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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Nouvelles techniques génomiques : le Monde diffuse un [autocensuré]

13 Avril 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM, #HCB

Nouvelles techniques génomiques : le Monde diffuse un [autocensuré]

 

 

Dans une précédente livraison, « Pour nous faire entendre : boycottons, manifestons et appelons le Monde à la rescousse », nous avions prédit un nouvel article anxiogène du Monde pour dans quelques semaines. Erreur ! « Batailles et polémiques autour des nouveaux OGM » a été publié hier, 12 avril 2016. Ils se sont mis à deux, M. Stéphane Foucart et Mme Angela Bolis. Et il aura fallu moins d'une semaine.

 

Le motif – ou plutôt le prétexte ?

 

« Lundi 11 avril, l’un des vice-présidents du comité économique, éthique et social (CEES) du HCB, Patrick de Kochko, par ailleurs coordinateur du réseau Semences paysannes, a ainsi annoncé sa démission – nouvel épisode d’un psychodrame qui dure depuis le début d’année. »

 

Information de la plus haute importance qui permet donc de relancer la machine :

 

« Que sont les "nouveaux OGM" ? Doit-on les réglementer ? Le peut-on seulement ? Présentent-ils des risques spécifiques ? Et, si oui, comment les évaluer ? Ces questions comptent actuellement parmi les plus brûlantes sur l’utilisation des biotechnologies dans l’agriculture, et pourraient bien faire exploser le Haut Conseil des biotechnologies (HCB). »

 

Sur le dernier point, la réponse est claire : le HCB a explosé depuis belle lurette. Le CEES est dysfonctionnel par conception, par volonté et bêtise politiques. Qu'était la « Synthèse des contributions et débats relatifs aux "nouvelles techniques" » ? Une juxtapositions d'opinions qui reflètent des positions politiques, économiques et sociétales inconciliables ; la dernière d'une belle série de manifestations du refus de tout dialogue.

 

Sur le premier point, la réponse est – ou plutôt devrait être – également claire. Un OGM est... un organisme. Sauf à avoir été produite par une méthode qui pose un problème particulier (on la cherche, désespérément pour certains), ce qui importe en définitive, c'est son patrimoine génétique. Il en résulte qu'une plante (laissons les animaux et micro-organismes de côté ici) obtenue par des méthodes conventionnelles peut être plus problématique qu'une plante obtenue par transgénèse.

 

Imaginez les polémiques si ces transformations étaient effectuées aujourd'hui...

 

Pour les questions du milieu, il faut analyser l'objectif réel de la réglementation sur les OGM : sous couvert de protection de la santé et de l'environnement, le législateur européen a mis en place une usine à gaz délirante pour, en fait, empêcher la mise sur le marché des plantes génétiquement modifiées par des techniques de laboratoire impliquant une transgénèse (sauf contrainte économique – alimenter nos animaux avec des produits d'importation – ou commerciales – les accords, librement consentis, dans le cadre de l'OMC). Il fallait succomber aux délices de la démagogie face à une opinion dite « publique » astucieusement formatée par des entités opposées à toute nouvelle technologie génétique. Et on y est parvenu...

 

Le HCB a du reste été conçu dans cette optique : un pouvoir politique réticent aux OGM – que ce soit par conviction personnelle des acteurs du gouvernement ou par opportunisme – trouvera toujours de quoi justifier sa pusillanimité dans les productions du CEES. Quand ce n'est pas dans un excès de zèle et de « précautionite » du CS. Voici par exemple ce qu'on trouve dans un avis récent sur un maïs :

 

« Par ailleurs, la présence de plants de téosintes interfertiles avec le maïs a récemment été rapportée en France et en Espagne. Même si le risque de transfert de gènes du maïs vers des téosintes semble limité à une zone géographique très restreinte en France, le CS du HCB a fait la demande d’un état des lieux formel de la situation pour permettre une évaluation plus précise des risques. »

 

 

Les « [b]atailles et polémiques autour des nouveaux OGM » se résument en définitive à une seule question : les entités opposées à toute nouvelle technologie génétique (sur le plan des méthodes et aussi des produits tels que les mutants tolérant un herbicide – VTH naturels ou VRTH produits par mutagénèse) parviendront-elles à faire entrer les plantes issues des nouvelles techniques dans le labyrinthe réglementaire sans issue sous le qualificatif « OGM » ?

 

Pour cela, il est impératif de maintenir une pression médiatique anxiogène. Le Monde s'y emploie...

 

« Ceux-ci [« ces fameux "nouveaux OGM" » selon le paragraphe précédent] ouvrent des perspectives inédites d’amélioration des cultures. Ils sont obtenus grâce à de nouvelles techniques (dites "new plant breeding techniques", ou NPBT) qui permettent de modifier le génome d’une plante sans recourir à l’introduction d’un gène extérieur. »

 

C'est en grande partie faux ! Une modification de génome est... une modification de génome. Ce qui change, ce sont les outils et, partant, les modalités de la modification. Et certaines modifications nécessitent l'insertion d'un gène extérieur. Puisque le CS du HCB est accusé de censurer les opinions dissidentes, référons-nous à la « synthèse » du CEES :

 

« Le CEES du HCB s’est interrogé sur les opportunités offertes par les NPBT, vis-à-vis techniques de sélection déjà disponibles (sélection classique, transgénèse). Il en ressort notamment que ces techniques sont avant tout de nouveaux outils potentiellement disponibles pour les sélectionneurs de plantes. Un de leur impact sera de permettre de gagner du temps lors des processus de sélection car elles rendent par exemple possible :

 

  • la modification ciblée d’une séquence génétique dont on sait par avance quelle propriété phénotypique elle conférera à la plante (résistance à divers agresseurs ou un herbicide, par exemple) ;

  • l’introduction d’un gène d’intérêt (par exemple d’une variété sauvage) sans avoir à éliminer ensuite tous les caractères indésirables de l’espèce donneuse par de longs "rétrocroisements" avec l’espèce cultivée. »

 

Mais qu'importe, car il s'agissait dans le Monde d'une introduction :

 

« Ils échappent ainsi au statut juridique des OGM. Pour l’heure, explique Guy Kastler, de la Confédération paysanne, la Commission européenne a demandé aux Etats membres "d’appliquer jusqu’à nouvel ordre la réglementation OGM à toutes les plantes issues des NPBT". "Aujourd’hui, poursuit M. Kastler, les directives [liées aux OGM] s’appliquent donc toujours, malgré le lobbying forcené de l’industrie qui souhaite qu’elles ne s’appliquent plus". »

 

Sidérant ! Ils échappent à une réglementation... qui leur est appliquée.

 

Du reste, on se demande d'où ça sort : jusqu'à plus ample informé, la réglementation européenne est du ressort des instances européennes, et non des États membres.

 

Il est vrai que le champ d'application de la réglementation doit être précisé, que la Commission européenne doit produire une analyse juridique et qu'elle a encore repoussé sa publication. Les manœuvres vont bon train...

 

À preuve : M. Kastler impute – et le Monde relaie complaisamment, sans vérification – un « lobbying forcené » à « l'industrie ».

 

Or les travaux du CEES montrent que la position de « l'industrie » est bien plus nuancée et, en fait, conforme aux textes réglementaires européens. Citons la « synthèse » du CEES :

 

« Un "arbre de décision" est proposé par les organisations Coop de France, FNSEA, GNIS, JA, UFS, articulant ces différents critères. Il vise à guider les choix réglementaires (application ou pas de la directive 2001/18). Il conduirait à exempter certaines techniques (cisgénèse au même locus, SDN1 ; SDN2, Talens, entre autres), mais à en soumettre d’autres à la directive 2001/18 (entre autres SDN 3 et intragénèse)). Ces organisations soulignent également que l’utilisation d’un tel arbre de décision permettrait de se doter d’un outil opérationnel en mesure de classer aussi les technologies du futur. [...] »

 

Ou encore :

 

« En séance plénière du CEES, certaines de ces organisations ont noté qu’il serait sans doute plus logique de réglementer les NPBT en fonction des caractéristiques de chaque produit qui en découlent qu’en fonction des techniques utilisées pour les obtenir, car c’est le trait et l’utilisation qui est faite du produit qui comptent au premier chef ; elles soulignent dans cette perspective la pertinence d’une évaluation fondée sur les seules caractéristiques des produits issus des NPBT, indépendamment des techniques ayant permis leur création, ce qui supposerait toutefois une très large refonte des textes au niveau européen. »

 

Il va de soi que les « journalistes » n'ont pas demandé son avis à cette « industrie » prétendument coupable de « lobbying forcené ». On ne va tout de même pas gâcher le fil d'une si belle histoire...

 

Car revenons-y, à ce fil : selon nos deux auteurs, il y a un risque que :

 

« ces "nouveaux OGM" échapp[ent] aux procédures d’évaluation des risques, d’autorisation, d’étiquetage, de suivi… ainsi qu’à la mauvaise image dont pâtissent les OGM en Europe. »

 

La « mauvaise image », n'est-ce pas ce que le Monde s'évertue à cultiver ?

 

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un physicien 14/04/2016 10:17

Il faudra bien que les bobos comprennent un jour que les procédés "traditionnels" d'amélioration des variétés (croisement, sélection,etc.) sont des modifications du génôme. Nous ne mangeons quasiment que des "OGM cachés".

Seppi 28/04/2016 09:50

Bonjour,

C'est parfaitement exact. Si on leur disait ce qu'on a « fait subir » à nos plantes cultivées, ils ne mangeraient plus !