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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : grandes inepties et petites vilenies pour une semaine en principe décisive

15 Mai 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Politique, #Union européenne

Glyphosate : grandes inepties et petites vilenies pour une semaine en principe décisive

 

 

« J’ai choisi une autre voie, l’agroécologie » (février 2013)

 

« L'agroécologie est un choix de durabilité pour l'agriculture. C'est un mouvement de fond. Nous devons tout mettre en œuvre pour innover dans des techniques plus respectueuses de l'environnement avec des rendements comparables voire améliorés. C'est possible grâce aux efforts de la recherche. » (février 2015)

 

 

Les États membres de l'Union européenne doivent – en principe – voter les 18 et 19 mai prochain à Bruxelles sur un renouvellement de 10 ans de l’autorisation du glyphosate.

 

 

En France : Le Foll... dingue

 

En France, le 12 mai 2015, dans le cadre des questions d'actualité au Sénat, M. Stéphane Le Foll a été interrogé par Mme Aline Archimbaud sur la position qu'allait prendre la Gouvernement français dans ce vote. Voici l'intégralité du compte rendu :

 

« Mme Aline Archimbaud . - Monsieur le ministre de l'agriculture, les 18 et 19 mai prochains, un comité d'experts représentant les États membres de l'Union européenne, va se réunir pour autoriser à nouveau la mise sur le marché du glyphosate, issu de Monsanto dont le Roundup est le produit le plus connu. Cela suscite beaucoup d'inquiétudes : il a été classé cancérigène probable en 2015 par l'organisation mondiale de la santé et l'Anses a alerté sur ses risques.

 

Il est pourtant en vente libre ! Et c'est même l'herbicide le plus vendu en France et dans le monde. Des études prétendent qu'il n'y a pas de danger. Mais c'est l'opacité totale qui règne, et les liens d'intérêts entre experts et industriels, BASF ou Bayer, ne sont pas rares. Le principe de précaution doit être appliqué.

 

Oui ou non, le Gouvernement va-t-il s'opposer à cette autorisation le 18 mai prochain ? Si elle voit le jour malgré tout, la France l'interdira-t-elle comme le droit européen l'y autorise ? (Applaudissements sur les bancs du groupe écologiste)

 

M. Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement . - Il faut poser la question globale des modèles agricoles, de l'agro-écologie et non pas prendre les sujets les uns après les autres. Au-delà de l'interdiction, il faut créer les conditions du changement. Sinon, vous mettez les agriculteurs dans la difficulté en l'interdisant ; car c'est le modèle actuel qui est en cause, au-delà de ce seul produit. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et républicain) Je suis le premier à dire qu'il faut interdire les néonicotinoïdes sur les plantes en contact direct avec les abeilles. Mais il ne faudrait pas que les Français aillent les acheter à l'étranger. La procédure est donc nécessairement européenne.

 

Les scientifiques sont partagés. Mais soyons cohérents. La position de la France est claire : il n'est pas question de renouveler l'autorisation, mais dans le cadre européen.

 

Mme Aline Archimbaud. - Et si l'Union européenne l'autorise ? C'est le serpent qui se mord la queue, et vous ne répondez pas à ma seconde question ! »

 

C'est là une réponse particulièrement choquante. M. le Ministre a-t-il compris qu'il s'agissait de glyphosate et pas de néonicotinoïdes ? A-t-il vraiment annoncé que la France allait s'opposer au renouvellement de l'autorisation d'emploi – en agriculture, par des opérateurs non agricoles et par les particuliers – de l'herbicide qui offre un des meilleurs profils toxicologiques et écotoxicologiques ?

 

Il est en tout cas désolant de voir un ministre, en principe chargé de la gestion d'un secteur vital de l'économie française, s'obstiner à promouvoir une idéologie fumeuse dont on peine à trouver, au-delà des belles paroles et des actions symboliques, les premiers éléments de mise en œuvre (ceux qui ne trouveraient pas place dans une conception de l'agriculture et de l'agronomie traditionnelle).

 

Il est tout aussi navrant de constater que ce discours tribunitien et si peu ministériel s'adosse à une conception de l'agro-écologie qui en exclut les produits de protection des plantes. Et pourtant, le glyphosate est un élément majeur des techniques favorables aux sols.

 

« Au-delà de l'interdiction, il faut créer les conditions du changement. Sinon, vous mettez les agriculteurs dans la difficulté en l'interdisant... »

 

Où sont les changements qui permettront aux opérateurs de se passer du glyphosate ?

 

 « Quant à l'expression bizarre d'« agro-écologie », c'est le faux-nez d'une véritable obsession pour la destruction de notre puissance agricole qui serait remplacée par la possibilité donnée aux bobos d'aller faire leurs courses à la ferme dans le cadre des circuits courts... » (février 2016)

 

En Allemagne : une prise en otage à des fins personnelles ?

 

Notre amie allemande Schillipaeppa a produit : « Commentaire : le rouge est-il le nouveau vert ? »

 

Elle s'interroge sur les raisons d'une annonce étonnante de la Ministre fédérale de l'environnement, Mme Barbara Hendricks :

 

« Dans le contexte des incertitudes qui continuent à régner sur les risques du glyphosate pour la santé, les ministères dirigés par le SPD n'approuveront pas une prolongation de l'autorisation du glyphosate. »

 

La France n'est apparemment pas le seul pays à avoir un gouvernement avec une principauté ayant ses objectifs politiques propres.

 

Cette déclaration vient quelques semaines après que la fraction SPD du Bundestag eut rejeté, quasiment à l'unanimité (une rebelle et trois abstentions), la demande de la fraction des Verts tendant à refuser le renouvellement de l'autorisation. Pourquoi alors ce revirement ? Alors que l'EPA états-unienne vient d'apporter une pierre de plus – et quelle pierre ! – à l'édifice de la contestation de l'évaluation du CIRC ? Schillipaeppa :

 

« Il est facile de soupçonner que le SPD vise à rehausser son profil – en voie de dégradation – ou que Mme Hendricks flaire une occasion et veut utiliser la supposée faiblesse momentanée de Sigmar Gabriel pour se positionner pour la présidence du parti. Il est plus que regrettable que des décisions politiques historiques dégénèrent en un théâtre de marionnettes politique. Ici, il ne s'agit pas de la solution objectivement la meilleure, mais une fois de plus de calculs politiques partisans. Cela ne profite à personne, pas même au SPD : lorsque, parti classique des travailleurs, il saute dans le train de l'écologie, il fait faux bond par rapport à sa clientèle. Parce que, déjà maintenant, le subventionnement massif de l'agriculture biologique est tout sauf socialement équitable. Celui qui vit au jour le jour, avec juste le nécessaire, se moque de savoir que le porc qui lui a fourni sa côtelette a joui d'un bien-être avant l'abattage. C'est comme ça !

 

Ce maquignonnage politique nuit à tout le monde, en sapant la confiance dans les institutions et les acteurs politiques. Un tel comportement nuit à la démocratie. »

 

 

Selon Reuters, l'Allemagne devrait s'abstenir lors du vote. Au-delà de la démocratie, déjà malmenée par une démagogie effrénée, et outre le glyphosate, il risque d'y avoir d'autres victimes : notre agriculture, notre alimentation, notre santé et notre environnement.

 

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