un pré-rapport « pour que l'information puisse être disséminée rapidement ».

 

 

Jamais deux sans trois

 

Il est rappelé que les États membres de l'Union européenne sont appelés à voter sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate les 18 et 19 mai prochains.

 

Il est aussi rappelé que l'Agence Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) avait conclu, selon un communiqué de presse du 12 novembre 2015 « qu’il est improbable que le glyphosate présente un danger cancérogène pour l'homme ». Et que l'Agence états-unienne de protection de l'environnement (EPA) a mis en ligne le vendredi 29 avril 2016 – puis retiré le lundi 2 mai 2016, dans des conditions plutôt rocambolesques – un rapport final, daté du 1er octobre 2015, de sa Commission d'examen de l'évaluation du cancer concluant au classement du glyphosate comme « probablement non cancérogène pour les humains » (« Not Likely to be Carcinogenic to Humans ») ; voir ici et ici sur ce site.

 

Les experts de la Réunion commune font en résumé le même constat.

 

 

Le glyphosate « vraisemblablement pas... »

 

S'agissant du glyphosate, le pré-rapport dit ceci (notre traduction – nous découpons en paragraphes) :

 

« 1.2 Glyphosate (158)

 

Le glyphosate est un herbicide systémique à large spectre.

 

Plusieurs études épidémiologiques sur les incidences du cancer à la suite d'une exposition professionnelle au glyphosate étaient disponibles. L'évaluation de ces études a porté sur l'apparition du LNH [lymphome non hodgkinien]. Dans l'ensemble, il existe quelques preuves d'une association positive entre l'exposition au glyphosate et le risque de LNH à partir d'études cas-témoins et de la méta-analyse globale. Cependant, il est notable que la seule étude de cohorte à grande échelle et de grande qualité n'ait trouvé aucune preuve d'une association à tous les niveaux d'exposition.

 

Le glyphosate a été largement testé pour ses effets génotoxiques en utilisant une variété de tests sur un large éventail d'organismes. Le poids total de la preuve indique que l'administration de glyphosate et de ses produits formulés à des doses aussi élevées que 2000 mg/kg de poids corporel par voie orale, la voie la plus pertinente pour l'exposition alimentaire humaine, n'a pas été associée à des effets génotoxiques dans une écrasante majorité des études menées sur des mammifères, un modèle considéré comme approprié pour l'évaluation des risques génotoxiques pour l'Homme. La Réunion a conclu que le glyphosate n'est vraisemblablement pas génotoxique [unlikely to be genotoxic] aux expositions alimentaires prévues.

 

Plusieurs études de cancérogénicité chez la souris et le rat sont disponibles. La Réunion a conclu que le glyphosate n'est pas cancérogène chez le rat, mais n'a pas pu exclure la possibilité qu'il soit cancérogène chez la souris à des doses très élevées. Compte tenu de l'absence de potentiel cancérogène chez les rongeurs à des doses pertinentes pour l'Homme et de l'absence de génotoxicité par voie orale chez les mammifères, et en tenant compte des données épidémiologiques de l'exposition professionnelle, la Réunion a conclu que le glyphosate ne pose vraisemblablement pas de risque cancérogène [unlikely to pose a carcinogenic risk] pour l'Homme par l'exposition par l'alimentation.

 

La Réunion a réaffirmé la DJA [dose journalière admissible] de groupe pour la somme du glyphosate et de ses métabolites de 0-1 mg/kg de poids corporel* sur la base des effets sur la glande salivaire. La Réunion a conclu qu'il n'était pas nécessaire d'établir une DARf [dose aiguë de référence] pour le glyphosate ou ses métabolites au vu de sa faible toxicité aiguë. »

 

 

 

Diazinon

 

Le diazinon avait été classé en 2A (probalement cancérogène) par le CIRC. Pour la Réunion conjointe de la FAO et de l'OMS :

 

« La Réunion a conclu que le diazinon n'est vraisemblablement pas génotoxique [unlikely to be genotoxic]. La Réunion a conclu que le diazinon ne pose vraisemblablement pas de risque cancérogène [unlikely to pose a carcinogenic risk] pour l'Homme par l'exposition par l'alimentation. »

 

 

Malathion

 

 

Le malathion avait aussi été classé en 2A (probalement cancérogène) par le CIRC. Pour la Réunion conjointe de la FAO et de l'OMS :

 

« La réunion a conclu qu'il existe quelques preuves que le malathion est cancérogène chez le rat et la souris. Cependant, la formation des adénomes nasaux était due à une irritation locale causée par une exposition prolongée à des concentrations élevées de malathion absorbé par les particules alimentaires inhalées. Des scénarios d'exposition prolongée, directe et excessive du tissu nasal humain au malathion ou aux métabolites du malathion après l'ingestion de résidus est peu probable, et par conséquent, ces tumeurs ne se produiraient pas chez les humains à la suite d'une exposition au malathion par l'alimentation. Le malathion a fait l'objet de nombreux tests pour la génotoxicité, y compris d'études chez les travailleurs exposés. La Réunion a noté qu'il existe de nombreux rapports indiquant que le malathion peut induire des dommages oxydatifs dans les cellules, et ces résultats suggèrent que les effets génotoxiques observés se produisent secondairement à la formation d'espèces réactives de l'oxygène, qui présentent un seuil. Sur la base de l'examen des résultats des essais biologiques sur animaux, des tests de génotoxicité et des données épidémiologiques, la Réunion a conclu que le malathion et ses métabolites ne posent vraisemblablement pas de risque cancérogène [unlikely to pose a carcinogenic risk] pour l'Homme par l'exposition par l'alimentation.

 

Rappelons que le malathion est une matière active utilisée, et même recommandée, dans la lutte anti-vectorielle pour contenir des maladies telles que la dengue, le chikungunya et le zika. La Réunion n'a pas répondu aux inquiétudes que l'on pourrait avoir à la suite des pulvérisations anti-vectorielles ; mais ses conclusions devraient rassurer (sauf, évidemment, les hypocondriaques, les activistes anti-pesticides et les politiciens démagogues).

 

 

 

 

Danger ou risque ?

 

Le secrétariat de la JMPR a aussi publié une foire aux questions. Il rappelle la différence entre « danger » et « risque ». Il s'ensuit que les conclusions du CIRC et de la JMPR ne sont pas contradictoires (c'est nous qui graissons) :

 

« Les travaux du CIRC et de la JMPR sont différents, mais complémentaires, et leurs fonctions respectives peuvent être considérées comme faisant partie d'un continuum dans lequel les dangers potentiels pour la santé publique sont identifiés, et le niveau de risque associé à de tels dangers est ensuite évaluée.

 

Le CIRC examine les études pour identifier les dangers potentiels de cancer. Il n'estime pas le niveau de "risque" pour la population associé à l'exposition au danger. En revanche, la JMPR examine les études tant publiées que non publiées pour évaluer le niveau de risque pour la santé des consommateurs associé à l'exposition alimentaire aux résidus de pesticides dans les aliments. »

 

La JMPR ne s'est évidemment pas penchée sur la question de savoir si les évaluations du CIRC – relatives au danger – étaient pertinentes et, en fait, honnêtes. Quel que soit l'avis que l'on puisse avoir sur cette pertinence et honnêteté, ce qui importe, c'est de savoir quels sont les risques, en conditions réalistes et réelles, et, le cas échéant, quelles sont les mesures à prendre pour contrôler ces risques, les réduire, voire les éliminer.

 

 

En résumé...

 

En résumé, le classement du CIRC – quoique fort contestable car établi dans des conditions contestables, dans le cadre d'une manœuvre socio-politique – peut fort bien subsister : il y a des études qui « prouvent » qu'à des doses extravagantes...

 

Mais après l'EFSA et l'EPA, la JMPR vient de désavouer la fraction militante, socio-politiquement engagée, du CIRC. À celui-ci d'en tirer les leçons.

 

Quant à Bruxelles, on verra.

 

Et pour la presse... il y a déjà une manifestation de dépit.

 

 

Glyphosate prétendument cancérigène : le CIRC – canal militant – désavoué par sa maison-mère, l'OMS et la FAO

_____________

 

*  L'Union européenne a fixé une DJA de 0,3 mg/kg de poids corporel. Le groupe d'examen par les pairs composé de scientifiques de l’EFSA et de représentants des organes d'évaluation des risques des États membres a fixé une DARf pour le glyphosate s'élevant à 0,5 mg par kg de poids corporel et de porter la DJA à cette même valeur.

 

 

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