Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Betterave à sucre GM aux USA : l'avenir est-il dans le passé ?

14 Mai 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #Andrew Kniss, #OGM, #Glyphosate (Roundup)

Betterave à sucre GM aux USA : l'avenir est-il dans le passé ?

 

Le retour des consommateurs vers le sucre « non GM » forcera peut-être les agriculteurs à abandonner des gains environnementaux et sociaux

 

Andrew Kniss*

 

À gauche, avant. À droite après le révolution technologique.

 

 

Dans notre pays, le défi est de faire accepter les plantes génétiquement modifiées et les aliments qui en sont issus. Aux États-Unis d'Amérique, le nouveau défi est d'en maintenir certains sur le marché. Des entreprises du secteur agroalimentaire (industrielles et commerciales) cèdent devant les pressions et les manœuvres des mouvances anti-OGM ou adoptent des postures « sans OGM » à des fins commerciales.

 

C'est le cas pour le sucre. Celui qui provient d'une betterave GM est strictement identique à celui qui provient d'une plante non GM. Mais qu'importe pour les mouvances. Et c'est facile pour les entreprises qui cèdent aux sirènes de la facilité, de la compétition à tout prix pour des parts de marché, et de l'abdication de leur responsabilité sociale : il suffit d'utiliser du sucre de canne pour être « GMO free ».

 

Andrew Kniss en décrit ci-dessous les conséquences. C'est une analyse transposable à la France (et l'Europe), sachant que ce qui risque d'être perdu aux États-Unis est ce qui n'a pas été gagné sur le Vieux Continent.

 

 

Une usine de betterave à sucre près de Scottsbluff, Nebraska

 

 

Dan Charles a récemment produit deux articles intéressants sur la production de sucre sur NPR. Dans le premier, il utilise le sucre comme un exemple pour examiner les coûts environnementaux et les avantages et inconvénients de la production alimentaire dans différents endroits. Il fait une comparaison intéressante parce qu'il y a deux cultures totalement différentes (la canne à sucre et la betterave à sucre) qui peuvent être utilisées pour obtenir exactement le même produit, le sucre raffiné. Les deux cultures ont des besoins très différents en termes de climat, d'exigences dans la gestion des ravageurs et de rythme biologique. C'est une lecture intéressante.

 

Le deuxième article, que je trouve encore plus intéressant, rend compte de l'impact que certains grands acheteurs de sucre ont eu en se détournant du sucre produit à partir de la betterave GM:

 

« Deborah Arcoleo, directrice de la transparence des produits chez Hershey Co., m'a dit qu'en 2015, "nous avons commencé à reformuler les Hershey's Kisses, le chocolat au lait Hershey et le chocolat au lait et aux amandes Hershey en substituant le sucre de canne au sucre de betterave ; c'est fait maintenant. Nous cherchons à le faire maintenant sur le reste de notre gamme de produits, dans toute la mesure du possible".

 

Hershey est l'un des principaux utilisateurs de sucre dans le pays, et d'autres entreprises ont pris des mesures similaires.

 

Le résultat en a été un changement remarquable dans le marché du sucre américain. Lentement, mais régulièrement, un écart se creuse entre le prix du sucre de canne et celui du sucre de betterave.

 

"Le prix du sucre de betterave est actuellement inférieur d'environ 3 à 5 cents à celui du sucre de canne sur le marché au comptant", dit Michael McConnell, un économiste du Service de recherche économique du Département de l'agriculture des États-Unis.

 

Cela signifie que les acheteurs paient 10 à 15 pour cent de plus pour le sucre de canne. »

 

Afin de répondre à cette évolution récente, selon Dan Charles, les producteurs américains de betteraves « envisagent de revenir à la production de betteraves non GM ». Cela peut sembler un changement insignifiant pour les gens qui ne sont pas impliqués dans l'industrie de la betterave à sucre. Mais pour un betteravier, le simple fait d'envisager cette démarche n'est rien moins que remarquable.

 

J'ai déjà écrit sur certains aspects des changements drastiques que les agriculteurs ont connus avec la transition de la production de betteraves sucrières du conventionnel aux OGM. Duane Grant, un producteur de l'Idaho, a été interviewé il y a quelques années au sujet de la perspective d'un retour vers le non GM :

 

Une partie du grand intérêt de Grant pour les betteraves [GM] découle incontestablement de l'expérience sur sa propre ferme avec le "régime traditionnel" de produits herbicides et son calendrier et mode d'application. "C'était un cauchemar", se souvient-il de cette ère qui a précédé le Roundup. "Nous subissions des échecs tout le temps – les champs qui devenaient inexploitables en raison de notre incapacité à contrôler les mauvaises herbes. Nous avions une armée de travailleurs pour appliquer des herbicides 24 heures sur 24 ou seulement durant la nuit. Nous avons utilisé des doses réduites et des maxi-doses, tout a été essayé".

 

"Nous avions un pulvérisateur pour 200 hectares, huit pulvérisateurs en tout quelque part dans les champs", rapporte Grant. "Ils travaillaient quand ils le pouvaient. Cela pouvait être toute la nuit ; cela pouvait être 24 heures d'affilée parce qu'il y avait une fenêtre.

 

"C'était une vie horrible. Au printemps dernier (2011), alors que le litige à propos du Roundup progressait devant les tribunaux et qu'il était difficile de savoir si nous allions être en mesure de planter des betteraves Roundup Ready, mon chef de culture pour la betterave m'a dit sans ambages : 'Si nous devons passer à nouveau au conventionnel, je quitte. Je ne peux pas le faire'.

 

"Je suis tellement heureux que nous ayons pu planter des betteraves Roundup Ready!" »

 

Les betteraviers n'exagèrent pas quand ils parlent du changement radical qu'ils ont vécu avec le passage aux semences GM. Le programme de désherbage incluait généralement 4 à 6 herbicides différents appliqués entre 3 et 6 fois par an, à 5 à 10 jours d'intervalle.

 

Un programme de désherbage typique dans la production de betteraves sucrières conventionnelles aux États-Unis avant l'adoption des variétés Roundup Ready (GM). 1 oz/acre = 70 g/ha.

 

 

Même après ces nombreuses applications d'herbicides, environ 40 à 60% des champs de betterave devaient être désherbés à la main parce que les herbicides ne permettaient que rarement un contrôle satisfaisant des mauvaises herbes. Comparez cela au système Roundup Ready (OGM), dans lequel 2 ou 3 applications de glyphosate ont remplacé les nombreuses pulvérisations d'herbicides d'autrefois, tout en offrant un meilleur contrôle des mauvaises herbes.

 

Un programme de désherbage typique de betteraves à sucre Roundup Ready (OGM) aux États-Unis. Le glyphosate est typiquement appliqué 2 ou 3 fois. Un herbicide résiduel est parfois ajouté à la dernière application.

 

 

Le système Roundup Ready s'est traduit par une efficacité du contrôle des mauvaises herbes sans précédent. Une enquête sur les producteurs de betteraves à sucre du Dakota du Nord et du Minnesota a suivi les pratiques de lutte contre les mauvaises herbes dans la production de betteraves sucrières pendant de nombreuses années. Avant l'adoption de la betterave GM, tous les ans, 45% des agriculteurs en moyenne donnaient les mauvaises herbes comme leur problème le plus grave dans la production. Après l'adoption des betteraves Roundup Ready, ce nombre a chuté à moins de 15%.

 

Producteurs citant les mauvaises herbes comme leur problème majeur.

 

Mais il n'y a pas que la simplicité et le contrôle des mauvaises herbes nettement amélioré qui ont convaincu les agriculteurs à passer au système Roundup Ready. Les herbicides classiques de la betterave peuvent occasionner des dégâts graves dans des conditions environnementales défavorables. Certains producteurs se réfèrent aux herbicides classiques comme de la « chimiothérapie » pour les betteraves. Ils affectent et affaiblissent les betteraves, mais affectent les mauvaises herbes un peu plus. C'est la raison pour laquelle les herbicides classiques étaient souvent appliqués plusieurs fois à intervalles rapprochés. Une dose unique plus élevée aurait permis un meilleur contrôle des mauvaises herbes, mais aurait également provoqué des dégâts plus graves sur la culture. Comme avec la chimiothérapie, les mauvaises herbes finissaient par mourir après plusieurs applications, mais les betteraves étaient aussi considérablement affaiblies (comme sur la photo de gauche ci-dessous). A l'inverse, le Roundup appliqué sur les betteraves Roundup Ready (photo de droite) a pratiquement éliminé le risque de dommages à la culture par les herbicides.

 

Les photos ont été prises le même jour sur un essai de contrôle des mauvaises herbes près de Scottsbluff, Nebraska, 2002. (Kniss et al., 2004)

 

 

Le meilleur contrôle des mauvaises herbes permis par les variétés Roundup Ready a conduit à des gains environnementaux rapides. En 2009, deux ans seulement après l'adoption généralisée de la betterave à sucre GM, plus de 20.000 hectares de terres ont été converties en une forme ou une autre de techniques culturales simplifiées ou de conservation dans le Nebraska, le Colorado et le Wyoming. Cette surface est probablement beaucoup plus grande aujourd'hui. Les pratiques culturales de conservation améliorent la santé des sols, réduisent l'érosion, et préservent l'humidité du sol. Les techniques de conservation du sol n'étaient tout simplement pas possibles avec la betterave à sucre avant l'introduction des variétés Roundup Ready ; en effet, le travail du sol intensif était incontournable pour obtenir un contrôle adéquat des mauvaises herbes dans la culture.

 

La combinaison de l'amélioration du travail du sol, de la réduction des dommages aux cultures et du meilleur contrôle des mauvaises herbes a contribué de manière significative à l'augmentation des rendements de la betterave dans la zone de production des Hautes Plaines. Les gains de rendement ne peuvent être tous attribués directement aux OGM, mais je pense que c'est une proportion importante.

 

 

Rendements (1 ton/acre = 2,24 t/ha)

 

 

Donc, pour résumer, la betterave à sucre GM a réduit l'utilisation des herbicides, amélioré la santé des sols, diminué les risques de dommages à la culture, augmenté le rendement, et même permis aux agriculteurs de passer plus de temps avec leurs familles. Sachant tout cela, j'ai été frappé par la dernière ligne de l'article de Dan Charles ; un producteur de betteraves à sucre, Andrew Beyer, y est cité :

 

« "Pour moi, il est fou de penser que la betterave non GM va être meilleure pour l'environnement, le monde, et le consommateur."

 

Mais Beyer dit qu'il va changer s'il le faut. Il fera ce que ses clients veulent. »

 

Andrew Beyer ne galège pas quand il dit qu'il pense que les betteraves à sucre GM sont meilleures pour l'environnement, le monde, et le consommateur. Il le pense vraiment, comme le font la plupart des producteurs de betteraves aux États-Unis. Et les données suggèrent qu'ils ont raison.

 

Mais ces mêmes agriculteurs sont prêts à produire ce que le client veut. Si Hershey et d'autres veulent désespérément un autocollant « non OGM » sur leurs sucreries, alors les producteurs devront revenir à la production de betteraves à sucre non GM. Même si cela signifie abandonner tous les avantages que cette technologie a fournis.

 

____________________

 

* M. Andrew Kniss est Professeur d'écologie et de gestion des mauvaises herbes à l'Université du Wyoming.

 

Source : http://weedcontrolfreaks.com/2016/05/as-consumers-shift-to-non-gmo-sugar-farmers-may-be-forced-to-abandon-environmental-and-social-gains/

 

 

Partager cet article

Commenter cet article