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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pour nous faire entendre : boycottons, manifestons et appelons le Monde à la rescousse

11 Avril 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM, #HCB

Pour nous faire entendre : boycottons, manifestons et appelons le Monde à la rescousse

 

 

 

Une petite manifestation

 

Il s'est passé un événement d'importance ce mercredi 6 avril 2016 devant AgroParisTech, à Paris. Si, si ! D'ailleurs le Monde s'en est fait l'écho zélé dans « Inquiétudes et controverse autour des "nouveaux OGM" » ; et le Monde est le journal de référence, n'est-il pas ? Certes, c'est le Monde Planète dont certaines mauvaises langues ont écrit dans les commentaires sous ledit article qu'il s'agit de « journalistes et activistes qui répandent leur ignorance depuis des années » ou encore que le service, est « une base d'activistes verts », dans laquelle il ne faut pas chercher la science.

 

Une manifestation, certes bon enfant, eut donc lieu, ce qui provoqua l'annulation de l'assemblée plénière du Haut Conseil des biotechnologies (HCB). C'était manifestement le but poursuivi.

Pour nous faire entendre : boycottons, manifestons et appelons le Monde à la rescousse

Mais les amateurs de complots et autres suppôts de l'altermonde rétorqueront que la direction du HCB a paniqué... difficile de gagner contre ces gens-là.

 

Ils sont venus en masse...

 

 

Le HCB et les nouvelles techniques d'amélioration génétique

 

Petit rappel : le HCB est chargé d'éclairer de manière indépendante le Gouvernement sur les OGM et toute autre biotechnologie. Il se compose de deux organes : le Comité scientifique (CS), qui donne des avis, et le Comité économique, éthique et social (CEES), qui formule des recommandations. En somme, une bonne assurance pour le gouvernement de toujours trouver la matière pour étayer une politique préconçue.

 

Au cours des mois passés, le HCB a travaillé sur les « nouvelles techniques de sélection des génomes des plantes (NPBT) ». Le CS a produit une « note » – essentiellement d'information sur les techniques – et le CEES une « synthèse des contributions et débats ».

 

L'accès normal à ces pages a été... verrouillé, conséquence des controverses ! Cela pose de graves problèmes au citoyen attaché à l'impartialité et la neutralité du service public, et au droit à l'information.

 

!
Ajout du 13 avril 2016 : on y accède par l'onglet "A propos du HCB" puis "Publications".
Pour nous faire entendre : boycottons, manifestons et appelons le Monde à la rescousse

Une démission source de controverses

 

Les travaux du CS ont toutefois donné lieu à des incidents qui ont abouti à la démission d'un membre, M. Yves Bertheau. Le nœud du litige : on pourra se faire une idée par soi-même à la lecture de la lettre détaillée que M. Bertheau a envoyée le 10 février 2016 à Mme Christine Noiville, présidente du HCB.

 

Une lettre qui s'est retrouvée – sans nul doute par le suprême des hasards organisés – sur le site d'Inf'OGM, la vitrine présentable et aguichante de l'anti-OGMisme. Un Inf'OGM dont on peut se demander s'il n'est pas le pivot des différentes manœuvres ; c'est sans conteste le cas s'agissant de la diffusion de l'« information ».

 

Une analyse des événements a été produite sur le site Écologie Raisonnée, dans « Tempête au HCB Saison 2 : hystérie ou craintes justifiées? ». Nous avons ajouté une strate ici. Conclusion (la notre) : c'est fort confus, il y a manifestement des dysfonctionnements, mais c'est en définitive beaucoup de bruit pour rien. Ou une tempête dans un verre d'eau.

 

Une démission instrumentalisée ? Par intention ou a posteriori ?

 

La démission a été largement médiatisée comme – citons ici Reporterre – la conséquence du fait que :

 

« le HCB a censuré l’avis d’un de ses experts, Yves Bertheau, qui pointait "les effets non-intentionnels" et potentiellement dangereux des NBT. »

 

Une accusation grave !

 

Mais voici les explications de la lettre de démission de M. Bertheau

 

« Comme je m’en étais ouvert à vous, à la suite de notre réunion avec le Pr. Jean‐Christophe Pagès, président du Comité scientifique (CS), je ne peux endosser la récente note du CS envoyée par le HCB aux ministères [...] Mon désaccord porte au premier chef sur la manière dont s’est déroulée l’instruction de ce dossier de positionnement sur les NPBT, annoncé au CS comme une discussion sur une note d’un groupe de travail, et, par voie de conséquence, sur le fond même de l’avis.

 

« Ceci s’ajoutant à d’autres dysfonctionnements, dont des manquements au règlement intérieur, tant lors de la précédente mandature que de l’actuelle, je ne souhaite pas être associé à cet avis du CS pour lequel j’avais émis une position divergente dès le début de l’instruction, position divergente qui n’a pas été reprise dans l’avis, dont nous n’avons connu la teneur finale que ce lundi, ni même dans l’introduction. »

 

Difficile de voir ici une accusation de censure par le prétendu censuré. Mais, certes, ses opinions n'ont manifestement pas emporté la conviction de ses collègues.

 

M. Bertheau avait tenté de faire insérer une note de bas de page sur sa position divergente dans le document produit par le CS. Cela lui a été refusé – à notre sens à tort, mais on ne refait pas l'histoire – car la note avait été produite après la clôture des débats (le 17 janvier 2016) et n'avait donc pas été discutée. En voici la fin :

 

« En conséquence, ce membre du CS du HCB considère que, quelle que soit la qualification attribuée à ces techniques, OGM ou pas, seules ou en combinaison, et aux produits qui en seront issus, une période probatoire de 10 ans devrait être instaurée, dans l’esprit qui procéda au développement et à la mise en œuvre du règlement nouveaux aliments et nouveaux ingrédients (258/97/CE). Les produits issus de ces techniques sont en effet des produits nouveaux de par les technologies utilisées, ainsi que leurs combinaisons, tant du point de vue alimentaire qu’environnemental. Très franchement, après tous ces courriels précis envoyés à tous les membres du CS, je vois assez mal comment on peut dire que la question des divergences de vue et de la demande d’élaborer une position divergente, exprimée dès l’origine, peut être contestée. »

 

La toute dernière phrase – qu'il aurait fallu, selon les vœux de M. Bertheau, insérer dans le document transmis aux ministres et mis en ligne pour accès public – illustre la logique de confrontation. N'est-ce pas un chiffon rouge dont la fonction a été de susciter le clash ?

 

Et, très franchement, la rationalité de cette position – qui qualifie de « nouveaux » des produits simplement parce qu'ils sont issus de techniques nouvelles – nous échappe. Ces produits, ce sont pour partie des mutations, des entités que l'Homme exploite depuis l'aube de l'agriculture. Le principe même d'une « période probatoire » est aussi des plus fumeux. Et est-ce vraiment du ressort du CS ?

 

Mais la vaguelette du CS a provoqués de gros remous au niveau du CEES. Sept membres – huit selon le mot de la présidence du HCB – ont décidé de boycotter le HCB « tant que la pluralité des avis sur les OGM ne sera pas respectée ». Les sept sont : les Amis de la Terre, la Confédération Paysanne, la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique, France Nature Environnement, Greenpeace, le Réseau Semences Paysannes, l'Union Nationale de l’Apiculture Française. Le huitième est le Conseil National des Associations Familiales Laïques (CNAFAL).

 

Pour nous faire entendre : boycottons, manifestons et appelons le Monde à la rescousse

Boycotter... et empêcher

 

Et qui a organisé la « manifestation » devant AgroParisTech ? Les entités protestataires. Voir par exemple ici l'appel à mobilisation de Greenpeace.

 

Ainsi, non contents de boycotter les travaux du HCB jusqu'à ce que se réalise une condition conçue pour être irréalisable, la mouvance anti-OGM (mais que vient faire le CNAFAL dans cette galère?) s'attache aussi à empêcher lesdits travaux.

Pour nous faire entendre : boycottons, manifestons et appelons le Monde à la rescousse

 

BFMTV rend compte de l'événement, de manière bien plus équilibrée, et écrit :

 

« C'était aussi l'occasion pour elles de mettre le HCB sous pression, afin que celui-ci respecte bien "la pluralité du débat" et tienne compte de tous les avis scientifiques exprimés sur le sujet. »

 

C'est grotesque ! Pour assurer « la pluralité du débat », empêchons-le ! Le totalitarisme est à nos porte !

 

Il est vrai que les protestataires avaient en quelque sorte prévenu :

 

« Cette situation est inacceptable : les organisations rappellent l’importance de la libre controverse scientifique et l’expression des positions divergentes, éléments essentiels du débat public et de la décision politique. En attendant, elles s’appliqueront à faire exister le débat sur les nouvelles techniques de modifications génétiques à l’extérieur du HCB. » (C'est nous qui graissons.)

 

Ici aussi, le citoyen attaché aux valeurs de la démocratie et de la République s'interroge : comment des entités nommées au HCB par décret et appelées à faire fonctionner lesdites valeurs peuvent-elles empêcher – par des actions de rue – ledit fonctionnement ? Et, plus important : comment les institutions de la République peuvent-elles tolérer ça ?

 

 

Le Monde, porte-parole

 

Le Monde, à notre connaissance le seul journal d'envergure à rapporter l'événement, aurait pu aborder cette question importante de la dérive de nos institutions. Que croyez-vous qu'il fît ? Avec « Inquiétudes et controverse autour des "nouveaux OGM" » il a donné complaisamment la parole aux chemises vertes, aux saboteurs de la République.

 

Sans recul, sans analyse, sans équilibrage, l'article se fait l'écho de l'accusation gravissime des protestataires : « Elles protestent contre "la falsification de l’expertise scientifique officielle" et "les OGM cachés" ». On est dans l'escalade d'engagement : ce qui était une « censure » (certes, pas dans le Monde mais par exemple dans Reporterre) devient une « falsification ».

 

Et cela vient – certes à l'occasion d'un mini-événement – six semaines après « Les plantes du futur divisent le Haut Conseil des biotechnologies », un article de M..., mais de qui donc ? Mais celui-là, au moins, était informatif et équilibré. C'est suffisamment remarquable pour le signaler.

 

Dans quelques semaines, nous aurons un nouvel article anxiogène sur les « OGM cachés ». Ainsi va le Monde.

 

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