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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

La longueur des études sur la sécurité des aliments OGM importe-t-elle ?

8 Avril 2016 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Sécurité sanitaire

La longueur des études sur la sécurité des aliments OGM importe-t-elle  ?

 

Andrew Porterfield*

La longueur des études sur la sécurité des aliments OGM importe-t-elle  ?

Les activistes anti-OGM exigent depuis longtemps que les scientifiques prolongent la durée des études animales pour évaluer les risques des aliments génétiquement modifiés pour l'homme et les animaux. En 2013, Tom Philpott a commencé à monter en épingle l'étude maintenant discréditée de Gilles-Éric Séralini sur le maïs GM et les rats dans Mother Earth News ; il l'a décrite comme « l'étude des OGM la plus longue » (deux ans) – ce qui n'était pas exact. Plus tard la même année, la chercheuse australienne et militante anti-OGM Judy Carman a publié une étude sur les porcs, celle-ci pointant à 154 jours [mon addition : correspondant à la durée d'élevage d'un porc charcutier – voir aussi ici], et a affirmé que cette étude à plus long terme a révélé des différences dans l'inflammation des estomacs des porcs nourris avec des aliments GM.

Les données réelles de ces deux études, et d'autres, ne soutiennent pas réellement les affirmations de dommages à la santé faites par les auteurs. Mais cela n'a pas empêché les activistes d'exiger des études d'alimentation des animaux de plus en plus longues, même jusqu'à 30 ans.

 

Alors, quand « long » est-il suffisamment long ? La norme de l'industrie pour toute analyse de la sécurité d'un produit de consommation est de 90 jours [mon addition : souvent avec des doses bien supérieures à celles qui seraient consommées en temps normal]. Des études plus longues montreraient-elles des choses que la norme de l'industrie ne ferait pas ? Les études animales sont-elles même nécessaires ?

 

 

À ce jour, il y a environ 100 études à plus de 90 jours qui ont été menées sur des produits d'OGM chez les animaux à des fins d'évaluation des risques ; c'est un nombre considérable. Seules les études infâmes de Séralini et Carman ont soulevé des questions de sécurité graves. La majeure partie des études sur les OGM, soit plus de 2000, sont de 90 jours ou moins, conformément aux lignes directrices acceptées au niveau international. Mais les activistes anti-OGM continuent de clamer qu'« aucune étude à long terme » n'a été faite, et ils exigent même plus que ce que la bonne centaine d'études a produit jusqu'à présent. Mischa Popoff, un ancien inspecteur de l'agriculture biologique qui est maintenant avec l'Institut Heartland, a écrit :

 

« Les militants du bio prédisaient que les impacts négatifs de la consommation d'OGM sur la santé allaient être plutôt immédiats, après un an ou deux, 10 ans maximum. Mais au fur et à mesure que les cultures les plus importantes ont été génétiquement modifiées et que l'écrasante majorité des agriculteurs les a adoptées, et les années passant, les militants du bio se sont retrouvés sans explication. Nous avons alors commencé à entendre des demandes d'études à long terme, sur plusieurs générations, dans les milieux du bio. »

 

Et de nombreuses études sur les animaux peuvent ne pas être utiles, ni même scientifiquement justifiables. Bruce Chassy, professeur émérite de sécurité alimentaire et de sciences de la nutrition de l'Université de l'Illinois et co-auteur d'une étude de l'Institut International des Sciences de la Vie (International Life Science Institute – ILSI) qui a établi des normes pour la recherche sur la sécurité alimentaire, a contesté la validité des études plus longues d'alimentation animale :

 

« Les études animales sont faibles, manquent de puissance et ne partent d'aucune hypothèse. Si vous étudiez 500 paramètres, vous trouverez quelque chose de différent entre les groupes de test et de contrôle. Plus vous étudiez, plus vous verrez des différences. Si vous examinez un grand nombre de données, et essayez d'établir des corrélations avec quelque chose, vous avez plus de chances de faire une fausse corrélation qu'une vraie. Les quelques études menées par des activistes anti-OGM citent des différences significatives, mais pas de préjudice réel. »

 

Et pourtant ! Des millions de porcs consomment une ration à base d'OGM à travers le monde.

 

Aucune étude à long terme ?

 

Voici une liste partielle des dizaines d'études de plus de 90 jours (plus ici) sur les OGM dont aucune n'a montré de problèmes de sécurité grave :

 

  • Assessment of the health impact of GM plant diets in long-term and multigenerational animal feeding trials: A literature review (évaluation de l'impact sur la santé de régimes alimentaires à base de plantes GM dans des essais d'alimentation animale à long terme et sur plusieurs générations : une revue de la littérature) : Nous avons examiné 12 études à long terme (de plus de 90 jours, jusqu'à 2 ans) et 12 études sur plusieurs générations (de 2 à 5 générations). [...] Les études examinées tendent à montrer que les plantes génétiquement modifiées sont équivalentes sur le plan nutritionnel à leurs homologues non GM et peuvent être utilisées en toute sécurité dans l'alimentation humaine et animale.

     

  • A three generation study with genetically modified Bt corn in rats: Biochemical and histopathological investigation (une étude sur trois générations avec du maïs Bt génétiquement modifié chez le rat : analyse biochimique et histopathologique) : « Cette étude a été conçue pour évaluer les effets du maïs transgénique sur des rats qui ont été nourris sur trois générations soit avec du maïs GM, soit avec son équivalent conventionnel. Des échantillons de tissus de l'estomac, du duodénum, du foie et des reins ont été prélevés pour des examens histopathologiques. [...] Aucune différence statistiquement significative n'a été observée dans les poids relatifs des organes des rats au sein des groupes, mais il y avait quelques modifications histopathologiques minimes dans le foie et les reins. »

 

  • Effects of long-term feeding of genetically modified corn (event MON810) on the performance of lactating dairy cows (effets de l'alimentation à long terme avec du maïs génétiquement modifié (événement MON810) sur les performances de vaches laitières en lactation) : « Une étude à long terme de plus de 25 mois a été menée pour évaluer les effets du maïs génétiquement modifié sur les performances des vaches laitières en lactation. Trente-six vaches laitières ont été affectées à deux groupes d'alimentation et nourries avec des rations à base d'ensilage de plantes entières, de grains et de maïs en rafle entière (grain + rachis + spathes) Bt (Bt-MON810) ou de son homologue isogénique non génétiquement modifiés (CON). [...] La production de lait (23,8 et 29,0 kg/vache/jour dans la première et la deuxième lactation de l'essai) n'a pas été affectée par le régime alimentaire. Il n'y avait pas d'effets cohérents de l'alimentation à base de MON810 ou du CON isogénique sur la composition du lait ou de l'état des vaches. Ainsi, la présente étude à long terme a démontré l'équivalence de composition et nutritionnelle du Bt-MON810 et de son CON isogénique. »

 

  • Organic and Genetically Modified Soybean Diets: Consequences in Growth and in Hematological Indicators of Aged Rats (régimes à base de soja bio et génétiquement modifié : conséquences sur la croissance et les indicateurs hématologiques de rats âgés) : « Il y avait un groupe nourri au soja bio (OG), un groupe au soja génétiquement modifié (GG) et un groupe témoin (CG). Tous les animaux ont reçu de l'eau et de l'alimentation ad libitum pendant 455 jours. A la fin de cette période, le poids du groupe GG était le même que celui des OG, et tous deux étaient plus élevés que celui des CG. L'apport en protéines a été similaire pour les OG et GG, mais significativement plus faible (p <0,0005) que pour les CG. Les taux de croissance (GR) des rats, les taux d'albumine et les niveaux totaux de protéines sériques étaient comparables pour tous les groupes. L'hématocrite (p <0,04) et l'hémoglobine (p <0,03) étaient inférieurs chez les OG et GG pqar rapport à ceux des CG. Bien que les OG et GG aient présenté des taux d'hématocrite et d'hémoglobine plus faibles, les deux types de soja ont été utilisées d'une manière similaire à la caséine. Ce résultat suggère que la qualité des protéines du soja est parallèle à la protéine standard caséine en termes de stimulation de la croissance, mais pas pour les indicateurs hématologiques. »

 

  • Histochemical and morpho-metrical study of mouse intestine epithelium after a long term diet containing genetically modified soybean (étude histochimique et morphométrique de l'épithélium intestinal de souris après un régime à long terme contenant du soja génétiquement modifié) : « Dans cette étude, nous avons étudié le duodénum et le côlon des souris nourries avec du soja génétiquement modifié (GM) sur toute leur durée de vie (1-24 mois) en concentrant notre attention sur les caractéristiques histologiques et ultrastructurales de l'épithélium, le profil histochimique des mucines sécrétées par les cellules en gobelet, et le profil de croissance de la population de coliformes. Nos résultats démontrent que les témoins et les souris nourries au soja GM sont touchées de la même manière par le vieillissement. Par ailleurs, le régime alimentaire contenant du soja génétiquement modifié ne provoque pas de modifications structurelles de l'épithélium du duodénum et du côlon, ni de la population de bactéries coliformes, même après une longue période d'ingestion. D'autre part, l'approche histochimique a révélé des changements significatifs liés au régime alimentaire dans les quantités de mucine dans le duodénum. En particulier, le pourcentage de la superficie des villosités occupée par des granules acides et sulfo-mucine a diminué des témoins aux animaux ayant reçu l'aliment GM, alors que les mucines neutres n'ont pas changé. »

 

(Plus ici)

 

Le site s'est bien gardé de donner les coordonnées de l'étude... qui nous semble inexistante

 

 

Que demandent les principaux régulateurs du monde ?

 

En 2013, l'Union européenne a exigé une étude sur l'alimentation de rongeurs de 90 jours pour chaque transformation génétique qui est introduite dans l'alimentation humaine ou animale. Toutefois, l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), qui fournit des avis scientifiques indépendants pour informer sur la sécurité alimentaire dans l'UE, a déclaré que ce type de test est seulement nécessaire quand une hypothèse spécifique doit être testée, comme un changement dans dans les caractéristiques moléculaires, de voie métabolique ou phénotypiques. Les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l'Australie n'exigent pas ces études d'alimentation.

 

Récemment, l'EFSA a précisé les exigences en matière de données pour évaluer les risques des plantes génétiquement modifiées dans l'UE. Dans cette précision, l'autorité a déclaré qu'elle n'exige pas d'études animales – de quelque longueur que ce soit. Au lieu de cela, l'agence a souligné à nouveau qu'elle était intéressée par des comparaisons entre l'OGM et l'équivalent conventionnel, y compris par les données sur les apparences observables, le rendement et la tolérance aux pesticides. Ce n'est que si ces comparaisons indiquent un danger possible qu'il faut fournir des études plus détaillées pour mieux comprendre la nature du danger et du risque (c'est une approche fondée sur les hypothèses).

 

Le Codex Alimentarius, qui énonce les règles de sécurité alimentaire mises en place par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), appelle également à l'évaluation spécifique des dangers (c'est-à-dire l'identification de toute substance chimique ou tout allergène qui peut être présent dans la variété GM) mais pas à des études d'alimentation à long terme.

 

La réglementation des produits génétiquement modifiés pour l'alimentation humaine et animale est une exception dans le monde des produits de consommation (en dehors des médicaments sur ordonnance et des pesticides, qui sont nécessairement réglementés de manière tout à fait différente). Ce sont les seuls produits alimentaires (et l'un des rares produits de consommation) qui sont évalués pour le risque avant d'entrer dans le circuit commercial. Les aliments conventionnels, y compris les produits bio et ceux ayant subi un rayonnement ou issus d'une hybridation pour acquérir certains traits, ne subissent pas le même test quasiment partout dans le monde (le Canada étant une exception notable).

 

Même pour les produits cosmétiques aux États-Unis, l'US FDA n'exige pas de tests sur les animaux, sauf s'il s'agit de rechercher un danger présumé ou connu. La FDA publie des lignes directrices sur l'utilisation des espèces de rongeurs et non-rongeurs (chiens) dans les études de toxicité, y compris dans des études qui durent plus d'un an, mais ces études sont des évaluations fondées sur des hypothèses de risques spécifiques. Aux États-Unis, les organismes gouvernementaux ont même demandé que les tests pour les produits de consommation soient menés in vitro, et que l'on évite l'utilisation d'animaux de laboratoire quand cela est possible.

 

 

Une autre étude de 90 jours, mêmes résultats

 

Le mois dernier, l'UE a annoncé les résultats d'une étude d'alimentation de 90 jours avec du maïs MON810 sur des rats dans le cadre du projet GMO Risk Assessment and Communication of Evidence (évaluation des risques des OGM et communication des preuves – GRACE). Ils ont également étudié les rats pendant un an. L'étude de 90 jours n'a rien produit qui aurait justifié une étude à plus long terme, et les résultats de l'étude sur un an ont corroboré la validité de cette conclusion.

 

Les auteurs de l'étude ont conclu :

 

« Les données compilées par GRACE montraient que les études d'alimentation non ciblées pourraient entraîner des différences considérables générées aléatoirement entre les animaux nourris au maïs GM et ceux soumis à une alimentation contrôlée. Ces résultats ne sont pas intéressant pour une évaluation des risques.

 

« Ainsi, les données de GRACE soutiennent que le raisonnement scientifique à l'origine des études d'alimentation pourraient fournir une valeur scientifique supplémentaire pour l'évaluation des risques des plantes/cultures GM, mais uniquement si un élément perturbateur est déterminé à partir des analyses initiales moléculaires, compositionnelles, phénotypiques et/ou agronomiques. »

 

Une nouvelle évaluation de la sécurité et de la réglementation des aliments génétiquement modifiés est sur le point de commencer en Europe, et des plantes GM plus récentes, ainsi que des aliments, « de deuxième génération » commencent à entrer dans le pipeline de la réglementation et du marché ; mettre « à long terme » dans une perspective appropriée n'a ainsi (presque) jamais été aussi important. Nous avons maintenant 17 années de données sur les aliments existants, sans effets indésirables documentés.

 

________________

 

* Andrew Porterfield est un auteur, éditeur et consultant en communication pour des institutions universitaires, des entreprises et des organismes sans but lucratif du domaine des sciences de la vie. Il est basé à Camarillo, Californie. On peut le suivre sur Twitter @AMPorterfield.

 

Source : https://www.geneticliteracyproject.org/2016/04/05/studies-gmo-food-safety-length-matter/

 

 

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JOUDRIER PHILIPPE 12/04/2016 14:38

J'ai laissé passer cette info (eue en Décembre) :
Résultats de GRACE au bout d'une année ! et poursuite des essais 3, 12, 24 mois avec NK603
projet européen G-TwYST


Tiré de Internutrition Points (ScienceIndustries Switzerland)
Clôture du projet européen sur l’évaluation des risques des OGM

Entre juillet 2012 et novembre 2015, 17 partenaires du projet originaires de 13 pays ont participé au projet GRACE (GMO Risk Assessment and Communica- tion of Evidence) initié par la Commission Européenne. Les participants ont coopéré avec des parties prenantes externes afin de trouver des stratégies d’évaluation des effets positifs et négatifs des OGM.

La réunion finale du projet GRACE a eu lieu à Potsdam les 9 et 10 novembre 2015 et a réuni des chercheurs de plus de 20 pays. Les résultats du projet y ont été présentés et abondamment discutés. Dans le cadre des travaux, des chercheurs ont mené des essais d’alimentation de rats avec du maïs OGM MON810 sur une durée de 90 jours. Ces essais pratiques n’ont abouti à aucune nouvelle connaissance en matière de sécurité du maïs MON810. Même la prolongation des essais à un an n’a pas eu d’effet négatif sur les animaux et n’a pas apporté de nouvelles connaissances. D’après les chercheurs, les essais d’alimentation ne seraient pas justifiables si l’on tient compte du bien-être des animaux. Dans les cas où la composition de la nouvelle plante OGM se distingue clairement de la variété d’origine, il serait judicieux d’effectuer des essais d’alimentation animale, même s’il existe différentes alternatives qui peuvent contribuer à l’évaluation des risques. Les résultats du projet sont accessibles au public sur la banque de données CADIMA.

Dans un deuxième module, les participants ont élaboré des méthodes de synthèse plus efficaces avec des données scientifiques sur les effets des OGM sur l’environnement, la santé et le développement socio-économique. Les examens systématiques permettent de tirer des conclusions fiables, car ils incluent toutes les connaissances disponibles.

Les travaux de recherche terminés récemment seront complétés par des projets actuellement en cours, comme le programme français GMO90plus (des essais d’alimentation animale sur une période de 3 à 6 mois avec du maïs OGM MON810 et NK603) et le projet européen G-TwYST (de essais d’alimentation animale sur 3, 12 et 24 mois avec du maïs NK603).

Sources : Final results and recommendations of the EU research project GRACE, GRACE Web- site, November 2015; Conclusions and recommendations on animal feeding trials and alternative approaches and on the use of systematic reviews and evidence maps for GMO impact assess- ment (PDF download); GRACE Final Conference Presentations (PDF download, 239 pg.); GRACE (GMO Risk Assessment and Communication of Evidence) Website www.grace-fp7.eu; CADIMA database www.cadima.info (Central Access Database for Impact Assessment of Crop Genetic Improvement Technologies); Christian Kohl et al. 2015, Can systematic reviews inform GMO risk assessment and risk management?, Front. Bioeng. Biotechnol. (online 12 August 2015, doi:10.3389/fbioe.2015.00113)

Seppi 28/04/2016 09:54

Bonjour,

Merci pour l'information.

GRACE était aussi passé sur mon écran radar... bien furtivement ! Ben oui, ça n'alimente pas le fond de commerce des médias.

Il est sur ma liste.

rastapopoulos 08/04/2016 22:35

bonjour
La science ne peut pas prouver l'inexistence, mais le public ne le sait pas, il est donc simple pour les militants (qui le savent très bien) de demander toujours plus d'études de manière à retarder ou entraver l'utilisation des OGMs. Ce n'est pas une exigence d'ordre scientifique, c'est une stratégie de combat, qui marche bien d'ailleurs.
cordialement

Seppi 28/04/2016 10:25

Bonjour,

Merci pour le commentaire.

Entièrement d'accord ! D'où la nécessité d'une meilleure éducation scientifique (et philosophique).